LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.


C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.



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jeudi 4 août 2011

Frivolité de la valeur

Frivolité de la valeur. Essai sur l'imaginaire du capitalisme, Jean-Joseph Goux, Blusson, 2000
Les valeurs varient, les théories de la valeur aussi, en fonction des pratiques économiques, de l'équivalent général : or, monnaie, chèque ou carte de crédit. La part subjective de la valeur s'accroît dans l'économie immatérielle et contamine littérature, linguistique et philosophie post-moderne. Sommes nous condamnés à la disparition du sujet où à la valorisation de la personne ?
I. La subjectivité des valeurs
    L'histoire des valeurs Comme son nom l'indique, le premier intérêt de ce livre est de contester l'objectivité de la valeur en mettant en relief ses variations historiques par rapport à la forme de la monnaie jusqu'à la "frivolité" actuelle. On ne peut s'en tenir à ce point de vue trop exclusivement imaginaire sur la valeur,  l'idéologie ne se limite pas à la circulation mais l'esprit du capitalisme doit justifier aussi l'organisation productive (Boltanski) et la répartition des revenus (Marx). Il ne sera question dans ce livre que de la circulation des valeurs mais en montrant toute l'étendue de ses conséquences. Contre la première évidence des valeurs éternelles, on peut ainsi reconstruire le roman de la dette, de la qualité à la quantité et de la Loi à l'investissement, de l'or à la Bourse des valeurs, des marchandises aux relations sociales. La thèse principale est de considérer que personne ne peut plus ignorer la part idéologique de la valeur dès lors qu'on parle de Bourse ou du crédit, alors que l'or pouvait sembler tout-à-fait objectif, garant d'une équivalence universelle ; cette dématéralisation de la monnaie se propagerait à toutes les représentations, à l'économie (Walras), aux arts (Impressionnisme), à la littérature (Gide), au langage (Saussure), à la philosophie (de la phénoménologie à Derrida) nous condamnant, aux dire de notre auteur, à un subjectivisme post-moderne dés-abusé. Nous reconnaîtrons toute la portée de l'idéologie monétaire en montrant au contraire qu'il pourrait y avoir un retournement final de l'aliénation marchande en valorisation de la personne et de sa liberté qui triomphe finalement d'une rationalisation confiée aux machines. Le rôle de l'idéologie, de la communication, est important dans la production comme dans la consommation, dans le consensus comme dans les normes, dans la hiérarchie comme dans la répartition. Si elle doit servir, comme le mythe, de clôture du sens, de sens commun nécessaire à la communication, l'idéologie a une fonction d'inertie, d'habitude, de limite au changement, de négation de l'histoire qu'elle doit pourtant bien intégrer mais il faut le temps de s'habituer. Chaque moment historique se caractérise, comme tout processus d'apprentissage, par une conversion idéologique (paradigme, episteme, vision du monde) qui se transmet de la finance ou des usines, à la politique et aux arts, renversement de toutes les valeurs dont la finalité est toujours la reproduction de nouveaux rapports de production. La justification des gagnants est ici la règle, même si elle prend inévitablement la forme de la contestation des anciennes élites, des anciens privilèges, par les nouvelles forces productives alliées aux exclus du système. La première chose à reconnaître, c'est donc qu'il y a une fluctuation des valeurs, qui ne sont pas plus objectives que les valeurs boursières, et bien plus volatiles que l'or. Ces fluctuations déterminent une histoire des pratiques et des représentations, des forces productives et de l'esprit du capitalisme. Il faudrait pousser les choses un peu plus loin pourtant et reconnaître l'influence du cycle économique dans ces variations idéologiques, lors des crises, des retournements soudains. Le cycle économique a beaucoup de poids même s'il n'explique pas tout, il y a aussi un trend une tendance de fond (qui peut être le moment d'un cycle plus long ou un processus cumulatif). Le livre de Jean-Joseph Goux illustre parfaitement cette solidarité des valeurs économiques et sociales, donnant ainsi sa place historique au marginalisme, au néoclassicisme économique, même s'il n'en dégage pas les caractères cycliques (pas plus que Barthes pour la mode qui utilisait le terme "diachronie" en contre sens pour éviter de parler de cycles). De Balzac aux post-modernes il éclaire lumineusement les répercussions idéologiques de l'évolution monétaire (impressionnisme, Gide, cubisme, Saussure, surréalisme, Bataille, Sartre, Derrida). Plus juste et précis que Boltanski dans l'analyse de la succession des esprits du capitalisme, leurs analyses sont pourtant complémentaires, points de vue de la finance pour l'un et de la production pour l'autre auquel il faut ajouter le point de vue sociologique du revenu. On commence à avoir une compréhension plus précise de l'articulation de l'infrastructure à la superstructure, d'une vision du monde déterminée par les pratiques sociales et de la place de l'art dans le capitalisme comme avant-garde, destruction créatrice des valeurs dépassées et représentation des nouvelles normes pratiques, prenant le relais d'une religion qui ne peut suivre à ce rythme. Reconnaître cette composante subjective ne devrait pas nous faire ignorer les contraintes objectives du processus de production, de la valeur d'échange qui garde tout son poids au moins globalement, même si la production immatérielle rend caduque bien des certitudes antérieures sur la valeur-travail comme fondement de l'individualisme (Louis Dumont), notamment en déconnectant temps de travail et revenu mais aussi par l'impossibilité d'individualiser l'apport de chacun. Il faut tenir compte du mode de production et ne pas réduire la valeur subjective à un quelconque idéalisme alors qu'elle représente plutôt le poids de l'incertitude de la valeur et du risque financier, l'impossible à savoir d'un avenir qui dépend de nous, mystère de chacun, d'une liberté qui fait notre dignité et décide de la vérité, à chaque moment historique, au-delà de tout savoir. Les cycles économiques On pourrait sans doute expliquer l'émergence des théories du Chaos à la fois par la financiarisation (autoréférentielle) et le moment d'innovation, le capital-risque, les start-up. Je pense pourtant que, sans la théorie des cycles, la généalogie du subjectivisme ne tient pas car il n'est pas né en 1874 puisqu'on peut remonter à Buridan ou Condillac (si ce n'est aux sophistes, à Thalès). Il faut distinguer le subjectivisme d'un marché saturé, avec la dématérialisation de la valeur qui sont souvent confondus. Si la Bourse fluctue, on sait aussi qu'elle est sujette à des variations cycliques dont le plus remarquable est le cycle de Kondratieff (50-60 ans) qui a une influence déterminante dans l'orientation des valeurs. Il faut comprendre le subjectivisme et l'individualisme comme un moment du cycle économique, celui de la saturation des marchés, de l'arrêt de l'expansion, de la division des intérêts (intentionnalité). Cette économie de la demande domine dans les périodes de dépression (Walras, Impressionisme), puis de plus en plus à mesure que l'économie mondialisée rencontre sa limite et que les besoins élémentaires deviennent marginaux. On vérifie ainsi que la valeur objective ne cède le pas à la valeur subjective que depuis la fin des 30 glorieuses, même annoncée par la fin de l'étalon-or (1971), et surtout la société de consommation (Fordisme), c'est la dépression qui est déterminante. Il y aura sans doute un retour de la valeur-travail dans les 10 ans à venir mais pour laisser la place ensuite à une valeur de plus en plus subjective à mesure que ralentira le productivisme. La fin de l'objectivité, valorisation de la personne L'immatérialisation et l'esthétisation sont en effet plus durables mais il faut reconnaître à la fois le développement historique et ses variations cycliques (voir Les Cycles du Capital). Le devenir symbolique de la valeur, l'immatérialisation de l'économie et de la monnaie, est bien un processus historique qui renforce le subjectivisme de la valeur et qui prend de plus en plus d'ampleur. L'insuffisance de la demande se faisant plus durable, le besoin de sa stimulation aussi. Il faut bien reconnaître que notre économie est passée du fordisme au toyotisme, d'une économie de l'offre à une économie de la demande, en même temps que les réseaux dématérialisaient toute valeur. La valeur subjective tend à prendre le pas sur la valeur-travail mais ce phénomène était déjà sensible à chaque fin de croissance. L'insuffisance de la demande est ici le caractère déterminant, tout ne prend pas preneur, déficit monétaire ou saturation des besoins élémentaires, déterminant une science du marché : le marketing dont la fonction est de glorifier l'individu qui ne suit pas la pente générale à la morosité, excitant ses envies jalouses, exacerbant individualisme et sentiment d'injustice. Ce qu'il faudrait retenir de cette abondance de désirs, plutôt qu'une frénésie dévoratrice ringarde, c'est la valorisation de la personne et ce que Amartya Sen appelle les libertés objectives, les capacités effectives des individus à choisir leur vie, le développement humain concret, unifiant sujet et objet qui nous individualise cette fois par nos compétences, notre histoire, notre production et notre responsabilité. Prix et coût (la réalisation de la valeur) Pour Locke il ne saurait y avoir de crise car, pour lui, la valorisation est à la fois un désir subjectif et le travail de subjectivation, d'assimilation qui le satisfait. Ainsi les friches immenses des Amériques lui semblaient sans valeur. Il n'imaginait pas encore que des terres valorisées par le travail de l'homme puissent ne valoir plus rien non plus. Aujourd'hui on ne peut plus avoir la foi béate dans le catéchisme de JB Say proclamant que "l'offre crée la demande". Marx a montré que cette loi pourrait se vérifier dans une économie de troc mais qu'on ne pouvait faire abstraction de la séparation entre vente et achat, ni surtout de l'intermédiaire monétaire pour expliquer les crises. C'est tout à fait explicitement que Marx fait de la monnaie et de la séparation entre l'offre et la demande l'origine des crises périodiques et de l'incertitude de la valeur. Il y a une part de vérité dans les politiques de l'offre, dans la capacité d'innovation des entreprises et dans.le rôle du marché pour choisir ce qui marche. Comme la mode, personne ne peut vraiment prévoir ce qui va marcher. Il n'empêche, l'offre invente d'une certaine façon une demande nouvelle, comme l'artiste d'avant-garde. C'est une liberté au travail pour répondre à l'indécidable qui dépend de nous collectivement, qui trouve sa vérité en l'Autre. Risque, investissement, dépense valorisent l'entrepreneur mais, si cette dimension existe, il ne faut pas l'exagérer ni surtout tomber dans le confusionnisme de la "société du risque". Le risque est loin d'être quotidien pour les plus gros et toujours bien réparti et limité alors qu'il se traduit violemment pour le salariat en "flexibilité" et chômage. Il ne faut pas confondre les risques commerciaux (incertitude de la valeur), les risques liès au crédit et aux anticipations boursières (incertitude de l'avenir), et les risques écologiques ou techniques (incertitude du savoir) comme le voudrait la nouvelle idéologie libérale qui épouse avec retard les valeurs de l'innovation schumpéterienne. Il y a bien pourtant dans le marché non seulement un refus du politique mais de toute rationalisation supposée aliénante et limitative au profit d'un pur évolutionnisme (Hayek). Le marché est bien comme le vote ce qui livre à notre liberté l'indécidable d'un sens suspendu à nos actes, rite de validation des valeurs. Ce qu'il faudrait retenir de la fable des abeilles de Mandeville, c'est moins sans doute le fait que les vices privés font les vertus publiques mais plutôt le fait que les vertus privées ne sont pas des vertus publiques, qu'on gagne enfin à ne pas feindre une générosité hypocrite mais surtout que l'excès est un facteur évolutionniste (La part maudite de Bataille). La valeur d'usage est simplement la valeur réalisée, c'est une valeur instantanée correspondant à sa réalisation effective, ce qu'on appellera son prix (qui a trouvé preneur). La valeur d'échange correspond plutôt à un coût de production sur le moyen ou long terme puisqu'elle doit conserver la valeur. On a donc deux points de vue et temporalités différentes, d'un côté le prix instantané du marché, de l'autre le coût de reproduction de l'industrie marchande, leur ajustement est l'objet de la gestion, du management, de la gouvernance, du marketing, de la publicité, de la politique économique. Plus domine la valeur subjective, publicitaire, l'économie de la demande, plus domine le risque, l'instabilité qui provoquent leur régulation par les assurances et produits dérivés.  
II. Sur les théories néo-classiques de la valeur (Marginalisme)
    Théorie marginaliste et valeur travail Un des intérêts majeurs de ce livre est de fournir une interprétation historique des théories économiques et notamment de la théorie marginaliste à partir de Léon Walras, sans limiter le néo-classicisme et sa théorie de la valeur subjective (rareté) à une simple réfutation bourgeoise de la théorie marxiste de l'exploitation (plus-value) basée sur la valeur-travail comme valeur objective (valeur d'échange). Les économistes sont de bien mauvais philosophes, beaucoup trop dogmatiques et pas du tout critiques la plupart du temps car au service des pouvoirs, mais ils traitent des valeurs comme les philosophes, simplement c'est à partir des pratiques économiques qui sont certainement un bon observatoire de la réalité humaine. Hélas, pris dans les querelles politiques, les enjeux idéologiques, les rigidités psychologiques, c'est l'embrouille générale et le règne des journalistes. Il est donc presque impossible de discuter sereinement des apports de la théorie marginaliste à laquelle, il est vrai, on peut reprocher beaucoup de choses. D'abord de prétendre réfuter l'économie-politique pour une "économie pure" ignorant production, plus-value, rapport social, lutte des classes et long terme. Ensuite en prétendant imposer la ridicule représentation de l'homo economicus, du calcul rationnel qui n'a, en fait, qu'une valeur statistique dans la consommation alors que c'est bien le principe de la production capitaliste comme productivisme (depuis le mercantilisme). Répètons-le. On ne peut réduire la valeur à sa composante subjective. La valeur finit toujours par tendre vers son coût de revient, par le jeux de la concurrence, quelque soit la valeur subjective qu'on y attache. L'exemple du verre d'eau le montre parfaitement : ce n'est pas parce que la premier verre a plus de valeur que le deuxième qu'on le paie plus cher, ce qui nous est le plus précieux étant gratuit (can't buy me love), mais il serait aussi ridicule de nier la face subjective de la valeur qui devient prépondérante dans certains contextes comme la Bourse. Souvent il suffit de comprendre quel type de marché théorisent les économistes pour leur donner une aire de validité. Les marchés financiers ou le marché du travail n'ont rien de commun avec le marché des biens. Le marché des denrées périssables suit d'autres lois que l'immobilier. Ainsi Marx admettait parfaitement le caractère subjectif et fluctuant du marché, les deux faces de la valeur (valeur d'usage et valeur d'échange) mais il a fait une théorie de la valeur d'échange comme valeur-travail et une théorie du marché du travail, il n'a pas fait une théorie de la Bourse ni du marché de l'Art. Ce n'est pas une raison pour prétendre qu'il ignore la face subjective de la valeur alors qu'il explique la plus-value par son écart avec la valeur d'échange et théorise le rôle du chômage sur le niveau de salaire. On peut même dire qu'il identifie la valeur subjective au pur rapport de force entre offre et demande aussi bien que dans la lutte des classes. Walras n'a fait qu'une théorie de commissaire priseur. Il admettait bien lui aussi que le prix tendait vers son coût, qui n'est pas très différent de la valeur-travail, mais ce n'était pas l'objet de la "théorie de l'équilibre général". On voit d'ailleurs la plus-value revenir comme rente d'innovation pour Schumpeter ou avec le surplus distribuable de Maurice Allais. Une fois dépassées les positions idéologiques, j'ai souvent l'impression de retrouver les idées de Marx à peine retouchées que ce soit avec Schumpeter (cycles, innovation), Marshall (prix et coûts) ou Keynes (instabilité, offre et demande, contradiction finance et industrie, court et long terme). Chaque économiste apporte des nuances sur les rigidités économiques et sociales, la dyssimétrie de l'information, les externalités (Pigou), les institutions, la monnaie, les anticipations, les transactions, le capital humain, l'évolution, l'immatériel. Ce qu'il faut, c'est ne pas céder à un simplisme totalisant et confondre les différents marchés : instantané, à court, moyen ou long terme (Debreu). L'économie est bien une totalité, reliée au moins par la finance, mais qui n'est pas homogène, encadrée par de nombreuses rigidités sociales, c'est plutôt une ensemble de totalités relativement autonomes et plus ou moins ouvertes sur la globalisation financière où la circulation se totalise comme abstraction réelle. On peut se moquer du marxiste qui tente de définir la valeur-travail d'une oeuvre d'art ou d'un produit culturel. Cependant le néoclassicisme appliqué au marché du travail est tout simplement abject (Pas de pitié pour les gueux). La valeur subjective a l'immense avantage d'être toujours juste, pur fait, alors que la vérité de la valeur est sa fluctuation mais surtout son inégalité, son injustice dénoncée dans la plus-value, la déconnexion du salaire (temps de travail) et du produit (du travail). Les fluctuations "irrationnelles" des valeurs ne signifient pas que la valeur n'est pas globalement produite par le travail mais on ne peut pas l'objectiver dans chaque produit comme un or immuable. Les contraintes de reproduction sont toujours déterminantes à long terme (les forces productives et les rapports de production, la logique du profit), cela n'empêche pas, dans le court terme, euphories, paniques et modes d'occuper notre quotidien, vacillement autour d'un équilibre introuvable. Il y a bien un devenir symbolique du capital, une sublimation de la production vers l'immatériel, l'automation, l'expertise, les capacités humaines, la confiance, l'image, la communication, comme la valeur passe de la terre à l'or puis à l'écriture enfin au crédit, de plus en plus réduite au pur rapport social (réseaux, cartes). L'économie néoclassique, au-delà de ses enjeux politiques, témoigne ainsi de ce glissement historique, de la dématérialisation de la valeur mais aussi de la saturation des marchés dans la phase dépressive des cycles économiques et surtout de l'expérience dramatique des crises périodiques de destruction des valeurs où les valeurs "objectives" ne valaient plus rien. Marginalisme, hédonisme et productivisme Ce qui est intéressant dans l'émergence du marginalisme, c'est le moment historique, période de dépression, mais surtout le changement "d'Esprit du Capitalisme", le néoclassicisme exprimant l'idéologie productiviste qui succède à l'Ethique protestante de l'accumulation primitive. On observe ainsi un retournement d'une limitation des besoins favorisant l'épargne à un désir illimité ne pouvant trouver satisfaction. Le "Maximum hédonistique" de Pareto en témoigne, calcul des jouissances qui est toute une économie du désir (foi, confiance, anticipation, crédit, spéculation). Le réalisme du calcul va jusqu'au cynisme le plus sordide car ce n'est plus la raison ou la morale qui décident, ni même l'objet qui compte mais l'intérêt subjectif ou l'argent gagné. Le calcul exige pourtant l'unité commune, l'équivalent général de l'or, de l'utile ou du "temps de travail" qui n'ont par définition aucune satisfaction étant purement quantitatifs. Il y a donc une véritable contradiction au coeur de cette théorie. La plus grande valeur est à l'objet manquant (castration), puisque ce qui fait la valeur, c'est le désir. On le constate chez Gide où la valorisation de la consommation ne peut éviter d'être valorisation du manque lui-même, du désir plutôt que l'objet interchangeable. Il faut éviter une satisfaction suffisante. Du désir il n'y en a jamais assez, c'est l'accumulation sans fin. Ce n'est plus l'Éthique protestante de la négation du plaisir et de la limitation des besoins mais bien la multiplication des jouissances du Libertin qui justifie le productivisme capitaliste. André Gorz insiste sur ce moment pré-salarial où les travailleurs s'arrêtaient dès qu'ils avaient gagnés assez. Weber montre qu'une politique de bas salaires visait explicitement à les rendre indigents (dans le besoin, en demande) pour les obliger à travailler toute la journée. Avec le nouvel esprit du début du siècle on quitte déjà cette logique pour un productivisme qui prépare la logique de la société de consommation (fordisme) qui allait suivre. C'est déjà ce qu'on peut appeler une esthétisation de l'économie et des marchandises, une autoréférence (désir de désir, chercher le bonheur), valorisant les apparences appétissantes plutôt que la consistance de la satisfaction. Ce n'est pas encore le développement humain, mais il n'est déjà plus question de la paupérisation du prolétariat. Paradoxalement le marginalisme de Walras postule cette satisfaction, sans laquelle sa théorie n'a plus de sens, alors même qu'il prend la Bourse pour modèle et que le désir d'argent n'a pas de fin car il est désir de désir, pure capacité de désirer, désir différé. La soif d'argent n'est pas aussi facilement étanchée qu'un simple verre d'eau qui suffit à nous désaltérer. Le marginalisme et le concept de rareté sont le produit d'un marché saturé et d'un contexte dépressionnaire obligeant à un "calcul" de la satisfaction individuelle. Cet hédonisme utilitariste est une valorisation de la consommation et du désir (privation, incitation, publicité), de la nouveauté d'une mode d'avant-garde. La contradictoire injonction au bonheur qui ne saurait trouver aucune suffisance oscille entre excitation maniaque et dépression vide. Le surmoi qui ordonne la jouissance est d'abord réflexif, c'est une esthétisation, une valorisation de soi mais on sait qu'on ne peut y satisfaire, l'exigence du surmoi se renforçant à mesure qu'on y répond. La recherche du bonheur comme désir de désir ou volonté de puissance trouve son équivalent universel dans le désir d'argent, désir qui ne saurait trouver de limite. Il faut mesurer toute la distance qui sépare ce libertinage effréné avec le désir pour Descartes ou Spinoza. On peut sans doute identifier le capitalisme avec le protestantisme et la question du sujet depuis la Renaissance marchande. A partir du capitalisme boursier on quitte bien cette rigueur de l'accumulation primitive pour une morale du placement, du risque, de la dépense, de l'excès, de l'insatisfaction perpétuelle qui n'a fait que prendre de l'ampleur. Ce n'est pas un hasard si Freud entre en scène à ce moment "d'inversion de toutes les valeurs", d'insuffisance de la demande et d'injonction à la jouissance, de sortie enfin de la civilisation paysanne et patriarcale pour une économie boursière à la réalité de plus en plus immatérielle et incertaine, ce qui veut dire aussi de moins en moins rationnelle et de plus en plus subjective, un peu folle enfin, à mesure qu'elle devient société de consommation insatiable. Marginalisme, Bourse, Marché de l'Art Le marginalisme postule une satisfaction décroissante alors même qu'il prend pour modèle le "marché pur et parfait" dont le modèle est une Bourse qui ne connaît aucune satiété, aucune limite que ses propres paniques. Quant le marché de l'Art est convoqué comme validation de "l'utilité décroissante", c'est à se tordre car le collectionneur enrichit sans fin sa collection. Seule la vente aux enchères ou la criée aux poissons répondent à ce mécanisme d'ajustement des prix sur la demande. En fait, on a d'un côté le devenir immatériel de la production qui généralise la valeur subjective du marché de l'art avec la publicité, en y ajoutant un coût marginal de reproduction quasi nul (il n'y a que des frais fixes). De l'autre on a une spéculation boursière psychologisant une valeur autoréférentielle qui dépend plus des représentations, de la confiance des investisseurs, que de faits objectifs. Il y a donc déconnexion complète entre travail et valeur, la valeur devenant instantanée, occasion voire combine, même si globalement et à long terme la valeur ne peut s'écarter trop de son coût de reproduction. La Bourse est le rite de totalisation des valeurs, elle fait office de vérité en dernier recours, de tribunal suprême, sans jamais prétendre à une vérité stable (La disparition du rite avec la généralisation de la Bourse en ligne ne sera pas sans effets sur sa légitimité). La Bourse étant autoréférentielle puisque la valeur des titres dépend de l'opinion des actionnaires, c'est une subjectivation, une psychologisation de la valeur plutôt qu'une valeur juste. C'est même sur la variabilité, le différentiel de valeur, son injustice que joue la Bourse qui dépend des mouvements d'opinion donc de l'information et du journalisme. La Valeur immatérielle se réduit à son écriture, abstraction, éloignement de son objet qui l'identifie de plus en plus au social et à ses humeurs. Il suffit de citer les qualificatifs psychologisants de la Bourse pour réfuter tout équilibre général : Engouement, dépression, morosité, frisson, euphorie, optimisme, frénésie, marasme, peur, panique, fièvre, pari, jeu, chance, nervosité, confiance, inquiétude. On doit au moins reconnaître avec Schumpeter son caractère cyclique et le rôle de l'innovation. La domination du Capital financier et de la logique financière du risque favorise l'innovation donc les modes et les avant-gardes (start-up), renforçant l'incertitude de la valeur comme de nos retraites. Il y a pourtant confusion avons nous vu entre le risque financier (incertitude de l'avenir) et le risque commercial (incertitude de la valeur), le risque et l'innovation qui ne sont pas de même nature. D'ailleurs ce qu'on appelle innovation est plutôt mobilité, adaptation à une nouvelle technologie qui se généralise, comportant peu de risques. L'idéologie abjecte des patrons voudrait méler à cette confusion le risque technique (incertitude du savoir), social ou écologique. Il y aurait ceux qui aiment le risque (ceux qui ont assez d'argent pour diviser le risque et s'en prémunir) et ceux qui ne l'aiment pas car ils le subissent (précarité).  
III. Un avenir sans équivalent L'équivalent universel
La Bourse fait voler en éclat toute notion d'équivalence universelle, c'est tout le problème des fonds de pension dont la valeur de réalisation ne peut être garantie, menaçant les retraites. Pourtant l'or a servi longtemps de valeur solide pour tous les échanges dans l'économie-monde. L'arrivée massive d'or sur le continent après la découverte de l'Amérique a produit une inflation mettant en évidence, que la véritable richesse était dans la Terre pour les physiocrates ou dans le Travail pour les classiques (qui deviendra temps de travail) plutôt que dans l'or des mercantilistes. La Terre ou le Travail prétendaient à une équivalence universelle ne laissant aucune valeur en dehors de leur principe. Pourtant d'autres équivalents universels se construisaient du côté de la valeur subjective que ce soit Helvétius (amour-propre) ou Condillac et Bentham (utilité) sans arriver pourtant à une réelle consistance avant Walras (rareté). Ce que montre l'évolution historique c'est plutôt la disparition de tout équivalent universel et la variabilité de toutes les valeurs dont témoigne finalement le 15/08/71 l'abolition par Nixon de l'étalon-or. La même année Rawls publiait sa "Théorie de la justice", cherchant à sortir d'un relativisme absolu.
En l'absence d'équivalent objectif, seul compte le rite, les normes (Boltanski). L'objet s'efface devant les relations sociales. La valeur s'humanise (de la Terre au travail puis au crédit, ou de la possession à la disponibilité puis aux capacités effectives, de l'échange au don et à la reconnaissance). On passe ainsi de l'anonyme égalité de l'or à la signature personnalisée puis au crédit et à la "carte de crédit" qui règle nos dettes à notre place et représente notre appartenance à un réseau, sujet social présentifié par sa carte et instituant une véritable valeur instantanée (pas seulement à court ou moyen terme, pouvant donc soudain prendre des valeurs exentriques). De la matérialité à l'écriture puis à l'information, de l'objectivisme au rapport social (confiance, reproduction, statut), affirmant l'unité du sujet et de l'objet. La non convertibilité impliquée par l'absence d'équivalent général (or, Père, phallus) rend impossible toute justice et s'affirme plutôt rapport social, réseau.
Pour Freud l'équivalent général c'est la Mère comme interdite, le Phallus qui s'y substitue, métaphore de sa jouissance. Il représente la signification elle-même et le Père représente la garantie du sens, de sa valeur, Or qui ne trompe pas. On doit comprendre d'ailleurs l'ORgone de Reich comme une tentative de donner corps à cette équivalence. Pour Lacan, il n'y a pas de rapport sexuel, autant dire pas d'échange, il n'y a que la sublimation, le fantasme et le phallus est un signifiant qui n'a aucun signifié. Bien que Freud penchait de ce côté de plus en plus, son côté scientiste gardait la nostalgie d'un équivalent solide : instinct sexuel ou traumatisme infantile. On retrouve le glissement de Platon à Aristote, le Bien suprème d'un côté qui mesure toutes choses et la réalisation d'une valeur, d'une finalité particulière de l'autre. Les finalités sont incommensurables car toute mesure est par rapport à une fin. La crise de la mesure est originelle, la valeur n'étant pas la même pour celui qui donne et celui qui reçoit.
La crise des valeurs
La crise de la valeur est donc originelle car il y a une face subjective de la valeur, relative aux finalités et une face objective qui dépend du consensus, de l'ordre établi, de la police. Le fait qu'il y ait risque (confiance) implique l'indécidable de la valeur, de même que le langage est inséparable de sa capacité de tromper. Il y a une non convertibilité originaire, toute conversion laisse un reste. La valeur-travail est un mythe fondateur pour l'individualisme (Dumont) mais il est impossible d'individualiser la part de chacun. Ce qui devrait étonner c'est plutôt la généralisation de l'échange grâce à l'or et au machinisme, moment transitoire de l'objectivisme rationaliste (Weber) de la valeur-travail normalisée à la spéculation boursière. On ne compte plus les tentatives néo-libérales aussi bien que socialistes de trouver "le juste prix" alors que cela n'a plus guère de sens dès lors qu'il n'y a plus d'instrument de mesure. L'économie du savoir (expert, virtuoses) ne se mesure plus en temps, ni en peines.

Toutes les valeurs s'effondrent à la Bourse, pas seulement les valeurs financières.
La dissolution des valeurs est dissolution du capital. L'incertitude des valeurs représente le risque d'une non reproduction, une destruction de la valeur qui serait une incapacité à s'adapter à l'imprévu. Nous n'avons pourtant aucun intérêt à vouloir revenir en arrière à une objectivité de la valeur car cette subversion des valeurs communes, de leur objectivation, produit certes d'abord subjectivisme, relativisme, individualisme qui s'étend au salariat, mais s'affirme enfin valorisation du sujet et développement humain. La valeur n'est plus qu'une convention sociale, un accord temporel, une relation humaine (comme dans les SEL). L'équivalence, la justesse impossible, doit faire place à la générosité, au partage et à la reconnaissance.

Ce qui fait crise, en effet, c'est plutôt la généralisation de la logique de l'Equivalence, de la substitution ne laissant aucun reste social à l'échange instantané et anonyme. Ce qui pose problème, c'est l'autonomisation de la production marchande, Spectacle subi, échange sans sujet, domination des médias. Mais là où la monnaie, le Père, le langage se posaient en tiers, on pouvait espérer rejoindre plus directement un réel voilé par sa médiation. Lorsqu'il n'y a plus aucun référent, c'est le sujet qui disparaît dans les jeux de langage d'une machinerie sociale avec laquelle on ne peut qu'agir en artistes, intervenir dans la représentation, la mise en scène du spectacle du lien social.
Les résonances du langage
Les péripéties de la valeur atteignent nos représentations trouvant leur répondant avec le tournant linguistique De Saussure jusqu'au post-modernisme et la déconstruction de Derrida. Il peut y avoir inflation aussi des discours. Le langage peut être vu du point de vue de la production, du locuteur et du signifiant matériel, de l'objectivité des mots existant en soi (onto-théologie) comme étymologie, ce qui était la règle depuis Platon. Sur le versant du lecteur et du sens, il n'y a plus aucune objectivité qui ne puisse être déconstruite, production d'un contexte, des valeurs concurrentes, d'une structure, d'une totalité. On entre avec Saussure dans un autre monde, celui de la convention et de la division du sens plutôt que sa construction élémentaire, d'une valeur relative des mots. On aboutit avec Derrida non seulement à la déconstruction des valeurs mais aussi des oppositions binaires (jeu/travail). En tout cas la répartition des richesses n'a plus rien d'objectif, renvoyée à son arbitraire.
 
Un destin commun

Quelle orientation pouvons-nous tirer de ces aventures de l'idéologie ? C'est ici que Jean-Joseph Goux révèle sa veulerie, son rôle de de clerc appointé en interprétant la théorie lacannienne, contre Lacan lui-même, comme une condamnation à l'aliénation, à l'hétéronomie, l'inconscient étant identifié à l'ordre symbolique mais surtout financier auquel il faudrait se soumettre. On a droit au couplet ennuyé sur une révolte désormais sans prise ni lieu, récupérée d'avance en spectacle héroïque. Il y a bien sûr d'autres perspectives si on croit aux cycles et aux nouvelles générations. Ce n'est pas la fin de toute négation, l'étouffement de toute révolte. Si on ne peut plus attendre la production du lien social par les travailleurs, les femmes et les artistes, ce n'est pas pour garder l'entrepreneur innovant comme seule perspective de subjectivation, la start-up comme avant-garde culturelle !

La critique de l'avant-garde comme idéologie de l'innovation et la contradiction d'un marché de l'Art au temps de l'esthétisation de la marchandise doivent être pris en compte sérieusement sans réduire pourtant la nouveauté de tout apprentissage à la futilité d'une trouvaille formelle, purement publicitaire. L'Art garde un espace politique, l'expression d'une indignation qui n'est plus souvent que feinte, ornement des palais. On ne manque pas d'artisans mais d'audace. Breton, Isou, Debord auront montré la voie d'un art qui voudrait n'avoir plus d'autre oeuvre que l'artiste lui-même comme imprécateur et dévoilement du réel contre l'idéologie dominante, sa mise en scène.
Le message c'est le médium. Partout de la communication mais plus rien à communiquer. Voilà l'esthétisation. Il ne reste que le lien. La dimension métaphysique de la valeur devenue manifeste. Sa vérité est rapport social, non pas représentation objective, de l'ordre du sacré et du don. Il s'agit de maintenir l'échange, assurer la circulation, une confiance suffisante dans les valeurs communes et la garantie du gouvernement. Ce n'est pas être condamné à l'inauthenticité, à l'esthétisation du réel dans le Spectacle marchand ainsi qu'à la soumission aux injustices. Il y a des retournements dialectiques plutôt qu'une décadence continue. De même que le doute méthodique produit la certitude absolue du je qui doute, de même l'épuisement de la communication se retourne en valorisation de la personne comme lien social, de même la séparation de l'économie devenue autonome rencontre la limite planétaire de ses conditions de reproduction.
L'Ecologie est la négation de cette séparation, retour du réel, de la causalité matérielle, des contraintes de reproduction. C'est la fin du règne de l'équivalence abstraite, de la substitution aveugle, du Père inflexible, de la raison instrumentale. Ce qui reste, ce ne sont pas les marchandises, mais des membres d'un réseau. Ce qui reste c'est la force productive de la liberté et du savoir dans une économie de l'information qui abolit toute séparation. Ce qui reste, c'est la force productive de la gratuité plus encore que du don dans la coopération en réseaux (logiciels libres). Il faut encore que ce déclin du patriarcat et de sa logique patrimoniale se traduise dans les institutions, dans un renouveau de l'Etat-providence et d'un véritable droit à l'existence, à l'indépendance financière. L'économie du savoir est une économie de la coopération et de la gratuité, d'un développement humain comme développement des capacités effectives, développement local et personnel. Ce n'est pas une simple esthétisation du risque ou un effet médiatique mais bien une valorisation du sujet, reconnaissance sociale effective. Ce qui ne veut pas dire que tout cela se fera tout seul, ni que cela ne prendra pas du temps, c'est ce qui dépend de nous.

jeudi 17 février 2011

EL BEBER DE NO VER



TÍTULO: Borracheras NO. Pasado, presente y futuro del rechazo a la alcoholización AUTOR: Félix Rodrigo Mora EDITAN: Aldarull Edicions, Distri Maligna, madecap (ediciones) y Rompe la norma. Junio 2010. PRECIO: 2 € PÁGINAS: 84

En un estilo punzante que no puede ser más directo, Félix Rodrigo Mora compone esta pequeña obra destinada a conmover el sentido de propia coherencia de la militancia revolucionaria.
Las ideas vertidas son tan breves y sencillas que no precisan de gran extensión, y de ahí la escasa longitud del libro.
La tesis viene a consistir –y si no atinamos con ella que sea el propio autor quien nos enmiende- en lo siguiente:
La forma que se tiene actualmente en la sociedad del estado español de relacionarse con diferentes sustancias narcóticas, entre las que se destaca el cannabis, pero sobre todo el alcohol, es radicalmente diferente a la que venía siendo tradicional y mantenida hasta hace un par de generaciones. En tiempos anteriores al franquismo no existía prácticamente la cultura de “colocarse”; antes bien, eran mal vistas socialmente las personas que abusaban de cualquier sustancia “emborrachante”. El alcohol en general se consumía fermentado (como vino principalmente o cerveza) en forma de complemento alimenticio, siempre con ingesta moderada. Fue el franquismo quien potenció masivamente la proliferación desaforada del consumo alcohólico entre las clases populares. Los motivos vienen explicados en el libro, aunque no es tan difícil imaginarlos. A partir de la era llamada “transición” la política de convertir a la clase obrera en una sociedad “de beodos” continuó de la mano principalmente de los gobiernos del PSOE, quienes tuvieron un insospechado aliado: las organizaciones de izquierda revolucionaria. Estas últimas son contra quienes con más fuerza arremete el autor.
Evidentemente esta apresurada simplificación queda lejos de describir las argumentaciones y datos que aporta Félix Rodrigo en su tesis.
Cosa buena es que el libro no se queda en la crítica sino que avanza en la propuesta. Sus aldabonazos y llamadas a la toma de conciencia y a la responsabilidad pretenden aclarar mentes y movilizar voluntades para una práctica política que pueda ser coherente y –por ende- fructífera. Ofrece un buen puñado de recetas concretas para pasar gradualmente de la actual situación de idolatría de la droga con todas las consecuencias que provoca, a una forma de vida más atemperada que nos permita extraer lo mejor de nuestras capacidades y ponerlas al servicio de la revolución a la que aspiramos. Evidentemente la propuesta no plantea prohibiciones ni políticas punitivas, sino tomas de conciencia que conduzcan a opciones completamente voluntarias y libres.
Dice la contraportada del libro:
“… Debemos saber vivir con un mínimo de cosas, para desarrollarnos como seres con un máximo de cualidades y capacidades, espirituales y materiales, de tal modo que, desde la autonomía y la fortaleza así construidas, podamos librar una lucha de aniquilación contra el actual orden político y económico. En esa renuncia, en ese abstenerse y decir no, está la esencia de la libertad verdadera en los tiempos que corren…”
Es posible que muchas de las cosas que se dicen en el libro ofendan a algunos o resulten exageradas a otras. Quizá algunas afirmaciones suenen a un alto volumen y hubieran precisado de matización, fundamentación, ponderación, contextualización etc. Sin duda ello habría enriquecido la obra y hubiera facilitado que numerosos lectores/as pudieran empatizar más fácilmente con sus ideas principales. Otras afirmaciones nos resultan innecesariamente repetidas, alguna de forma reiterativa. Un defecto formal más señalaremos: la excesiva tendencia del autor a la enumeración y a la subordinación, construyendo así interminables frases que ahogarían a cualquiera que tratara de leerlas en alta voz y que, en cualquier caso, no facilitan precisamente la comprensión de los conceptos.
Sin embargo el estilo acaba siendo así: duro, incisivo, inmisericorde… sorprendentemente ágil, o mejor diríamos “veloz”. Y no en vano esta es una de las causas que ayudan a su amena lectura. “Borracheras NO” se devora en un abrir y cerrar de ojos y el interés no decrece de la primera a la última página.
Se aborda aquí uno de tantos temas tabú entre los movimientos sociales, tan alérgicos siempre a entrar en disquisiciones éticas, espirituales o “individuales”. Se sacan a la palestra cuestiones de primer orden siempre soslayadas, que además cuentan con implicaciones prácticas nada desdeñables. Por ello nos parece una lectura más que recomendable, imprescindible.
Fragmentos
Obsequiamos a los lectores y lectoras del artículo con algunos párrafos escogidos que copiamos a mano:
“España es el primer país de Europa, y en bastantes cuestiones también del mundo, en todo lo malo, en todo, desde el uso de drogas a la alcoholización de la juventud, desde el porcentaje de paro al consumo obsesivo, desde el número de presos al número de policías, desde el desplome de la natalidad hasta la manía de los viajes y las vacaciones sin fin, desde la completa putrefacción de la vida intelectual al desarrollo de una inmoralidad de masas que deja pasmados a los viajeros más lúcidos, desde los millones de hectáreas desertificadas a la conversión de todo el litoral en un descomunal muestrario de ladrillo y hormigón, desde el culto más ciego por el dinero a la pérdida, pronto completa, de la sociabilidad. Siendo los primeros en todo lo malo, y los últimos en todo lo bueno, hemos de reconocer que el franquismo, el izquierdismo y la progresía unidos han realizado a conciencia su trabajo, por lo que ahora somos la cloaca de Europa, el país basura por excelencia.”
. . .
“…se ha puesto de moda, ya desde los años 60 del pasado siglo, una concepción de la libertad que, además de ser desacertada, realiza la predicción de Orwell sobre que en las sociedades totalitarias el vocablo libertad es la nueva forma de nombrar la inexistencia, y también la renuncia alucinada a ser libre en una buena parte de sus integrantes. En efecto, es la supuesta libertad como posibilidad de emborracharse y consumir narcóticos sin trabas, como capacidad ilimitada para hacer lo que el orden de dominación ordena que se haga, niega la verdadera libertad de manera obvia, en un doble sentido, como facultad para escoger otro comportamiento diferente al que nos es inducido y, de hecho, impuesto desde el poder, y como aptitud para prescindir de las cosas en todo lo posible, en particular de aquellas que nos arrebatan nuestra autonomía, nos destruyen en tanto que seres humanos e incluso nos matan. Lograr esa libertad exige un esfuerzo de auto-construcción como ser humano integral, y por tanto el esfuerzo es la expresión decisiva de la libertad. Ésta, pues, no es nunca dada u otorgada, sino sólo realizada y conquistada.”
. . .
“Las normas morales son, sobre todo, personales, aunque existe una moral social, pero lo sustantivo de la ética es que proporciona criterios de conducta al individuo, al que muestra como se debe vivir. La moral ha de ser auto-construida, esto es, elaborada y escogida por el sujeto, en colaboración con sus iguales. Hoy padecemos el amoralismo de masas, impuesto desde el poder, que para expandirse aún más necesita barrer todo criterio ético. Cuando el Estado crece lo que triunfa es la norma jurídica, que es coercitiva, puesto que se fundamenta en la pena legal, en la acción policial en definitiva, de manera que ello lleva al declive de la moralidad, que no es coercitiva, pues su meollo es el obrar por convicción interior. Precisamente uno de los más aciagos cambios que tuvieron lugar tras el triunfo de EEUU, forma superior de Estado y de capitalismo, en la segunda guerra mundial, fue la sustitución de la moralidad por la absolutización del llamado “imperio de la ley”. Desde entonces el sujeto medio ya no obra conforme a convicciones, sino exclusivamente por temor al castigo o por esperanza del premio.
Eso ha originado un empobrecimiento y desintegración radical de la vida espiritual de la persona, un estado de confusión interior, al no saber qué hacer ni cómo comportarse, más allá de lo jurídico, situación de anomia y caos que propicia el uso de sustancias narcóticas. Al mismo tiempo, la falta de ética debilita a la persona, que deja de ser una realidad que se asienta en el interior de sí, para transformarse en un ente construido desde fuera, desde y por el poder constituido.”
. . .
“Otra conclusión a extraer es la negatividad de la abundancia material. En el pasado, los credos proletaristas encontraban especulativamente la cusa de todos los males en la pobreza y la escasez. Hoy que vivimos en una sociedad de abundancia casi ilimitada, aunque quizá ya por poco tiempo, estamos comprobando que la riqueza material, tal como nos expusieron los moralistas clásicos (que tuvieron ante sí el caso de la sociedad romana), es un motivo de numerosos males, entre ellos el de la gula, la obesidad, la beodez de masas y las toxicomanías, además del servilismo, el egotismo, el decaimiento de la voluntad, el colapso de las facultades reflexivas y la degeneración corporal. La riqueza material ha contribuido poderosamente a casi privarnos de nuestra condición humana, haciendo de nosotros unos subhumanos sin inteligencia, libre albedrío, amor por la libertad, aprecio por la verdad, sensibilidad y aprecio desinteresado por nuestros iguales. Una futura sociedad libre, autogobernada y autogestionada, ha de basarse en una pobreza decorosa, no en la riqueza, y ello por motivos más humanos, esto es, políticos, civilizatorios y morales, que medioambientales.”
. . .
“Los poderhabientes no desean que, verbigracia, la reflexión acerca de la muerte enturbie la, al parecer, ilimitada felicidad de masticar, deglutir, zampar, defecar, trasegar, empinar, trincar, soplar, abrevar, miccionar, regoldar, potar, echar, expeler y vomitar, por lo tanto se ha constituido un orden social en que la muerte es ocultada, de la misma manera que lo son todos los demás aspectos “negativos” de la condición humana, para concentrar al neo-siervo de la modernidad en una única cuestión; producir y consumir, esto es, obedecer en todo y auto-destruirse en tanto que persona. Pero lo que es irremediable en el destino humano sigue estado ahí, por más que se impida su consideración, aunque sin una cosmovisión que permita al individuo pensarse, inteligir su verdadera naturaleza, construirse a sí mismo y vivir conforme a ella. De esa operación lo que resulta es una carga colosal de angustia existencial y pánico vivencial que suele buscar alivio en la ingestión compulsiva (esto es, específicamente moderna) de productos narcóticos. Para evitar esto necesitamos afrontar, no sólo de manera cavilativa sino también emocional, e incluso ritual, los lados más arduos de nuestra condición, tarea que ha de convertirse en un quehacer diario, personal y colectivo, para que seamos humanos conscientes, no subhumanos inconscientes, que huyen de sí mismos y que en esa patética desbandada caen, cada día más, en el mortífero océano del alcohol.”
. . .
“En este contexto hay que poner fin al estilo de vida izquierdista. Sus fundamentos son la pereza, el apoltronamiento, la irresponsabilidad, el aferramiento maniático al tabaco, el porro y la cerveza, la adhesión a la nueva religión hedonista y felicista propia de la sociedad de consumo, la amoralidad autosatisfecha, la renuncia a pensar, el narcisismo, el individualismo y egocentrismo, la execración del esfuerzo, el rechazo de toda idea de deber y servicio, las extravagancias, el desdén por el esfuerzo físico y el trabajo manual, la fe en que todos los problemas tienen solución bajo el actual orden político sin cambio revolucionario, y el desprecio por las necesidades espirituales del ser humano. Tal es lo convertido en práctica diaria por quienes siguen las consignas de la socialdemocracia y de la progresía en el poder, los cuales pretenden ser “anti-burgueses” y meramente son los nuevos reaccionarios, el tipo de sujeto que ahora el poder constituido preconiza para un sector determinado de la socidad. En efecto, el tabaco y el alcohol incrementan sustancialmente los ingresos tributarios del Estado, que los usa para pagar más policía, y la sustancia activa del porro proviene de una vasta red que es dirigida por los servicios especiales de los Estados, de manera que lo “antisistema” de aquel modo de vida es un procedimiento para mantener y reforzar el aparato estatal, además del capitalismo.
Ser antisistema de verdad es trabajar por la revolución, no fumar y beber como bestias, no hacer lo que la izquierda institucional, que es la fuerza política fundamental del par capital-Estado hoy, nos dique que hagamos.
La tarea pendiente de la izquierda “antisistma”, en este asunto y en todos, es diferenciarse de la socialdemocracia, dejar de ser su ala “radical”.

mardi 15 février 2011

Reseña de "Traficantes de información. La historia oculta de los grupos de comunicación españoles" de Pascual Serrano

FUENTE : pascualserrano.net


Mirada crítica sobre el crematístico e insaciable corazón de los centros hispánicos de la (des)información

Mirada crítica sobre el crematístico e insaciable corazón de los centros hispánicos de la (des)información




El presente libro, señala Enrique Bustamente, acierta de pleno “cuando obvia el análisis ideológico para dejar que éste se desprenda de las telarañas complejas de los intereses económicos puesto en juego. Lo cual no elimina los matices ideológicos, muchas veces fruto del marketing y de la diferenciación competitiva en una sociedad en la que las ideologías siguen felizmente contando”. Vale por ello la pena empezar por una historia que el autor de Traficantes cuenta en el primer capítulo –“El mercado de la palabra”- y que está relacionada precisamente con esas “telarañas complejas”.
Traficantes de información le fue encargado a Pascual Serrano por el responsable de la editorial Península, convencido, recuerda el propio autor, “de la necesidad de contar el entramado económico y financiero que sostiene a los grupos de comunicación españoles”. No era tarea baladí y sin importancia. A pesar de que el resultado final contó con toda su aprobación, de hecho Serrano ya había publicado anteriormente en esa misma editorial, con éxito reconocido, Desinformación, y que incluso su nuevo libro se anunció entre las novedades de otoño, los altos directivos de la editorial y accionistas vetaron finalmente la publicación del ensayo. ¿Por qué? Sin duda, porque ellos tienen mando editorial en plaza, y lo ejercen cuando estiman necesario, y, además, porque la imagen de accionistas, financieros y algunos socios empresariales no resultaba demasiado reconfortante cuando algunos de esos mismos accionistas lo son también de grupos de comunicación que aparecen en el libro. Ediciones Akal, con Ramón Akal a su cabeza, lo ha publicado finalmente. Lo sucedido dice mucho, a favor claro está, de esta imprescindible editorial de izquierdas y también dice, pero poco bueno, de los responsables político-económicos, no del editor, del otro grupo editorial. Críticas, las mínimas, habrán pensado.
Los siguientes son los grupos de comunicación (y desinformación) analizados por el autor: Prensa Ibérica, Vocento, Antena 3 y Planeta, Zeta, Godó, Prisa, Telecinco, Unidad Editorial, Mediapro/Imagina y en el penúltimo capítulo, en el apartado “Otros”, la COPE, Intereconomía, Libertad digital y Promecal. Además, un breve pero sustantivo capítulo de conclusiones y un anexo resumen: “Quién es el dueño de.. Índice de medios españoles, propietario principal y capítulo que lo desarrolla”. En definitiva, un libro que está en la estela de aquel Informe sobre la información de Vázquez Montalbán, escrito en cárceles franquistas, del que tanto aprendimos, y también de Los amos de la información en España, un ensayo del prologuista del volumen que también editó Akal en 1981.
Los capítulos presentan una estructura similar: relación de los medios controlados (prensa diaria, televisiones, semanarios, editoriales, distribuidoras, artes gráficas, radio, otras tecnologías); relaciones con otros grupos; propiedades fuera de España si las hubiera; la trayectoria resumida del grupo y, finalmente, algunas “personalidades relevantes”. No apto para menores ni para personas sensibles… ni incluso para personas curtidas.
Un ejemplo para abrir boca, un ejemplo que el autor ha dado recientemente de los quince miembros del nuevo Consejo de Administración de Prisa, uno de los grupos de comunicación que mayor prestigio ha tenido, y en parte sigue teniendo, entre la ciudadanía española. El pasado 27 de noviembre de 2010 la Junta de accionistas de Prisa decidió los nombres de las personas que integrarán el nuevo Consejo de la empresa. La entrada en el accionariado de inversores estadounidenses se refleja claramente en la formación de este órgano. Entre las nuevas incorporaciones destacan las de Nicolas Berggruen y Martin E. Franklin, los dos principales accionistas de Liberty Acquisition Holdings Corporation, un fondo de inversiones que ha aportado 650 millones de euros y que supondrá, dato relevante, la mayoría absoluta del capital de la empresa. Berggruen tiene un patrimonio cercano a 2.000 millones de dólares, ocupa el puesto 158 en la lista Forbes de 2009 y la prensa lo ha calificado de “homeless multimillonario”. Se presenta como un ejecutivo que no tiene vivienda propia, vive en hoteles, es el boss: fundador y director de la cadena Berggruen Hotels Private Limited. Pertenece a 24 consejos de administración de diferentes firmas y sectores. Berggruen, señala Pascual Serrano, “es un gestor de fondos de private equity (fondos de capital privado que toman participaciones temporales en el capital de empresas para obtener beneficio una vez madure el negocio o proyecto) y hedge funds (en España, fondos de inversión libre, cuyo objetivo es obtener beneficios al margen de la evolución de los mercados)”. Pocos días después de firmar el acuerdo con Prisa, Berggruen tomó posesión de sus propiedades y publicó un artículo de opinión en El País sobre China y Occidente. Un detalle significativo que no le ha pasado por alto al autor del libro: el domingo 20 de junio, el suplemento de economía de El País, presentó una larga y amable entrevista con Berggruen. La entrevistadora, Alicia González, es la esposa de Rodrigo Rato, presidente de Caja Madrid y ex vicepresidente del gobierno con José María Aznar.
Martin E. Franklin es el segundo de la lista. Según Business Week, pertenece a 81 consejos de administración de 19 industrias diferentes. En 2008 ganó 3.498.438 dólares. Harry Sloan no es mucho mejor. Es el Presidente de Metro-Goldwyn-Mayer. Ha sido calificado como el mayor animador de la industria del entretenimiento del Partido Republicano. En el ambiente progresista de Hollywood, Sloan representa la voz republicana. En la campaña presidencial de 2008 recolectó para McCain 3,5 millones de dólares en Hollywood.
Los otros miembros del grupo no están muy alejados de esa cosmovisión ni de esos procedimientos. Entre otros, se suman a la lista, Ernesto Zedillo, Alain Minc, Juan Arena, Ignacio Polanco, Manuel Polanco y Juan Luis Cebrián, el Presidente de la Comisión Ejecutiva del Consejo y consejero delegado, el activo miembro del Grupo Bilderberg.
¿Por qué “traficantes de información”? Pascual Serrano apunta razones convincentes: tras la investigación realizada, por mucho que nos empeñemos, no hay término mejor para designar los propietarios de estos grandes medios hispánicos de “comunicación”: fraudes fiscales, especulaciones urbanísticas, violaciones de las medidas contra la concentración, atropellos laborales, sueldos millonarios de los altos directivos, contratos blindados, ejecutivos con sentencias judiciales en las que se les implica de connivencia con la mafia, fortunas de extraño y fascistoide origen, implicaciones franquistas, empresas con conexiones armamentísticas. La barbarie capitalista en estado puro, sin apenas caras amables. En esas manos está la (des)información en nuestro país. Y en otros, desde luego, no hay aquí ninguna excepcionalidad hispánica. ¿Alguien razonable cree que puede habitar algún miligramo de verdad en un pantano apestoso como ese? Acaso alguno, y en algún momento, para cubrir apariencias e incrementar ventas e influencia cultural. Pero no es el propósito, no es esa la finalidad. ¿Qué línea editorial puede regir en esos grupos de comunicación? Me remito a las palabras de Pascual Serrano: “la defensa a ultranza del sistema económico con el que se enriquecen, el ocultamiento de sus operaciones oscuras, la complicidad con los poderes que les ayuden a desarrollarlas y el ataque a cualquier opción política, social o ética que intente enfrentarse a su ideología y modelo”.
¿Qué papel juegan aquí los periodistas, los trabajadores de esos medios? Los periodistas, Pascual Serrano es parte del colectivo, son meros empleados, precarios en la mayor parte de las veces, que pueden ser despedidos libremente y que obedecen, deben hacerlo, el puesto de trabajo les va en ellos, los criterios de selección de las noticias establecidos por directivos nombrados a dedo y según preferencias por los propietarios. Son como el albañil, la metáfora es del autor del libro, que no puede decidir el diseño de la casa ni su ubicación, sólo poner ladrillos para terminarla de la forma que le han indicado los arquitectos y el presupuesto económico. “Nuestra precariedad es tu desinformación” es el título de un libro del Sindicato de Periodistas. No yerran ni exageran.
Señala finalmente Pascual Serrano en el capítulo de conclusiones que no ha sido objeto de este libro proponer alternativas sino mostrar quienes son los dueños de los medios, cómo operaban y de qué métodos se servían para acumular poder y beneficios. Estas empresas, prosigue, son dueñas de la voz pero no de la palabra. Esta sigue estando, debe seguir ubicada, en las manos y en el cerebro de los ciudadanos. El reto político, no es simple la tarea, es recuperar la voz para que la palabra se pueda difundir y compartir. Vale la pena ponerse en ello con urgencia, pensar entre todos procedimientos y objetivos, y, mientras tanto, desconfiar críticamente de las (des)informaciones que podemos leer o ver en prensa, semanarios y televisiones. Nos va la verdad en ello, que, sabido es, es amarga y hay que echarla de la boca a la primera ocasión que tengamos.
PS: Enrique Bustamente recuerda en su presentación que el libro de Pascual Serrano no se ocupa de los medios públicos pero que también ahí pueden hallarse traficantes de información, “aunque sean minoritarios y estén en retirada”. La reforma de RTVE ha conseguido desde 2006 un salto en la independencia y pluralismo de sus programas informativos y de su programación, pero, Bustamente señala, que las reformas de 2009 y 2010 buscan claramente “su debilitamiento, en beneficio del polo privado”. A eso hay que sumar, también aquí hay que estar alertas, que muchos gobernantes siguen manipulando todo lo que pueden, y un poco más, los radios y las televisiones, sobre todo estas últimas, sobre los que tienen poder e influencia. Los ejemplos se amontonan en la mente de todos. 
Pascual Serrano, Traficantes de información. La historia oculta de los grupos de comunicación españoles. Madrid, Ediciones Akal, 2010, 329 páginas, presentación de Enrique Bustamente

mercredi 15 décembre 2010

"Fractures françaises" de Christophe Giulluy (recension)


Christophe Guilluy, géographe et chercheur auprès des collectivités locales et d’organismes publics, mobilise une géographie sociale renouvelée dans un triple objectif : remettre en cause la représentation « officielle » d’une société française opposant les banlieues et leurs minorités aux autres territoires et à leurs classes moyennes ; identifier et qualifier les recompositions sociospatiales induites par le processus de mondialisation ; mesurer les implications de ces évolutions, et notamment du séparatisme culturel, sur la cohésion nationale.
Le constat initial – contestable – est celui de l’illusion d’une France apaisée, où le conflit ne serait jamais  ouvert ni assumé. La démonstration s’attache alors à souligner les mécanismes révélateurs d’un séparatisme social et culturel grandissant, notamment au sein des classes populaires. Centrée sur ces "classes populaires" au sens large, cette réflexion entend leur redonner une place dans l’analyse des effets de la mondialisation, en mettant en évidence leur fragilité face à des processus métropolitains sélectifs et ségrégatifs et en démontrant le délaissement dont une partie d’entre elles – celles de la France périphérique – fait l’objet de la part des politiques. 
Mobilisant statistiques et exemples locaux, l’auteur offre à ses lecteurs des repères nouveaux et renverse efficacement certaines idées reçues. En cela, l’Atlas des nouvelles fractures sociales en France du même auteur et de Christophe Noyé (Autrement, 2004) est un complément de lecture quasi indispensable pour un ouvrage qui aurait sans doute gagné à présenter quelques cartes comme les aiment tant les géographes.
Les onze chapitres constituant le livre peuvent être regroupés en quatre grands temps permettant de clarifier une démonstration à l’argumentaire parfois répétitif.

Qui a dit "ghetto" ?
Les deux premiers chapitres ("Un ghetto intellectuel et médiatique" / "La gauche française dans le ghetto") mettent en lumière une vision bipolaire fausse de la société française qui opposerait des banlieues ethnicisées et précarisées à une "France des pavillons" et des classes moyennes. Le traitement médiatique des banlieues et l’intervention politique qui en découle (comme réponse à une "demande médiatique" et non à une "demande sociale") contribuent à ce biais en oubliant certaines évidences - "on vieillit aussi en banlieue !" - et en utilisant des concepts inadaptés aux réalités françaises - le "ghetto". Médias et politiques contribuent à un écart dans la visibilité politique de certains territoires et populations : quand les quartiers sensibles font l’objet de toutes les attentions, 85% des ménages pauvres, qui ne vivent pas dans ces quartiers, sont oubliés.


La fausse évidence des minorités ethniques exclues pour une majorité incluse

Les trois chapitres suivants ("L’autre diagnostic" / "Le temps des minorités et des majorités relatives" / "Comment je suis devenu blanc") analysent les effets des dynamiques migratoires sur le territoire national et sur les espaces urbains. Le passage d’une immigration de travail à une immigration familiale a par exemple conduit à un changement de fonction des quartiers d’habitat social : de lieux d’accueil des petites couches salariées en phase d’ascension sociale dans les années 1960, ils sont devenus un nouveau sas entre le Nord et le Sud, accueillant de nouvelles couches populaires souvent précaires et sans formation. L’insécurité liée au développement de l’économie informelle dans ces quartiers opère une disqualification de leur image et renforce leurs difficultés. Ainsi, ces recompositions liées à une immigration féminisée, précarisée et concentrée dans certaines zones conduisent à relativiser, selon les territoires considérés, les notions de minorités et de majorités relatives. On observe ainsi une certaine ethnicisation des territoires, ethnicisation nuancée par des trajectoires individuelles de réussite, facteurs de dispersion, comme le montre le cas des jeunes d’origine étrangère.


"La France des plans sociaux"
Alors que certains quartiers sensibles connaissent des mutations positives trop souvent minorées ou mal analysées, la représentation ethnicisée (et intériorisée) d’une classe moyenne blanche tend à masquer ses propres fragilités. Christophe Guilluy revient rapidement sur des phénomènes urbains connus liés notamment au doublon mondialisation - métropolisation pour expliquer une périphérisation des classes populaires. "Des espaces périurbains aux espaces ruraux, des petites villes moyennes et industrielles aux villages de la campagne profonde", tels sont les territoires considérés comme victimes de la mondialisation libérale et du modèle métropolitain correspondant. Notons que cette analyse faisant des espaces métropolitains les seuls gagnants de la mondialisation pourrait cependant être nuancée par l’analyse proposée par Laurent Davezies dans La République et ses territoires : la circulation invisible des richesses (Seuil, 2008).

Ce processus de dispersion de la précarité contribuerait à l’émergence, dans cette "France des plans sociaux", d’une "nouvelle identité populaire, qui se nourrit de la critique de la mondialisation et de son corollaire, le multiculturalisme". L’effacement des conflits sociaux résulterait de la substitution de la question ethnoculturelle à la question sociale via la promotion du multiculturalisme par les classes dominantes. "La lutte des classes pour l’égalité sociale laisse ainsi la place à un combat pour la diversité et à une légitimation de l’inégalité".

Les derniers chapitres semblent dresser un constat d’échec du multiculturalisme vanté par les classes dominantes mais subi par les classes populaires. Dynamiques urbaines et foncières favoriseraient un séparatisme culturel au sein des classes populaires, un séparatisme lisible dans un diptyque France des grandes métropoles / autres territoires. Une analyse de la géographie électorale met en lumière cette fracture, notamment celle s’étant faite au sein des classes populaires du fait de perceptions différentes de la mondialisation et de l’immigration. D’après Christophe Guilluy, c’est en 2007 que le facteur ethnoculturel est entré dans les urnes.

Ainsi, en considérant que la France n’échappe pas à un ordre social inégalitaire et communautariste issu de la mondialisation libérale et masqué par des discours sur l’idéal républicain et le "vivre ensemble", Christophe Guilluy, dans cet ouvrage aux résonances politiques militantes, offre un argumentaire pour un retour du social face à une question ethnoculturelle parasitant les débats.