Mais si l’on considère la seule dette publique, d’où
provient donc son déséquilibre budgétaire qui n’a fait que s’accentuer
au fil des trente dernières années ? [...] mécanismes fiscaux très
orientés qui ont été à l’origine de la baisse des recettes publiques.
[...]. La présentation qui est aujourd’hui faite d’un Etat vivant au
dessus de ses moyens est non seulement sommaire, elle est tendancieuse.
D’où l’intérêt d’une analyse des causes de l’augmentation des déficits
publics, afin de contester les fondements de remèdes présentés comme
inévitables et d’en présenter d’autres.
Je me permets de couper dans le paragraphe pour mieux mettre en exergue l’extrait qui me tient à coeur.
Merci, François Leclerc. Cette analyse est absente de tous les médias, de tous les
débats politiques. On se focalise uniquement sur la crise, sur 2008 et
2010-2011. Et chaque fois, on oublie – c’est bien plus commode – de
mentionner comment on a vidé, siphonné peu à peu les caisses de l’état
et de la sécu, très méticuleusement, et ce depuis des dizaines d’années.
Tout
cela est le résultat de politiques pudiquement intitulées de « soutien à
l’emploi » ou « soutien aux entreprises ». A savoir : des mécanismes de
réduction / exonération de cotisations sociales (abusivement et de
manière inacceptable, désignées sous le terme trompeur de « charges
sociales »), de mécanismes de réduction de l’impôt sur les sociétés et
autres moyens d’évasion fiscale légaux, votés par un législateur à la
botte de gouvernements soit complices et serviles, soit ayant plié
l’échine et abandonné face à des lobbies (le MEDEF en France, la FEB
chez nous, l’UCM, etc.) auxquels l’état a offert sur un plateau d’argent
le statut de quasi toute puissance sous la forme de « on doit les
aider, ce sont eux qui font la richesse ».
Les états,
contrairement à ce qui est dit, ont donc été très bien gérés,
simplement, ils l’ont été dans un objectif et un seul : faire basculer
l’équilibre de redistribution des richesses, et réorienter le flux vers
un petit sous-ensemble de classes sociales, quel qu’en soit le prix
(mieux : pour les politiques de droite, vider l’état de sa substance
est un objectif de base : revenir à un état uniquement basé sur ses
fonctions régaliennes, au service de l’ordre établi, docn des
puissants). Le pire, là-dedans, c’est que des gouvernements de gauche
ont participé à ce pillage lent, patient et organisé, cédant à de
soit-disant « lois de l’économie », comme si l’économie était une
science exacte telle la physique (et encore, quand on étudie la physique
un peu sérieusement, on voit apparaître les approximations et
compagnie, et on peut donc légitimement se poser des questions quant au
qualificatif « exacte ») – sachant que ces sciences dites exactes sont
d’abord et avant tout empiriques, et donc sujettes à bouleversements
complets si l’expérience vient contredire les lois et équations
précédemment perçues comme étant le socle immuable de la science en
question.
Il faut donc d’abord renverser les raisonnements
fallacieux tenus par les grands apôtres de la pensée unique, qui se
déclinent pour l’instant sur tous les médias. Il faut rétablir la
réalité. Ré-expliquer les mécanismes de fonctionnement d’un état,
comment il se finance, quels sont les équilibres nécessaires à un
fonctionnement sain. Retracer l’histoire ensuite, et montrer comment
tout cela a lentement glissé vers la situation de crise d’aujourd’hui,
comment des politiques délibérées – qui n’ont quasi jamais rempli les
objectifs affichés et utilisés pour les justifier – ont organisé et géré
le vol légal de la richesse produite au profit des plus puissants et
des plus riches.
Il faut déculpabiliser les gens, auxquels on
serine de JT en JT, d’édition du Monde en édition du Monde « on a trop
dépensé pour l’état providence » (bref, on a trop dépensé pour vous,
citoyens, vous avez bien trop profité, vous êtes bien trop bien surtout
par rapport au reste du monde –> prétexte justifiant le nivellement
par le bas) ou encore « il va falloir être raisonnable et se serrer la
ceinture », « il faut dire la vérité aux gens, on doit rétablir
l’équilibre » (sous-entendu que c’est « les gens » qui en ont profité,
du déséquilibre). C’est faux.
On le dit dans les assemblées
syndicales. On l’écrit et on l’explique dans des brochures parues sur le
net, distribuées dans les entreprises (mais qui peut forcer les gens à
les lire ? Pas moi). Et pendant ce temps, les femmes et hommes
politiques de droite et les lobbies patronaux se succèdent sur les
plateaux TV avec une agressivité sans pareille pour dénoncer les
« dépenses honteuses de l’état », « les chômeurs profiteurs », tandis
que les femmes et hommes politiques de gauche écoutent, murmurent un
mot, et au final demeurent inaudibles, comme s’ils avaient honte, ou
peur…
En tout cas, plus la crise et l’impasse se creusent, et plus
les tenants de cette pensée unique qui ne sert qu’une petite minorité
de la population s’arcboutent sur leurs positions. Plus ils donnent de
la voix, et plus on leur donne des espaces pour asséner leurs
« vérités » aux gens. Peut-être est-ce l’élément qui fera s’écrouler le
tout plus vite. Peut-être pas. Mais quand tout s’écroule, personne ne
peut prévoir ce qui sortira des décombres. L’histoire de l’humanité, en
tout cas, ne me donne pas beaucoup d’espoir que ce qui émerge des ruines
soit meilleur, au contraire. Fascisme, extrême-droite, dictature
autoritaire, terreur… Ces risques sont de plus en plus grands.