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| Athènes - janvier 2012 |
En Grèce, depuis l’arrivée de la Troïka nous
devenons tous une… atmosphère. Dans des conditions de laboratoire
et sous pression. Par modélisation exemplaire et accélération des
particules, élémentaires si l’on préfère. Et ces particules
c’est bien nous. L’accélérateur quant à lui, relève de la
mécanique du dernier méta-capitalisme bancocrate. Cela a bien
fonctionné à un tel point que maintenant nous pouvons sans peur
nous regarder dans le miroir du futur pour nous apercevoir que nous
sommes déjà des mutants.
A commencer par notre régime politique, cette pseudo-democratie,
mollement parlementaire et durement affairiste, devenue désormais
une quasi-dictature après trois putschs réussis. Le premier, en
2009, s’est déroulé lors des élections, alors encore « libres
». Le PASOK (P.S. grec) arrive au pouvoir devançant de dix points
la droite. Georges Papandréou, ami de Geοrges Soros, grand
cosmopolite (l’expression est de lui-même) et apparemment plus à
l’aise dans la syntaxe de son pays natal, les États-Unis, que dans
la grammaire balkanisée du grec moderne, habille alors sa piètre
rhétorique comme il le peut. Et les grands médias lui orchestrent
convenablement l’image. Sa campagne est déjà un Case Study
mais je parie qu’il y en a d’autres en Europe en ce moment en
passe de devenir aussi cas d’école. « Le citoyen d’abord », «
rupture avec les pesanteurs du passé », « gouvernance électronique
», « allons-y, tous ensemble », « finissons-en avec la dictature
des marchés », « prenons des mesures pour réconforter les
citoyens les plus fragiles, surtout ceux qui ont emprunté de
l’argent et doivent faire face à la crise », « faisons de la
Grèce, le Danemark du Sud », « de l’argent il y en a », « nous
sommes prêts pour la croissance verte, les nouvelles technologies et
l’écologie», « augmenter les impôts, la TVA par exemple, est un
crime contre les plus faibles et conduirait l’économie tout droit
à la récession ». Voilà le synopsis de la rhétorique de ce
premier coup d’État.
Aussitôt au poste de Premier Ministre,
élu le 4 octobre, et prenant ses fonctions le 6, le socialiste
Georges Papandréou ayant donc mené toute sa campagne sur la
redistribution des richesses et la hausse des salaires de
fonctionnaires, il annonce encore son intention de « prendre des
mesures d’urgence pour améliorer la compétitivité du pays car
l’économie se trouve dans une situation critique, ayant hérité
des dettes cachées du précèdent gouvernement, mais tout en
protégeant les revenus des plus fragiles, augmentant les petites
retraites, augmentant dès 2010 les salaires et les retraites plus
que l’inflation, en gelant les tarifs du gaz et de l’électricité,
en rénovant le système de santé, en renforçant également les
moyens de la Sécurité sociale, afin de permettre finalement au
citoyen l’accès à un système de santé de haute qualité et
gratuit, en renforçant aussi le système éducatif, lui attribuant
dès le budget 2010, un milliard d’euros supplémentaires ».
Enfin Papandréou s’est dit « déterminé à
renforcer le rôle du Parlement dans le processus décisionnel de
notre régime démocratique ».
La suite est désormais connue. Georges Papandréou, en bon
préparateur de commandes, a apporté le pays entier et sur un
plateau, aux banquiers charognards impériaux (BCI !). Nous en avons
déjà eu la confirmation en découvrant le documentaire de Canal + «
Un an avec DSK – Au cœur du FMI » en mars 2011. Nous
apprenons alors par Dominique Strauss-Kahn en personne, que le
premier ministre grec fraîchement élu avait contacté très
discrètement le FMI fin 2009. Or, il proclamait haut et fort dans le
même temps que son pays s’en sortirait très bien tout seul, et
ceci jusqu’au printemps 2010. « Papandréou m’avait appelé
très tôt, dès novembre-décembre 2009 en disant qu’il avait
besoin d’aide », révèle dans la vidéo Dominique
Strauss-Kahn. « Le premier ministre avait très bien conscience
qu’il avait besoin d’aide [du FMI]. » Or, la demande
officielle du gouvernement grec est seulement intervenue au printemps
2010. Le plan de 110 milliards d’euros de prêts octroyés
conjointement par le FMI et l’Union européenne sera rapidement mis
sur pied, malgré la cacophonie apparente entre les dirigeants
européens. « Quand le FMI est venu, on a fait le travail en 15
jours », s’est vanté Dominique Strauss-Kahn. « C’est
parce que durant les mois précédents, on avait travaillé
souterrainement avec les Grecs. (…) Tout ça parce que les
Grecs eux souhaitaient une intervention du FMI même si Papandréou
pour des raisons politiques n’affirmait pas ça. »
Ce scénario fait désormais partie de notre vécu… en pédagogie
politique. L’agence de notation Fitch dégrade la note de la Grèce
de Α à Α- le 22 octobre 2009, pratiquement dès la mise en
fonction du nouveau gouvernement. Le 21 janvier 2010 le « spread »
entre les obligations allemandes et grecques à 10 ans atteint les
300 points de base (3%). Comme par hasard, une semaine plus tard au
Forum Économique de Davos, Georges Papandréou est invité à
prendre des mesures d’austérité. La Grèce « accepte » le
Mécanisme dit officiellement « de soutien économique »,
institué par le Fond Monétaire International, l’Union Européenne
et la Banque Centrale Européenne, mécanisme alors connu depuis,
sous le nom de « Troïka », ainsi que ses représentants
ou émissaires – contrôleurs en route pour Athènes autour du 23
avril 2010. Cinq jours plus tard, l’agence de notation Standard &
Poor’s dégrade la note de la Grèce de ΒΒΒ+ à ΒΒ+ et le
« spread » des obligations grecques à 10 ans atteint les
1000 points (10%).
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| Athènes - janvier 2012 |
Au départ, il était question de la dette dite souveraine du
pays, 300 milliards d’euros et 143% de son PIB en 2010, pour en
arriver après la « thérapie de choc », infligée à la majorité
des Grecs, à une dette … encore plus souveraine atteignant les 360
milliards d’euros, représentant 166% du PIB du pays en 2012. La
Troïka et le gouvernement grec, ont alors signé trois documents
liés, le Traité du Nouveau Prêt et l’accord avec le FMI,
accompagnés d’un Mémorandum, une feuille de route en somme
obligatoire, sur les mesures à prendre … « pour s’en sortir ».
Aucun gouvernement grec depuis n’a osé faire valider ce Traité
devant les parlementaires, suivant la procédure prévue par la
Constitution pour ce type d’engagement si crucial pour le pays
(analyse de Giorgos Kasimatis, universitaire et juriste
constitutionnaliste). C’est finalement seulement le Mémorandum qui
fut approuvé après maintes péripéties à l’Assemblée le 6 mai
2010, provoquant la première défection de trois députés
socialistes. La Grèce Mémorandienne s’embourbe depuis, dans une
série de réformes prétendument censées la rendre compétitive,
s’agissant plutôt, d’une variante de la Stratégie du choc et de
l’interminable montée de son capitalisme du désastre (Naomi
Klein). Baisse des salaires dans la fonction publique et dans le
secteur privé, augmentation en flèche des impôts, dérégulation
de l’accès à certaines professions, démantèlement des
conventions collectives, réduction des effectifs partout. Nous avons
alors connu des grèves à répétition, et nos manifestants, surtout
très nombreux du temps des « Indignés » durant l’été 2011,
furent violemment réprimés devant le Parlement et sur la Place de
la Constitution (Syntagma). Toute la planète avait alors compris
qu’il fait désormais un temps de chien à l’ombre du Parthénon,
découvrant par la même occasion notre célèbre chien-manifestant,
Loukanikos (Saucisson). Voilà pour un sommaire du deuxième putsch.
La troisième phase du Putsch en Grèce fut la mise en place de la
gouvernance directement bancocrate de Papadémos, début novembre
2011. Initialement « composée de trois formations, P.S., droite
et extrême droite, ayant comme seule mission de parapher le
Mémorandum II, autrement dit le nouvel accord avec les « marchés »
et aussitôt conduire le pays aux élections prévues pour février
2012 ». Son vrai rôle est d’achever la mise en place de
l’occupation. Ce que les Papadémiens viennent de parapher hier
soir paraît-il, est tout simplement la première occupation
officielle des temps nouveaux en Europe. Soulignons que la « dette »
deviendra alors « applicable law » suivant le droit
anglais, les « évaluations » des agents de l’État seront faites
par une structure française en vue de licenciements dans la fonction
publique ; la collecte des impôts, la gestion en somme de
l’État profond, est en passe d’être transférée vers
l’Allemagne, laquelle a déjà créé un Secrétariat d’État
aux affaires grecques. Il s’agit du secrétaire d’État
allemand à l’Emploi et aux Affaires sociales, Hans-Joachim
Fuchtel, homme de confiance d’Angela Merkel. En expérimentant le
premier défaut (contrôlé ?) d’un pays de la zone euro, c’est à
dire déjà l’intérieur d’une zone d’occupation monétaire
(pays classé ZOM !), préalablement établie depuis une décennie
sous un nuage de propagande. C’est la variante applicable aux
Baronnies sous mandat, de la Règle d’or.
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| Athènes - janvier 2012 |
Dès hier (mercredi) des parlementaires socialistes ont fait
circuler une pétition au sein du Parlement pour soutenir une
prolongation du mandat Papadémien, jusqu’à la fin de la
législature, à savoir 2013. Les structures alors « définitives »
du « pays réel » bancocrate se referment sur nous. Et jusqu’ici,
pas de révolte. Car nous avons déjà été déconnectés du vrai
lien politique (comprendre, agir, prendre en main la situation
collective, contrôler les politiques notamment) en plus de la
corruption gonflée par les fonds structurels de l’U.E. et par les
pots de vin divers et variés. La culture, la langue, la musique
furent en quelque sorte détruites et avec elles, tout un système de
réflexion et d’action. Ce processus a pris trente ans, télévision,
« life style », consommation, argent et crédit
faciles, la musique de Theodorakis, d’Hadjidakis, étant
entièrement bannies des radios, et en dernière instance, une
culture « loisirs domestiques » dont la composante désastreuse
consiste à nous tenir enfermés chez nous.
Depuis la mise en place de la Troïka, les nouvelles mesures
tombent quotidiennement : nous apprenons de mauvaises nouvelles
tous les jours et nous subissons une mithridatisation certaine. D’où
notre mutation. Déjà dans le vocabulaire, « CDS », « spreads »,
« PSI », « FMI », « Debt », « Agences de notation », «
triple A », « double C », termes relevant déjà de la sémantique
du désastre. Nos neurones explosent, nous devenons incapables
d’aller au-delà, nous sombrons dans les psychotropes (le
gouvernement Papadémien vient tout juste de dépénaliser l’usage
de la drogue dite « légère »), nous sombrons aussi dans l’alcool
et le suicide. Ainsi, leur stratégie est digne du meilleur
interrogatoire des temps totalitaires. Tantôt on annonce l’arrêt
des mesures d’austérité, mais c’est pour en annoncer d’autres.
Les règles concernant les retraites ont changé une bonne douzaine
de fois depuis 2010. Et les gens sont perdus. Certains se referment
dans le monde du silence, se laissant mourir à petit feu. Notre
sociabilité se trouve grièvement blessée. Des amis se cachent pour
ne plus avoir à exposer publiquement leur nouvelle situation, où
nous avons cessé de pouvoir encore nous payer un café ensemble. Si
on y ajoute le combat pour la survie, la destruction des repères, et
plus « pratiquement », l’impossibilité d’instaurer
des entractes réellement festifs dans l’immédiat ou dans le moyen
terme, pour retrouver les siens, voyager, c’est alors
l’effondrement psychologique, donc l’apraxie. Avec en plus, la
répression policière et la mise en place d’un terrorisme
économique via les impôts dignes du servage, le fichage, le
chantage, dans la fonction publique notamment. Croyez-moi, chers
amis, cette stratégie du choc n’est pas une illusion. Je le savais
fort bien et je le disais haut et fort lors des manifestations
massives de 2010 et 2011, tant que les gens et leurs proches avaient
encore un petit salaire ou des réserves pour tenir, ils étaient
encore capables d’analyses et de revendications, disons de type «
classique », mais les partis de gauche n’ont pas pu ou voulu
saisir le tournant et la droite dite populaire (pas populiste) était
encore inexistante pour en constituer un nouveau pôle
anti-Mémorandum, faisant par exemple scission avec son principal
parti. Ajoutant in fine l’abolition accélérée de notre
économie et nous aboutissons à un tableau bien triste !
Nous nous sentant déjà ancrés à la solution finale bancocrate,
nous tenterons sans aucun doute autre chose. Mais quoi ? Tout est
dans l’air. C’est la raison pour laquelle, selon certaines
informations de la presse grecque (mercredi 8/2/2012), la chaîne CNN
serait en train de louer l’ensemble du 6eme étage au prestigieux
hôtel « Grande Bretagne », place de la Constitution (Syntagma), en
face du Parlement et ceci parait-il pour plusieurs semaines, «
s’attendant à la bataille d’Athènes ». Alors, 6e
étage comme 6e avenue à New York (Bank of America
Tower et Rockefeller Center) ?
Il semblerait aussi que les ambassades ici à Athènes,
préviennent leurs ressortissants d’un manque à craindre de
produits alimentaires et de carburant. Nous, nous avons déjà
constitué des réserves dans les caves et dans les placards. Avez
vous évoqué la possibilité d’une guerre ? Ou d’une « Règle
d’or » comme équivalent d’une « Conférence de Wannsee » ?
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