LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.


C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.



lundi 28 février 2011

Lignes de fuite pour les soulèvements arabes

L’objectif est de proposer une analyse qui évite de spéculer sur ce que souhaiteront et réaliseront les peuples arabes.
L’essentiel de cet article traite des lectures dominantes que nous avons de ces événements et cherche à faire remarquer que les commentaires qui sont les nôtres en disent finalement plus long sur nous-mêmes que sur les pays concernés.
Il est inutile de spéculer sur l’avenir mais il est possible de prendre en compte le fait que le sens de l’Histoire, son inertie pousse dans certaines directions qu’il est intéressant de relever.
C’est ce que cette analyse essaie de montrer dans un deuxième temps. Cette crise risque de rencontrer dans son déroulement à venir certains des déterminismes qui sont ceux d’une réalité globale et historique à laquelle le monde arabe ne pourra pas échapper. En effet, de profondes influences auront tendance à pousser sur le devant de la scène des logiques qui peuvent être autant de limites aux luttes entamées.
Le premier point intéressant à considérer est le regard que porte l’Occident sur la situation. Nous lisons les événements à travers deux grilles de lecture majeures ; deux lectures qui sont liées à notre propre situation, qui est celle d’une civilisation traversant une situation de crise. Cette crise est pour certains passagère et inévitable dans la globalisation, pour d’autres elle nécessite de profondes réorientations.
Ainsi quand les seconds verront dans ces événements au Maghreb et au Proche-Orient la naissance d’une contestation dont l’Occident devrait s’inspirer, les premiers y verront la preuve que les valeurs absolues qui régissent nos sociétés restent plus que jamais d’actualité. Dans les deux cas, ces approches s’inscrivent dans une tentative pour l’Occident de se rassurer sur sa destinée. Se rassurer en espérant y trouver une source d’inspiration pour réformer notre civilisation ou au contraire en y voyant l’affirmation et la preuve de la pérennité de notre modernité et de l’adhésion qu’elle entraine.
Ces deux lectures ne s’opposent pas que du point de vue des conclusions, elles s’opposent plus globalement par les idéologies qui les sous-tendent.
Dans un cas, il s’agit de la pensée révolutionnaire internationaliste néo-marxiste qui part du principe que la révolution contre le capitalisme ne se fera pas en Occident – où il n’existe plus de prolétaires révolutionnaires, seulement des « exclus » de la prospérité – et que le prolétariat potentiellement révolutionnaire se trouve ailleurs. Il se situe dans les ateliers sud-asiatiques, en Afrique, dans les « pays en développement » subissant le capitalisme impérialiste dans toute sa barbarie. D’où l’espoir que ces pays s’unissent dans une contestation globale qui mettrait un terme au capitalisme, et qu’ils exportent leur contestation vers les pays dits développés.
Dans l’autre, nous retrouvons la théorie de Francis Fukuyama, celle de nombreux conservateurs, celle de la fin de l’histoire. Il s’agit de l’idée que la progression de l’histoire humaine, envisagée comme un combat entre des idéologies, touche à sa fin avec un consensus sur la démocratie libérale de marché. Ce système constitue alors l’horizon indépassable des civilisations humaines, malgré ses imperfections. Ces grands mouvements de révoltes correspondraient ainsi à l’entrée dans la modernité de ces peuples en soif d’une « standardisation » souhaitée dans le cadre de la mondialisation.
Une fois ce constat posé, il est important de remarquer l’adhésion générale à l’idée que le phénomène est historique. Ce que cette révolte a d’unique, c’est l’unité qui est la sienne. De nombreux clivages, en particuliers religieux (entre laïques, musulmans, chrétiens, etc), ont du être mis entre parenthèse pour permettre son succès. Cette unité est réelle, mais il ne faut pas oublier qu’une révolution se fait en plusieurs temps.
D’abord, il s’agit de renverser les pouvoirs constitués, ce qui n’est possible que par l’unité, ou plus exactement par l’intérêt objectif partagé d’ébranler le pouvoir historique. Rappelons-nous qu’en 1789, la révolution commence par une opposition massive à la monarchie absolue. La contestation réunit ainsi des nobles déclassés par la remise en question de leurs rentes féodales ou d’autres, tel Mirabeau, obéissant à des logiques qui ne sont déjà plus celles de l’Ancien Régime, mais aussi des bourgeois qui souhaitent remettre en question les privilèges aristocratiques, tels que la non imposition, l’accès réservé pour toute une série de charges, royale, ecclésiastique et militaire, et enfin une partie du peuple, principalement urbain, première victime des difficultés sociales de l’époque. Pour lutter contre l’absolutisme d’un pouvoir contesté, les unions les plus insolites sont possibles.
Par la suite, il s’agit de construire une alternative, et c’est à ce moment là que les clivages se révèlent. C’est durant cette phase que les petites et grandes bourgeoisies n’ont plus les mêmes projets ; les classes populaires urbaines et rurales s’opposent sur les revendications concernant la propriété privée ; les petits nobles provinciaux et les grands aristocrates rentiers ont des avenirs qui n’ont plus rien en commun…
Or dans les pays concernés par les événements actuels, il existe une telle diversité. Ces sociétés ne sont pas plus monolithiques que ne l’ont été les nôtres.
L’unité actuelle repose sur la contestation de dirigeants autocrates voir despotiques, répressifs et largement corrompus. Ils sont au pouvoir depuis bien trop longtemps et semblent incapables de prendre en main les problématiques contemporaines, à commencer par les crises alimentaires récurrentes entrainées par des mouvements spéculatifs sur les marchés financiers mondiaux. Il n’en fallait pas plus pour créer l’unité indispensable pour imposer un changement, mais cela risque d’être insuffisant pour assurer la cohésion nécessaire à la construction qui doit suivre. Et pour cause : les origines des revendications et les attentes de changement sont multiples et souvent antagonistes.
Les clivages principaux à venir ont de fortes chances d’être à l’image de ceux que nous pouvons constater chez nous et qui résultent des tensions inhérentes à la mondialisation : une opposition entre ceux qui veulent croire à la réussite de la globalisation à l’occidentale, à savoir basée sur un capitalisme financier et des valeurs structurantes néo-libérales, et ceux qui contestent fondamentalement ce modèle.
Il existe dans tous ces pays une frange de la population qui ne souhaite rien d’autre que de tendre vers une modernité occidentalisée. Parmi eux, quelques-uns font partie des oligarques déjà au pouvoir, souvent enrichis par la rente pétrolière, d’autre plus nombreux sont issus de la bourgeoisie, souvent enrichie par la mondialisation (tourisme, commerce international). Des petits patrons, artisans ou étudiants dont le mode de vie est marqué comme en Occident par internet et par la société de consommation. La révolution qu’ils défendront a bien peu de chance d’amener une alternative sérieuse à notre propre société. Les plus illusionnés des révolutionnaires se plongeront dans Rousseau pour ce rassurer sur la propension des « bons sauvages » à ne pas commettre les erreurs qui ont été – et sont toujours – les nôtres ; les plus conservateurs seront satisfaits, le terrain de jeu du capitalisme s’agrandit. Cette tendance est, malgré sa surexposition médiatique, encore minoritaire, à l’exception peut-être de la population de certaines grandes villes.
C’est là toute la limite de l’universalité de la fin de l’histoire « à l’occidentale ». L’universalité ne réside pas dans le développement de processus de souveraineté populaire efficients comme nous pourrions l’espérer (ne serait-ce que pour nous-mêmes), mais dans la recherche néo-libérale de jouissance et d’émancipation individuelle.
Cette idéologie que nous exportons si bien tend à montrer toutes ces limites dans nos sociétés où le modèle arrive à maturité. La recherche du bonheur individuel ne favorise pas le développement de l’intérêt général, mais au contraire ébranle de plus en plus visiblement les substrats politiques et économiques nécessaires au bonheur dans le cadre d’une vie en société.
Quant à la lecture « pro-révolutionnaire », elle connaît également des limites : il est important de prendre en compte que rien n’indique que les projets alternatifs au capitalisme global qui naitront hors Occident seront en phase avec les valeurs et les projets alternatifs qui peuvent être les nôtres. Rien n’indique donc qu’ils catalyseront ou inspireront notre propre contestation.
Il est primordial de constater que la base idéologique de contestation du capitalisme impérialiste dans le monde n’est pas forcément celle qui est la nôtre, que les idéologues de la contestation ne sont pas partout des marxistes, des socio-démocrates ou des altermondialistes et que l’Occident n’a pas le monopole des projets alternatifs à la globalisation dont il est l’initiateur.
Qu’ont en commun les grands perdants de la globalisation capitaliste ? Parmi ces perdants se trouvent les pays les plus pauvres, exclus des réussites de la globalisation comme la Somalie, l’Ethiopie, le Bangladesh, le Yémen… On peut penser également aux pays qui jouent le rôle d’usines du monde, les prolos de la mondialisation, ceux chez qui même l’industrie chinoise fait de la sous-traitance comme la Malaisie ou les Philippines entre autres pays du sud-est asiatique ou d’Afrique. On peut enfin penser à tous les pays dont les ressources naturelles attirent toutes les convoitises et qui sont les victimes d’un quasi-siècle de prédations et de dominations, majoritairement occidentales, de l’Algérie au Pakistan.
Ils ont tous en commun d’être à forte composante musulmane, pour plus de 90 % de la population de la plupart des pays cités et d’environ 60 % pour les cas asiatiques.
La place de l’islam dans ces conditions est prépondérante et ne peut en aucun cas être limitée à une vulgate marxiste du type « religion, opium des peuples ». Les révolutions ne se font pas forcément contre les religions comme ce fut le cas en France, elles peuvent s’appuyer sur de nombreuses croyances collectives qui permettent de penser la société. Or l’islam n’est pas qu’une religion, c’est également un droit (au sens juridique), c’est un projet de société autant qu’une philosophie de vie qui a d’ailleurs eu un temps de grandeur que certains ne peuvent que souhaiter restaurer. La Révolution française s’est faite contre le catholicisme car celui-ci était structurel au pouvoir de l’Ancien Régime, alors rejeté. A l’inverse, dans la plupart des pays musulmans, le pouvoir aujourd’hui ébranlé s’affichait comme un rempart au développement d’un islam politique. Il serait donc assez naturel que des partis islamistes émergent des conditions actuelles pour proposer de participer à une reconstruction. Inutile de préciser que la possibilité d’une démocratie sur la base d’une république islamiste – par exemple – ne peut être jugée sur la seule base des réalisations historiques ou contemporaines. Il est important pour l’Occident de réaliser et d’admettre que la modernité des peuples arabes (pour ne citer qu’eux) puisse être établie sur une base religieuse et que cela ne sera pas forcement antagoniste avec le progrès social et technologique, la démocratie et l’état de droit.
Alors, s’il est vrai que nous traversons une phase circonstancielle de relative unité généralisée, autant dans la revendication de changement des peuples arabes que dans l’analyse occidentale très majoritairement favorable à ces événements, il y a fort à parier que cela ne durera pas. Il est difficile de savoir quelles formes prendront ces révoltes par la suite mais il existe de grandes chances qu’elles reposent sur une double tendance. Celle d’une orientation conforme à la globalisation capitaliste néo-libérale, et celle d’une orientation plus conforme aux traditions séculières de ces peuples. Le problème étant de savoir s’il existe une voie de compromis entre les deux.
Ce qui est probable, c’est que certains intérêts influents cherchent à canaliser la situation dans un sens qui leur serait favorable.
En premier lieu dans le monde musulman : comme nous l’avons vu, ce qui rassemble ces peuples tient principalement à la contestation des rapports de domination qui leurs sont défavorables depuis trop longtemps. Le monde arabe a conscience que sa division dans le monde de la globalisation est une source d’impuissance.
En première lecture, l’islam semble être porteur de rassemblement, seulement la réalité est que l’islam n’est pas homogène mais multiple dans le monde arabe, et surtout qu’il n’est absolument pas structuré. Trois grands pays cherchent à réaliser une union des pays du Proche-Orient, voir du Maghreb ou de l’Asie Mineure. La Turquie, sur la base d’une république laïque, non sans nostalgie de l’Empire ottoman, pays officiellement lié à l’OTAN, d’origine non sémite (Asie Mineure) et turcophone. L’Iran, pays anti-occidental revendiqué, chiite et également non sémite (indo-européens) qui cherche à développer un modèle de république islamiste. Enfin, l’Arabie Saoudite, alliée principale des intérêts anglo-saxons dans la région et pourtant principale mécène d’un islam néo-wahhabite qui correspond en tout point à l’image de « l’islamo-fascisme ». C’est en effet un islam extrêmement prosélyte qui derrière un discours traditionaliste favorable à un régime théocratique n’est rien d’autre qu’une doctrine politique totalitaire aussi corrompue moralement que financièrement. Cet islam n’a pu se développer que grâce à un demi siècle de soutien occidental (principalement pour lutter contre le nationalisme et le communisme) auxquels s’ajouteront des pétrodollars en quantités considérables.
De ces trois pays, le plus influent dans le monde arabe est sans conteste le dernier, par ses réseaux, ses capacités de financement et sa posture de lutte contre l’impérialisme. Pour autant, inutile de sombrer dans la crainte fantasmée du « califat mondial », les divisions présentes restent très importantes et cet islam fondamentaliste est loin de faire l’unanimité chez les musulmans. Par contre cette tendance peut pousser à une certaine radicalisation vis-à-vis du libéralisme et de l’Occident chez les nombreux « pro-traditionalistes » modérés et donc accroitre la difficulté d’un compromis avec les partisans d’une modernité occidentalisée.
Les acteurs majeurs du monde musulman ne seront pas les seuls à tenter d’influencer par intérêt ou par idéologie les événements à venir. L’Occident ne devrait pas rester en dehors de l’affaire au regard des intérêts en jeu. Si les évolutions se font dans le sens d’une « adaptation à la mondialisation », les conservateurs de tous poils en chanteront les louanges en cœur avec tous les humanistes contemplatifs. On serait dans la posture du « tout changer dans les pays arabes, pour ne rien changer dans le monde ».
Si en revanche les évolutions se font sur une base plus cohérente avec l’histoire séculière des peuples musulmans, les conservateurs occidentaux entameront l’acte II de leur raisonnement : après la fin de l’histoire, le choc des civilisations. Leur analyse serait donc que le sens naturel de l’histoire est l’universalisme occidental (le début des révoltes l’a montré) mais que l’islam fondamentalement obscurantiste va tenter de s’y opposer ; ce qui justifierait au minimum des condamnations « internationales », au maximum des interventions. Cette théorie assimilant toute forme d’islam un tant soit peu revendicatif au plus fondamentaliste des extrémismes wahhabites ne sera jamais rien d’autre que la volonté de faire passer des luttes socio-économiques et géopolitiques pour de simples antagonismes religieux.
Quoi qu’il en soit, cette opposition frontale des blocs d’influence ne va pas faciliter l’unité qui est pourtant indispensable pour que ces pays évitent de sombrer dans le chaos. Un chaos qui serait certainement contagieux, bien que les conséquences pour le reste du monde puissent être plus économiques que politiques : l’économie mondiale ne supporterait pas actuellement un nouveau « choc pétrolier ».
Enfin, pour conclure, ces analyses ne doivent en aucun cas nous faire oublier une question qui nous concerne beaucoup plus directement, à savoir la compréhension des raisons de l’impossibilité des pouvoirs en place de réagir à ces phénomènes insurrectionnels. Une révolution ne se fait pas seulement par un peuple revendicatif, elle nécessite l’affaissement préalable des structures du pouvoir.
Le cas égyptien semble exemplaire. Les révoltes sont récurrentes depuis 2005 sur des bases communes à celles actuelles, mais jusqu’à présent, elles ont pu être réprimées. Ce qui vient de se passer n’est pas sans rappeler ce qu’a symbolisé la chute du mur de Berlin : l’empire qui sous-tendait l’édifice n’avait plus les moyens de son ambition. Actuellement, l’empire se retrouve contraint à l’abandon de Moubarak, un de ses plus fidèles alliés dans la région. C’est lourd de conséquence. D’une part, on en reparlera surement, pour l’état d’Israël, qui semble avoir bien intégré le message ; d’autre part, car il est probable que nous assistions à l’un des premiers signes géopolitiques de l’effondrement américain et ainsi à la fin d’une époque, celle de l’insouciante hégémonie occidentale sur le monde. Les signes avant coureurs sur le plan économique n’apportent pas d’autres perspectives. L’occident traverse une grave crise et doit se remettre en question. Les réponses ne se trouveront pas dans des événements historiques tels que ceux se déroulant de l’autre coté de la méditerranée et qui appartiennent à des processus de recherche d’alternatives profondément différents des nôtres.

source : pauljorion.com

samedi 26 février 2011

De la “chaîne crisique” au “temps crisique”



Aujourd’hui, une nouvelle forme d’événement s’impose depuis l’explosion tunisienne. (Noam Chomsky affirme qu’en fait tout a commencé, pour cette séquence, avec une crise et une répression marocaines au Sahara Occidental en novembre 2010, mais nous nous en tenons à l’écho de communication qui donne toute son importance, presque sa réalité à la crise. Le choix de la Tunisie à partir de la mi-décembre 2010 est alors évident).
Il ne s’agit plus de crises diverses qui se succèdent et s’installent, mais sans rapport direct de cause à effet entre elles, mais bien de crises “s’enchaînant” l’une après l’autre, parfois même simultanément, avec un rapport évident, direct et extraordinaire de cause à effet, comme s’il y avait un lien entre elles. Nous parlerions alors d’un “enchaînement crisique” ou d’une “chaîne crisique”, avec les crises comme les maillons d’une chaîne, étroitement liées l’une à l’autre. Le phénomène ne supprime nullement la structure crisique (la crise iranienne continue, la crise financière aussi, la crise afghane, etc.) ; il la “double”, il la renforce, il la transforme en quelque sorte.
Cette sorte d’événement(s), – dont on ne sait s’il faut employer le singulier ou le pluriel à ce propos, – est évidemment caractérisé d’abord par son extrême rapidité, laquelle confond jusqu’à l’amiral Mullen lui-même et nous suggère, on l’a vu, des hypothèses sortant de l’ordinaire historique. Si l’on choisit l’expression de “chaîne crisique”, qui fixe bien l’aspect durable de la situation, on doit garder à l’esprit son aspect dynamique, qui pourrait justifier également l’expression d’“enchaînement crisique” à laquelle nous avons également songé. Ainsi peut-on rendre compte de l’originalité de l’événement : à son extrême rapidité s’ajoute le caractère durable et indécis de chaque “maillon” (de chaque crise, de chaque “révolution”). Rien n’est réglé, ni en Tunisie, ni en Égypte, les deux premières crises, et notre hypothèse est que rien ne sera réglé rapidement, ni même sur le terme, intégrant la chaîne crisique dans la structure crisique.

Cette hypothèse répond à notre analyse que ces crises successives ne sont pas seulement des crises locales ou une suite de crises affectant une seule région, mais des soubresauts brutaux de la crise générale du Système (comme des “répliques” parcellaires d’un séisme général, si l’on veut) ; elles font partie de la crise du Système, donc par définition crises insolubles tant que cette crise du Système ne sera pas arrivée à sa maturation extrême. De même, notre refus de considérer cette chaîne crisique comme régionale nous conduit à y intégrer la crise de Madison, dans le Wisconsin, laquelle pourrait s’étendre selon le même principe dynamique à d’autres Etats de l’Union (dans l’Ohio et le Montana, par exemple).
Cet ensemble dynamique, avec le facteur nouveau de la chaîne crisique s’intégrant à la structure crisique, tout cela étant directement référencé à la crise du Système, conduit à une intégration générale. On observe une accélération du facteur crisique, conduisant comme on l’a déjà vu à une contraction du temps (caractère observé le 22 février 2011, à propos de la déclaration de l’amiral Mullen) ; le temps “contracté” devient une sorte de “temps crisique”. On observe effectivement une intégration générale tendant à s’unifier sous la forme de la crise générale du Système, selon des facteurs divers qui, tous, concourent à rendre ce “temps crisique” autonome, répondant à ses propres lois, à sa propre logique, à sa propre dynamique. Nous approchons de, ou nous sommes arrivés dans la période où les caractères de puissance extraordinaire du Système se retournent contre lui, – l’exemple le plus évident étant celui du système de la communication, notre fameux Janus, qui semble de plus en plus souvent fonctionner, dans certaines circonstances presque exclusivement, dans un sens destructeur par rapport au Système, donc selon une dynamique antiSystème.
Le résultat de cette évolution, – passant de l’étape “structure crisique”/“chaîne crisique” à l’étape “temps crisique”, – est l’entrée dans une phase où l’évolution générale, politique, sociale, culturelle, etc., de notre civilisation globalisée ne peut plus être définie que par une situation de crise. Il est et il sera de moins en moins possible de distinguer les crises selon leurs caractères sectoriels (crise financière, crise géopolitique, crise sociale, etc.), l’essence de la situation du monde se transformant en crise. La rapidité extraordinaire de cette évolution, et en accélération constante, est le facteur essentiel qui nous fait accepter cette sorte d’hypothèse. La vitesse même des choses permet de concevoir des idées comme celle de la contraction du temps, et la transformation de l’essence même de la situation du monde…
Un aspect notable, sinon remarquable de cette évolution, est qu’il n’est pas nécessaire que la majorité des sapiens, ou, plus encore, qu’il n’est pas nécessaire que la plupart des directions politiques et des “élites” s’aperçoivent de ce phénomène pour qu’il soit effectif et acté comme tel, – peut-être même, au contraire (moins ce phénomène est réalisé par les directions politiques, plus il a de chance de s’imposer et de se développer)… C’est sans doute le caractère le plus remarquable, pour considérer l’hypothèse de la fin du Système, que cet aveuglement absolument complet de nos dirigeants et de nos élites, cet aveuglement qui semble suivre comme règle de ne cesser de se renforcer à mesure que s’accumulent les signes de la crise. Cela va du constat le plus général et le plus global qu’on puisse faire, aux détails courants de la vie politique (lire ce que dit Marwan Bishara, d’Aljazeera, de la vie politique à Washington et de la complète déconnexion du monde réel, de la totale incapacité de tirer un enseignement constructif et correspondant à la réalité de la “chaîne crisique” qui s’est déclenchée avec la Tunisie). Par ailleurs, cet aveuglement semble un caractère inévitable de ces directions politiques et de ces élites, quelque chose qui fait partie de leur nature même, – cela entraînant l’“eschatologisation” des événements…
L’“eschatologisation” des crises humaines
Voici un de nos nouveaux et horribles néologismes : l’“eschatologisation”, qui proposerait la signification du “fait de devenir eschatologique”. Notre conception de l’eschatologie, bien entendu hors du domaine religieux et prophétique, et à côté de la définition théorique (“Etude des fin dernières de l’homme et du monde”), se fait à partir de la définition qu’en propose Roger Garaudy : «L’eschatologie ne consiste pas à dire: voilà où l’on va aboutir, mais à dire: demain peut être différent, c’est-à-dire: tout ne peut pas être réduit à ce qui existe aujourd’hui.»
Le fait eschatologique, adapté aux enjeux qui caractérisent cette époque de crise centrale, revient à décrire une situation, et précisément une crise pour notre propos, hors de la maîtrise des puissances humaines. Les situations menant à des crises eschatologiques, et pesant déjà comme telles dans notre situation, sont celles de l’épuisement des ressources, de la catastrophe environnementale, de la crise du climat, etc. L’idée que nous introduisons de l’“eschatologisation”, pour tirer un enseignement essentiel de ces phénomènes de la “chaîne crisique” et du “temps crisique”, est que ce caractère eschatologique est en train de gagner, si ce n’est déjà fait, les “crises humaines” elles-mêmes (politiques, géopolitiques, sociales, culturelles) ; qu’il prend alors une dimension radicale, avec ces “crises humaines” soudain hors de la maîtrise humaine, et même hors de l’influence humaine, avec un effet contre-productif de la plupart des tentatives humaines d’influer, de regagner de l’influence sur elle.
On constate dans le comportement et l’évolution des classiques détenteurs de la puissance, de ceux qui ont l’habitude d’être les acteurs des grandes crises, une impuissance extrême, non seulement dans l’action mais dans la prévision, voire dans l’état d’esprit par rapport à la prévision et à l’action, où l’on se reconnaît par avance impuissant à prévoir et à faire quoi que ce soit. On a vu, dans l’actuelle séquence de ce temps crisique, un exemple de ce phénomène, avec les chefs du renseignement US, voire avec les déclarations de l’amiral Mullen. C’est cette conscience de l’impuissance qui marque la véritable “eschatologisation”, parce qu’elle conduit par simple réflexe de la psychologie, presque un réflexe d’automatisme, à une pusillanimité, une prudence extrême, un découragement par avance, qui équivalent effectivement à une démission de toute influence effective. (Auparavant, les acteurs pouvaient souvent être impuissants ou inefficaces mais le plus souvent ils ne le reconnaissaient pas puisqu’ils n’en avaient nulle conscience ; ils jouaient donc un rôle, bon ou mauvais, efficace ou pas, etc., parce qu’ils estimaient dans tous les cas qu’ils avaient de l’influence et qu’ils contrôlaient les choses, et ils avaient effectivement de l’influence et contrôlaient les choses même si l’effet était mauvais pour eux-mêmes et leurs intérêts. Le changement est moins dans les faits que dans les psychologies, – et l’on comprend que c’est bien entendu l’essentiel.)
Le résultat de cette évolution d’“eschatologisation” est non seulement la perte de contrôle et d’influence des acteurs humains sur les crises humaines, mais l’évolution inéluctable de toutes les activités des acteurs humains vers des situations de crise hors de leur contrôle, avec à mesure leur intégration dans la chaîne crisique puis dans le temps crisique, puis enfin dans la crise générale du Système. Bien entendu, cette évolution est un renforcement de plus de cette crise centrale, comme réceptacle de toutes les crises, – bien plus que “la mère de toutes les crises”, finalement la seule crise vers laquelle tout le reste tend à converger et s’intégrer, – l’événement de la crise centrale remplaçant à mesure, en en devenant le composant essentiel, toutes les structures des relations humaines (politiques, géopolitiques, sociales, culturelles…) et ces relations elles-mêmes.
L’actuelle séquence de “chaîne crisique” doit alors apparaître comme un tournant intéressant. Les sapiens impliqués dans le Système et qui l’ont défendu jusqu’ici, particulièrement ceux qui peuplent les directions politiques et qui occupent les positions dites des élites, ne peuvent plus prétendre apporter une contribution globale à la compréhension de la situation qui pourrait servir au Système. Ils s’en remettent éventuellement à leurs experts et, surtout, à leurs services de communication. Aujourd’hui, la chaîne crisique démarrée avec la Tunisie évolue dans l’esprit de ces directions politiques sous le label de “démocratisation” (pays “à démocratiser”), – avec les hypocrisies habituelles selon les pays et les intérêts qu’on y a, – ce qui est affreusement lourd à supporter tant l’appréciation est évidemment pure sornette de communication par rapport à la réalité de la complexité et de la puissance du problème. Cela conduit d’autre part à rater diverses conjonctures importantes, comme celle de comprendre que la crise de Madison, Wisconsin (qui ne peut être un pays “à démocratiser”, – bien entendu sacrilège, une telle hypothèse) doit être considérée comme faisant partie de cette chaîne crisique. Ces erreurs d’identification des réalités de la crise alimentent l’enchaînement des impuissances et des paralysies du côté des directions politiques, et favorisent dans la situation générale le développement de la chaîne crisique et tout ce qui en découle, jusqu’à la crise du Système.
D’une façon plus générale, il s’agit du processus inéluctable d’intégration de toutes les activités humaines, y compris et principalement les activités des directions politiques et des élites qui jusqu’ici ont écarté le constat de la crise centrale, dans le processus de la crise centrale du Système. Cela revient évidemment, sans nécessité de réalisation et de conscience de la chose, à la reconnaissance de facto, par le simple comportement et le déplacement des conceptions, que le Système est effectivement en crise, et que cette crise est nécessairement, par nature, centrale et surtout terminale. On voit que se poursuit le paradoxe d’autodestruction du Système puisque c’est la puissance même du Système, qui se répercute dans sa crise elle-même, qui prive par ses effets indirects les sapiens à son service de toute réelle possibilité de faire subsister avec suffisamment de puissance et de conviction les illusions diverses (le virtualisme et le reste) déployées pour tenter de masquer et de déguiser la réalité terrible de cette même crise du Système. Au contraire, cette même puissance du Système contribue décisivement à faire évoluer ces mêmes sapiens serviteurs du Système comme des facteurs involontaires nous aidant à la reconnaissance de cette même crise…

lundi 21 février 2011

Le zombie moderne, catharsis d’un urbanisme de classe







Un petit mot de l’auteur :-)





Géographe, consultant freelance en prospective urbaine, je déploie habituellement mon flow sur pop-up urbain,   “popservatoire d’urbanités” où j’explore les imaginaires de la ville  de  demain dans la pop-culture contemporaine. Au menu : des billets  jeunes et ambitieux, parfois vicieux, souvent LOL mais toujours sérieux !





Urban after all est né d’une discussion avec Nicolas Nova, consultant chez Liftlab, suite à la fermeture du Laboratoire des villes invisibles  qu’il animait et auquel j’avais eu la chance de contribuer. Dans cette  perspective, Urban after all s’envisage comme une plateforme  collaborative où interviendront de temps à autre d’autres intervenants  au regard acéré sur la ville.




Le zombie est dans l’air du temps, c’est indéniable. Les films  (originaux ou remakes acclamés, mais aussi parodies), comics et séries (The Walking Dead), ou encore jeux vidéo exploitant le genre, prolifèrent depuis quelques années. Le phénomène descend aujourd’hui dans la rue pour quelques joyeux “Zombie Walk” à travers le monde. Bref, le mort-vivant a la cote, à tel point que Wired prédit même l’éclatement prochain de cette “bulle zombie”  [en], qui sature nos écrans de morts-vivants en tous genres.  L’industrie culturelle n’est d’ailleurs pas la seule à contribuer à  l’inflation : même les prix Nobel [en] s’y mettent, comme le rappelle avec humour le très sérieux Econoclaste, pour qui 2011 sera “l’année des zombies” économiques.

Tout  a été dit sur le sujet.. ou presque. Car ce “retour” du zombie  est plus subtil qu’il n’y paraît. À première vue, rien de bien nouveau :  dans l’esthétique comme dans l’attitude, les morts-vivants n’ont que  peu évolué, à l’exception du fameux “zombie sprinteur” imaginé par Zach  Snyder dans son remake de Dawn of the Dead. C’est peut-être un détail pour vous mais pour les zombies ça veut dire beaucoup, comme l’explique Slate [en] : “Peut-être [...] l’obsolescence du zombie lent signale le déclin de la culture “mobocratique” [en] au bénéfice d’un penchant moderne pour l’individualisme.” Cinétudes s’interroge aussi sur cette (r)évolution, et y perçoit un  “révélateur de cet état d’esprit très contemporain où non seulement la  croyance en  la science [...] mais aussi la croyance en l’homme [...]  donnent une  certaine naïveté au propos” du film. Le zombie sprinteur dédouanerait donc l’homme de ses responsabilités communautaires… Une figure moderne, dites-vous ?



Les trois époques “zombie”



Mais mettons de côté pour l’instant cet exemple notable, mais encore  isolé dans la mythologie zombologique. C’est davantage dans des détails  plus subtils que l’on peut constater une mutation pleine de sens. À y  regarder de plus près, le zombie des années 2000-2010 diffère en effet  de son aîné des seventies, popularisé par Romero et quelques autres,  malgré un comportement similaire. Dans sa chronique sur Influencia, Thomas Jamet distingue ainsi trois “époques zombie” dans la culture moderne occidentale, auxquelles il fait correspondre trois périodes de “transition” sociétale :
“La  première époque zombie a été incarnée par le « Frankenstein »  de Mary Shelley, le thème du Prométhée moderne symbolisant le passage à  l’ère industrielle à la fin du 19e siècle victorien et dénonçant les dangers de la technique et de la science.
Le  deuxième âge a été la fin de cette ère moderne avec les films de  Romero, dénonçant une société de consommation et ses travers, et  appelant à la révolte contre l’ordre bourgeois en pleine période de   libération des mœurs. Le zombie apparaît alors dans les années 60 comme  un symbole de soumission contre lequel il faut se dresser.
Le  thème du zombie a été traité depuis, mais on peut peut-être voir une  troisième époque apparaître avec le retour en force de ce mythe. Le  zombie revient en effet à un moment où le monde connaît une lente  période de transition et de remise en cause du modèle économique, social   et politique et une mutation profonde de tous ordres.”

Nous  aurions donc affaire à un “zombie nouveau”, cuvée 2000. Un  zombie à l’image de notre société occidentale, marquée par la crise  économique et sociale, mais aussi par la peur croissante de “l’ennemi de   l’intérieur”. [note : la figure moderne du terroriste, “née dans les valeurs occidentales”,  en est un bon exemple, largement couvert par les médias suite entre  autre aux attentats de Londres ou à la fusillade de  Fort Hood.].
Et Thomas Jamet de conclure en ces termes : “Laissons les zombies nous raconter l’histoire, comme la catharsis d’un monde qui ne tient toujours pas droit”…
Quelle est donc cette “histoire” que nous content les zombies post-modernes ? Land of the Dead [vidéo], dernier volet de la tétralogie zombologique du maître Romero, sera notre premier témoin. Dans Cadrage, le chercheur Max Rousseau se propose ainsi “de rendre compte de la critique radicale de l’espace urbain exposée” dans le film :
“Encerclée par des fleuves traversés de ponts-levis, par des murs  d’enceinte et par des miradors, la ville de Romero évoque une  forteresse. À l’intérieur de celle-ci coexistent deux mondes regroupés  dans des  univers parfaitement étanches : les riches, regroupés dans la  tour, et les pauvres dans les rues qui entourent celle-ci. En plus du  siège subi par les humains, il existe ainsi, en sus, un second état de  siège dans Land of the Dead : celui des élites se coupant du reste de la ville.
L’imperméabilité entre ces deux mondes rappelle les écrits du sociologue américain Mike Davis [dans City of Quartz]   sur ce qu’il nomme « la militarisation de la vie urbaine » : « nous   vivons dans des “villes forteresses” polarisées à l’extrême, entre, d’un  côté, les “cellules fortifiées” de la société d’abondance, et, de  l’autre, les “espaces de la terreur” où la police mène une guerre contre   des pauvres criminalisés. »”
En un mot :


Land  of the Dead reflète parfaitement ces tendances  actuelles à l’œuvre dans l’urbanisme américain [nord et sud] et,  au-delà, occidental”.


L’auteur vise ici la croissance des “gated-communities”, espaces clos réservés aux plus fortunés (communément appelés “ghettos de riches”), avant de conclure ainsi :
“La  plupart des phénomènes de séparatisme social travaillant  actuellement des villes occidentales se vivant de plus en plus comme  ‘assiégées de  l’intérieur’ sont présents dans Land of the Dead.”



Le zombie des années 2000 symbolise le  “lumpenprolétariat”  urbain menaçant l’ordre bourgeois des centre-villes



Cette analyse permet de prendre la pleine mesure de cette “troisième époque”  qu’évoque Thomas Jamet. Hier métaphore de la classe moyenne  consumériste, le zombie des années 2000 symbolise le   “lumpenprolétariat”  urbain menaçant l’ordre bourgeois des  centre-villes. Un zombie dont l’errance n’est plus le fait d’une volonté  consommatrice [réclamant sa  dose de “braaaains”], mais bien de  l’éviction des classes précaires vers les marges de la ville. Nos deux  derniers témoins, qui s’éloignent volontairement des figures  traditionnelles du zombie, attestent de cette vision moderne.
Premier  exemple : en haillons, fouillant les poubelles, le mort-vivant joué par François Sagat dans L.A. Zombie  de Bruce La Bruce représente clairement la figure du clochard  californien. [note : il s’agit d’un  film porno gay, mais le trailer  reste totalement Safe For Work. Vous pouvez donc cliquer sans inquiétude  !]



On  traverse maintenant le continent pour atterrir sur la côte Est, à  New York, avec ce superbe clip accompagnant le retour au micro du grand  Gil Scott-Heron. Si l’on n’y retrouve pas de “zombie” à proprement  parler, le maquillage des jeunes skateurs noirs évoque celui des rites  vaudous (l’origine du mythe zombie) ; de même, l’apparence du clochard  divaguant dans la seconde partie du film ne laisse pas de doutes sur  l’interprétation. Le “zombie” sert là encore de métaphore au vagabond  urbain, errant car chassé par les forces de l’ordre établi (renforcé par  la présence de nombreux SDF au long du clip)



Comment  expliquer l’émergence de cette figure nouvelle du zombie  errant ? Rien d’étonnant, à bien y regarder : celle-ci apparaît en  réaction de la gentrification des centres urbains occidentaux, qui s’est accélérée dans les années 1990-2000. Témoin visible de cette évolution : “la chasse aux pauvres” s’inscrit maintenant dans les formes mêmes de la ville, et notamment de son mobilier urbain (“barres   ou piques métalliques, cactus… le mobilier urbain s’équipe de tout un   arsenal d’options qui visent à chasser les SDF des trottoirs, porches  et autres devantures”).



Cet “urbanisme” porte un nom, aussi opaque qu’insidieux : la “prévention situationnelle”, ou comment diminuer les violences urbaines en reconfigurant les formes et lieux de la ville dense. Florilège :


Ne  plus construire de toits plats (pour éviter que des  émeutiers y  stockent des pierres), améliorer l’éclairage public, ne  plus construire  d’auvents (pour limiter les rassemblements) ou  interdire les coursives (perçues comme propices aux trafics et qui  compliquent la  surveillance)…


Si  cet urbanisme sécuritaire ne vise pas précisément les classes  précaires (contrairement au mobilier “anti-stationnement”, plus  explicite dans sa formulation), la logique reste la même : repousser  certaines populations à l’écart des centres bourgeois. SDF, roms,  racailles ou  prostitué(e)s : ces catégories de population forment les  nouveaux  “zombies” de nos villes. [note : pas étonnant, dès lors, de  voir qu’un rappeur se réapproprie [vidéo] la terminologie au nom de la “street”…].
Il  est d’ailleurs intéressant de constater que ce type de mesures  préventives “fabrique” au final de nouveaux zombies : en obligeant le “mouvement”   de ces populations, l’urbanisme sécuritaire contribue à alimenter le   flot des errants urbains qui viendront tôt ou tard assiéger les centres   aseptisés… Ce n’est qu’une question de temps, si l’on continue dans  cette voie. Bientôt sur vos écrans ?

dimanche 20 février 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE

L'addiction à l’aliénation que diffuse l’ensemble des ministères psycho-sociaux de l'ordre ou du désordre dominant abolie la conscience des souffrances qu’elle engendre et entretient la survie augmentée dans la perpétuation de ses limbes plastiques...mais tout produit a une fin, il faut augmenter les doses, et la douleur reste, et la douleur se retourne en haine de celui qui ne dispensant plus la paix de ma négation devient le responsable du réveil brutal de la douleur, de la souffrance niée, de la négation entretenue, qui ne fonctionne plus.
Je shooterai le dealer et tout ses ministères de m’avoir converti en un zombie larbin de leurs merdes.

samedi 19 février 2011

Naturaleza, Ruralidad y Civilización, de Félix Rodrigo Mora


rodrigo
Se puede adquirir al precio de 9 euros a través de
La Librería de El Sueño Igualitario
libreria@cazarabet.com
Tlfs. 978 849970 – 686 110069
252 páginas
16 x 21 cm


“A mediados de los noventa algunas publicaciones como Futuro primitivo de J. Zerzan o los trabajos de Theodore J. Kaczynski, fundamentalmente el Manifiesto de Unabomber (La Sociedad Industrial y su futuro), revitalizaron la crítica a la sociedad tecnológica e industrial desde la perspectiva anarquista. En el Estado Español, al que fueron llegando sucesivas traducciones, no aparece una publicación importante en sus contenidos hasta 2001 por parte del colectivo Los Amigos de Ludd y en forma de boletín, trabajos de los que formó parte el autor de los textos que aquí presentamos. Estos se encargan de una investigación del pasado pre-industrializado, por ejemplo de la Alta Edad Media y del mundo rural, así como los procesos de la revolución liberal y del régimen franquista que liquidaron el orden agrario popular. Por otra parte, desde el análisis crítico, se alientan los procesos de desurbanización, la movilización contra el sistema tecno-industrial y la marcha al mundo rural, dando apoyo y proporcionando en la medida de lo posible elementos de juicio a quienes deciden emprender tales actividades, alternando el trabajo de historia con el apoyo a las luchas de colectivos de resistencia a los sistemas técnicos, o que buscan retomar el contacto con la tierra y lo rural en las condiciones actuales.”
Los textos que aquí se encuentran recogidos también tratan de recuperar la memoria de las elaboraciones intelectuales y la luchas del pasado contra la modernidad, la tecnología y el aparato estatal, desde las milicias concejiles medievales hasta la obra escrita de F. Urales, F. Alaiz y otros integrantes del movimiento anarcosindicalista anterior a 1936 calificados de “agraristas”, continuando con las grandes movilizaciones campesinas contra la II República española, sin olvidar la guerrilla antifranquista (1939-1952), que es principalmente un movimiento de masas de carácter rural y las luchas de los años 60 contra la expropiación de los bienes comunales por parte del Estado-Capital.”
http://naturalezaruralidadcivilizacio.googlepages.com
PASADO Y PRESENTE DEL MEDIO RURAL: POR UNA SOCIEDAD DESURBANIZADA Y DESINDUSTRIALIZADA
En lo formal, “Naturaleza, ruralidad y civilización” compendia, en la primera parte, artículos y guiones de charlas, publicados o promovidas por diversos colectivos: de crítica antiindustrial, “Los Amigos de Ludd”; de resistencia a grandes infraestructuras, la “Asamblea del País Vasco contra el TAV” y de fomento de la horticultura popular en los espacios urbanos y periurbanos, los BAH (Bajo el Asfalto está la Huerta). En la segunda parte, elaborada específicamente para este libro, se ocupa de los problemas actuales de la agricultura (convencional y ecológica), la calidad de los suelos, el arbolado, el agua, los regadíos, las nocividades inherentes a la ciudad y el movimiento de ida y retorno al campo emprendido por un sector, aún muy minoritario pero ya significativo, de la juventud. Se puede decir que lo agrario ayer, hoy y mañana es la noción vertebradora de la obra.
Su título aúna tres nociones organizadoras. La naturaleza en tanto que naturaleza política, esto es, elegida y escogida y no meramente exterior y dada al ser humano, como ha sucedido hasta hace poco. La ruralidad, sinónimo de no-ciudad, que fue en el pasado y quizá sea en el fututo pero que hoy apenas existe, al haber sido aniquilada (y al haberse dejado aniquilar, enfoque que evita el victimismo, por tanto, la irresponsabilidad y su consecuencia, el narcisismo paralizante) por la sociedad de las megalópolis y los poderes ilegítimos ilimitados. Axial es la categoría de civilización, que no equivale aquí a formación social, sino que está tomada de la obra de Salviano de Marsella, autor del siglo V que forma parte del monacato cristiano revolucionario, quien la contrapone a barbarie, a vida incivil, no libre, encanallada y amoral. De manera que el titulo expresa la aspiración a construir una sociedad civilizada por medio de una relación renovada con la naturaleza y en el ámbito de lo rural recreado.
En su epistemología y estilo, el libro resulta de un enfoque holístico, plural y complejo, de las materias consideradas, con exclusión del criterio cartesiano, que lleva a un saber ilusorio, por especializado, parcelado y fragmentado, por estático y desdeñoso de las interconexiones realmente existentes entre las diversas realidades singulares, las cuales, además, son presentadas con una simplicidad puramente inventada que rehuye el conocimiento cierto sobre sus contradicciones internas y automovimiento. Como consecuencia, es una suma de esbozos, aserciones seminales y pinceladas que, lejos de agotar ninguno de los temas, tiene como primer designio el animar a continuar la reflexión experiencial, el estudio, el debate y la acción transformadora. Ello demanda una exposición concentrada, decidida a exponer la multiplicidad y complejidad de lo real, en la que se procura que sólo tenga cabida lo más fundamental. Ello acaso requiera de una lectura atenta, reposada y relajada, mejor si es individual y colectiva al mismo tiempo.
Podría decirse que es la experiencia reflexionada, no las teorías ni los doctrinarismos a priori, la que suministra el sistema de proposiciones y argumentaciones de la obra. Experiencia propia y, más aún, del otro, de los iguales, recogida en un texto que es, en buena medida, una puesta por escrito de las viejas y nuevas formas de saber popular propias de la tradición oral que siempre han dotado de conciencia (autoconciencia, más bien) autónoma a las gente de la ruralidad. Eso no es óbice para que el libro, a pie de página, incluya una amplia bibliografía, la mayoría de ella considerada en sus aspectos positivos, por parciales que sean.
“Naturaleza, ruralidad y civilización” se ofrece a lectoras y lectores en un momento en que el ecologismo ha girado casi en su totalidad hacia las instituciones, dejando de ser un movimiento de base para transformarse en una parte del aparato gubernativo y mediático, poco apto por ello mismo para proporcionar propuestas y soluciones independientes que vayan a la raíz de los problemas, que se agravan con el paso de los días. En realidad, todo el radicalismo de pega que cooperó de un modo u otro a que en 2004 ganara el PSOE las elecciones se ha oficializado, o ha desaparecido. El libro, con sus limitaciones y defectos, se propone contribuir a remediar tal estado de cosas, preconizando formulaciones y metas que tienen la verdad concreta-finita como designio y que pretenden ser, por ello, verdaderamente revolucionarias.
En la parte histórica incluye elementos para un análisis concreto del mundo rural de la península Ibérica que ha existido hasta hace unos decenios, desde sus orígenes en la gran mutación civilizadora de la Alta Edad Media hasta su liquidación por el Estado franquista, sin olvidar el carlismo, la guerrilla antifascista de 1939-52, esencialmente rural, ni la emigración, de unos 6 millones de personas, desde las zonas agrarias a las industriales y urbanas en los años 1955-70. Es central, en el libro, la investigación sobre la génesis, naturaleza y trayectoria de la institución del concejo abierto, como forma asamblearia tradicional de gobierno de las comunidades campesinas, así como de las villas hasta cierta fecha. En la indagación de sus orígenes se remonta a la obra escrita de Beato de Liébana, del siglo VIII. Todo ello es proyectado hacia el futuro, al formular que sólo un régimen de autogobierno fundamentado en una gran red de asambleas soberanas es capaz de realizar la libertad política para el pueblo, lo que equivale a tildar de dictatorial el vigente régimen parlamentario y partitocrático.
Los patrimonios comunales, o concejiles, son objeto de estudio, que contempla su casi liquidación por los diversos episodios desamortizadores promovidos por la modernidad, ilustrada y liberal, y la precaria y degradada situación de lo que aún sobrevive de ellos hoy. La obra y figura del ideólogo de tan desventurados acontecimientos, el ilustrado Jovellanos, autor de “Informe de Ley Agraria”, de 1795, no resulta olvidada. Tal sirve de preámbulo al estudio de los bosques actuales, víctimas del proceso de particularización y dañados por unas condiciones adversas, resultantes del lunático proceso de tala y roturaciones a descomunal escala, con la correspondiente agricolización y cerealización llevado a efecto desde el siglo XVIII por imposición del Estado, de todo lo cual, muy probablemente, proceden enfermedades actuales tan inquietantes como la “seca” de los Quercus, entre otras. El régimen comunal de la tierra en el pasado marca la pauta, corregidas las imperfecciones y debilidades de aquél, de lo que es deseable para el futuro.
La gran tradición hispana de autonomía y soberanía del municipio, de donde resultan los fueros y cartas pueblas de los siglos IX-XIII, expresión escrita del derecho consuetudinario, o de elaboración popular, es igualmente examinado, con una proyección sobre el presente (crítica con la vigente Ley de Régimen Local y con su norma superior la constitución española de 1978, tiránica y antipopular), y sobre el futuro. En efecto, una sociedad libre ha de asentarse en el municipio que se autogobierne por medio de un régimen de asambleas políticas: deliberantes, decisorias, legislativas y judiciales, que posea en común los más fundamentales factores de producción, en primer lugar la tierra, condición necesaria para constituir una sociedad libre (sin artefacto estatal, sin ciudad capital, sin ciudades, sin casta pedantocrática y sin clase empresarial) y convivencial, apta para la realización de la esencia concreta humana.
Las nocividades de la agricultura que, habando en puridad, resulta ser, en su esencia, una forma de artificialización de los agrosistemas, es examinada no solo en sus manifestaciones actuales o realidades concomitantes más aciagas (agricultura bajo plástico, factorías vegetales, desherbado térmico, horticultura de exportación, uso a gran escala de feromonas, parques eólicos mortíferos para la avifauna, etc.) sino en todas sus formas, también las menos agresivas. Sus consecuencias en el presente son la erosión, desertificación, mineralización de los suelos, acidificación, contaminación por metales pesados, salinización, sequía estival creciente (que, a partir de un límite temporal, no puede ser soportada por el arbolado autóctono, especialmente por sus plántulas), grave merma de las aguas subterráneas, consumo ascendente de agrotóxicos (convencionales y ecológicos) y de maquinaria. La agricultura ecológica a gran escala, hoy regida por los reglamentos de la Unión Europea y rígidamente institucionalizada, es considerada con escepticismo. El análisis de los tortuosos avatares de la Política Agraria Común también se esboza.
El distanciamiento argumentado que “Naturaleza, ruralidad y civilización” adopta hacia la agricultura ecológica ordenada y manipulada desde Bruselas, que es presentada por algunos (Naredo, González de Molina, Juana Labrador) como la solución, al parecer completa y perfecta, a las desatentadas nocividades que azotan a terrazgos, praderías, montes, atmósfera, masas de agua dulce y mares, resulta avalado por la simple lectura del reglamento marco 834/2007 y de su reglamento de aplicación, elaborados y promulgados por la Unión Europea, en vigor desde enero de 2009.
Tal normativa hace de dicha agricultura una actividad organizada desde arriba, por medio de leyes y otras normas sancionadoras, de cuyo cumplimiento se encarga el SEPRONA de la Guardia Civil, así como una parasitaria falange de expertos, tecnócratas y funcionarios. Está, además, dirigida al mercado y a la búsqueda de beneficios; es gran consumidora de productos neo-químicos, maquinaria, agua y energía; promueve el monocultivo y el latifundismo, perpetúa la separación entre agricultura, ganadería y selvicultura, se propone mantener a la ciudad abasteciéndola desde el campo y haciéndola “sostenible”, reedita la división entre productores y consumidores, daña los suelos, se desentiende en los hechos del quehacer más decisivo, la forestación de millones de has. con especies autóctonas, arroja por la borda el principio de precaución (que exige a la agricultura convencional) y no proporciona alimentos más sanos ni mejores que las prácticas agronómicas convencionales, como lo evidencia, entre otros muchos puntos concretos, que admita una contaminación “accidental” por OGM del 0,9%. Lo expuesto debe entenderse como una crítica al régimen que la U.E. impone a aquélla, no a los agricultores y ganaderos modestos que se acogen a la certificación, los cuales son gente benemérita merecedora de toda consideración.
La indagación sobre la naturaleza de la agricultura como tal se lleva, en “Naturaleza, ruralidad y civilización”, hasta la investigación de sus orígenes en la p. Ibérica, en el caso del mítico reino de Tartessos y en las consecuencias de las guerras cántabras contra Roma, en los años del 29-19 antes de nuestra era. Se escruta, así mismo, de forma crítica, la obra de Columela, el agrónomo romano de origen hispano, y, de manera apologética, la de Miguel Caxa de Leruela, autor del siglo XVII (su texto central es “Restauración de la antigua abundancia de España”, 1631) partidario de minimizar las superficies agrícolas en beneficio de las montuosas y pecuarias. Finalmente, se preconiza una forestación con especies autóctonas a gran escala, una disminución radical de las tierras cultivadas y una nueva forma de alimentación, que incluya una proporción notoria de frutos arbóreos (bellotas, castañas, hayucos, etc.) y plantas silvestres, como era habitual en los pueblos prerromanos peninsulares, y en la sociedad rural popular tradicional hasta la segunda mitad del siglo XX. Ello hará posible la regeneración del bosque, y de todas las formas de cubiertas vegetales, con incremento de las precipitaciones y mejora de los suelos, que es lo único que puede detener la rápida marcha de los 4/5 de la superficie peninsular hacia la desertificación.
La cuestión del agua se ha hecho central, y así es considerada en “Naturaleza, ruralidad y civilización”. Devastados los bosques por la política ilustrada y luego por la constitucional y parlamentaria (sin olvidar a la fascista en los tiempos aciagos del franquismo), se ha ido produciendo en los últimos 300 años un declive acentuado de las precipitaciones. Mientras la derecha se aferra a los trasvases, la izquierda apuesta por las desaladoras. Si los primeros son inaceptables, no resultan ser mejores las segundas, verdaderas fábricas de agua que llevan hasta el extremo la artificialización de la existencia humana. El agua no puede venir de instalaciones fabriles sino de donde ha venido siempre, de las nubes. Las desaladoras, por las que se inclina J.R. Naredo, siempre fiel al credo socialdemócrata, no salvarán, además, al bosque autóctono de la Iberia seca que, en los estíos, agoniza. El remedio está en la reducción a la mitad de la actual superficie agrícola, para expandir paso a paso los bosques, propiciadores de lluvias y regeneradores de suelos.
Similarmente, hay que emitir un veredicto negativo sobre la agricultura manejada por ingenieros, expertos y autoridades académicas. Desde hace milenios aquélla ha sido actividad de la gente común, de los hombre y las mujeres del pueblo, y así debe seguir siendo. Los sabelotodo con títulos universitarios: ingenieros, titulados y doctores, son quienes han creado la actual situación de devastación sin medida y nocividades acumuladas, que hacen mirar con aprensión el futuro inmediato de la humanidad. Como funcionarios del Estado que son (o de la gran empresa), tales no poseen un saber imparcial y encaminado a la realización del bien común, sino un amasijo de técnicas irresponsables cargadas de ansias de dominación y lucro, dirigidas, en definitiva, a la depredación y la destrucción.
La ciudad es considerada con realismo en “Naturaleza, ruralidad y civilización”, es decir, como espació para el desenvolvimiento del artefacto estatal, explicando su origen y patológico crecimiento a partir de la estatización rampante (no sólo aplaudida sino también demandada por la izquierda, institucional y “radical”, el ecologismo y el feminismo, para los cuales el Estado es la potencia redentora y benéfica por antonomasia, lo que les convierte en partidarios de hecho del Estado policial) de las sociedades contemporáneas, fenómeno aciago para el que se esbozan soluciones. Entre ellas se privilegia la inicial corriente de retorno al campo, loada con reflexiones y proposiciones de diversa naturaleza, en la convicción que será, en los próximos decenios, una vía de acción inmediata escogida por más y más jóvenes, para los cuales las hórridas urbes de la modernidad resultan ser intolerables. Tal movimiento hace suyo, en las actuales condiciones, el poema de Miguel Hernández titulado “Silbo de afirmación en la aldea”. Con su existencia, aquél pone en evidencia la banal retórica oficialista, acogida e interiorizada por muchos que se creen radicales sin pasar de propagandistas de lo institucional, sobre la pertinencia y posibilidad de una ciudad “sostenible”.
El desplome del mito que el progresismo y el izquierdismo han urdido en torno a la ciudad, presentada por ellos como realización del bien, frente a lo rural y aldeano, satanizado en tanto que expresión de “atraso” e incluso de existencia infrahumana (recordemos el “documental”, en realidad un panfleto fílmico, del hiper-moderno Buñuel sobre las Hurdes, “Tierra sin pan”), tiene una significación histórica, pues indica que nuevas perspectivas se abren para regenerar las seniles sociedades contemporáneas. La ciudad está perdiendo toda significación en lo cultural, en lo político y en lo convivencial, como espacio de saber y como concentración de los tenidos por mejores. Su naturaleza barbárica, fomentadora de una vida solitaria e insociable que no es ya humana, hecha de aleccionamientos y amaestramientos sin tregua, volcada en la incivilidad, la neo-ignorancia, el culto al dinero, los ocios embrutecedores, el egotismo y la degeneración física está ahora poniéndose en evidencia para más y más personas.
Aduce Orwell que la meta del progreso y de los progresistas es precipitar a la humanidad en “algún horrible e infrahumano abismo de comodidad e incapacidad”, pues bien, ello tiene lugar sobre todo en la ciudad. No es casual que el mundo romano, en putrefacción, comenzase a regenerarse cuando, a partir del siglo III, las ciudades conocieron una decadencia ya obvia, que era consecuencia de la descomposición del aparato estatal romano, con marcha de las gentes a las áreas rurales, en las cuales floreció el monacato cristiano revolucionario, que creó una nueva formación social, mejor y superior a la precedente aunque no perfecta. Con todo, el actual movimiento de retorno al campo tiene mucho que hacer aún hasta dotarse de una cosmovisión, un programa y una vida colectivista y comunitaria local y supralocal, abandonando las ingenuidades, afanes escapistas, mentalidad precipitada, escasa reflexión y fáciles utopismos sin fundamento que ahora le lastran, los cuales están en la base de decepciones y fracasos.
Para que la vuelta a la ruralidad sea una contribución a la constitución de una nueva sociedad y de un nuevo ser humano, e incluso para que alcance una cierta entidad como tal, se han de cubrir ciertas condiciones, ahora poco atendidas. Previo a todo es la puesta en común y reflexión conjunta de las experiencias acumuladas. Sobre esa base se ha de realizar un análisis razonablemente acertado del actual momento histórico y, sobre él, una fijación de fines estratégicos. El problema de la convivencia y las relaciones interpersonales es de primera importancia, así como el de combinar el trabajo productivo con el esfuerzo reflexivo, no sólo el estudio sino también la creación. Quienes hacen de la marcha al agro un mero cambio de lugar olvidan que la maldad promovida e impuesta por el Estado y el capitalismo la llevamos todos dentro de nosotros mismos y que por ello es de primordial importancia esforzarse en adquirir, como expone Salviano de Marsella, “una conducta nueva”, que ha de resultar de una nueva cosmovisión, realizada en lucha interior tanto como exterior. El estudio de la historia, en particular de la que se ocupa de los movimientos del pasado que repudian la urbe y reconstruyen la civilización sobre todo desde el campo, en los siglos IV al X, es necesario.
Dado que vivimos en “la sociedad de la información”, esto es, en un régimen de dictadura política que viola a descomunal escala la libertad más fundamental de todas, la de conciencia, cuya particularidad es el adoctrinamiento inmisericorde, desde la cuna a la tumba, de los integrantes de las clases populares, vil labor que realiza sobre todo la pedantocracia (los cuerpos de catedráticos y profesores de la universidad en primer lugar), es imprescindible alcanzar la autonomía en el terreno de las elaboraciones intelectuales, único modo de no ser víctimas de aleccionamiento o, al menos, de reducir sus efectos sobre el propio entendimiento. Por tanto, en el retorno al campo, el trabajo intelectual, de autoformación y al mismo tiempo dirigido al exterior, es una cuestión de singular importancia
En esa dirección, la significación última de “Naturaleza, ruralidad y civilización” está en que es un esfuerzo concreto, sin duda imperfecto, encaminado a avanzar en la realización de la tarea número uno de nuestro tiempo, superar el vacío intelectual que ha dejado el derrumbamiento de las viejas certidumbres, constituir un sistema de ideas que sea la negación de lo existente en tanto que institucional. El naufragio de los viejos credos redentoristas, el descrédito de una buena parte de las ideas tenidas por emancipadoras hasta unos decenios, demanda, si se desea poner fin al vigente estado de cosas a través de una revolución de naturaleza innovadora, cuya meta sea la realización de la libertad (política, civil y de conciencia), elaborar nuevas convicciones con base en la experiencia, adelantar novedosas formulaciones, establecer programas de fines y de acción a la altura de las circunstancias del siglo XXI.
Por ello, el trabajo de reflexión, dirigido a constituir materiales intelectuales de algún valor, ha de primar sobre el activismo, la ceguera pragmática, el culto por las luchas hoy posibles (que, por ello mismo, no son y no pueden ser revolucionarias) y la falta de metas estratégicas, males que llevan ya más de 40 años con nosotros. Si se trata de realizar una transformación total suficiente de la actual sociedad los textos que esbocen nuevos enfoques son imprescindibles, y su confección ha de ser tarea de todas y todos. Tales fines pretende contribuir a cubrir la obra aquí comentada.
Félix Rodrigo Mora
I.- Presentación.
II.- El antimaquinismo rural y la mecanización de la agricultura bajo el franquismo (1936-1970).
III.- Reflexiones sobre la fiesta popular de la sociedad rural tradicional.
IV.-El pueblo y el carlismo. Un ensayo de interpretación.
V.- Por una sociedad desindustrializada y desurbanizada.
VI.- Bienes Comunales en Castilla.
VII.- Agricultura, medio ambiente y desurbanización en el siglo XXI.
www.cazarabet.com/lalibreria/
La Librería de Cazarabet

jeudi 17 février 2011

JAIME SEMPRUN ‘IN MEMORIAM’ (1947-2010): El Fantasma de la Teoría. Notas sobre el ‘Manifiesto contra el Trabajo’




Una nota previa sobre JAIME SEMPRUN

“El fantasma de la teoría” es un cuestionamiento de las posibilidades de desarrollar una crítica teórica profunda de la sociedad en las condiciones que padecemos actualmente. Para responder a esta pregunta, Semprun examina tres obras de crítica radical publicadas en Francia pero cuyos autores son conocidos en castellano: el sinólogo Jean-François Billeter, Anselm Jappe (miembro del grupo Krisis y autor de una monografía sobre Debord, Guy Debord, Anagrama, 1999) y Jean Claude Michéa, a quien se debe La escuela de la ignorancia (Acuarela, 2002). A lo largo de las tres secciones del texto […], veremos las carencias o, por mejor decir, el carácter espectral de toda crítica que pretenda mostrarse acabada (en el sentido de pulida o conclusa) en medio del derrumbe de nuestras sociedades).
 Poco hay que decir de Jaime Semprun, de quien se han vertido al castellano en los últimos años la mayor parte de sus obras, incluyendo algunas de las más lejanas en el tiempo, como sus escritos sobre la guerra social en España*. Fue redactor de la revista Encyclopédie des Nuisances: la déraison dans les arts, les sciences et les métiers. Tras el cierre de ésta, ha publicado diversas obras de crítica social en las Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, todas ellas atípicas: los Diálogos sobre la culminación de los tiempos modernos,  El abismo se repuebla o la Apología por la insurrección argelina, y ha participado en otras obras colectivas publicadas por la misma editorial. Próximamente verá la luz una reedición ampliada de La nuclearización del mundo, cuya temática es desgraciadamente demasiado actual.

* Véase el volumen de Los incontrolados: Crónicas de la España salvaje, Klinamen/Biblioteca Social Hermanos Quero, 2004







El Fantasma de la Teoría. Notas sobre el ‘Manifiesto contra el Trabajo’
Extraído de Resquicios #5 (nov-2007)

Quisiera exponer aquí las razones por las cuales diversos ensayos recientes de “teoría radical” me parecen tener algo de irreal, de hueco, y en cualquier caso de fantasmal, en el sentido de que en ellos falta, en mi opinión, lo que era la carne y la sangre, o el nervio, si se prefiere; en resumidas cuentas, la vida de las teorías revolucionarias de la sociedad. Ello me llevará evidentemente a decir algo de lo que es, o más bien de lo que era, la teoría revolucionaria, en la época en que existía tal cosa, y por qué creo que ya no sucede así.
Pero antes tengo que considerar dos objeciones susceptibles de pasarle por la cabeza al lector. La primera es que los textos que he tomado como ejemplo son demasiado disímiles, tanto por su contenido como por su tono, por no hablar de su calidad, para poder ilustrar ninguna consideración sobre “la teoría”. Responderé que precisamente, esta innegable diversidad permite darse cuenta mucho mejor de hasta qué punto la ambición teórica que les es común constituye un escollo para encarar lúcidamente algunos de los aspectos principales de la realidad presente (lo que no obstante debería ser la función de una teoría crítica de la sociedad).
La segunda objeción posible es que al tachar así de irrealidad, o incluso de artificiosidad, unos ensayos de teoría que representan más bien la flor y la nata de este género, me presto a una especie de alegato pro domo, con toda la mala fe que ello puede implicar, puesto que hace ya algunos años [1] sostuve que la imagen de un cadáver en descomposición bastaba para hacerse una buena idea de una sociedad cuyas corrupciones variadas y cambiantes, “mezclándolo todo y desfigurándolo todo”, nos la tornan tan penosamente ilegible; y añadía que, en efecto, ya no era el momento de analizar en detalle el funcionamiento de algo que básicamente no funciona: “no se hace la anatomía de una carroña cuya putrefacción borra las formas y confunde los órganos”[2].
Estas formulaciones eran, estoy de acuerdo, un poco aventuradas, y desde luego para mí no se trataba de predicar, frente a un caos planetario que literalmente desafía toda descripción, la resignación ante lo incomprensible (ni la fe a lo que Michel Bounan en una ley universal de lo vivo que arreglará como por arte de magia todos los problemas del hundimiento de la sociedad de mercado sin que tengamos el disgusto de tener que afrontarlos con plena conciencia). Sin embargo, insisto en creer que la lucidez crítica que nuestra situación actual exige no tiene mucho que ver con esa especie de salvamento por la teoría que es la operación intelectual, digna del barón de Münchhausen, consistente en extraerse, para observarlo desde arriba, del fango que nos engulle. Pero para argumentar esta postura, lo mejor es examinar ahora los intentos de los que a todas luces piensan lo contrario y quieren hacer de teóricos.
I. La figura en la alfombra
El relato de Henry James que lleva este título había aparecido quince años antes de que Lukács escribiera El alma y las formas[3]:
Sin embargo, existe un orden oculto en este mundo, una composición en el entrelazamiento confuso de sus líneas. Pero es el orden indefinible de una alfombra o una danza: parece imposible interpretar su sentido, y aún más imposible renunciar a una interpretación; es como si toda la textura de líneas trenzadas sólo esperase una palabra para volverse clara, unívoca e inteligible, como si esta palabra estuviese siempre en la punta de la lengua de cada cual y, no obstante, todavía nadie la ha pronunciado.
Como es sabido, Lukács templó en seguida la inquietud elocuentemente expresada aquí uniéndose al marxismo bolchevique. En Historia y conciencia de clase anunciaba así la buena nueva [4]:
Sólo con la aparición del proletariado se consuma el conocimiento de la realidad social. Y ese conocimiento se consuma al descubrir el punto de vista de clase del proletariado, punto a partir del cual se hace visible el todo de la sociedad.
Desgraciadamente para Lukács, que había identificado la conciencia de clase con el Partido, y el Partido con su modelo leninista, este punto de vista por fin hallado conllevaba sobretodo una ceguera total. La persistencia y la inflexión de algunas metáforas no dejan de esclarecer, no obstante, ciertas operaciones de la mente. La idea de un punto central o supremo, desde el cual se descubre la totalidad del mundo era obviamente un legado de la religión a través de la filosofía de la historia. En la formulación quizá más extrema de ésta, debida a Cieszkowski, el propio futuro, como parte integrante de la historia universal concebida como totalidad orgánica, se volvía accesible al conocimiento y a la acción de hombres que realizasen en lo sucesivo con plena conciencia el plan de la Providencia Divina [5]. Pero esta especie de “secularización” del punto de vista omnisciente de Dios no fue resultado sólo de la tradición hegeliano-marxista, con sus “leyes históricas” y su teología revisada por el determinismo: el intento de “devolver al hombre todo el poder que ha sido capaz de poner en el nombre de Dios” (Breton a propósito de Nietzsche), de igualarlo, por tanto, a una quimera de omnipotencia, liberada de los límites inherentes a la humanidad, ha seducido y extraviado a diversas corrientes del “pensamiento moderno” [6], y tanto más violentamente con el tiempo cuanto que lo que se instalaba en los hechos era todo lo contrario: la impotencia ante la alienación. El propio método experimental, que confiere al observador inclinado sobre el “pequeño mundo” del laboratorio el punto de vista de Dios sobre su creación, sin duda desempeñó también su papel a la hora de legitimar la idea de un conocimiento total de los fenómenos, una vez hallado el punto de vista bueno.
Sea como sea, la forma de especialización a la cual corresponde la idea de un punto de vista central deriva con toda seguridad de una poderosa necesidad de la mente. Aún más que una imagen cómoda, ésta es una verdadera representación intelectual, un modo de conocimiento –hallar el punto de vista que pone en perspectiva el mayor número de fenómenos-, una manera de ordenar lo real que toda búsqueda de un principio de inteligibilidad se forma de modo espontáneo. (Y en este sentido, si se domina como representación provisional y necesariamente aproximativa, posee una legitimidad plena, por supuesto.) Así podemos encontrarla, con una forma en cierto modo canónica, en una nota “metodológica” emplazada al principio del libro de Jean-François Billeter, Chine trois fois muette [7]. En efecto, después de citar a Pascal (“sólo hay un punto indivisible que sea el verdadero lugar”), Billeter escribe: “He buscado este punto desde el cual todo se torna visible”. Pero acto seguido, para defender la idea de que es posible “captar el presente entero como un momento de la historia” invoca:
Una idea que concibió Hegel y que retomó Marx por su cuenta, la de la totalidad. Esta idea invita a aprehender el mundo como un todo que no deja de transformarse, que es inteligible a partir de la transformación que está en marcha en él y sólo es verdaderamente inteligible de esta forma, como todo y como transformación.
De una metáfora espacial, la del retroceso, de la distancia correcta que tomar respecto a lo que se observa [8], pasamos pues a una concepción dialéctica, la de la totalidad como proceso. Este deslizamiento es revelador de una contradicción no resuelta que reaparece en numerosos escritos teóricos de hoy, aunque sean de los mejores, como el de Billeter: la que existe entre el determinismo más o menos estricto y mecanicista en cuanto al pasado y el “sentido de lo posible” en cuanto al presente, en cuanto a las posibilidades de emancipación que debe hacer valer una crítica que se quiera revolucionaria.
Si la teoría dialéctica procedente de Hegel y Marx tiene alguna utilidad para una crítica revolucionaria de la sociedad, sólo puede ser para capturar conceptualmente en qué momento exacto de la “transformación que está en marcha” nos encontramos. Como inteligencia del cambio cualitativo en el tiempo, se supone que la dialéctica sirve para algo, que tiene su campo de aplicación en el presente, concebido como devenir, en el que hay que discernir las contradicciones activas, las posibilidades que abren estas contradicciones, las ocasiones que crean, etc.
Pero como hoy en realidad los teóricos están tan desarmados como las personas corrientes, los no teóricos, para decir algo sobre aquello en que podrá desembocar el viraje oscuro que ha emprendido la humanidad, la dialéctica se degrada en sistema de interpretación a posteriori, considerando el presente de forma exclusiva como conclusión, como resultado. La historia pasada y su conclusión actual se explican entonces recíprocamente en una perfecta circularidad: tal proceso sólo podía desembocar en tal resultado, y tal resultado supone tal proceso. La degradación de la comprensión dialéctica de lo real tiene en cierto modo un efecto retroactivo sobre la inteligencia histórica propiamente dicha, en el sentido de que allana el curso de la historia en un encadenamiento puramente lógico del que quedan eliminados no sólo la parte contingente sino sobre todo los conflictos que en cada época abrían evoluciones posibles. Este estricto determinismo que petrifica las relaciones de causalidad según el modelo de la mecánica (tal causa, tal efecto), es él mismo una forma de especialización del tiempo: en efecto, le otorga a éste los caracteres de una secuencia espacial apta para ser recorrida intelectualmente como se recorre una morada, pasando de una estancia a otra; pero es una morada muy museificada, en la que se yuxtaponen periodos bien distintos y delimitados (el Renacimiento, la Ilustración) sin contener ya nada de los procesos contradictorios y de los momentos cruciales que les daban su riqueza.
La tendencia de Billeter a un cierto esquematismo (de ahí su gusto por las simplificaciones a lo Crosby [9]) aparece corregido en Chine tríos fois muette por el conocimiento fino y concreto que tiene de la historia china, y por su voluntad de enfrentar lúcidamente, sin profetismos, lo que puede ser necesario para “librarse de la razón económica”, y “recuperar el uso de la razón a secas”. Sin embargo, en su texto, podemos encontrar, acerca de este asunto de nuestra emancipación posible de la economía de mercado, el mismo punto ciego que en otros textos de pretensiones revolucionarias. Como Jean-Marc Mandosio [10], la contradicción entre el determinismo retroactivo y la libertad que haría posible una toma de conciencia se resuelve –retóricamente- mediante el paso de una metáfora (la de la “reacción en cadena”) a otra (la de una “regla del juego”), cuyo significado es muy distinto. La primera metáfora sirve para explicar el proceso que, iniciado en el renacimiento, ha dado paso a nuestra situación actual; la segunda, para evocar la posibilidad de llevar a buen puerto la tarea que nos prescribe semejante situación:
Dar fin a este encadenamiento que ha tenido tan malos efectos y que los tendrá aún peores si le dejamos seguir su curso; para ello, poner fin a la forma específica de la inconsciencia de la que se alimenta, y con ello liberarnos de la fatalidad particular que ha dominado la historia reciente.
Pero el orden cronológico implícito de estas dos metáforas –de sus “periodos de validez”, en cierto modo- es en Billeter exactamente lo contrario de lo que debería ser para dar cuenta de forma menos imperfecta de la historia real, es decir, de un proceso en que, una vez franqueado cierto umbral cualitativo (alcanzada una cierta masa crítica, para seguir con la metáfora nuclear), los efectos devastadores de lo que se convierte entonces en una reacción en cadena escapan a todo control. Anteriormente (antes de Hiroshima, para ser exactos) podía hablarse de la dominación de la racionalidad económica como de una “regla del juego” posible de cambiar, una vez conocida como tal. Por lo demás, eso es más o menos lo que decía Engels cuando hablaba de una ley “basada en la inconsciencia de los que la padecen”. Por el contrario, ahora es cuando puede hablarse de una reacción en cadena, es decir, de un proceso en el cual el hecho de una reacción en cadena, es decir, de un proceso en el cual el hecho de tomar conciencia de él no puede cambiar nada. (Escribo esto en el momento en que el trastorno climático se ha convertido en la pesada realidad que sabemos.)
Volveré a este punto, obviamente decisivo en cuanto al carácter fantasmal de toda teoría revolucionaria de hoy en día. Pero de momento, quisiera terminar de describir, a partir de la metáfora del “punto central”, lo que ésta ilustra de lo que podríamos llamar la mentalidad teórico-radical. Precisaré que se tratará de formas de desdialectización incomparablemente más burdas que las que pueden encontrarse en Billeter: en la pose teórica tal y como voy a evocarla ahora, la compensación ideológica de la impotencia intelectual y práctica se convierte en la característica principal.
No deja de ser sorprendente que, desde hace treinta años o más, la mayor parte de los que se presentan como defensores de la “teoría revolucionaria” (en general la de los situacionistas) no sólo no han hecho nada con ella –nada subversivo, se entiende- sino que la han utilizado sobre todo para protegerse de la percepción de la realidad, hasta encerrarse en un delirio perfectamente coherente [11].
Ligada a la especialización, que es ya un síntoma reconocible de falsa conciencia, la idea de un conocimiento total garantizado para quien logre ubicarse en el punto exacto desde el cual el mundo se vuelve perfectamente legible y “transparente” le recordará a cualquiera, en la vida corriente, un estado psicopatológico que combina delirio interpretativo y megalomanía. Pero hay claramente una especie de impunidad para los teóricos radicales, y el papel lo aguanta todo, como es sabido. Hay que señalar, empero, que lo que hay de esencialmente paranoico en las fantasías de conocimiento total, de punto de vista central, etc., aparece en el hecho de que implican necesariamente la pretensión de infalibilidad: admitir que se ha cometido un error en un solo aspecto, fenómeno o episodio equivaldría en efecto a admitir que no se ha sabido tomar las cosas por la raíz, por el principio del que derivan todos los fenómenos. En resumen, o se está en el centro o no se está: o se está allí donde se concentra toda la inteligencia histórica posible (el partido, la secta, o el delirio solitario), o se cae en las tinieblas exteriores por las que vagan los inconscientes. (También hay que señalar que, como buena lógica paranoica, la fantasía del centro suele llevar a postular simétricamente, ante los poseedores de la teoría verdadera, una igual conciencia por parte de la dominación.)
Así, formalmente no hay diferencia alguna entre, por un lado, el delirio sectario que, pretendiendo haber identificado el centro oculto de la dominación, denuncia todo lo que no cuadra con sus sistemas de interpretación como apariencia fabricada o engaño y, por otro lado, la crítica que aspira muy razonablemente a descubrir cuáles son, más allá de las apariencias, los verdaderos resortes que actúan en la máquina social; de ahí la facilidad de las mezcolanzas que suelen practicar la policía del pensamiento entre los análisis críticos y los negacionismos [12] de toda laya. La división entre lo que es evidente o verosímil, y lo que es arbitrario o aun delirante requiere una rectitud de juicio que sólo se forma, juntamente con el sentido común, mediante la confrontación con argumentos en un debate público, y que por lo tanto desaparece hoy a continuación de éste. En su defecto, se puede seguir sosteniendo por ejemplo, que el presunto cambio climático atribuido a los gases de efecto invernadero es en realidad una operación de desinformación montada por los industriales que han puesto a punto productos de sustitución de los gases incriminados.
Pero aunque uno no se pierda en el laberinto de las muy reales falsificaciones y de las revelaciones delirantes, se enfrentará concretamente a una verdadera descomposición de la casualidad en cuanto trate de salir de su opresión ante el entrelazamiento cada vez más confuso de una realidad ilegible:
El quid de la cuestión es que la sociedad ha alcanzado realmente tal grado de integración, de interdependencia universal de todos sus momentos, que la causalidad como arma crítica se vuelve inoperante. En vano se buscará lo que ha tenido que ser la causa, porque ya no hay más causa que esta sociedad. La causalidad se ve, por así decir, devuelta a la totalidad, se torna indiscernible en el interior de un sistema en el que tanto los aparatos de producción, de distribución y de dominación como las relaciones económicas y sociales, así como las ideologías, se entrelazan de forma inextricable. [13]
En semejantes condiciones, el teórico racional en busca del “factor determinante en última instancia” evidentemente sólo puede estar desamparado. Lo cual explica su propensión a contentarse, a modo de compensación, con una especie de investigación genealógica en que la prueba de la cronología hace las veces de explicación histórica. Puede afirmarse al menos que, en efecto, tal cosa ha tenido lugar antes que tal otra y por lo tanto es plausible, y en cualquier caso no del todo imposible, que se haya producido en esta sucesión temporal una relación de causa-efecto. Evocando en cierto modo la broma sobre la Historia general del cine del estalinista Sadoul, que se remontaba tanto en el pasado que alguien pudo sugerir titular el primer tomo “El cine bajo Luis XIV”, sabios genealogistas han llegado a buscar el origen del Espectáculo en la Edad Media, en tanto que otros establecieron hace tiempo que la invención del totalitarismo conviene atribuírsela a Platón. Descartes también ha sido de mucha utilidad pero últimamente la Ilustración cuenta con el favor de los buscadores de la causa primera.
Sean cuales sean las reservas que pudieran guardarse respecto a algunas de sus formulaciones anteriores, podía esperarse que Jean-Claude Michéa no caería en este estilo de búsquedas de paternidad. Por desgracia, en su última obra [14] no sólo emplea sin demasiada circunspección una muy aproximativa “historia de las ideas” cómo explicación suficiente, sino que ni siquiera nos evita, cuando señala el detalle ciertamente divertido de que el padre de Adam Smith era aduanero, la explicación psicoanalítica del librecambismo por el complejo de Edipo de su primer teórico:
Obviamente, es un detalle que da una significación muy particular a la idea de que los hombres no podrán gozar de las bendiciones de la naturaleza si no es aboliendo las barreras aduaneras y, de forma más general, todas las fronteras, sean cuales sean. Así, podría ser que la muerte del Padre (y, por consiguiente, la extensión indefinida del “imperio de las Madres”, fácilmente disfrazable de “feminismo”) constituya la verdad inconsciente del capital, y, yendo más lejos, de la propia modernidad.
Cierto que esta cantinela tan burlesca está relegada a una nota al final del texto pero, por lo demás, si se dejan de lado las digresiones, referencias y anotaciones de todo tipo que suelen parasitar el discurso antes que explicitarlo, este libro puede resumirse con esta serie de afirmaciones: la “filosofía de la Ilustración”, “punto de partida intelectual de nuestra Modernidad”, es una “matriz original, común al pensamiento de Izquierda y al Liberalismo”; la crítica radical del liberalismo actual, la “lucha coherente contra la utopía liberal y la sociedad de clases reforzada que engendra inevitablemente”, exige romper con esta “religión del progreso”; al actuar así se redescubrirán las virtudes del “socialismo original”, que había sido alterado por la ideología modernista de la izquierda, y podremos apoyarnos en la common decency (los valores morales de las personas corrientes) para oponernos a la Economía triunfante. Hacia el final de su libro, Michéa escribe:
[…] disponemos ahora, quizá por primera vez en la historia, de medios filosóficos suficientes para empezar a comprender hasta qué punto la intuición que habían tenido los obreros europeos del siglo XIX sobre el mundo que se preparaba (nuestro mundo, por consiguiente) era profundamente humana y notablemente fundada.
Así pues, una vez más el búho de Minerva alza su vuelo en el ocaso. Es cierto que, aún sin ser filósofos, hoy comprenderemos mejor que oportunidad histórica se perdió con el aplastamiento de las revoluciones obreras del siglo XIX (y del XX). Pero cuando el “socialismo original” ha sido vencido hace tiempo, su “comprensión filosófica” bien puede pintarlo con colores chillones, que no resucitará. La conciencia filosófica siempre llega demasiado tarde. Salvo, tal vez, para dárselas de pensador de la common decency¸ y eso hasta en las indecentes columnas de Le Nouvel Observateur o de Charlie hebdo, apoyándose por supuesto menos en la realidad de la cosa, que se ha vuelto desgraciadamente demasiado fantasmal, que en las obras de los tristes profesores del MAUSS (Movimiento Antiutilitario en las Ciencias Sociales), que son a la práctica viviente del don lo que un manual de sexología al amor [15].
Lo que la interpretación de tipo genealógico deja sin explicar sigue siendo lo que desde un punto de vista realmente histórico es lo esencial; es decir, en el caso del esquema presentado por Michéa: ¿cómo es que esos excelentes obreros revolucionarios de antes, tan admirables (y a menudo lo fueron, en efecto), sucumbieron ante la funesta “Modernidad”? La explicación mediante esta única causa –la matriz ideológica procedente de la Ilustración- hace desaparecer cómodamente el proceso de alienación del antiguo movimiento obrero, la formación de la burocracia moderna, la sumisión al desarrollo tecnológico, las nuevas condiciones producidas por todo ello, y también los vencimientos muy concretos que marcan la desaparición de ciertas posibilidades históricas, que ya no volverán. Quedan dos adversarios que se enfrentan intemporalmente: las élites modernistas, hoy “liberal-libertarias”, y las personas corrientes, el pueblo depositario por esencia de todos los valores anticapitalistas. Ante este lienzo burdamente pintado, Michéa puede erguirse como caballero de la virtud (es decir, de la common decency). Pero sabemos a qué están condenados los caballeros de la virtud en un mundo sin virtud: a tomar una vulgar bacía de barbero por el yelmo de Mambrino.
II. Los papeles de Aspern
Al principio de su erudita obra, en que expone una “nueva critica al valor” [16], Anselm Jappe escribe líneas bastante singulares:
Este libro habrá alcanzado su objetivo si logra transmitirle al lector la pasión que siente su autor por la temática, aparentemente tan abstracta del valor. Ésta es la pasión que nace cuando se tiene la impresión de entrar en la cámara en que se guardan los secretos más importantes de la vida social, los secretos de los que dependen todos los demás.
Sin estar por nada del mundo tentado de hacer una interpretación freudiana al estilo Michéa, enseguida pensé en dos cosas cuando leí este pasaje. En primer lugar, la frase de Marx: “La crítica no es una pasión de la cabeza, sino la cabeza de la pasión”. A continuación, otro relato de Henry James, Los papeles de Aspern. Y tengo que decir que me parece que estas dos impresiones, una vez terminado el libro, siguen haciendo justicia a su contenido. En Los papeles de Aspern, James traslada una anécdota auténtica de la que tuvo conocimiento en Florencia: un crítico literario estadounidense había llegado a instalarse como inquilino en casa de una antigua amante de Byron, ya muy anciana, con la esperanza de echar mano a unos papeles que ella conservaba (unas cartas de Shelley, hacia el cual el crítico profesaba un verdadero culto); pero cuando la vieja dama acabó por morir, su –relativamente- joven pariente, con la que convivía, le puso como condición al crítica para darle las cartas que se casara con ella. En James, por supuesto, la historia, trasladada a Venecia, se torna mucho más ambigua, como la forma en que el crítica se ve finalmente frustrado con los secretos que codicia.
Mientras se acerca por primera vez al palazzo destartalado en que aspira a introducirse, la amiga estadounidense que lo acompaña exclama: “Se diría que espera de esos papeles la respuesta al enigma del universo”. Y más tarde, cuando, aceptando como huésped, se acerca a la cámara donde está enterrado el “tesoro” de los papeles de Aspern, su propietaria se le aparece como representando en este mundo “el saber esotérico”.
Vemos que además de la imagen de la “cámara de los secretos”, antes citada, se impone por si sola la similitud con una obra que pretende hacernos recuperar al “Marx esotérico” enterrado bajo los escombros del marxismo tradicional; el que, al lado del “Marx exotérico”, “representante de la ilustración que quería perfeccionar la sociedad industrial del trabajo bajo la dirección del proletariado”, elaboró una “crítica de los mismos cimientos de la modernidad capitalista”:
Sólo el “Marx esotérico” puede constituir hoy la base de un pensamiento capaz de captar los retos actuales y rastrear al mismo tiempo sus orígenes más distantes. Sin un pensamiento semejante, toda contestación al alba del siglo XXI corre el riesgo de no ver en las transformaciones actuales más que una repetición de los estadios anteriores del desarrollo capitalista. […] En una parte central – aunque en menor número de páginas- de su obra de madurez, Marx esbozó las líneas maestras de una crítica de las categorías de base de la sociedad capitalista: el valor, el dinero, la mercancía, el trabajo abstracto, el fetichismo de la mercancía. Esta crítica del centro de la modernidad es hoy más actual que en la época del propio Marx, porque entonces ese centro sólo existía en estado embrionario.
Al centro oculto de la teoría de Marx, a estas páginas que basta “leer con atención, lo que casi nadie ha hecho durante un siglo” [17], corresponde por lo tanto el “centro de la modernidad”, cuya evolución posterior estaba contenida ahí in nuce. En ciertos momentos, al recorrer páginas particularmente áridas sobre la “lógica del valor”, uno tiene la sensación de vérselas con una especie de cábala marxista, según la cual basta con saber descifrar las Escrituras para hallar el secreto del mundo, “la lógica de base de la sociedad moderna”. Evidentemente, Jappe expresa su rechazo a considerar la obra de Marx como un “texto sagrado” pero no deja de afirmar que “retomar uno mismo la crítica marxiana “esotérica” de la mercancía es entonces [es decir, cuando la “nueva contestación” se satisface todavía con una “ideología ecléctica”] un prerrequisito de cualquier análisis serio, que a su vez es la condición previa de cualquier praxis”. Así es que, con toda lógica, dedica la mayor parte de su libro a resumir, parafrasear, o citar lo que para él es “el núcleo válido del análisis marciano”. Al no ser marxista ni mucho menos marxólogo, no me pronunciaré sobre la validez, desde el punto de vista filológico, de esta restauración de “la obra marxiana”. En cualquier caso se puede convenir tranquilamente que el análisis crítico del fetichismo de la mercancía dista mucho de haberse vuelto, en el mundo en que vivimos, una mera curiosidad arqueológica, y nunca está de más repetir que no es la teoría de Marx lo que “reduce” todo a la economía, sino “la sociedad de mercado la que constituye el mayor reduccionismo jamás visto”; y que “para salir de este reduccionismo hay que salir del capitalismo, no de su crítica”. Sin embargo, aún admitiendo que haya que volver a empezar por la crítica de la “forma valor” elaborada por Marx para oponerse realmente al mundo del mercado, no se pone en ningún momento a esperar, leyendo estas Aventuras de la mercancía, a decir verdad, poco palpitantes, ya que, como dice el propio Jappe, “una vez dadas las categorías de base, toda evolución del capitalismo, hasta su salida de escena, está ya programada a través de las contradicciones que se suceden a partir de la primera”; no se pone uno nunca a esperar, decía, en el transcurso de esta lectura, que la “praxis” dormida pueda, como la Bella Durmiente, ser arrancada de su letargo por este muy conceptual príncipe azul: la “nueva crítica del valor”[18].
La empresa consiste en sustraer “la obra marxiana” a “más de un siglo de interpretaciones marxistas” para reconstruirla en torno a su “núcleo válido” evoca en cierto modo la de un Viollet-le-Due de la teoría que aspirase a “restablecerla en un estado completo que no puede haber existido nunca” [19]. Y como en toda restauración de este tipo el problema es hacer la selección entre lo que se conserva y se elimina. A Jappe parece así costarle, por momentos, desentrañar en Marx lo que es verdaderamente crítica y radical de lo que no lo es. Un poco a la manera en que Michéa contrapone el “socialismo original” al “pensamiento de Izquierda” impregnado del liberalismo de la Ilustración, Jappe opone el Marx “más radical” (el de El Capital) a ese otro que estaba marcado por las ilusiones del movimiento revolucionario de su tiempo; pero este desdoblamiento (“podemos […] hablar de un doble Marx”) se desdoble a su vez:
La diferencia entre el Marx “exotérico” y el Marx “esotérico” existe incluso en el interior de su análisis del valor y es visible en sus indecisiones en lo que concierne a la determinación del valor.
El lector, en todo caso, se pierde un poco, tanto más cuanto que, cada vez que cree poder relacionar la exposición que se le ofrece con un proceso histórico y unas realidades “empíricas”, el autor le pone en guardia contra esta comodidad intelectual. Esto es especialmente destacable a propósito de “trabajo abstracto”, del que Jappe deplora que el propio Marx no lo distinguiera nunca completamente del de “trabajo medio”, es decir, del trabajo indiferenciado, sin cualidades, que generalizaban la gran industria. No obstante, si hay un caso en que las fórmulas sobre la abstracción que se vuelve realidad, etc., tienen un sentido directamente comprensible para cualquier no teórico, es éste. Pero la “nueva crítica del valor” que defiende Jappe pone todo su empeño en rechazar cualquier comprensión de este tipo, como si ante todo fuese necesario que la teoría no tuviera el menor punto de aplicación en la realidad, tal vez por miedo a comprometerse con ella como hizo el viejo movimiento revolucionario combatiendo realidades “empíricas” antes que lo que se erguía “detrás”: la lógica del valor. Cierto, Jappe quiere admitir que existe un tipo de trabajo, que él llama “empíricamente abstracto”, cuya “difusión es efectivamente un resultado del predominio del trabajo abstracto en el sentido formal”; pero es para añadir al instante que “aquél no es del todo idéntico a éste”, conceder acto seguido que sin embargo “el trabajo abstracto en el sentido formal se vuelve la forma social dominante sólo cuando la aptitud de las obras a intercambiar una con otra, su no-especifidad y la posibilidad de pasar de un trabajo a otro, han penetrado a toda la sociedad”, y recordar finalmente que Marx, cuando formuló sus primeras reflexiones sobre la cuestión observando el proceso en curso en las sociedades más modernas, “no distinguía aún entre el trabajo “no cualificado” y el “trabajo abstracto” como determinación formal”.
Todo esto es muy lioso, por no decir embarullado. La razón de ello es sin duda que, en contradicción con diversas observaciones sobre el carácter esencialmente destructor del capitalismo, Jappe quiere conservar en el centro de su fortaleza teórica restaurada la creencia tan marxista según el cual “liberarse del trabajo significa liberarse del trabajo vivo y dejar en todo lo posible el metabolismo con la naturaleza al trabajo muerto, esto es, a las máquinas”[20]. Y como se aferra a este artículo de fe, con citas de los Grundrisse en mano, hace falta que el “trabajo abstracto” sea algo muy distinto de la forma fenoménica que toma en el mundo real. Así Jappe puede reciclar discretamente los viejos clichés de la automatización emancipadora y de la contradicción entre las fuerzas productivas desarrolladas (que hacen “posible” el comunismo) y las relaciones de producción existentes; dicho de otro modo, “el dominio del valor” bajo el cual permanecer estas fuerzas productivas: hemos alcanzado por fin “el punto en que la autocontradicción inherente al capitalismo empieza a impedir su funcionamiento en la máquina que se desboca” y “la separación de los productores ya no tiene base material o técnica y deriva en exclusiva de la forma valor abstracta, que ha perdido así definitivamente su función histórica”.
Se entenderá que ahora la satisfacción intelectual que siente un teórico marxista, o sólo marciano, diagnosticando que lo que hoy se prolonga artificialmente (mediante el “capital ficticio”, la “burbuja” financiera) es “la vida de un modo de producción ya muerto”. Del mismo modo, debe ser tonificante para los tiempos que corren, o mejor dicho, que reptan, poder zanjar sin titubeos que:
El valor conduce a su propia abolición por culpa precisamente de sus éxitos. La victoria definitiva del capitalismo sobre los restos precapitalistas es también su derrota definitiva. Cuando el capitalismo plenamente desarrollado coincide con su concepto, no es el final de toda posibilidad de crisis sino, muy al contrario, el inicio de la verdadera crisis.
Sin embargo, hay algo escalofriante en esta especie de exultación hegeliana de recoger una y otra vez la rosa de la razón de la cruz del presente, si pensamos que esta “victoria definitiva del capitalismo sobre los restos precapitalistas”, antes que la parusía que promete –por lo menos a los devotos de una dialéctica fetichizada- su ineluctable inversión como “derrota definitiva”, es en primer lugar nuestra derrota cotidiana, el aplastamiento de todo aquello a partir de lo cual podría reconstruirse una vida liberada de la economía. Hay que precisar, empero, que Jappe evita concluir sus Aventuras de la mercancía con el happy end de rigor: la crisis salvadora final. Incluso declara explícitamente que “el final del capitalismo no implica ningún paso garantizado hacia una sociedad mejor”. Cuando se arriesga a intentar descifrar el enigma de los tiempos presentes, señala primero que la crisis, la autodestrucción del capitalismo, de momento tiene como único resultado “la caída en la barbarie”, pero luego atempera esta observación un tanto deprimente afirmando que “la implosión del capitalismo deja un vacío que podría permitir también la emergencia de otra forma de vida social”. Sin querer ponerme demasiado pesado con el hecho de que este “vacío” es más bien un demasiado lleno (de venenos de toda naturaleza legados a una hipotética “otra forma de vida social”), uno se pregunta para que sirven, pues, las doctas certezas desgranadas a lo largo de este libro si sólo concluyen, cuando se trata de volver hacia la “praxis”, en formulaciones más o menos tan hueras y desarmadas como los deseos piadosos de los ciudadanistas (“Otro mundo es posible”) de las que Jappe se burla ampliamente in fine. Y convocando a Mauss, Polanyi o Sahlins para demostrar pesadamente que han existido formas de organización social no sometidas a la economía no puede convencerse a nadie de que el capitalismo es sólo “una especie de incidente histórico”, un paréntesis que casi fácil de cerrar una vez se haya entendido bien, gracias a la crítica del valor, que aquello no era sino pura “locura”.
La contradicción que he evocado en la primera parte de este artículo (entre un estricto determinismo en cuanto al pasado y un nebuloso “sentido de lo posible” en cuanto al presente) reaparece aquí de forma casi caricaturesca. Por un lado, no puede existir en el interior del capitalismo ningún sujeto consciente, sólo la “lógica del valor”, el “sujeto autómata”; por otro lado “nunca ha habido un período en la historia en que la voluntad consciente de los hombres haya tenido tal importancia como la tendrá durante la larga agonía de la sociedad de la mercancía”, agonía que “está teniendo lugar ya ante nuestros ojos. Pero para empezar a dar cuerpo a semejante voluntad consciente de salir de la sociedad de la mercancía quizá habría que criticar la abstracción mortífera del capitalismo de una forma que sea ella misma menos abstracta (y no rechazar como “simple recriminación moralista o existencialista” todo juicio que se base en esos “pensamientos y deseos no formados por la mercancía”, cuya existencia admite Jappe a regañadientes para negar acto seguido que se pueda “sencillamente movilizar[los] contra la lógica de la mercancía”). Si no, la crítica seguirá siendo esa “pasión de la cabeza” de la que hablaba Marx: una especialización intelectual entre otras.
III. La bestia en la jungla
Para merecer ese nombre, una teoría revolucionaria debe proponer una explicación de la realidad social que sea al menos plausible, y saber designar aquello que hay que combatir prioritariamente para transformarla. El criterio de verdad que se aplica a una teoría semejante no es exactamente de tipo científico: no le basta ser “pertinente”, adecuada a los hechos, sino que también tiene que llegar a cristalizar por un tiempo el descontento y la insatisfacción, indicándoles puntos de aplicación. Se puede ver que hoy no existe nada así. Cuando los intentos de explicación teórica que se hacen no son sencillamente absurdos o burdamente arbitrarios, no por ello dejan de ser incapaces de designar un objetivo práctico, o aun lejano, o de decir en qué hay que concentrar los esfuerzos, no ya para hacer que se tambalee la sociedad establecida, puesto que se derrumba por su propio movimiento, sino para oponerle una actividad colectiva que tenga alguna oportunidad de poner fin a la devastación del mundo.
Sin duda los análisis críticos que enfatizan la naturaleza fundamentalmente industrial de la sociedad presente resumen mejor que otros sus características y nombran lo que constituye a todas luces su determinación a la vez más universal y más concreta. Para quien la utilice sin fetichizarla, esta definición no implica obviamente olvidarse de que esta sociedad industrial también es capitalista, basada en la mercancía, espectacular, jerárquica, tecnificada, todo lo que se quiera, como tampoco el énfasis puesto en los años sesenta en los recientes progresos de la alienación que designaba el término de “espectáculo” implicaba abandonar la crítica del capitalismo, sino que por el contrario la reformaba en unos términos apropiados para hacer algo con ella. En todo caso, por somera que sea en ciertas formulaciones, la crítica antiindustrial ya ha tenido el mérito de satisfacer una de las condiciones requeridas en una teoría subversiva según un entendido; a saber, ser “enteramente inaceptable” en el sentido de que declara “malo, ante la estupefacción indignada de cuantos lo consideran bueno”, “el centro mismo del mundo existente” [21]. Sin embargo, una crítica semejante debe permanecer por necesidad muy desarmada para decir cómo atacar este “centro”, pues al describir la sociedad industrial como un mundo cerrado en el cual estamos encarcelados, insiste con razón en el hecho de que se trata de una esfera terrible cuyo centro no está, hablando con propiedad, en ningún lugar, ya que su circunferencia está en todas partes: chocamos con ella a cada instante [22] (volvemos a encontrar aquí, invertida, otra metáfora muy antigua y muy sugerente). Salvo que se siga postulando la existencia de una clase, el proletariado, cuya posición central en la producción lo constituye en sujeto revolucionario, es difícil ver, en efecto, si consideramos fríamente la coherencia de las coacciones que impone el sistema industrial, qué es lo que podría ponerle fin aparte a su autodestrucción, desde luego ampliamente iniciada, pero aún bastante lejana de un hipotético término. Y en ese caso se plantea la cuestión de los recursos –no sólo naturales- que conservará la humanidad, cuando el desastre haya llegado tan lejos, para reconstruir el mundo sobre otras bases. Dicho de otro modo: ¿en qué estado se hallaran los hombres, en qué estado se hallan ya, después de todo lo que se afanan en infligirse, al mismo tiempo que se endurecen soportándolo? Puede sostenerse que un agravamiento de la catástrofe barrerá todos los acondicionamientos y galvanizará las mejores energías de la humanidad, o que por el contrario precipitará, bajo la férula del pánico, la caída en la barbarie. Se puede conjeturar y dogmatizar sobre todo ello tanto tiempo como se quiera y nunca se saldrá de las opiniones, creencias o “convecciones íntimas” sin fundamento ni relieve. Si ninguna teoría puede responder razonablemente a tal pregunta, es sólo porque no utiliza una pregunta teórica, aunque sea la pregunta crucial de la época.
Así pues, como los teóricos están en realidad, como ya he dicho, tan desamparados como la gente corriente cuando hay que formular hipótesis sobre las consecuencias, incluso las más cercanas, del desastre en curso, apenas sorprende que sus escritos tengan algo de fantasmal, tanto más cuanto que adoptan para la galería un tono avejentado de contundente seguridad. (A los fantasmas, como sabe todo el mundo, les gusta cubrirse con armaduras oxidadas[23].) En efecto, al no poder concebir un futuro del tipo que sea, carecen de casi todo lo que daba consistencia y mordiente a una teoría revolucionaria: la tensión hacia la actividad colectiva y la búsqueda de mediaciones prácticas, la reflexión estratégica en función de plazos precisos, la capacidad de ligar cada conflicto a un programa universal de emancipación. Y si falta todo esto, no es –en todo caso no siempre y no principalmente- por alguna deficiencia intelectual particular, sino porque el terreno social e histórico en el que podía nacer y desplegarse una inteligencia teórica semejante ha desaparecido bajo nuestros pies.
Nadie sabe muy bien lo que va a abalanzarse desde la jungla del presente, desde las combinaciones imprevisibles de un caos inaudito. Los teóricos se distinguen no obstante, y cuanto más “radicales” son más se acentúa este rasgo, por la satisfacción indisimulada con que hablan de crisis, de hundimiento, de agonía, como si poseyeran algún seguro especial sobre la dirección de un proceso del que todo el mundo espera que alcance por fin un resultado decisivo, un acontecimiento que elucide de una vez por todas el obsesivo enigma de la época, ya sea hundiendo a la humanidad, ya obligándola a levantarse. Sin embargo, esta espera desposeída forma parte integrante de la catástrofe, que ya está aquí, y la primera tarea de una teoría crítica sería romper con dicha espera, negarse a abrigar no se sabe bien qué esperanza contemplativa hablando, por ejemplo, como Jappe, del “vacío” propicio para “la emergencia de otra forma de vida social” que va a crear la implosión del capitalismo, o como Billeter, del “acontecimiento”, del “momento imprevisible en que algo nuevo se hace de repente posible” y en que los razonamientos críticos tienen por fin su uso; o incluso como Vidal, pero varios grados por debajo, del “trabajo de varias generaciones” que al parecer tendremos el placer de encarar para que el “movimiento antiglobalización” llegue a “definir, de forma más o menos libertaria (sic), los términos de un nuevo contrato social” (ni siquiera un plazo mucho más largo bastaría a semejante “movimiento”, tal como ha comenzado para desarrollar nada que tenga que ver con una conciencia crítica, y si se trata de darles la papilla ideológica a los altermundialistas más izquierdistas, Negri ya lo hace muy bien).
Se puede seguir teniendo por esencialmente cierto, aún hoy, el aforismo según el cual, en ruptura con toda filosofía de la historia y con la contemplación de un agente de supremo externo, sea cual sea éste –desarrollo de las fuerzas productivas o, como sustituto, autodestrucción del capitalismo-, “la teoría no tiene que conocer más que lo que ella misma hace” (La sociedad del espectáculo). Sin embargo, como muchas otras afirmaciones de la vieja teoría revolucionaria, ésta se ve confirmada de una forma muy diferente de la prevista: dado que el curso catastrófico de la historia presente (la “reacción en cadena”) escapa, por un tiempo cuya duración es imposible de prever, a nuestra acción, no se puede teorizar acerca de ella si no es restaurando de una manera u otra la posición separada y contemplativa de la filosofía de la historia. Así que también en esto puede practicarse una “ascesis bárbara”, opuesta a la falsa riqueza de las teorías prolongadas o reconstituidas. Cuando el barco hace agua, ya no hay tiempo de disertar con erudición sobre la teoría de la navegación: hay que aprender rápidamente a construir una balsa, aunque sea rudimentaria. Esta necesidad de limitarse a cosas muy sencillas, desde luego indignas de la “gran teoría” pero vitales a partir de ahora, de concentrarse en lo que se necesita imperiosamente sacrificando todo lo demás, lo que Walter Benjamín expresó en una carta [24] a propósito del libro de Ernst Bloch, titulado en Francia Héritage de notre temps:
El grave reproche que le hago a esta obra (que no al autor) es que no se corresponde en modo alguno a la situación de su aparición, sino que surge tan desubicada como un gran señor que, llegando a inspeccionar una región devastada por un terremoto, no tuviera nada más urgente para empezar que pedir a su gente que desenrolle las alfombras de Persia que ha traído –aquí y allá un poco apolilladas ya-, que exponga sus vasos de oro y de plata –aquí y allá deslustrados- y que extienda, ya descoloridos aquí y allá, los brocados y tejidos adamascados. Es obvio que Bloch tiene excelentes intenciones y grandes ideas. Pero, pensándolas, rehúsala ponerlas en práctica. En semejante situación -en un lugar asolado por la miseria- al gran señor no le queda más remedio que utilizar sus alfombras como mantas, cortar manteles de sus ricas telas y enviar su fajilla suntuosa a la fuente.
Al final de las Observaciones sobre la agricultura genéticamente modificada y la degradación de las especies [25], decíamos que a uno no le quedaba, para salir del “mundo cerrado de la vida industrial”, más que “ir a cultivar su huerto”. Si olvidamos las chanzas estereotipadas de los progresistas submarxistas y de los borricos que parecen temer por encima de todo “el regreso a la tracción animal”, la fórmula se ha tomado en general como una pirueta poco fácil, un apaño elegido por no poder enunciar un programa más ambicioso. Sin embargo, si se observa con detenimiento y sin anteojos “radicales”, era un programa de los más ambiciosos, para tomarlo en sus sentidos tanto literal como figurado; incluso pensando en el “jardín de Epicuro”. Pero como conviene considerar para empezar el sentido de huerto de la palabra jardín (ya que, como decía con razón Epicuro, “principio y fin de todo bien es el placer del vientre. Porque todo lo cabal y todo lo desmedido tienen su referencia en éste”), concluiré diciendo que un buen manual de jardinería, acompañado de todas las consideraciones críticas que hoy requiere el ejercicio de esta actividad (porqué también en esto es ya muy tarde), sería sin duda más útil par atravesar las catástrofes venideras que unos escritos teóricos que persisten el elucubrar imperturbablemente, como si estuviésemos en tierra firme, el porqué y el cómo del naufragio de la sociedad industrial.
Notas sobre el Manifiesto contra el trabajo[26]
Parece una concesión demasiado grande a la modernización tecnológica decir que ha hecho el trabajo “superfluo”. Sin entrar a abordar siquiera el juicio cualitativo de las facilidades tecnológicas (¿qué hace perder la “liberación” por las máquinas?), ya es muy dudoso cuantitativamente que la modernización suprima trabajo y que haga su mantenimiento cada vez más artificial (tesis central del Manifiesto).
En efecto por no hablar de los “puestos de trabajo creados directamente por la innovación tecnológica (¡y qué trabajo!), lo que hay que considerar son todas las actividades asalariadas que ese mismo proceso hace socialmente necesarias (al mismo tiempo que suprime otras): el encuadramiento psicosocial de las “muchedumbres solitarias”, el control policial del “salvajismo”, la industria de la “salud” (sector en expansión donde los haya), la del entretenimiento y de las compensaciones “culturales” por la desertificación de la vida, por no decir nada de todo lo que concierne a la “reparación”, el bricolaje técnico de una neonaturaleza. Cierto que todo ese “trabajo” sólo es necesario en el interior de la sociedad de la alienación, en el marco de su lógica demente, etc., pero su necesidad no es menos horriblemente real en el interior de estas condiciones; es algo así como un cáncer: saber que es producto (en la mayoría de los casos) de las condiciones de vida no cura: queda la necesidad de recurrir (con mayor o menor prudencia, ése es otro problema) a la medicina existente. Del mismo modo, saber que la calamidad económica es la materia prima, inagotable, de todas las “bondades”, “facilidades” o “remedios” producidos por la economía de mercado no impide que esa calamidad sea un sistema de imposiciones materiales al que nadie es ajeno. (Se pueden rechazar por dignidad, por asco, etc., las compensaciones y sucedáneos diversos, pero no se pueden rechazar las privaciones que los hacen necesarios e incluso deseables para la mayoría de la gente; cf. Günther Anders acerca de al televisión[27].)
Hablar en estas condiciones de “conquista de los medios de producción mediante asociaciones libres” (pág. 63) equivale a una retórica de rezo. ¿Medios de producción? ¿Producción de qué? De más calamidad económica (de dependencia, de aislamiento, de patología social), es decir, de aquello de lo cual las “asociaciones libres” tendrían, como primer programa, salir. Tomemos el ejemplo de una necesidad elemental como la de habitar, tener un techo. La forma en que “satisface” esta necesidad la sociedad industrial ya la conocemos: es la vivienda masifica, las grandes urbanizaciones, la celda del Existenzminimum. “Asociaciones libres” luchando con la tarea de transformar todo esto heredarían un “medio de producción” (la industria de la construcción y las obras públicas) que no puede servir sino para construir precisamente la misma cosa, con algunas variantes (podrían, en rigor, “dar vida a las fachadas” y pintarrajear el hormigón; pero eso ya está hecho). Y este ejemplo, todavía es relativamente benigno frente a otros, como la agricultura industrial o la producción nuclear de electricidad, para ilustrar la alargada sombra que la alienación presente proyecta sobre cualquier futuro imaginable.
Del proyecto del viejo movimiento obrero revolucionario, Krisis parece conservar así –por lo menos en algunos pasajes del Manifiesto- precisamente la parte más caduca: la idea de una reapropiación posible de las “fuerzas productivas” de la gran industria, con la forma que le ha dado el capitalismo. Sin embargo, hay que admitir que en el transcurso del siglo XX, digamos entre Hiroshima y Chernóbil, se atravesó un umbral en la transformación de las “fuerzas productivas” en “fuerzas destructivas”. El capitalismo entabló desde sus inicios una guerra permanente contra todo lo que subsistía independientemente de él (en la naturaleza, las relaciones sociales y las actividades humanas); pero, pasado cierto mural de poderío técnico, esta guerra, con su ciclo cada vez más acelerado de destrucciones-reconstrucciones, se ha convertido en el principal motor de la valorización capitalista. La “reparación” tecnológica del mundo realmente devastado es desde luego, para cualquier espíritu lúcido, la garantía de nuevas devastaciones, pero desde el punto de vista de la economía de mercado es sobre todo la garantía de que habrá trabajo, cada vez más trabajo, para restaurar, descontaminar, sanear, manipular; es decir, para crear valor con el desastre.
Resumiendo: la naturalización de la necesidad del trabajo no es sólo ideológica (como denuncia el Manifiesto) sino que ha pasado a los hechos, se ha materializado con la forma de la catástrofe en curso. Dicho de otro modo, puede afirmarse, con Anselm Jappe, que el “capitalismo constituye históricamente una excepción, una monstruosidad”, pero añadiendo al instante que ha llegado a destruir casi totalmente aquello respecto a lo cual era una excepción y una monstruosidad.
Me parece que el principal “punto ciego” en el análisis propuesto por el Manifiesto es la adhesión a cierta ortodoxia marxista para la cual hay que seguir salvando un “lado bueno” del desarrollo técnico del capitalismo. (El presupuesto es como se sabe, que ese desarrollo técnico sólo puede ser formalmente capitalista.) Esto aparece particularmente en las menciones elogiosas que se hacen varias veces acerca de la “revolución microinformática”, que al parecer produce “riquezas” y nos libera de las “tareas rutinarias”; cuando en realidad la informática depaupera todo lo que toca y extiende por doquier la rutina de sus procedimientos. Pero lo que se hace sentir sobre todo es una especia de vacilación sobre esta cuestión entre los redactores del Manifiesto. Así escriben, por ejemplo (pág. 68) que “una vez sustraídas las imposiciones objetivas capitalistas del trabajo, las modernas fuerzas de producción podrán incrementar enormemente el tiempo libre disponible para toda la gente”, pero añaden casi al instante, como para corregir ese disparate, que “sólo se podrá aprovechar una parte mínima de la técnica en su forma capitalista”; constatación que, con sólo reflexionar en ella un momento, parece negar totalmente la afirmación anterior.
En conclusión, creer que podrían recuperarse intactos, una vez despojados de su forma capitalista, valor de uso y técnica emancipadora, es desvariar y exponerse a incoherencias como las que encontramos varias veces en el Manifiesto. Ya no estamos en la época de Marx, y las ambigüedades de su teoría (las esperanzas progresistas puestas en las bondades de la gran industria) ya no tienen la más mínima justificación. La contradicción que socava la vieja sociedad no está entre el mantenimiento del “trabajo abstracto”, “la venta de la mercancía-fuerza de trabajo”, y de los medios de producción que hipotéticamente permitirían librarse de él. La contradicción fatal de la sociedad de la mercancía (pero quizá también de la civilización, de las posibilidades de humanización que ésta ha producido a lo largo de la historia) es la que existe entre esos medios de producción determinados, es decir, el “capital fijo cientifizado”, la tecnología moderna, por una parte, y por otra parte las necesidades vitales de la apropiación de la naturaleza, de las cuales ninguna sociedad humana podría sustraerse (a no ser que se espere la mutación anunciada por los genetistas).
Una organización social, sea cual sea, es antes que nada una forma de apropiación de la naturaleza, y es en esto en lo que la sociedad de la mercancía ha fracasado miserablemente. La huida hacia delante en la artificialización, tal como propone la utopía neotecnológica, que pretende resolver el problema suprimiéndolo, no es sino una manifestación de este fracaso. El “límite histórico absoluto” del que habla el Manifiesto se sitúa de hecho allí: el trabajo indiferenciado de la gran industria (del cual se ha eliminado toda particularidad, cualidad individual, determinación local, etc.) ha alcanzado finalmente, tras las sucesivas “revoluciones tecnológicas” su concepto como trabajo muerto, muerte en el trabajo. Y eso no es una simple fórmula: la desvitalización es patente en todos los ámbitos, y cada paliativo tecnológico lo agrava. El trabajo industrial había producido al producto (el hombre desindividualizado, intercambiable, el material humano de la sociedad de masas) y el “mundo” del producto (la representación del mundo que conviene a la producción total). Con las “nuevas tecnologías” –el mundo sensible reducido a informaciones digitalizables, la vida biológica a códigos manipulables y recombinables, el encarcelamiento industrial está en cierto modo “cerrado”, pero al mismo tiempo la humanidad se encuentra así aislada de todos sus recursos, tanto vitales como espirituales. Evidentemente, una locura semejante no puede mantenerse por mucho tiempo, pero puede llevar aún más lejos la “descivilización” y el “salvajismo” evocados en las últimas páginas del Manifiesto.
Para concluir estas notas sucintas y demasiado deshilvanadas, diré que el miedo a caer en la formulación vulgarmente edificante de “principios positivos”, o tal vez a ceder a la futilidad de las “recetas para las marmitas del futuro”, parece contener a los autores del Manifiesto de ir hasta el final de su crítica a la dominación del trabajo muerto y de su racionalidad tecnocientífica. Y es verdad que la crítica de la “la técnica” cae fácilmente en la abstracción impracticable, con todos los riesgos de regresión idealista hacia los piadosos deseos “éticos”, el espiritualismo o el esteticismo (el propio florecimiento de este género de falsa conciencia debe verse como un síntoma de la confusión de la mayoría de la gente ante las inmensas tareas prácticas que impondría el desmantelamiento razonado del sistema industrial). Sin embargo, ese “combinar las formas de práctica contrasocial con el rechazo ofensivo del trabajo” (pág. 71) no podría darse sin un juicio crítico coherente del conjunto de los medios técnicos que desarrolla, él también de forma totalitariamente coherente, el capitalismo moderno. Este juicio remite, desde luego, a una concepción de la vida que se desea llevar, pero esta concepción no tiene nada de abstracto o arbitrario: se basa en una conciencia lúcidamente histórica del proceso contradictorio de la civilización, de la humanización parcial y que ha permitido llevar a cabo dicho proceso, y que llega a su límite con la ruptura antropológica actual. No se trata de “volver atrás” sino de reapropiarse de las fuerzas vitales de la humanidad destruyendo la máquina que las paraliza. Es el único sentido que puede tener el programa de “reproducción de la vida más allá del trabajo” (pág.71)
Una discusión profunda sobre las tesis del Manifiesto requeriría abordar otros puntos. Pero me he atendido a lo que me parecía central para tratar de precisar hasta qué punto “una crítica al capitalismo sin crítica a la sociedad industrial es tan insensata como una crítica de la sociedad industrial sin crítica del capitalismo” (Anselm Jappe) y contribuir así a la formación de ese “nuevo contraespacio público”, “espacio intelectual libre en el que pueda pensarse lo impensable”, cuya necesidad evocan los redactores del Manifiesto.



Notas:
[1] En El abismo se repuebla [1977], trad. De Tomás González López, Precipité, 2002.
[2] Tres años después, Michel Bounan imitó la misma metáfora, modificándola para ilustrar cómo, según él, “bajo la forma en descomposición, comienza a brotar una vida nueva, y a difundirse gracias al trabajo ardiente de los gusanos”. Según el autor de Sans valeur marchande, esta vida nueva ciertamente empieza a pulular “con un aspecto al principio horrible”, pero no hay que angustiarse por ello, pues “tendremos el placer seguro de ver cómo surge, del monstruoso caos actual, otra tierra y otro cielo”. Así como Marx decía que la teología era el lado podrido de la filosofía, puede decirse que el profetismo ha sido siempre el lado podrido de la teoría revolucionaria. Y eso es precisamente lo que queda de ella en Bounan. (Su profetismo, por lo demás, esta calcado sobre todo del de René Guénon: Kali-Yuga, “signos de los tiempos” y toda la panoplia “tradicional”.)
[3] Georg Lukács [1911], en El alma y las formas y la teoría de la novela, trad de Manuel Sacristán, Grijalbo 1975
[4] Georg Lukács [1922], en Historia y conciencia de clase, trad. de Manuel Sacristán, Orbis, 1985
[5] August von Cieskowski, Prolegómenos a la historiografía[1838], trad de Jaime Franco Barrios, Universidad de Salamanca, 2002
[6] A su modo muy orientado, Michel Carrouges lo demuestra a propósito del surrealismo (André Breton et les dones fondamentales du surréalisme, Gallimard, 1950).
[7] Chine trois fois muette: essai sur l’histoire contemporaine de la Chine, Allia, 2000
[8] En el ejemplo de Pascal se trata de un cuadro, pero la continuación del fragmento, no citada por Billeter, enuncia unas reservas de envergadura sobre esta idea del “punto indivisible”, “verdadero lugar”: “La perspectiva lo asigna en el arte de la pintura. Pero en la verdad y la moral, ¿qué lo asignará?”
[9] Alfred W. Crsobey es autor de dos libros, Imperialismo ecológico y La medida de la realidad, que tratan de explicar los orígenes del dominio occidental en el mundo con afirmaciones rotundas y más que discutibles. [10] Théorie critique et histoire critique, Nouvelles de nulle part nº4, octubre de 2003, págs 25-26
[11] Sé bien que la mera utilización de categorías psicopatológicas me valdrá ser tachado entre los partidarios de una psiquiatría represiva. La réplica a esto es sencilla: no creo que la sinrazón sea precisamente lo que nos falte hoy, y la locura, desdichada como respuesta a la desdicha, nunca ha sido una emancipación (N. del A.)
[12] En Francia se llama negacionismo a la postura de los que niegan que los campos de concentración nazis fueran de exterminio.
[13] Jaime Semprun, Diálogos sobre la culminación de los tiempos modernos [1993], trad de Javier Rodríguez Hidalgo, Muturreko Burutazioak, 2006, pág 72. Tomé prestadas estas excelentes formulaciones de la Dialéctica negativa de Adorno (Sobre la crisis de la causalidad). Valga paa decir que la constatación del fenómeno no viene de ayer. No obstante, es en el futuro (el que sucederá al final de la idolatría de la razón) donde sitúa Bounan cómicamente el momento en que “lo importante permutará con lo accesorio y las causas con los efectos. (N. del A.)
[14] Impasse Adam Smith: brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme par sa gauche, Climats, 2002. la única obra de Michéa publicada en castellano es La escuela de la ignorancia, Acuarela, 2002; sin embargo en ella ya aparecen algunas de las ideas favoritas del autor.
[15] Y que ahora intentan situarse en Francia como los teóricos que le hacían falta a un “altermundialismo” efectivamente muy descerebrado (N. del A.) [Las referencias de este párrafo aluden, obviamente, a actividades del propio Michéa]
[16] Les aventures de la marchandaise: pour una nouvelle critique de la valeur, Denoël, 2003
[17] Esta afirmación es bastante sorprendente viniendo de un autor que ha dedicado a Debord un libro [Guy Debord, trad. de Luis Andrés Bredlow, Anagrama 1999]
[18] Jappe precisa que su exposición retoma ampliamente el punto de vista de la revista alemana Krisis, en cuya elaboración participa. Reconoce por cierto que a pesar de todos sus efuerzos, su “presentación de la teoría marxiana del valor no es fácil de leer”.
[19] Eugéne Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonne de l’architecture, 1864-68, artículo “Restauration”.
[20] Ver más adelante las “Notas sobre el Manifiesto contra el trabajo”.
[21] Guy Debord, “Prefacio a la cuarta edición italiana de La sociedad del espectáculo”, incluido en los comentarios sobre la sociedad del espectáculo, trad. De Luis Andrés Bredlow, Anagrama, 1999. Sólo hay que ver cómo se escandalizan los que quieren continuar repitiendo la vieja teoría revolucionaria si se ataca la organización industrial, que siguen soñando en poner, con la informática y todo lo demás, al servicio de una “vida libre”, de la que no se dan cuenta de que así quedaría privada de todo contenido. Precisemo, no obstante, para evitar malentendidos, que esta cualidad (ser “inaceptable”) evidentemente no prueba nada por sí sola: cualquier negacionista se reafirma en su convicción paranoica por la unanimidad que atrae contra sí.
[22] Baudouin de Bodinat, La Vie sur terre, tomo I, Encyclopédie des Nuisances, 1999, pág. 55.
[23] Renuncio a desmontar aquí, como era mi intención al principio, un ejemplo particularmente escandaloso de bluff teórico: Resístanse au chaos, de Jordi Vidal (Allia, 2002), pomposo potaje en el que los escasos esbozos que merecerían reflexión quedan ahogados de inmediato por un océano de obviedades izquierdistas, cuando no puras bobadas dignas de un Ignacio Ramonet. El seudoconcepto multiusos de “dispositivo caótico” ha demostrado todo su valor y operativo permitiéndole al autor posar como estratega y acreditarse como tal en las columnas de la revistilla molona Hélène. Sobre esta cuestión del caos y de lo que lo sostiene, me remito al capítulo cinco del texto de René Riesel publicado recientemente: Los progresos de la domesticación, Précipité/Muturreko burutazioak, 2003, págs 61-67.
[24] Carta del 6 de febrero de 1935 a Alfred Cohn (Walter Benjamín, Correspondance, tomo II, Aubier, 1979)
[25] Trad. de Miguel Amorós, Alikornio, 2000.
[26] Las citas de Anselm Jappe [integrante del grupo Krisis] proceden de un texto que invitaba a una reunión, a principios de 2003, en torno al libro Krisis en el marco de la cooperativa Longo Maï de Forcalquier.
[27] “Por mucho que hagamos o dejemos de hacer, nuestra huelga privada no cambiará nada, porque vivimos hoy en una humanidad para la cual el “mundo” y la experiencia del mundo han perdido todo su valor: ya nada tiene interés si no es el fantasma del mundo y el consumo de ese fantasma” (La obsolencia del ser humano, 1956).
FUENTE : MULTITUD