LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.


C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.



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mardi 21 février 2012

5 MINUTES DE COURAGE: LES PARADIS FISCAUX ET LES ENFERS SOCIAUX (par Julien Alexandre)

source : Paul JORION

Rappelez-vous, c’était en 2009, il y a maintenant une éternité. La crise financière était à son paroxysme, et le G20 avait décidé de confier à l’OCDE la difficile mission de dépeindre la réalité de l’opacité financière en gris et noir, afin de classer les juridictions non coopératives jugées respectivement « en voie de progrès » ou bien totalement « opaques » ; le blanc immaculé était évidemment de rigueur pour les juridictions coopératives.
Après les proclamations d’usage – « Les paradis fiscaux, c’est fini ! » – vint rapidement le temps des désillusions : la méthode engagée pour lutter contre ces juridictions non transparentes était celle de la diplomatie non coercitive, sous la forme de simples conventions de coopération. C’est ainsi que la Suisse et Monaco, en signant une douzaine de conventions juste avant l’ouverture du sommet du G20, avaient réussi à ne pas figurer sur les listes de la honte. Surtout, les critères retenus pour les pays qui y figuraient à l’issue du sommet prêtaient au mieux à rire, au pire à crier au scandale tant ils faisaient la part belle à l’interprétation pour ne pas froisser les poids lourds qui auraient peu goûté de se retrouver livrés en pâture à une opinion publique qui ignorait probablement que certains paradis fiscaux étaient hébergés par les plus grandes puissances économiques de ce monde, comme les États-Unis ou l’Angleterre. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’affaire fut entendue : des accords bancals étaient signés, les listes étaient vidées de leurs figurants pressés de regagner la blancheur OCDEienne qu’ils souhaitaient éternelle et qui était réservée aux pays faisant preuve de transparence dans leurs activités financières.

Mieux, certains établissements financiers plus ou moins désignés volontaires décidaient en leur âme et conscience de liquider toutes affaires cessantes leurs filiales dans les paradis fiscaux.

lundi 7 novembre 2011

Commentaire sur le "Gigantisme financier..."

Sur le fond, il y aurait sans doute un parallèle à faire entre la virtualisation de l’économie et celle de l’informatique: Fut un temps, l’accès à la couche matérielle de l’ordinateur permettait à l’utilisateur malveillant de faire griller les circuits électroniques directement en modifiant les tensions/intensités d’entrée ou de sortie des composants.
Le modèle logique en couches (la virtualisation) a permis dans une large mesure de pallier à cette faille. Néanmoins un virus, bien qu’il ne puisse plus vraiment accéder au plus bas niveau comme le faisait à l’époque Tchernobyl, peut encore néanmoins submerger l’ordinateur d’instructions jusqu’à le bloquer complètement en exploitant la presque totalité de ses ressources.

samedi 5 novembre 2011

Réflexion sur le gigantisme financier, par Jean Claude Werrebrouck (I/II)


Loin de seulement professionnaliser et sécuriser l’activité d’intermédiation, les myriades de produits conçus à jet continu par les réseaux de la finance mondiale : titrisation, démultipliée parfois au carré ou au cube, couvertures, dérivés, indices synthétiques, etc... ne relèvent plus des fonctions canoniques de l’allocation du capital et de la gestion du risque. L’emprise croissante d’un système financier aujourd’hui autonomisé, gouverné par sa propre dynamique - une « pièce détachée du système social » selon Alain Touraine - surdétermine désormais l’activité économique, tout en lui procurant une interface de virtualité déréalisante et déstructurante, qui a suscité et engendré un enchevêtrement d’endettement insoutenable. Jean Claude Werrebrouck analyse ici ces processus de financiarisation généralisée et leurs conséquences.

Ce qu’on appelle financiarisation est un processus de séparation, de mise à distance, ou d’éloignement vis à vis des contraintes de l’économie réelle. C’est que l’échange marchand, outil indispensable de la division du travail, reste dans une économie non financiarisée trop soumis aux contraintes du réel. L’investissement matériel, assujetti au processus de création de valeur ajoutée à partir de ces éléments très physiques que sont les équipements, les matières premières etc., est une répression temporaire de l’échange marchand : l’investisseur doit attendre, parfois très longtemps, la création de valeur ajoutée avant la mise sur le marché de ce qui est crée. Avec tous les risques associés à l’opération.

samedi 29 octobre 2011

L’humeur des temps et le regard détourné du zombie

source: dedefensa

Le désordre du monde, la bassesse historiquement unique de nos directions politiques, les politiques qui s’ensuivent mélangeant fort logiquement désordre et bassesse pour aboutir à des incohérences ahuries et sanglantes, tout cela nous engage toujours davantage à ne pas tenter d’évaluer la vérité du monde à l’aune de ces références qui furent les guides de nos pensées évaluatrices pendant des décennies et même deux bons siècles. Le domaine psychologique et ses rapports avec les courants métahistoriques, par conséquent ces phénomènes, insaisissables par l’excellence scientifique, des déplacements de pressions, d’angoisses et d’élans inconscients, – ce que nous nommons pour ce F&C “l’humeur des temps”, – nous paraît un domaine d’exploration bien plus fécond ; cela, en espérant être aidé dans cette exploration par le don épisodique que nous ferait l’intuition haute de se manifester par ses fulgurances. Par conséquent encore, et cela est tout simplement fondamental, cette exploration va se réaliser surtout, sinon exclusivement, par rapport au système de la communication, dont l’action s’exerce sur la psychologie et le comportement ; dans cette description, on comprend en effet que la communication est le domaine aujourd’hui essentiel, sinon exclusif de la puissance, et que toutes les décisions (politique, stratégiques, sociales, etc. ?) sont, au moins, très fortement influencées par lui, sinon complètement dépendantes de lui.
C’est dans ce domaine que nous allons explorer les effets et les conséquences, essentiellement sur les psychologies, les jugements jaillissants, les comportements révélateurs et pas nécessairement conscients, de ce phénomène qui nous paraît de plus en plus remarquable par sa complète nouveauté du mouvement “OWS et le reste”. Nous avons déjà eu diverses indications éparses de ces comportements, ces psychologies, aboutissant à des situations très inhabituelles. (Voir, pour les exemples les plus récents, dans notre rubrique Bloc-Notes, le 26 octobre 2011, et dans notre rubrique Ouverture libre, le même 26 octobre 2011.) On citera ci-dessous trois (ou quatre) exemples de personnalités, nécessairement plutôt du camp des “dissidents” mais y tenant une place d’audience nationale aux USA, s’exprimant sur la signification d’“OWS et le reste” dans des termes qui mesurent la puissance formidable des effets que ce mouvement a suscitée.
• On extrait d’un débat entre le professeur de Harvard, activiste africain-américain anciennement proche d’Obama, Cornell West, et le cinéaste documentaire Michael Moore, sur Democracy Now ! le 24 octobre 2011, ces déclarations du premier (West).
«… And to just be in the same room with Michael Moore, in the same country, on the same planet, is inspiring to me. The brother’s brilliance and his deep love for people just is quite—it’s just—it’s a national, international treasure. And that’s very important, because we’re right in the middle of a movement, and to see that kind of quality of sacrifice and service is a beautiful thing. It’s a sublime thing, very much so.
»But now, what we’re trying to do is connect what’s going on on Wall Street with what’s going on in Harlem, because if in fact we continue to have this kind of magnificent movement here and around the world, we want to be able to connect the corporate greed not just on Wall Street, but in the military-industrial complex, the prison-industrial complex, and the corporate-media multiplex, so that we have an inclusive, systemic analysis, even as we’re willing to bear witness to the love for poor and working people.»
• Chris Hedges (de Truthdig.org notamment) et Amy Goodman (de Democracy Now !) ont débattu lors du talk-show “Charlie Rose”. Le résumé que donne Truthdig.org de l’entretien (il y a aussi l’accès au DVD de l’émission), le 25 octobre 2011, donne la mesure du niveau des réflexions que suscitent “OWS et le reste”. Il y est question d’une révolution en Amérique aussi bien que de la sauvegarde de l’espèce humaine…
«In their joint interview, Goodman doesn’t hesitate to accept Rose’s proposition that OWS could be called a new American revolution, telling the PBS host, “I think it’s happening as we speak” and noting the response from abroad, while Hedges calls the movement “a return to sanity” and a “confrontation with dead ideas.” Hedges cuts through the noise quickly in this clip, summing up the argument he’s been making for years in his column by stating, “I think these people are very very clear that we cannot sustain ourselves … not only as a society but even as a species, if we don’t confront the corporate state.”»
• Un article d’un des directeurs du site CounterPunch et de la fameuse Lettre d’Information éponyme, Jeffrey Saint-Clair, le 25 octobre 2011 : «Don't Protest, Resist, Occupy the System, – There is an anger running rampant across the country. Some on the right are calling it class warfare. People are enraged. Jobs are scarce, the rich continue to get richer while the poor continue to struggle to make ends meet. Indeed, it should be classified as economic warfare, Americans are sick and tired of being pushed around. It is time to shove back…»

Jean-Michel Quatrepoint - La 3ème guerre mondiale en question




10/10/2011 - Conférence Ihedn (Institut des hautes études de défense nationale) - Extrait: La 3ème guerre mondiale en question

jeudi 13 octobre 2011

Piqûre de rappel

Le fonctionnement de Facebook, Google, est une preuve par le fait du fonctionnement réel de nos pseudos-démocraties, véritables totalitarismes gestionnaires.
Tan que ça rapporte tu peux dire et faire n'importe quoi, même des choses intéressantes, dans la mesure où l'usage de ces services (fournis gratuitement), est accolé à un flux de publicités qui génère des profits. 

Il va de soi que si cela n'était pas le cas, ces service n'auraient  aucune raison d'exister, c'est donc le principe du profit qui secrète une certaine tolérance dans l'usage de ces services. Cette tolérance ne vient pas de surcroît à la nécessité économique comme est venu de surcroît la conscience à l'être humain (dans le champ de son évolution adaptative à son environnement). Elle ne correspond pas à l'effet d'une logique simple de rétro-action qui la ferait apparaître comme son aboutissement nécessaire ou historique. Non, la tolérance à ce que l'on fasse joujou sur internet c'est pas cadeau mais c'est par contre une condition nécessaire afin d'instaurer une relation de confiance avec le modèle économique qui la supporte, une croyance qui est une "philia", où l'on est prompt, pour des raisons naturelles mais dévoyées de reconnaissance recherchée ou tout simplement d'existence, à céder des informations personnelles  qui sont la proie d'entreprises ou d'états intéressés dans le profilage des populations.

Il va de soi aussi que si la police ou l'État nous demandait de telles informations, on crierait au scandale et à la dictature. On peut donc considérer Google ou Facebook comme un nouveau type de police de la pensée suffisamment glamour* pour faire passer la police, et notamment la police à caractère politique (avec ses officines médiatiques) pour de rustres antiquités à ranger dans la remise des instruments de labour néolithique.

Il va de soi enfin que le temps de l'amnésie perfusée à fait son oeuvre. Si il y a cinq ans, on osait nous demander les informations que l'on nous extorque si facilement aujourd'hui, on aurait réagi faute d'intoxication suffisante. La vaseline digitale ça existe, et vu le résultat ça marche très bien. Il y a aujourd'hui un certain nombre d'applications que les ingénieurs ont conçus mais dont on ose pas encore nous faire bénéficier. Mais cela viendra, nous les demanderons, nous les attendrons, après stimulation préalable. Elle est pas belge la vie?


* Fashionism (Glamour, vaseline, Fachisme)

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A conseiller les lectures édifiantes de PMO sur les autres réjouissances "proposées" par la technostructure, qui veillent sur nos âmes insidieusement raréfiées.






dimanche 9 octobre 2011

Fétichisme de la marchandise digitale et exploitation cachée : les cas Amazon et Apple


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 Article 11 avait interviewé deux membres de Wu Ming - dont Wu Ming 1, l’auteur de cet article - en octobre 2010. À lire ici pour en savoir plus sur ce réjouissant collectif.
Par ailleurs, la version originelle de ce texte, publiée sur le site des Wu Ming, est à lire ICI.
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La semaine dernière [1], The Morning Call, un quotidien de Pennsylvanie, a publié une enquête longue et détaillée, intitulée « Inside Amazon’s Warehouse », sur les terribles conditions de travail dans les entrepôts Amazon de la Lehigh Valley. Le reportage, résultat de mois d’interviews et de vérifications, est en train de faire le tour du monde et il a été repris par le New York times et d’autres médias mainstream. Le tableau est sombre : extrême précarité du travail, climat de chantage permanent et absence de droits, rythmes inhumains, avec vitesse redoublée d’un jour à l’autre (de 250 à 500 colis par jour, sans préavis), par une température qui dépasse les 40° et en une occasion au moins, a atteint les 45°, mesures disciplinaires aux dépens de ceux qui ralentissent le rythme ou, simplement, s’évanouissent (un rapport du 2 juin dernier évoque le chiffre de 15 travailleurs évanouis sous l’effet de la chaleur), licenciements « exemplaires » instantanés, le réprouvé étant raccompagné à la porte sous les yeux de ses collègues. Et ce n’est pas tout. Lisez-la toute entière, l’enquête. Elle en vaut la peine. La phrase-clé est prononcée par un ex-magasinier : « They’re killing people mentally and physically. »
À en juger par les commentaires en ligne, beaucoup tombent des nues, découvrant seulement maintenant qu’Amazon est une méga-corporation, et Jeff Bezos un patron qui – comme il est courant chez les patrons – veut réaliser des profits au mépris de toute autre considération sur la dignité, l’équité et la sécurité. Comme on aurait dû le soupçonner, le « miracle » Amazon (super-réductions, expéditions très rapides, « longue traîne » [2], offre apparemment infinie) repose sur l’exploitation de la force de travail dans des conditions vexatoires, dangereuses, humiliantes. Exactement comme le « miracle » Walmart, le « miracle » Marchionne [3] et tout autre miracle entrepreneurial que les médias nous ont proposés pendant des années. Ce qu’on vient d’écrire devrait être évident, et ne l’est pourtant pas. La révélation ne concerne pas une entreprise quelconque, mais Amazon, sorte de « bon géant » dont – en Italie aussi – on a toujours parlé de manière acritique, sinon adoratrice et populiste. The Morning Call a rompu l’enchantement. Il y a quelques jours encore, à quelques exceptions près, les médias (et les consommateurs eux-mêmes) achetaient rubis sur l’ongle la propagande d’Amazon. Désormais, on cherchera peut-être plus souvent confirmation, on fera les vérifications nécessaires, on ira voir les bluffs éventuels. Avec l’aggravation de la crise, le nombre de sceptiques semble augmenter.
Le problème des multinationales perçues comme moins « entrepreneuriales », plus « cool » et éthiquement – presque spirituellement – meilleures que les autres concerne beaucoup de compagnies associées à Internet de manière si étroite qu’on les identifie avec le réseau lui même. Autre cas typique : Apple.

mercredi 28 septembre 2011

LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY




On nous dit que c’est un outsider, qui ne représente rien ni personne. Mais justement, seul un outsider pouvait dire cela, et pas un employé de banque qui serait viré dans la minute. 

On nous dit que c’est un sociopathe ou un psychopathe, selon l’école psychiatrique dont on revendique l’autorité, mais cela ne résout pas la question. Est-ce que l’on n’a pas déjà montré sur ce blog et depuis longtemps que tous les traders sont des sociopathes qui font précisément ce qu’il prétend faire ? C’est de cela dont ils doivent se défendre en général, et pas à propos de ce particulier là. 

Peu importe qui il est, ce qui importe c’est ce qu’il dit, et comment c’est pris. Ce qui nous intéresse, ce sont les effets de vérité créés par des discours, même faux. Par exemple, de par les réactions qu’ils suscitent : 

Incrédulité : de ceux qui croyaient encore que les marchés étaient socialement utiles. 

Disqualification : par ceux qui ont des raisons de faire croire que les marchés sont socialement utiles. 

Confirmation : pour ceux qui ont cessé de croire ou n’ont jamais cru que les marchés étaient socialement utiles. 

Braves spéculateurs pères de famille, Mr Alessio Rastani vous tend le miroir de Dorian Gray. Non pas que vous vous y soyez vus éternellement jeunes et avenants mais tout de même bien justifiés de penser à vos vieux jours et « à l’avenir de vos enfants ». Il vous montre ce que c’est que quelqu’un qui prend réellement au sérieux le fait de croire que le monde sera le même après la fin du monde, qu’il y a une crise, dont on peut profiter, et même le plus grand nombre, mais que ce ne sera pas vraiment une crise puisque tout sera encore comme avant. C’est complètement absurde en plus d’être moralement ignoble. 

Mr Alessio Rastani, qu’il soit un personnage réel ou fictif, vous parle d’un monde où cela n’a pas de sens d’avoir des enfants. Mais ce n’est pas pour cela que vous lâcherez votre cassette, n’est-ce pas ? C’est une partie de votre âme, de vous-même, c’est là que vous avez mis toutes vos angoisses et tous vos espoirs. Précipiter la déroute tout en se berçant de l’illusion que c’est la meilleure chose à faire tout autant que l’on n’y est pour rien puisque l’imagination humaine est décidément sans limite. 

Il reste la réaction normale de milliers de gens normaux, qui pensent que l’activité de tous les petits Alessio Rastani est socialement néfaste, et comme telle doit être interdite, maintenant. Des milliers de gens normaux qui ont pour ambition normale de mener une vie juste et décente, pour lesquelles l’accumulation infinie ou pas de richesse est un comportement indécent, anormal et dangereux. Ces milliers de gens dont on nous a prétendu qu’ils n’existaient pas. Ceux qui vont faire le monde de demain, forcément, puisque les autres sont en train de s’auto-détruire. 

Braves petits spéculateurs bons pères de familles, accrocs à l’or ou à la pierre, il est encore temps de ne pas finir en Alessio Rastani de médiocre envergure. On vous a menti et on vous a trompé. Vous pouvez encore parler à votre voisin afin de construire un monde commun. 

Il n’y a pas si longtemps la figure du trader était encore le modèle de réussite proposé à l’admiration des foules rêveuses. Il est en passe de devenir la figure la plus haïe et la plus méprisée du monde moderne. 

C’est cela qui est significatif, et ce n’est pas un bon signe pour le capitalisme, s’il en fallait d’autres pour prouver son agonie…

vendredi 12 août 2011

LA RÉVOLTE SANS LA SOLUTION

Ce qu’il y a de patent, c’est le sentiment d’impuissance, à l’échelle des individus comme au niveau le plus élevé des décideurs des États les plus puissants. On ne peut que constater l’incapacité de ces décideurs et de leurs conseillers de penser hors du système, alors même qu’ils en fustigent les errements. Il faut dire qu’ils ont une excuse et ceci est vrai aussi pour les sphères dirigeantes européennes et leurs experts. Où puiseraient-ils un discours politique cohérent qui puisse être un contre- projet novateur et réalisable ?

L’indignation et ensuite ?

Il ne reste aux citoyens qu’une indignation plus ou moins violente. Ce n’est pas neuf. Rappel. Avant le XVIIème siècle, on a connu des révoltes jamais abouties et toujours durement réprimées comme celle des « fratellini » dans l’Italie du moyen-âge, la guerre des paysans en Allemagne à la Renaissance, les « troubles » causés par les famines à travers toutes les époques, etc.
Maintenant, l’indignation est toute de gesticulations. Dans les pays arabes, plus vigoureuse, cette indignation est soit réprimée (Syrie, Émirats, etc.), soit forte d’un premier succès (Égypte et Tunisie). Elle n’en reste pas moins grosse du meilleur comme du pire. En effet, les seuls à avoir un discours cohérent, quantitativement significatif, avec une vraie capacité organisationnelle, sont les religieux. Les autres ont des indignations, des aspirations mais cela ne fait pas un projet politique propre à conquérir idéologiquement une fraction importante de la population. La même situation d’indignation (pour le moment non violente) se déploie sous nos yeux tant en Europe (Israël compris) qu’en Amérique.

Rien ne fonctionne sans idéologie

Toutes les sociétés sont construites sur des idéologies. Dans l’antiquité, elles se construisent sur les religions du Livre, le bouddhisme ou en Chine à travers le confucianisme… Toutes ont vécu sur des corpus idéologiques – des textes. Ceux-ci avaient pour prétention, d’une part, d’offrir une représentation du monde ici-bas (et pour la plupart de l’au-delà) et, d’autre part, de proposer une pratique tant collective qu’individuelle déduite de cette idéologie.
À partir du milieu du XVIIème siècle, la modernité occidentale a suivi la même voie. Elle s’est exprimée d’abord idéologiquement dans ce qu’on appelle les « Lumières ». Celles-ci, face au pouvoir monarchique absolutiste appuyé par une caste de privilégiés, ont développé la théorie de l’égalité juridique de tout un chacun et, donc, sa capacité (selon ses mérites) à participer de plein droit au pouvoir et dans tous les secteurs de la vie au quotidien. Certes, il s’agissait de principes et le développement a été long et en dents de scie. Mais la démocratie, l’État de droit, la solidarité étaient nés. Les révolutions américaine et, surtout, française en sont les enfants légitimes.
À la charnière des XVIIIème et XIXème siècles, le libéralisme économique donne à la révolution industrielle sa légitimité (Adam Smith, Ricardo, etc.) tout en suscitant à partir du milieu du XIXème siècle surtout à travers la doxa marxiste, la constitution d’une contre-idéologie globale – sur la base d’un compendium écrit – capable de s’opposer au capitalisme triomphant.

Le capitalisme, idéologie mondiale

Tant que le capitalisme usait de sa force pour se sustenter toujours davantage par l’exploitation coloniale, par exemple, il continua à se développer. Développement qui entraîna les premières lourdes contradictions (guerre et révolution). Pour des raisons, trop longues pour en parler ici, le contre-projet révolutionnaire des bolcheviques de plus en plus oligarchique et donc de plus en plus policier, échoua de la pire des façons : l’implosion. En Occident, ceux qui tentèrent, tout en s’accommodant du système, de l’améliorer – les socio-démocrates – connurent d’abord des succès, puis peu à peu se firent gestionnaires. Quand le soviétisme s’effondra, ils se turent définitivement se contentant de privilégier faute de mieux des « avancées sociétales » tout en pratiquant les « bonnes oeuvres ».
Globalisé, sans contradicteur idéologique crédible, le capitalisme – à partir des années 80 – passa à la vitesse supérieure : la financiarisation du monde. Il se trouvait ainsi à l’abri des États – étant hors loi. Mieux encore, il fit accepter par les gouvernants et les gouvernés (dans une large majorité) que le profit privé était l’alpha et l’oméga de tout développement possible. Il ne s’agissait plus d’une « idéologie » puisque, claironnait-il, les idéologies étaient mortes. Tout cela est scientifique, disaient les experts médiatiques. Et les gens « sérieux » n’y voyaient rien à redire.
Autrement dit, le drame – intellectuel et politique – de notre époque, c’est l’absence de tout contre-projet idéologique. Les possédants et tous ceux qui vivent convenablement au sein de ce système n’ont pas besoin de théorie nouvelle, leur seul projet c’est de se maintenir. La gauche de la gauche, très minoritaire, fait semblant de chercher auprès du vieux Marx des réponses. Visiblement, ce n’est pas sérieux.
Aujourd’hui, de par son développement même, le capitalisme a mis à nu son incapacité à se réguler au point de tendre à la déliquescence et l’opinion publique comme ses dirigeants le reconnaissent, mais se sentent incapables de penser à une solution viable au long terme. Il n’y a pas de projet, pas de « nouvelles Lumières ». On s’indigne et on a peur. La révolte sans la solution. Face à un capitalisme même malade, c’est peu.

Conclusion

Beaucoup se disent in petto : cela ne durera pas. « Ils » vont devoir réagir pour leur propre bien. Mais, ils sont empêtrés dans un quotidien dont ils vivent bien (que mon voisin fasse le premier pas…) Cet avantage, ils tiennent à le conserver. Sans compter qu’ils estiment que leurs certitudes sont l’expression d’une réalité irréfragable. Le néolibéralisme, le libre-échange planétaire ne sont-ils pas des faits de nature ? On ne peut pas empêcher la terre de trembler, au mieux on peut construire des bâtiments selon des méthodes antisismiques toujours améliorées. Peut-on faire mieux dans la sphère du politico-économique puisque la théorie novatrice capable de modifier notre paradigme économique ne se déploie nulle part ?
Quel individu, quel groupe proposera, au-delà de l’indignation et de la peur, une théorie et une pratique capable de porter un projet novateur ?
Jérôme Grynpas

lundi 8 août 2011

LES ZORROS SONT ARRIVÉS

 SOURCE : PAUL JORION/FRANÇOIS LECLERC

Dans leur rôle de pompiers, les banques centrales sont à la manœuvre. Déterminées, selon le communiqué publié par le G7 cette nuit juste avant l’ouverture des marchés asiatiques, « à agir de manière coordonnée chaque fois que cela est nécessaire, à assurer la liquidité et soutenir le bon fonctionnement des marchés, la stabilité financière et la croissance économique ».
La BCE, pour sa part, a annoncé son intervention accrue sur le marché obligataires, évitant de désigner explicitement la dette souveraine italienne et espagnole, mais sinon le coeur l’intention y est. Les marchés ne s’y sont pas trompés : les taux espagnols et italiens se détendent et les spreads (primes de risque) diminuent.
Sur les places boursières européennes, les choses sont moins claires. De discrètes interventions sont coordonnées afin de permettre d’afficher un mieux et la fin de la glissade. En Asie, par contre, de fortes baisses sont toujours enregistrées, comme si les investisseurs étaient plus préoccupés par la dégradation de la note américaine et ses suites que par le sort qui attend l’Italie. Madrid reprend par contre du poil de la bête, ainsi que Milan.
Ce sont les réactions provenant de Chine qui attirent l’attention. Un éditorial du Quotidien du Peuple, l’organe du Parti communiste, ne mâche pas ses mots : « Si les pays développés, parmi lesquels les Etats-Unis et l’Europe, refusent d’assumer leur responsabilité, cela va avoir de graves conséquences sur la stabilité du développement de l’économie mondiale ».

samedi 28 mai 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE (diagnostic)

La démocratie est un rapport de force civilisé. Soit. Elle l'est en pratique mais comme domestication consentie, ce qu'on appelle consensus, qui est ce long travail d'élevage du citoyen de la ferveur démocratique initiale, porté par un millénarisme sécularisé, jusqu'à la l'élevage de générations de citoyens qui en porte l'image ou l'empreinte, mais plus la force: une race servile, infantile, qui croit les histoires qu'on lui raconte, mais qui n'en construit plus aucune.
L'enclos et l'élevage, "l'éducation" des générations successives, ont plié l'autonomie initiale, le citoyen dresse la queue comme un chiot et baisse les oreilles tel l'asservi, qui ne s'alerte plus, indifférent aux autres bêtes de son état. Habituées à manger de la même main, elles stabulent normalement les pieds dans la merde.
Il faut que l'enclos cède, que l'approvisionnement soit perturbé, pour que l'animal-citoyen retrouve les anciennes traces de sa race, et les réactive, par l'échange, la contamination, d'individu à individu, alors il se rappelle, chacun se rappelle, se joint au rappel: c'est l'anamnèse du dialogue qui ramène l'autonomie de la race initiale, et finalement la catharsis du troupeau qui s'opère.
Mais cette fois il n'y a pas de millénarisme qui pousse vers les vertes prairies. L'aménagement du territoire? Pff.. c'est pas très sexy.

jeudi 31 mars 2011

SCHEMA DE DEMANTELEMENT DE LA CIVILISATION

Déséquilibre irréversible de l’économie mondiale par la crise des produits dérivés subprimes

Enchainement des causes depuis 1945 :
Fonctionnement asymétrique du dollar dans le système monétaire international de Bretton Woods
Accumulation de créances internationales sur l’économie étatsunienne afin d’alimenter l’économie mondiale en liquidités
Concentration des risques de crédit mondiaux sur les emprunteurs étatsuniens ayant accès au refinancement de la Fed
Réexportation, par la titrisation, des risques de nationalité étatsunienne sans compensation de capital
Crise générale de solvabilité du système financier occidental par destruction de sa capitalisation réelle
Mise en œuvre des garanties publiques partiellement libérées par la relance budgétaire et monétaire
Crise de solvabilité publique, maintien de la liquidité nominale du système par le quantitative easing

Déconnexion de politique monétaire et financière de l’économie réelle

Enchainement des causes financières :
Accumulation de pertes financières latentes non comptabilisés dans les bilans bancaires adossées aux déficits et dette publiques
Stimulation de la liquidité financière par les dettes publiques et refinancement illimité des banques centrales aux États et banques « too big to fail »
Fuite de la liquidité hors des économies occidentales, croissance mondiale réelle inférieure à la croissance de la masse monétaire
Inflation dans les pays émergents, augmentation des prix nominaux à terme des actifs durables dans les pays développés
Chômage et déflation par insuffisance de la demande dans les pays développés, trappe fiscale de liquidité
Impossibilité de dévaluer les monnaies occidentales par rapport aux monnaies en excédent de balance des paiements, valeur des monnaies déconnectée de la réalité visible
Pas de régulation des déséquilibres financiers par ajustement rationnel et négocié des parités de change.

Déstructuration des équilibres politiques internationaux et domestiques

-      Énonciation des résultats probables ou avérés :
-      Tension entre les États débiteurs pour la captation de l’épargne mondiale
-      Instabilité des changes par transferts financiers internationaux non négociés des pertes de crédit non calculées
-      Baisse du niveau de vie des classes moyennes et inférieures, accroissement des écarts de revenu
-      Démantèlement des solidarités sociales publiques de répartition des revenus vitaux
-      Divergence des économies de la zone euro, éclatement à terme par impossibilité de dévaluation dans les pays insolvables
-      Menace d’effondrement général économique et politique par illiquidité des monnaies et des échanges monétisés, avènement de la sauvagerie financière universelle

SOURCE / pauljorion.com

jeudi 17 mars 2011

Crise systémique globale : Deuxième semestre 2011 – Préparez-vous à l'implosion du marché des Bons du Trésor US

SOURCE : GLOBAL EUROPE ANTICIPATION BULLETIN

- Communiqué public GEAB N°53 (16 mars 2011) -


Au-delà de ses tragiques conséquences humaines (1), la terrible catastrophe qui vient de frapper le Japon va se révéler le choc fatal pour le marché chancelant des bons du Trésor américain. Dans le GEAB N°52, notre équipe avait déjà expliqué comment l'enchaînement des révolutions arabes, cette chute du « mur des pétro-dollars » (2), allait se traduire courant 2011 par l'arrêt des achats massifs de Bons du Trésor US par les pays du Golfe. Dans ce GEAB N°53, nous anticipons que le choc brutal que subit l'économie japonaise va entraîner non seulement l'arrêt des achats de T-Bonds US par le Japon, mais qu'il va obliger les autorités de Tokyo à vendre durablement une part importante de leurs réserves en bons du Trésor US afin de financer le coût énorme de stabilisation, de reconstruction et de relance de l'économie nippone (3).

Le Japon et les pays du Golfe représentant à eux seuls 25% du total des 4.400 milliards USD de la dette fédérale US (Décembre 2010), LEAP/E2020 considère que cette situation nouvelle qui s'affirme au cours de ce premier trimestre 2011, sur fond de réticence croissante de la Chine (20% des Bons du Trésor US) à continuer à investir dans les titres fédéraux US (4), porte en germe l'implosion du marché des Bons du Trésor US pour le second semestre 2011 ; un marché qui n'a désormais plus qu'un seul acheteur : la Réserve fédérale US (5).


Il est certain que le contexte de la crise des titres des collectivités locales US (Munis) et des dettes publiques européennes (de l'ensemble de la périphérie de l'UE y compris les Royaume-Uni) que notre équipe a anticipée pour cette période (voir
GEAB N°50 ) ne fera qu'amplifier le phénomène. Il est d'ailleurs tout-à-fait significatif que PIMCO, le plus important gestionnaire de fonds obligataire au monde ait décidé fin Février 2011 de se débarrasser de ses bons du Trésor US. Et c'était avant la catastrophe au Japon (6) !

Principaux détenteurs de la dette fédérale US (10/2010) - Sources : US Treasury / Dave's Manuel
Principaux détenteurs de la dette fédérale US (10/2010) - Sources : US Treasury / Dave's Manuel
Mais au-delà des chocs japonais et arabes (voir GEAB N°52 ), le processus d'implosion du marché de la dette fédérale US au second semestre 2011 s'accélère sous l'effet de quatre autres phénomènes :

. la mise en place de l'austérité budgétaire aux Etats-Unis (comme anticipé dans le GEAB N°47) qui condamne les collectivités locales US à une crise majeure du marché de leur dette (« Munis »)

. l'impossibilité pour la Fed de mettre en place un QE3
. l'inéluctable hausse des taux d'intérêt sur fond d'inflation mondiale
. la fin du statut-refuge de la devise américaine.

Bien entendu, l'ensemble de ces phénomènes sont liés et, caractéristique d'une crise majeure, on entre dans une période qui va voir leurs impacts se renforcer mutuellement, conduisant à ce choc brutal du second trimestre 2011. On pourrait d'ailleurs ajouter un cinquième phénomène : la paralysie décisionnelle complète du pouvoir US. L'affrontement quotidien, sur pratiquement tous les sujets, entre Républicains (radicalisés par les « Tea-Parties ») et Démocrates (démoralisés par une administration Obama qui a trahi l'essentiel de ses engagements électoraux (7)), tend chaque jour un peu plus à démontrer que Washington est désormais une sorte de «
nef des fous », ballotée par les évènements, sans stratégie, sans volonté, sans capacité d'action (8). Autrement dit, selon LEAP/E2020, quand l'implosion du marché des Bons du Trésor US va commencer, il ne faudra s'attendre à rien d'autre à Washington qu'à une prodigieuse cacophonie qui ne fera qu'aggraver la crise.

Dans ce communiqué public du GEAB N°53, nous avons choisi de présenter plus en détail notre anticipation du choc japonais à l'échelle globale notamment en matière d'inflation et de géopolitique. Les autres phénomènes qui conduisent à l'implosion du marché des Bons du Trésor US au second semestre 2011 sont analysés dans ce GEAB où nous formulons également des recommandations pour faire face à l'évidente aggravation du processus de dislocation géopolitique mondiale.


La triple catastrophe qui vient de frapper le Japon (tremblement de terre, tsunami et accident nucléaire) constitue un événement crucial qui va accélérer et intensifier la crise systémique globale, et en particulier le processus de dislocation géopolitique mondiale. L'ampleur des destructions, le choc direct sur les infrastructures énergétiques de la troisième (ou quatrième économie de la planète (9)), la gravité des accidents dans les centrales nucléaires (10), constitue l'un de ces chocs majeurs auquel le système international actuel n'est plus capable de résister comme nous l'anticipions dans le GEAB N°51 («
2011 : l'année impitoyable »).

Le Japon, déjà très affaibli par une crise économique chronique qui dure depuis vingt ans et dont l'endettement public est l'un des plus importants au monde, se retrouve désormais face à la double nécessité de financer une reconstruction à grande échelle et d'assurer la transition pour une période indéterminée caractérisée par une limitation de l'énergie disponible et des disruptions de ces circuits d'approvisionnement commerciaux et industriels. Or le Japon est une composante fondamentale du système de gouvernance mondiale de ces dernières décennies. Tokyo est l'une des principales places financières de la planète, l'un des trois pôles de gestion des marchés des devises (avec Londres et New-York) et l'économie japonaise fournit quantité de composants électroniques vitaux pour l'économie mondiale. Enfin, comme nous l'avons analysé dans GEAB par le passé, c'est avec le Royaume-Uni, l'un des deux « flotteurs » (11) qui permet aux Etats-Unis de gérer les affaires planétaires en matière économique, monétaire et financière depuis plus de cinquante ans.


Ce « flotteur » est déjà depuis quelques années attiré de manière croissante dans l'orbite chinoise, au rythme de la montée en puissance de la Chine et de l'affaiblissement des Etats-Unis. La crise déclenchée par le tremblement de terre va, selon LEAP/E2020, accélérer fortement cette évolution notamment parce qu'aujourd'hui, seule la Chine est en mesure d'apporter une aide financière massive au Japon (12), tout en aidant directement son économie en ouvrant encore plus aux entreprises japonaises l'immense marché chinois (13).

Part déclinante du Dollar US dans les transactions internationales (série N°1) et dans les réserves mondiales de change (série N°2) - Sources : BRI / FMI / Wall Street Journal, 03/2011
Part déclinante du Dollar US dans les transactions internationales (série N°1) et dans les réserves mondiales de change (série N°2) - Sources : BRI / FMI / Wall Street Journal, 03/2011
En ce qui concerne l'inflation mondiale, on peut déjà identifier cinq canaux par lesquels la crise japonaise va renforcer les pressions inflationnistes actuelles :

1. le coup d'arrêt brutal au développement des politiques d'équipement en nucléaire civil sur l'ensemble de la planète (14) qui va rapidement accroître la pression sur les prix du pétrole (15), du gaz et du charbon

2. la pénurie de nombreux composants électroniques vitaux qui va générer une hausse des prix des équipements électroniques (des ordinateurs en passant par les TV à écrans plats (16)) du fait des coupures d'électricité qui affectent les usines et de la désorganisation des transports (17)
3. une pression accrue sur les prix alimentaires et énergétiques (18) mondiaux du fait d'un accroissement significatif des importations alimentaires du Japon (notamment du riz) puisque la région touchée est l'une des grandes régions agricoles du pays (voir carte ci-dessous)
4. un nouveau recul de la globalisation économique suite aux conséquences mondiales du quasi-arrêt de l'économie japonaise, championne à la fois des exportations et du « flux tendu » (19), qui va limiter d'autant l'effet « déflationniste » des échanges mondialisés (20)
5. et enfin, un double phénomène de perte de valeur du Yen du fait d'injections massives de liquidités par la Banque du Japon et du renchérissement direct du « loyer » de l'argent au niveau mondial (hausse des taux) à cause des besoins gigantesques du Japon pour assurer sa reconstruction

Utilisation des terres japonaises (rouge : double récolte - riz et blé / saumon : récolte unique - riz / marron : récolte unique – blé / vert : forêt) - Source : Columbia University, 2009
Utilisation des terres japonaises (rouge : double récolte - riz et blé / saumon : récolte unique - riz / marron : récolte unique – blé / vert : forêt) - Source : Columbia University, 2009
Ces anticipations n'intègrent évidemment pas le scénario de catastrophe ultime qui verrait la région de Tokyo massivement contaminée par la radioactivité suite à une fusion explosive d'un des réacteurs de la centrale de Fukushima (21). Une telle situation conduirait, à l'image de ce qui est arrivé à Tchernobyl, à créer une zone d'exclusion touchant cette région où habitent plus de trente millions d'habitants et qui est au cœur de flux planétaires essentiels, et entraînerait une catastrophe humanitaire sans précédent historique et une disruption immédiate des marchés économiques, financiers et monétaires mondiaux. Il n'y a tout simplement pas de « plan B » à un « arrêt brutal » du nœud global que constitue Tokyo et sa région.

En souhaitant que cette situation extrême ne se réalise pas, notre équipe estime que le choc déjà avéré va donc se traduire par une aggravation brutale de la crise systémique mondiale et que le marché des Bons du Trésor US en sera la première grande victime collatérale dès le second semestre 2011 comme nous l'analysons en détail dans ce numéro du GEAB. Le pire n'est heureusement pas certain, mais le très grave ne fait en revanche plus de doute.

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Notes
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(1) Dans ces circonstances tragiques, l'équipe de LEAP/E2020 souhaite exprimer sa solidarité avec le peuple japonais et en particulier avec nos nombreux abonnés et visiteurs japonais. Nous tenons également à souligner que notre analyse très « clinique » des conséquences de la catastrophe qui vient de survenir au Japon n'est pas une marque d'indifférence mais tout simplement le respect de notre méthodologie qui vise à limiter au strict minimum possible les éléments subjectifs au sein de nos anticipations.


(2) Même le
Telegraph du 24/02/2011 interprète désormais les révolutions populaires arabes comme la chute de l'empire américain du Moyen-Orient.

(3) Source :
JapanToday, 14/03/2011

(4) D'après le FT Deutschland, la banque centrale chinoise aurait même reçu consigne de ne plus en acheter du tout. Source :
FT Deutschland, 10/03/2011

(5) Avant la catastrophe japonaise, on estime que la Fed, devenue désormais le premier détenteur de Bons du Trésor US, achetait déjà plus de 70% des nouvelles émissions. Dans les semaines à venir, cette proportion va se rapprocher progressivement de 90% à 95%. Car même malgré sa docilité vis-à-vis des pressions US, le Royaume-Uni, qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans la nouvelle phase de la crise, la « double-dip-flation » comme la nommé notre équipe, n'a plus les moyens d'acheter les Bons du Trésor américain : il est trop occupé à racheter les titres de sa propre dette publique. Et, d'après Karen Ward, une des principales économistes d'HSBC, le gouvernement britannique risque même de devoir faire face à des émeutes de la faim si les prix alimentaires continuent à s'envoler comme ils le font depuis plusieurs semaines. Source :
SkyNews, 09/03/2011

(6) A court terme, la fuite hors des valeurs boursières (japonaises et autres) peut bénéficier aux Bons du Trésor US, mais c'est un phénomène transitoire. Source :
CNBC, 09/03/2011

(7) Le dernier en date est la réouverture des procès de Guantanamo alors qu'il avait promis la fermeture de la prison au plus tard un an après son élection, s'attirant ainsi des millions d'électeurs de la gauche du parti démocrate.


(8) L'autre grand pays occidental dont les élites dirigeantes sont dans la même situation est la France.


(9) Selon que l'on considère ou non l'Euroland comme une économie à part entière. Or le sommet du 11 Mars dernier qui approfondit encore l'intégration budgétaire et financière des pays de la zone Euro rend de plus en plus aberrante la position consistant à vouloir continuer à comptabiliser de manière séparée les grands agrégats économiques des pays de la zone Euro. Ainsi, avec 8.400 milliards €, le PNB de l'Euroland se situe en seconde position derrière les Etats-Unis (10.428 Milliards €), au cours actuel de 1€ pour 1,4$ et très largement devant la Chine (4.100 milliards €) et le Japon (3.850 milliards €). Sources : Wikipedia,
Eurozone, Liste pays par PNB.

(10) Sans même évoquer à ce stade le risque d'une neutralisation partielle ou totale de la région de Tokyo, l'une des métropoles-clés du monde de ces dernières décennies, suite à une contamination nucléaire.


(11) A l'image d'un trimaran.


(12) Il faut garder à l'esprit que Pékin cherche par tous les moyens à se débarrasser rapidement, mais de manière rentable, de sa montagne de Bons du Trésor et autres Dollars US. Le cataclysme que connaît le Japon va ainsi offrir aux dirigeants chinois une occasion unique de rapprocher stratégiquement Tokyo de Pékin.


(13) A l'inverse, la très controversée présence des troupes américaines au Japon va ressortir, pour l'opinion nippone, comme d'autant plus anachronique et inutile face au désastre actuel. C'est un autre exemple, comme on a déjà pu le constater dans le cas des révolutions arabes, de l'inutilité croissante de l'immense appareil militaire américain : crise après crise, il devient évident qu'il n'a pratiquement aucune utilité pour permettre au gouvernement américain d'influer sur les évènements.


(14) Il est en effet certain que le nucléaire civil vient de subir un coup d'arrêt brutal dont il aura beaucoup de mal à se remettre, notamment parce que cette catastrophe s'inscrit dorénavant dans ce conflit entre élites et opinions publiques que la crise systémique globale exacerbe chaque jour un peu plus. Parmi les pays qui vont subir de plein fouet cette « révolution » vis-à-vis du nucléaire, on peut déjà citer la France qui a fait depuis près de cinquante ans du nucléaire civil l'un des fleurons de sa technologie et de ses exportations. Source :
Spiegel, 14/03/2011

(15) Un facteur qui va renforcer l'évolution inexorable de la région du Golfe vers une situation de chaos, voire de conflit direct entre Shiites et Sunnites, entre les peuples de la région et leurs dirigeants, entre l'Iran et l'Arabie saoudite. L'envoi de troupes saoudiennes à Bahreïn est un indice de l'escalade des risques dans la région tout comme l'implication financière des Emirats Arabes Unis qui tentent de pallier dans l'urgence quarante ans de désintérêt pour des segments entiers de leurs populations. Sources :
AlJazeera, 15/03/2011 ; New York Times, 10/03/2011 ; AlJazeera, 10/03/2011

(16) Un des rares facteurs « baissiers » qui permettait de cacher l'envolée des prix de l'alimentation ou de l'énergie au sein de nombreux indices des prix. Ainsi même en Chine et dans toute l'Asie du Sud-Est, l'impact des pénuries de composants japonais se fait déjà sentir avec hausse des prix immédiate puisque l'industrie électronique japonaise a massivement délocalisé des parties entières de sa production à travers toute l'Asie, tout e conservant des fabrications stratégiques au Japon. Source :
China Daily, 15/03/2011

(17) Et partout dans le monde, on va connaître des pénuries de voitures japonaises et de pièces de rechange pour ces véhicules. Etant donné l'importance mondiale de l'industrie automobile japonaise, il n'y aura pas de solution de substitution aisée à mettre en place. Ainsi même en Inde, pourtant peu dépendant des marques japonaises, l'impact se fait déjà sentir directement avec l'annulation par les grands groupes japonais de ventes et de promotion des nouveaux modèles. Source :
Times of India, 15/03/2011

(18) Plusieurs raffineries japonaises ont été détruites. Cela implique des importations japonaises accrues de produits raffinés qui génèrent déjà des hausses des prix de l'essence aux Etats-Unis. Source :
USAToday, 14/03/2011

(19) Les économies exportatrices chinoise et allemande (ainsi que celle de Corée du Sud, Taiwan, …) vont également subir les conséquences négatives de cette évolution.


(20) Il est important de garder à l'esprit que le recul de la mondialisation des échanges au profit d'un recentrage sur des zones économiques régionales dotées d'une monnaie unique ou dominante (UE, Asie, Amérique latine, …) entraîne un recul simultané des besoins en Dollars US pour financer les échanges internationaux. Voir différents GEAB précédents.


(21) Ce qui induirait également des conséquences internationales en matière de retombées radioactives.

dimanche 20 février 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE

L'addiction à l’aliénation que diffuse l’ensemble des ministères psycho-sociaux de l'ordre ou du désordre dominant abolie la conscience des souffrances qu’elle engendre et entretient la survie augmentée dans la perpétuation de ses limbes plastiques...mais tout produit a une fin, il faut augmenter les doses, et la douleur reste, et la douleur se retourne en haine de celui qui ne dispensant plus la paix de ma négation devient le responsable du réveil brutal de la douleur, de la souffrance niée, de la négation entretenue, qui ne fonctionne plus.
Je shooterai le dealer et tout ses ministères de m’avoir converti en un zombie larbin de leurs merdes.

mardi 15 février 2011

Reseña de "Traficantes de información. La historia oculta de los grupos de comunicación españoles" de Pascual Serrano

FUENTE : pascualserrano.net


Mirada crítica sobre el crematístico e insaciable corazón de los centros hispánicos de la (des)información

Mirada crítica sobre el crematístico e insaciable corazón de los centros hispánicos de la (des)información




El presente libro, señala Enrique Bustamente, acierta de pleno “cuando obvia el análisis ideológico para dejar que éste se desprenda de las telarañas complejas de los intereses económicos puesto en juego. Lo cual no elimina los matices ideológicos, muchas veces fruto del marketing y de la diferenciación competitiva en una sociedad en la que las ideologías siguen felizmente contando”. Vale por ello la pena empezar por una historia que el autor de Traficantes cuenta en el primer capítulo –“El mercado de la palabra”- y que está relacionada precisamente con esas “telarañas complejas”.
Traficantes de información le fue encargado a Pascual Serrano por el responsable de la editorial Península, convencido, recuerda el propio autor, “de la necesidad de contar el entramado económico y financiero que sostiene a los grupos de comunicación españoles”. No era tarea baladí y sin importancia. A pesar de que el resultado final contó con toda su aprobación, de hecho Serrano ya había publicado anteriormente en esa misma editorial, con éxito reconocido, Desinformación, y que incluso su nuevo libro se anunció entre las novedades de otoño, los altos directivos de la editorial y accionistas vetaron finalmente la publicación del ensayo. ¿Por qué? Sin duda, porque ellos tienen mando editorial en plaza, y lo ejercen cuando estiman necesario, y, además, porque la imagen de accionistas, financieros y algunos socios empresariales no resultaba demasiado reconfortante cuando algunos de esos mismos accionistas lo son también de grupos de comunicación que aparecen en el libro. Ediciones Akal, con Ramón Akal a su cabeza, lo ha publicado finalmente. Lo sucedido dice mucho, a favor claro está, de esta imprescindible editorial de izquierdas y también dice, pero poco bueno, de los responsables político-económicos, no del editor, del otro grupo editorial. Críticas, las mínimas, habrán pensado.
Los siguientes son los grupos de comunicación (y desinformación) analizados por el autor: Prensa Ibérica, Vocento, Antena 3 y Planeta, Zeta, Godó, Prisa, Telecinco, Unidad Editorial, Mediapro/Imagina y en el penúltimo capítulo, en el apartado “Otros”, la COPE, Intereconomía, Libertad digital y Promecal. Además, un breve pero sustantivo capítulo de conclusiones y un anexo resumen: “Quién es el dueño de.. Índice de medios españoles, propietario principal y capítulo que lo desarrolla”. En definitiva, un libro que está en la estela de aquel Informe sobre la información de Vázquez Montalbán, escrito en cárceles franquistas, del que tanto aprendimos, y también de Los amos de la información en España, un ensayo del prologuista del volumen que también editó Akal en 1981.
Los capítulos presentan una estructura similar: relación de los medios controlados (prensa diaria, televisiones, semanarios, editoriales, distribuidoras, artes gráficas, radio, otras tecnologías); relaciones con otros grupos; propiedades fuera de España si las hubiera; la trayectoria resumida del grupo y, finalmente, algunas “personalidades relevantes”. No apto para menores ni para personas sensibles… ni incluso para personas curtidas.
Un ejemplo para abrir boca, un ejemplo que el autor ha dado recientemente de los quince miembros del nuevo Consejo de Administración de Prisa, uno de los grupos de comunicación que mayor prestigio ha tenido, y en parte sigue teniendo, entre la ciudadanía española. El pasado 27 de noviembre de 2010 la Junta de accionistas de Prisa decidió los nombres de las personas que integrarán el nuevo Consejo de la empresa. La entrada en el accionariado de inversores estadounidenses se refleja claramente en la formación de este órgano. Entre las nuevas incorporaciones destacan las de Nicolas Berggruen y Martin E. Franklin, los dos principales accionistas de Liberty Acquisition Holdings Corporation, un fondo de inversiones que ha aportado 650 millones de euros y que supondrá, dato relevante, la mayoría absoluta del capital de la empresa. Berggruen tiene un patrimonio cercano a 2.000 millones de dólares, ocupa el puesto 158 en la lista Forbes de 2009 y la prensa lo ha calificado de “homeless multimillonario”. Se presenta como un ejecutivo que no tiene vivienda propia, vive en hoteles, es el boss: fundador y director de la cadena Berggruen Hotels Private Limited. Pertenece a 24 consejos de administración de diferentes firmas y sectores. Berggruen, señala Pascual Serrano, “es un gestor de fondos de private equity (fondos de capital privado que toman participaciones temporales en el capital de empresas para obtener beneficio una vez madure el negocio o proyecto) y hedge funds (en España, fondos de inversión libre, cuyo objetivo es obtener beneficios al margen de la evolución de los mercados)”. Pocos días después de firmar el acuerdo con Prisa, Berggruen tomó posesión de sus propiedades y publicó un artículo de opinión en El País sobre China y Occidente. Un detalle significativo que no le ha pasado por alto al autor del libro: el domingo 20 de junio, el suplemento de economía de El País, presentó una larga y amable entrevista con Berggruen. La entrevistadora, Alicia González, es la esposa de Rodrigo Rato, presidente de Caja Madrid y ex vicepresidente del gobierno con José María Aznar.
Martin E. Franklin es el segundo de la lista. Según Business Week, pertenece a 81 consejos de administración de 19 industrias diferentes. En 2008 ganó 3.498.438 dólares. Harry Sloan no es mucho mejor. Es el Presidente de Metro-Goldwyn-Mayer. Ha sido calificado como el mayor animador de la industria del entretenimiento del Partido Republicano. En el ambiente progresista de Hollywood, Sloan representa la voz republicana. En la campaña presidencial de 2008 recolectó para McCain 3,5 millones de dólares en Hollywood.
Los otros miembros del grupo no están muy alejados de esa cosmovisión ni de esos procedimientos. Entre otros, se suman a la lista, Ernesto Zedillo, Alain Minc, Juan Arena, Ignacio Polanco, Manuel Polanco y Juan Luis Cebrián, el Presidente de la Comisión Ejecutiva del Consejo y consejero delegado, el activo miembro del Grupo Bilderberg.
¿Por qué “traficantes de información”? Pascual Serrano apunta razones convincentes: tras la investigación realizada, por mucho que nos empeñemos, no hay término mejor para designar los propietarios de estos grandes medios hispánicos de “comunicación”: fraudes fiscales, especulaciones urbanísticas, violaciones de las medidas contra la concentración, atropellos laborales, sueldos millonarios de los altos directivos, contratos blindados, ejecutivos con sentencias judiciales en las que se les implica de connivencia con la mafia, fortunas de extraño y fascistoide origen, implicaciones franquistas, empresas con conexiones armamentísticas. La barbarie capitalista en estado puro, sin apenas caras amables. En esas manos está la (des)información en nuestro país. Y en otros, desde luego, no hay aquí ninguna excepcionalidad hispánica. ¿Alguien razonable cree que puede habitar algún miligramo de verdad en un pantano apestoso como ese? Acaso alguno, y en algún momento, para cubrir apariencias e incrementar ventas e influencia cultural. Pero no es el propósito, no es esa la finalidad. ¿Qué línea editorial puede regir en esos grupos de comunicación? Me remito a las palabras de Pascual Serrano: “la defensa a ultranza del sistema económico con el que se enriquecen, el ocultamiento de sus operaciones oscuras, la complicidad con los poderes que les ayuden a desarrollarlas y el ataque a cualquier opción política, social o ética que intente enfrentarse a su ideología y modelo”.
¿Qué papel juegan aquí los periodistas, los trabajadores de esos medios? Los periodistas, Pascual Serrano es parte del colectivo, son meros empleados, precarios en la mayor parte de las veces, que pueden ser despedidos libremente y que obedecen, deben hacerlo, el puesto de trabajo les va en ellos, los criterios de selección de las noticias establecidos por directivos nombrados a dedo y según preferencias por los propietarios. Son como el albañil, la metáfora es del autor del libro, que no puede decidir el diseño de la casa ni su ubicación, sólo poner ladrillos para terminarla de la forma que le han indicado los arquitectos y el presupuesto económico. “Nuestra precariedad es tu desinformación” es el título de un libro del Sindicato de Periodistas. No yerran ni exageran.
Señala finalmente Pascual Serrano en el capítulo de conclusiones que no ha sido objeto de este libro proponer alternativas sino mostrar quienes son los dueños de los medios, cómo operaban y de qué métodos se servían para acumular poder y beneficios. Estas empresas, prosigue, son dueñas de la voz pero no de la palabra. Esta sigue estando, debe seguir ubicada, en las manos y en el cerebro de los ciudadanos. El reto político, no es simple la tarea, es recuperar la voz para que la palabra se pueda difundir y compartir. Vale la pena ponerse en ello con urgencia, pensar entre todos procedimientos y objetivos, y, mientras tanto, desconfiar críticamente de las (des)informaciones que podemos leer o ver en prensa, semanarios y televisiones. Nos va la verdad en ello, que, sabido es, es amarga y hay que echarla de la boca a la primera ocasión que tengamos.
PS: Enrique Bustamente recuerda en su presentación que el libro de Pascual Serrano no se ocupa de los medios públicos pero que también ahí pueden hallarse traficantes de información, “aunque sean minoritarios y estén en retirada”. La reforma de RTVE ha conseguido desde 2006 un salto en la independencia y pluralismo de sus programas informativos y de su programación, pero, Bustamente señala, que las reformas de 2009 y 2010 buscan claramente “su debilitamiento, en beneficio del polo privado”. A eso hay que sumar, también aquí hay que estar alertas, que muchos gobernantes siguen manipulando todo lo que pueden, y un poco más, los radios y las televisiones, sobre todo estas últimas, sobre los que tienen poder e influencia. Los ejemplos se amontonan en la mente de todos. 
Pascual Serrano, Traficantes de información. La historia oculta de los grupos de comunicación españoles. Madrid, Ediciones Akal, 2010, 329 páginas, presentación de Enrique Bustamente

mardi 8 février 2011

ROULER JEUNESSE


revue de presse de l’article 37 quater de la Loppsi
Les milices sur le tapis
{« Cela peut paraître choquant, mais il faut dire les choses. »}

L’article 37 quater parvient finalement à percer le mur du silence ! Il était temps ! À l’heure où la Loppsi est définitivement adoptée (sous réserve de censure du Conseil constitutionnel, qui devra l’examiner dans les prochaines semaines), son plus dangereux article, celui qui institue des milices, sous les noms de « réserve civile » ou « service volontaire citoyen », parvient finalement à un brin de notoriété.
Ci-dessous la revue de presse, où l’on trouve, Libé, Rue89, et l’excellent site de la LDH-Toulon.
Cela a commencé dans Libération, au lendemain du passage en Commission mixte paritaire, où sénateurs et députés ajoutaient leurs dernières retouches au texte destiné à être adopté le 8 février, par vote solennel des deux assemblées.
Soulignons ici la tentative de dédramatisation que constituait cette double page de Libé, où l’on pouvait voir les futurs milices sarkozystes comparées… aux bobbys anglais ou, mieux, au « cop watching », cette activité de surveillance citoyenne de la police, contre les bavures ! Ce jour-là, Libé mentionnait le fait des « des militants » voyaient dans le 37 quater des « milices ». Mais cela n’engageait qu’eux…
Rendons néanmoins hommage à cet article de Libération, pour avoir non seulement livré en scoop, ce 37 quater en préparation depuis plus de deux ans sans que personne n’en parle. Mais surtout, il semble que cet article de Libé ait permis d’alerter le Syndicat général de la police, le SGP, qui, le jour même dénonçait dans un communiqué la création de « milices armées ».
Le 29 janvier, la LDH-Toulon publiait sur son site un article faisant le point.
Et le 3 février, finalement, Rue89 a publié à son tour un article (après la tribune d’Eva Joly et Sandrine Bélier que Libé avait refusée, publiée par Rue89 le 17 janvier).
On ne peut que se féliciter de cette « mobilisation médiatique », certes un peu tardive – peut-on dire à Paris s’éveille où l’on dénonce la « Sarkopol » en gestation depuis plusieurs mois.
Remercions la LDH de Toulon, pour avoir trouvé le lien sur le site du ministère de l’intérieur où ces choses-là sont pleinement exposées, dans leur version née de la loi de 2007 – texte mis en avant. Le dossier rassemblé par la LDH-Toulon contient aussi un texte, trouvé sur le site de la Préfecture de l’Eure, où l’idée de telles milices est présentée comme apparue lors des émeutes de 2005. [Rappelons qu’il semble qu’en fait ce système ait été préconçu en amont, dès la suppression du service militaire – et que la journée des appelés qui remplace celui-ci ne sert pas tant à recruter pour l’armée que pour ces nouvelles milices, ainsi que c’est aussi apparu.]
Mais il faut encore plus remercier le collaborateur de rue89, qui a été interviewer divers protagonistes de ce débat :
Yannick Danio, délégué national du SGP :
« Cela peut paraître choquant, mais il faut dire les choses. On ne va quand même pas revenir à des heures sombres de notre Histoire. »
On aimerait mettre cette phrase en exergue de Paris s’éveille : « Cela peut paraître choquant, mais il faut dire les choses. »
N’ayant manifestement pas pris la mesure des « choses » de la même façon, Delphine Batho, la députée socialiste qui s’est chargée de la bataille parlementaire pour le compte de l’opposition dans son ensemble. Pour elle, la question soulevée par ces milices serait de savoir « qui va les encadrer, les briefer, les former ? » « Là se pose un vrai problème »…, ajoute-t-elle, dans son style inimitable, dont elle aura si bien su faire usage au long des débats de l’Assemblée, plaçant toujours l’accent à côté des « vrais problèmes », mais avec un aplomb et une conviction d’autant plus impressionnants dans le contexte parlementaire qu’elle était quasiment seule à y dire quelque chose. Véritable héroïne, Jeanne d’Arc de notre temps, affrontant, quasiment seule donc, la meute des ministres, rapporteur et députés de droite crachant leur bile sarkozyste sans retenue. Rue89 nous rappelle néanmoins que Delphine Batho, avait « soutenu le principe » de ce 37quater « lors de la première lecture »...
On s’inquiétait aussi de l’insuffisante énergie apportée par la LDH dans ce combat, tardant même à signer les pétitions anti-loppsi. Rue89 a aussi interrogé sa vice-présidente, Dominique Noguères, laquelle, comme Delphine Batho s’inquiète de la « formation sur le tas » qui « pourrait conduire à un certain nombre de dérapages, des réactions émotionnelles ou autres, imprévus parce que les réservistes n’y seraient pas préparés ».
Est-ce bien le seul problème que pose la création de milices para-policières ? Non, bien sûr, et Dominique Noguères mesure y compris combien cette catastrophe constitutionnelle se produit là du fait d’une démission quasi généralisée à gauche :
« C’est absolument extraordinaire : on est dans une fuite en avant sécuritaire, avec une mesure populiste et une partie de la gauche, notamment au Parti socialiste, ne réagit pas. Je pense qu’ils ne mesurent pas les conséquences. Il faut vraiment qu’ils retrouvent leurs valeurs et leur réflexion. »
Tout est dit, mais redisons-le encore : « Il faut vraiment qu’ils retrouvent leurs valeurs et leur réflexion. »
En espérant que cet appel soit entendu et que la gauche se ressaisisse enfin, pour la défense des libertés.
C’est ce qui devrait se produire mardi 8 février 2011, à la Bourse du travail de Paris, où doit se tenir, à partir de 19 heures, le Forum des libertés contre la loi Hortefeux-Loppsi 2, avec nombre de participants venus de tous les horizons de la gauche.



Ci-dessous, pour commencer, le dossier de la LDH-Toulon :
Des “réservistes” en place de policiers
date de publication : samedi 29 janvier 2011
Pour compenser la baisse des effectifs dans la police nationale – conséquence de la réforme générale des politiques publiques (RGPP) – la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, dite LOPPSI 2, en cours d’adoption au parlement, prévoit d’étendre aux citoyens volontaires la réserve civile créée en 2003 pour les retraités de la police nationale. Pour être candidat, il suffira d’être majeur, de nationalité française, et de posséder un casier judiciaire vierge, la sélection se faisant sur dossier. Après une formation sur le tas, ces “réservistes” d’un nouveau type pourront posséder une arme et dresser des procès verbaux.
Le syndicat Unité SGP Police-FO se déclare opposé à cette évolution : « ce n’est pas en créant des “miliciens” et en démantelant les CRS que l’on résoudra le problème de la sécurité dans notre pays. »
Ci-dessous le point sur cette « réserve civile de la police », ainsi que sur le « service volontaire citoyen » que la LOPPSI 2 étend à la gendarmerie nationale.
• L’article 37 quater de la LOPPSI 2
Cet article concerne la « réserve civile de la police nationale » et le « service volontaire citoyen de la police et de la gendarmerie nationales », créés par la loi pour la sécurité intérieure (LSI) du 18 mars 2003. Un tableau comparatif permet de mesurer le chemin parcouru de la LSI à la LOPPSI 2.
La réserve civile de la police
Alors qu’elle n’était jusqu’à présent constituée que de retraités de la police, la LOPPSI 2 élargit le recrutement de cette réserve : elle « aura vocation à accueillir aussi bien des jeunes intéressés par une expérience valorisante que des spécialistes sur des fonctions correspondant à leurs compétences dont la police serait déficitaire »« La formation des réservistes devrait leur permettre d’acquérir la qualification d’agent de police judiciaire adjoint » (APJ) » et donc d’effectuer des missions de police [1].
Pour le député Eric Ciotti, monsieur sécurité à l’UMP, « l’idée, c’est de reprendre le système qui existe dans la gendarmerie depuis 2008. Sa réserve, constituée de volontaires et d’anciens, compte 40 000 hommes ». En réalité, le développement de la réserve vise à compenser la diminution du nombre de postes au sein de la police nationale ; par exemple : le nombre de places au concours pour devenir adjoint de sécurité a diminué, de 1 546 en 2008 à 500 en 2009, et… aucune en 2010. [2]
La Ligue des droits de l’Homme dénonce « l’esprit même de cette réserve ». Comme le déclare Françoise Dumont, vice-présidente de la LDH : « Policier, c’est un métier, cela nécessite une formation, une déontologie. Nous n’avons aucune garantie que ces volontaires y seront formés. » [2]
Le service volontaire citoyen de la police et de la gendarmerie
Expérimenté à compter de juillet 2006, le dispositif du service volontaire citoyen de la police est maintenant généralisé à l’ensemble du territoire national [3].
Il est intéressant de lire la présentation qui est faite par certaines préfectures du dispositif actuellement en place, alors que l’article 37 quater de la LOPPSI 2 prévoit son extension à la gendarmerie nationale.
• Sur le site de la préfecture de l’Eure [4]
Service volontaire citoyen de la police nationale
« La crise urbaine que nous avons traversée à l’automne 2005 a démontré que la violence des rapports sociaux et le mépris trop souvent affiché des règles de vie commune justifiaient un renforcement de l’action préventive. Un bon nombre de citoyens se sont, à cette occasion, déclarés prêts à s’engager pour contribuer à l’amélioration de la sécurité et de la tranquillité publique.
« Face à cette détermination, le ministre de l’Intérieur a désigné dix départements, dont l’Eure, pour expérimenter la démarche du « service volontaire citoyen ». Il ne s’agit pas là d’une nouvelle force de sécurité intérieure aux côtés de la police et de la gendarmerie nationale ou des polices municipales, encore moins d’une milice. Le but du service volontaire citoyen est de regrouper les citoyens qui veulent exprimer leur citoyenneté, s’engager au service de la collectivité et contribuer à la sécurité de notre pays.
« Les missions de ces volontaires ne sont aucunement répressives. Elles sont centrées sur la prévention, la médiation sociale et la sensibilisation au respect de la loi. Ils seront ainsi amenés à mener des opérations de soutien et de renforcement de l’autorité parentale, à participer à l’accueil et au suivi des victimes, ou à mener des opérations de prévention, de médiation et de pédagogie de la loi dans le cadre de structures scolaires, par exemple. Ces missions seront, bien évidement, adaptées en fonction des souhaits et du profil des candidats. »
Juillet 2010
• Le syndicat Unité SGP Police - Force Ouvrière est opposé à la création de milices
Dans un communiqué daté du 27 janvier 2011, intitulé « Des milices à la place des professionnels de la sécurité », le syndicat Unité SGP Police - Force Ouvrière déclare qu’il « réprouve la décision de l’Assemblée Nationale de créer des réservistes armés dans la police nationale. » Il poursuit : « la sécurité de nos concitoyens ne peut être confiées qu’à des hommes formés, aguerris et aptes à répondre à toutes les situations comme le sont les policiers nationaux ».
Le syndicat
- « s’interroge sur cette volonté de créer un semblant de « milices » armées et mal formées plutôt que de maintenir des policiers nationaux.
- « considère, qu’une nouvelle fois, on ne prend pas le problème de la sécurité par le bon bout et que ce sera la sécurité de nos concitoyens et les libertés individuelles qui se verront menacées.
- « réitère son opposition à ce nouveau démantèlement du service public police et à la fermeture des différents services et plus particulièrement de CRS. »
• « On remplace des services publics par des milices », Eva Joly & Sandrine Bélier [5]
Dernière mesure, de loin non exhaustive, l’article 37 quater prône la constitution d’une « réserve civile de la police nationale » et d’un « service volontaire citoyen de la police nationale ». Dans ce cadre, tout citoyen âgé de 17 à 65 ans pourra travailler 45 ou 90 jours par an au service de la police, en étant indemnisé (et exonéré d’impôt sur ces rémunérations également exonérées de charges sociales).
Étrange société que nous prépare cette majorité, où l’on remplace des services publics, des fonctionnaires d’État par des milices. Les forces de l’ordre ont besoin de moyens et d’une formation de qualité pour être au contact des toutes les réalités de notre pays. Au lieu de ça, les partisans de cette loi préparent de nouveaux drames.
• Le 17 janvier 2011
La réserve civile et citoyenne de la ville de Nice
Le 26 juin 2010, Christian Estrosi, maire de Nice avait fait adopter par son conseil municipal une délibération créant « une réserve civile et citoyenne sous l’autorité du Maire pour assister les services en charge de la sécurité civile dans les actions de soutien et d’assistance aux populations, d’appui logistique et de rétablissement des activités, en cas d’évènement grave ». [6]
Notes
[1] Extrait du rapport d’information n° 174 (2010-2011) de Michel Boutant et Joëlle Garriaud-Maylam, fait au nom de la commission des affaires étrangères du Sénat, déposé le 14 décembre 2010 : « Pour une réserve de sécurité nationale. »
[2] « Et Loppsi 2 inventa le policier à la petite semaine », par Guillaume Boulord, Libération, 27 janvier 2011.
[3] Une présentation du service volontaire citoyen sur le site du ministère de l’Intérieur.
[4] Extraits de la page de présentation du Service volontaire citoyen, datée de juillet 2010, sur le site de la préfecture de l’Eure : http://www.eure.pref.gouv.fr/site/L...
[5] Extrait de « La Loppsi 2 n’est pas notre France » : http://www.rue89.com/2011/01/17/la-...
[6] La présentation de la réserve civile et citoyenne de la ville de Nice : http://www.ville-nice.fr/Actualites...
[Source : LDH-Toulon]
• Et sur rue89 :
Polémique Loppsi 2 : policiers réservistes ou « milice armée » ? Par Anthony Cerveaux | Etudiant | 03/02/2011 | 17H46
La formation et les fonctions des futurs volontaires inquiètent le syndicat Unité police, le PS et la Ligue des droits de l’homme.
C’est un article, relégué à la fin de l’interminable catalogue des dispositifs sécuritaires que comporte la Loppsi 2. Son nom : le 37 quater. Son objectif : étendre aux citoyens volontaires la « réserve civile » de la police nationale, créée en 2003 pour les policiers retraités.
Cela signifie que demain votre voisin de palier ou de table – Eric Ciotti, le rapporteur de la loi, entend notamment cibler les étudiants – pourra très bien être un réserviste de la police. Avec la possibilité de dresser des procès-verbaux et de porter une arme…
Seules conditions : avoir 18 ans, un casier judiciaire vierge et la nationalité française. La fonction sera rémunérée.
« Une milice armée »
Cette nouveauté scandalise le syndicat Unité SGP-FO Police, majoritaire chez les forces de l’ordre. Il s’est fendu d’un communiqué très virulent, le 27 janvier, assimilant cette nouvelle réserve à une véritable « milice armée ». Yannick Danio, délégué national du syndicat :
« Cela peut paraître choquant, mais il faut dire les choses. On ne va quand même pas revenir à des heures sombres de notre Histoire. »
Il s’agit de compenser la diminution du nombre de postes au sein de la police nationale et d’avoir « plus d’effectifs mobilisables en temps réel, et plus disponibles », expliquait le député UMP des Alpes-Maritimes le 27 janvier dans Libération. En particulier pour des évènements exceptionnels comme « des grands concerts ou le Tour de France ».
Mais l’article de loi reste très évasif sur les prérogatives de cette police supplétive, chargée d’assurer « des missions de soutien à la demande des fonctionnaires sous l’autorité desquels ils sont placés ou des missions de spécialistes correspondant à leur qualification professionnelle ».
Encore plus inquiétant, un amendement déposé par le sénateur UMP Jean-Patrick Courtois, rapporteur de la loi au Sénat, leur permet également d’effectuer des missions de « police judiciaire ».
Formation sur le tas et dérapages
En pratique donc, à l’exclusion des missions de maintien et de rétablissement de l’ordre public, ces policiers de seconde zone pourraient assurer à peu près toutes les fonctions de police.
Avec quelle formation ? C’est là que les choses se compliquent : « On ignore totalement en quoi consiste la formation de ces volontaires », gronde Yannick Danio.
« Qui va les encadrer, les briefer, les former ? Là se pose un vrai problème », reconnaît aujourd’hui Delphine Batho, députée PS membre de la Commission mixte paritaire, après avoir soutenu le principe lors de la première lecture.
La formation sur le tas « pourrait conduire à un certain nombre de dérapages, des réactions émotionnelles ou autres, imprévus parce que les réservistes n’y seraient pas préparés », redoute Dominique Noguères, vice-présidente de la Ligue pour les droits de l’homme (LDH).
« Renforcer le lien avec la population »
Lors des discussions à l’Assemblée nationale, Brice Hortefeux, instigateur de cette mesure, justifiait :
« Nous avons l’intention de développer ce dispositif car il donne entière satisfaction à la police nationale comme aux citoyens. »
Dans son rapport sur le projet de loi, présenté le 27 janvier à l’Assemblée, Eric Ciotti ajoutait :
« Ouverte à un public de volontaires et utilisée pour des missions plus étendues, la réserve civile permettrait de renforcer le lien entre la police nationale et la population. […]

Le potentiel de réservistes volontaires dont pourrait bénéficier la police nationale est d’autant plus élevé qu’il touchera les populations urbaines et étudiantes. »
Eric Ciotti propose une sécurité qui se rapproche des gens, en renouant avec la société civile. Un argument fustigé par Yannick Danio :
« Au contraire, l’État se désengage de sa mission de service public. Près de 2 000 emplois [1 925 exactement, ndlr] vont être supprimés dans la police en 2011, dans le cadre de la loi de finance votée à l’automne. »
« Que fait la gauche ? Que fait le PS ? »
Sollicitée par Rue89, Delphine Batho exprime désormais la crainte de voir ce texte dévoyé :
« C’est forcé que dans le contexte dans lequel on est aujourd’hui, la réserve civile soit un palliatif à la diminution des effectifs. »
Devant le peu de réactions que suscite ce transfert de compétences spécialisées de la police vers le privé, inédit en France, Yannick Danio s’affole :
« Les parlementaires ne se rendent pas compte de l’importance d’une telle mesure. Il y a dans le milieu politique une vraie méconnaissance sur les questions de sécurité ».
Sur ce coup-là, une fois n’est pas coutume, il est rejoint par Dominique Noguères de la LDH :
« C’est absolument extraordinaire : on est dans une fuite en avant sécuritaire, avec une mesure populiste et une partie de la gauche, notamment au Parti socialiste, ne réagit pas. Je pense qu’ils ne mesurent pas les conséquences. Il faut vraiment qu’ils retrouvent leurs valeurs et leur réflexion. »
Jean-Jacques Urvoas, chargé des questions de sécurité au PS, admet que les différentes évolutions du texte lors des allers-retours de l’Assemblée au Sénat ont rendu le PS beaucoup plus réticent :
« On est en train de parler d’un texte qui n’est plus du tout ce qu’on avait discuté au départ. Si les réservistes peuvent dresser des PV, être armés, là on n’est plus du tout d’accord. »
La dernière lecture du texte aura lieu mardi 8 février à l’Assemblée nationale. Le Parti socialiste envisage ensuite de saisir le Conseil constitutionnel pour l’ensemble de la Loppsi 2.
[Source : rue89]
Et Loppsi 2 inventa le policier à la petite semaine
Société 27/01/2011 à 00h00
Enquête
Examinée hier en commission paritaire, la loi prévoit la création d’un statut de réservistes volontaires, formés sur le tas et qui pourront être armés ou dresser des PV…
Par GUILLAUME BOULORD
Votre voisin, votre mère, votre fils : demain, tous flics ? Pas exactement. Mais ils pourraient devenir réservistes de la police nationale. Un contrat, 90 jours par an au maximum, un petit boulot, pour compléter les effectifs de la police nationale là où elle serait « déficitaire ». Avec trois conditions : avoir plus de 18 ans, un casier vierge, et la nationalité française.
En 2003, la Loppsi - la loi d’orientation pour la performance de la sécurité intérieure - créait une réserve civile pour la police nationale. Des policiers retraités de moins de 65 ans assurent toutes sortes de missions, des événements sportifs aux élections, en passant par la révolte des banlieues en 2005. Sept ans plus tard, rebelote : une deuxième Loppsi est en discussion, qui passait en commission paritaire hier au Parlement. Parmi ses articles, le « 37 quater » prévoit d’étendre cette réserve aux citoyens volontaires.
L’UMP justifie cette mesure par le peu de candidats dans les rangs des retraités de la police : 5 164 en 2009. Pour le député Eric Ciotti, le monsieur sécurité du parti, « l’objectif, c’est plus d’effectifs mobilisables en temps réel, et plus disponibles. L’idée, c’est de reprendre le système qui existe dans la gendarmerie depuis 2008. Sa réserve, constituée de volontaires et d’anciens, compte 40 000 hommes ». Plusieurs dizaines de milliers de réservistes, pour « de grands concerts, ou le Tour de France », explique Ciotti. Elargie, la réserve vise à compenser la diminution du nombre de postes au sein de la police nationale. En cause, la réforme générale des politiques publiques, et le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux.
Pour Jean-Jacques Urvoas, chargé des questions de sécurité au PS, « l’idée n’est pas choquante si le dispositif vient appuyer les policiers. Mais j’entends l’inquiétude des policiers, qui craignent que cette réserve se substitue à de vrais postes ». Exemple : le nombre de places au concours pour devenir adjoint de sécurité a diminué, de 1 546 en 2008 à 500 en 2009, et… aucune en 2010. Quant à Françoise Dumont, vice-présidente de la Ligue des droits de l’homme, elle dénonce « l’esprit même de cette réserve » :« Policier, c’est un métier, cela nécessite une formation, une déontologie. Nous n’avons aucune garantie que ces volontaires y seront formés. » Dans les faits, ces réservistes devraient être formés à la manière des pompiers, sur le tas.
Les étudiants sont les premiers visés, « pour qu’ils comprennent mieux ce qu’est la police », explique Ciotti. La réserve civile comme job d’été, mais aussi comme porte d’entrée dans la police nationale. « L’idée, c’est que le citoyen doit être associé à tout, explique Maxime Cessieux, membre du Syndicat des avocats de France (SAF). Mais, il n’est pas formé à tout. Les députés donnent l’exemple du Tour de France : il s’agit clairement de faire du supplétif. »
Le 37 quater permet aussi d’effectuer des missions de police judiciaire, y compris d’établir des procès-verbaux. « Le PS est fermement opposé à cette idée, rappelle Urvoas, parce qu’il s’agit d’une compétence spécialisée de la police. » Mieux, ces réservistes pourront porter des armes. Ciotti justifie : « C’est déjà le cas des policiers de la réserve. Mais, cela se fera dans le cadre d’une habilitation et d’une formation. Des certificats correspondants seront nécessaires, comme pour la police municipale. » Des garanties insuffisantes, selon Me Alain Mikowski, du Conseil national des barreaux : « Un policier formé a déjà du mal à s’en servir. Il tire déjà peu de cartouches par an [trente cartouches, trois fois par an dans la plupart des cas, ndlr]. Ce n’est pas parce que l’on va leur apprendre à tirer qu’ils sauront s’en servir. » Pour le syndicat policier Snop, « ce n’est pas tant la formation qui dérange, mais l’usage exceptionnel qui doit être fait de ces armes ». Les militants anti-Loppsi 2 craignent, eux, que cette réserve civile se transforme en « milice »citoyenne.
Interviewé par Resgend, l’association des réservistes de la gendarmerie, le général Jean Danède, délégué aux réserves de la gendarmerie nationale, l’assure : « La réserve générale devient largement indispensable, surtout en ces périodes troublées. »
Jouer au Bobby, un hobby anglais
Chez les Anglo-Saxons, la notion de « citoyen-policier » est solidement ancrée.
Par GUILLAUME BOULORD
Et si le citoyen était le maître d’œuvre de la sécurité ? L’idée du gouvernement d’ouvrir les commissariats aux volontaires s’inspire du système anglo-saxon. Les Britanniques ont fait des Bobbies un symbole. Pourtant, le célèbre policier londonien n’a été créé qu’en 1829 par celui qui lui a donné son nom, Sir Robert (Bobby) Peel, alors Premier ministre du royaume. De fait, l’Angleterre s’est dotée très tard d’une police professionnelle distincte du citoyen lambda. Plus que le mythe du policier courtois, c’est en effet le citoyen comme acteur de la sécurité publique qui est ancré dans la tradition anglaise. Sur le plan législatif, le Citizen’s Arrest, la possibilité pour tout un chacun d’arrêter un criminel, remonte au Moyen Age. Les shérifs encourageaient même à appréhender les hors-la-loi.
Ce rôle du citoyen, le gouvernement conservateur de David Cameron a décidé de le renforcer. La raison est la même qu’en France : une réduction drastique du nombre de policiers, 6 000 postes en moins chaque année jusqu’en 2014. En contrepartie, des forces de police privées se créent, et gagnent du terrain. Au départ, de simples compagnies qui, pour 2 à 4 livres par semaine (2,30 à 4,60 euros), surveillent les demeures. Des gardiens désormais « accrédités », qui peuvent exiger d’un individu de ne pas avoir un comportement « antisocial » : dans la rue, ils confisquent la bouteille d’alcool tenue à la main ou le paquet de cigarettes, pour les plus jeunes.
Les Américains se sont aussi inspirés de ce modèle britannique. Depuis plus de vingt ans, les « citoyens en patrouille », des volontaires, se font les yeux et les oreilles de leurs communautés. Formés par les polices locales, ils communiquent directement avec elles par radio ou par téléphone depuis leur voiture. Mais ces volontaires ne sont pas autorisés à porter des armes. L’association nationale de ces citoyens en patrouille revendique 75 000 membres à travers les 50 États du pays. Avec un argument : les volontaires, en effectuent un travail de prévention, permettent aux policiers de se consacrer à leur mission première.
Mais dans ce modèle anglo-saxon, le citoyen est aussi celui qui doit déceler la part de voyou qui peut se cacher dans chaque flic. Là encore, il s’agit d’un principe anglais médiéval : l’accountability. Littéralement, le fait pour les services publics de rendre des comptes, police comprise. Ce concept est très présent au Royaume-Uni comme outre-Atlantique. Né dans les années 90 à Cincinati et Los Angeles, le cop watching est un mouvement visant à empêcher les bavures. Avec pour slogan : « Surveiller ceux qui nous répriment. »
Dans le reste de l’Europe, le mouvement connaît ses prémices, à l’instar des « brigades de voisinage d’observation des droits de l’homme » à Madrid. Ces « brigades » se présentent comme une réponse collective à la multiplication des violences policières, et plus concrètement à l’augmentation de la répression des sans-papiers. L’idée est simple : sans violence, muni d’un appareil photo ou d’une caméra, le citoyen observe, capte les faits et gestes des policiers. De telles initiatives ne renforcent pas le lien entre la police et les individus, mais elles permettent de faire entendre la voix des citoyens.
[Source : Libé]