SOURCE : http://www.pauljorion.com/
Qualifié de sugar rush (bouffée d’énergie après avoir mangé un
aliment sucré) par les analystes financiers anglo-saxons, le prêt de
489 milliards d’euros de la BCE n’a pas longtemps enthousiasmé les
marchés. Après une brève envolée, il s’est produit le contraire de ce
qu’il était espéré : l’ampleur même de l’opération et des besoins
qu’elle a révélée a amplifié les craintes des investisseurs, sur le
thème “nous en sommes donc là ?”.
Deux constatations découlent de
cette opération, l’une évidente et l’autre plus masquée. La première est
que le système bancaire européen – puisque l’attention est focalisée
sur lui – est devenu un zombie : une créature ayant seulement
l’apparence de la vie. Une aide permanente lui est devenue nécessaire,
en substitut des mécanismes de marché qui lui permettaient auparavant de
fonctionner. Induisant une question qui n’est pas encore posée et qui
ne devrait pas tarder à l’être : qu’en sera-t-il à l’échéance de trois
ans du prêt de la BCE ? Devra-t-il être renouvelé et entrerons-nous
ainsi dans une nouvelle phase du capitalisme, le capitalisme assisté ?
La seconde remarque est que la BCE est devenue la bad bank
de la zone euro, acceptant en garantie des actifs (le collatéral) en
étant de moins en moins regardante sur leur qualité, tout en mettant en
avant la décote qu’elle opère pour se prémunir de tout risque en les
accueillant, sans faire preuve à cet égard d’une quelconque
transparence. La finance a décidément besoin de zones d’ombre : il y a
sa face visible et sa face cachée. Le parler allusif des banquiers
centraux et l’obscurité voulue de leurs bilans sont sur la tranche.
Le tour de passe-passe qui vient d’être opéré sous nos yeux est donc la création – non revendiquée – d’une bad bank
pour toute la zone, qui vient suppléer celles qui ont déjà été crées en
plus modeste en Irlande et en Allemagne, imprimant une trajectoire que
le gouvernement espagnol aimerait bien suivre pour sa part.
Le
nombre des établissements ayant demandé à bénéficier de ce prêt est
connu – 523 banques – mais leur identité ne l’est pas. On croit
toutefois savoir que les banques italiennes ont été particulièrement
bien servies. Selon Reuters Thomson, une douzaine d’entre elles, dont
les plus importantes, auraient demandé et obtenu 116 milliards d’euros à
elles seules, soit plus du quart de l’ensemble des prêts accordés. Mais
il est intéressant de noter, selon ces informations, que les banques
auraient beaucoup utilisé du collatéral garanti par l’État. Ce qui
signifie deux choses : qu’il est de mauvaise qualité, puisqu’une telle
garantie s’impose, et que c’est en dernière instance l’État qui prend le
risque. Ni vu, ni connu : la bad bank est adossée aux États, comme il se doit.

