Puissance des symboles, on ne compte plus les ralliements au
mouvement des anti-Wall Street occupant la place du parc Zuccotti à New
York, qui disent d’eux-mêmes être les 99 %, par opposition au 1 % des
Américains qui accaparent la richesse.
Cela a commencé par George
Soros, qui a déclaré avoir de la « sympathie pour leurs opinions ». John
Larson, président du groupe démocrate à la Chambre des représentants a
tenu ensuite à les saluer, tandis que la représentante démocrate de New
York, Louise Slaughter, s’est dite « fière » de les voir se dresser
« contre la cupidité rampante des entreprises ».
Ben
Bernanke, le président de la Fed et Tim Geithner, le secrétaire d’État
au Trésor, ont enchaîné. « Ils reprochent non sans raison au secteur
financier de nous avoir menés à la pagaille dans laquelle nous nous
trouvons et sont mécontents de la réponse », a déclaré le premier,
tandis que le second expliquait plus sobrement que « les banques
accusent les réformes et le gouvernement de tout, y compris de nombreux
problèmes dans lesquels elles portent une responsabilité centrale, et la
plupart des gens sont très agacés et très en colère à cause de ce
qu’ils voient, et ils veulent que les choses changent ».
Barack
Obama, tout en défendant sa politique vis-à-vis des institutions
financières, en venait à déclarer qu’il avait vu les manifestations à la
télévision, et pensait « qu’elles expriment le mécontentement que
ressentent les Américains ». Un tournant a depuis été pris par Vikram
Pandit, directeur général de Citigroup, qui a tenu à préciser depuis sa
salle de conférence : « je serais heureux de leur parler à tout
moment ».
Ce vaste mouvement de solidarité a dépassé les
frontières. Georges Papandréou, premier ministre grec, a tenu a préciser
en plein conseil des ministres : « nous luttons pour changer le système
économique mondial, comme beaucoup de citoyens anti-Wall Street, qui
protestent à juste titre contre les inégalités et les injustices du
système », tout en expliquant qu’il fallait les distinguer des
manifestants d’Athènes.
À Kermanshah, à l’Ouest de l’Iran,
l’ayatollah Ali Khamenei a prédit que « un jour, ce mouvement jettera à
terre le système capitaliste occidental, qui est dans une impasse
totale ». Enfin, une manifestation spontanée de plusieurs centaines de
Chinois était signalée à Zhengzhou, la capitale de la province du Henan,
sur le thème « je soutiens vigoureusement la grande révolution du
peuple américain contre Wall Street », selon des photographies largement
reproduites dans la presse d’État et montrant une banderole tendue
devant le Palais de la Culture des Travailleurs.
Les républicains
américains n’ont pas été en reste, sur un autre registre. Eric Cantor,
numéro deux de leur groupe à la Chambre des représentants, a déclaré :
« je suis de plus en plus inquiet du nombre de voyous qui occupent Wall
Street et les autres villes à travers le pays », tandis que Herman Cain,
l’un des candidats aux primaires américaines, a apostrophé les
manifestants (dans les colonnes du Wall Street Journal, et non dans la
rue) : « Cessez d’accuser Wall Street ou les grosses banques, si vous
n’avez pas de travail et que vous n’êtes pas riche, c’est de votre
faute ! ».
À titre anecdotique, les indignés new yorkais
ont par ailleurs reçu le soutien de nombreux syndicats des employés des
secteurs publics, des commerçants, des enseignants et des transports,
qui regroupent des dizaines de milliers de travailleurs. À Washington,
Boston, Seattle et Los Angeles, ils ont fait des émules, ainsi que dans
une trentaine de villes des États-Unis.

