LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.


C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.



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jeudi 8 décembre 2011

Délocaliser pour les nuls

ci joint un texte piqué dans le blog attali -quand il avait sa commission-
voyez le cynisme
64. Le samedi 29 septembre 2007 à 22:56, par Leon
Réponse aux critiques « des délocalisations et des responsables-coupables présumés ».
Je me présente :
Mon nom est Léon, DERMAYERS Léon, je suis Allemand mais de mère Française, j’avais 8 ans en mai 1945 et je me rappelle des bombardements de ce printemps 45. – Ceux sont mes souvenirs principaux de mon enfance, des souvenirs de fin du monde, de l’apocalypse, de la vision d’un enfant sur de nombreux trépas violents dans l’effondrement de l’immeuble.
Puis ce ne fut pas la fin, et la vie a repris, ainsi que la frénésie de construire, de bâtir toujours plus, d’oublier cette guerre, d’avoir été à l’Ouest plutôt qu’à l’Est. – Vivre dans la joie. -
Après les trente « glorieuses » j’ai démarré « l’expatriation », la découverte d’autres mondes.
Dans une équipe de vente d’infrastructure industrielle en Iran au et Moyen Orient.
L’entreprise ayant eu quelques difficultés de non-paiement, je me retrouve à 52 ans sans emploi
Après quelques échecs d’embauches (déjà trop vieux), un Bâtisseur d’Empire dans l’équipement automobile, visionnaire et en avance sur tous ses concurrents, ma confié une mission fort lucrative que j’ai mené d’abord avec professionnalisme puis avec « passion ».
- Il m’avait surtout embauché pour la connaissance des langues étrangères -
J’étais devenu un des premiers « délocalisateurs » à la suite de la chute du mur de Berlin.
Pour devenir un « bourreau efficace », il fallut d’abord être une « victime bien consciente de la nature humaine ».
- C’était mon cas, et cela été très utile -
Mais pour répondre aux nombreuses critiques, je ne pense pas faire parti des gens qui manquent de courage, bien au contraire, surtout à fréquenter de si « nombreux lâches » qu’ils soient diplômés ou non.
Je vais donc vous compter l’histoire d’un « Système », vu par un qui était fortement impliqué (moi-même) puisque j’ai organisé la fermeture de 8 usines en Europe Occidentale, soit 1100 emplois, mais j’ai aussi contribué à la croissance de 12 usines à l’Est Hongrie, Tchéquie, Pologne, Ukraine, Émirats, Turquie, Mexique, Chine, Afrique du Sud, puis Roumanie, Inde, Brésil soit la création de 3000 emplois et plus aujourd’hui.
Et je n’ai pas l’intention d’avoir des remords ni des regrets, j’ai fait un métier, et je ne me suis pas embarrassé de considérations métaphysiques ou philosophiques.
Certes mon salaire pour cette prestation était à la hauteur de mes talents qui s’affinaient au fil du temps.
Les pleutres, les sans-courages c’étaient les employés des entreprises-cibles dans leur grande majorité, des victimes-nés pour la plupart.
Eh oui, comme disais un de vos « blogeurs » : 10 % de collabos, 80 % de majorité silencieuse ( si silencieuse que je n’ai jamais su s’il y avait un seul courageux dans le tas) et 10 % de rebelles pour qui j’avais finalement le plus d’estime, car ils tentèrent de vaines résistances.
Résistances réprimandées par mes subordonnés si obéissants, qu’ils anticipèrent des actions sans que j’eusse seulement à les exprimer ni oralement, ni clairement !
Le plus surprenant, j’ai pratiqué cela dans 4 pays différents avec toujours une résistance faible mais identique d’un site à l’autre, avec peut-être une particulière mollesse en Allemagne.
En résumé : Tous les 18 mois fermer un site industriel de production en silence mais dans les délais, faire envoyer la production vers un pays ou les gens sont peu rémunérés, donc accroître sensiblement les marges bénéficiaires. – C’est pourtant un but simple et compréhensif : gagner de l’argent « Viel, gut und schnell » -
Voici la « Méthode » :
1) Être nommé pompeusement par le « patron de la holding » : CEO de l’entreprise cible.
2) Vite distinguer les employés des catégories extrêmes : les collaborateurs et les rebelles
3) Promouvoir les collabos, ménager un peu les rebelles au début, puis les laissez aux mains des directeurs si obéissants.
4) Communiquer : expliquer la situation économique, mondialisation, coût concurrence, marchés émergeants, Joint-Venture, croissance à deux chiffres, nouveaux besoins, etc.…Bla-bla ….
5) Choisir soigneusement les employés intéressés par un voyage, une découverte vers un pays lointain : de préférences des « petits chefs ». Les amener vers le pays « d’accueil ».(Ils deviennent importants, cela faisait longtemps que personne n’avait finalement observé leur qualité.)
6) Placer les quelques rebelles ayant survécus aux « purges » vers les fonctions commerciales avec des ambitions de croissance telles qu’ils se réjouiront bientôt de produire dans les « Low Costs ».
7) Faire envoyer progressivement une production partielle déficitaire, puis une autre moins déficitaire etc..
8) Transformer le site de production en « Center of Competence », cela donne de l’importance au Directeur Général promu et favorise le transfert.
9) Annoncer un déficit chronique du site de production, le provoquer si nécessaire.
10) Réduire l’effectif par tranche de 15 %, avec la complicité des 85 % momentanément encore en place.. « Kleinmutigkeit der Leute »
10 bis) Réitérer ceci tous les 4 à 6 mois
11) Lorsqu’il n’y a plus de production, fermer la « boutique », car un nouveau COC a été mis en place sur le site de production d’accueil. Les Tchèques ayant une grande tradition industrielle, ils se sont finalement vite adaptés à produire, innover et à développer. – Ils travaillent plus et coûtent moins chers -
12) Déplacer les quelques commerciaux restant vers un site de taille réduite, et vendre le site à des promoteurs immobiliers. – The End -
- En Europe, l’Allemagne l’a initié, la France a suivi le mouvement. -
Voici en 12 points, les grandes lignes d’une délocalisation réussie.
Coût : de 6 mois à 10 mois de masse salariale annuelle + frais liés aux transports et déménagements – vente des terrains de constructions.
Gain une marge bénéficiaire remontée de 2 à 35 points soit un retour d’investissement (ROI ) inférieur à 18 mois.
Ceci est valable si vous les premiers à le faire et si vous êtes leste.
Ceux qui arrivent après les autres peuvent se retrouver rapidement en posture plus délicate et si le processus de délocalisation s’éternise, le « Return Of Inversement » peut se rallonger dangereusement.
Donc n’est pas « Délocalisateur qui veut », c’est un métier ou la connaissance de la psychologie humaine est primordiale. C’est la gestion de la décroissance d’un lieu et de la croissance d’un autre lieu.
Bien sûr, j’ai été décrié, mais finalement si peu et surtout rarement en face.
J’ai eu droit à tous les surnoms, « Le Bosch », en France, « Joé » : allusion à Joé Dalton dans Lucky Luke, Le « Ballafré » ma cicatrice au visage d’avril 1945, « Terminator », « Exterminator », « Délocalisator » , « Special winner, serial killer », « Louis de Funès » en Allemagne seulement parce que je parlait aussi le Français, etc…. Mais tout cela m’était égal.
J’étais un élément d’un « Système », et je comprenais les motivations de mon « Employeur » qui s’est adapté à la croissance d’un monde en mouvement, qui pensait sincèrement maintenir son empire par la construction de sites de production dans les pays émergeants, et qui avait au fond moins d’empathie pour ses trop « gâtés » compatriotes d’Allemagne que pour les populations d’Asie.
Et il avait compris que dans ce système, il fallait jouer en premier et rapidement.
La responsabilité de ce « Système » est collective. :
La « classe économique dirigeante » : pour un maintient de ses Empires ( un Empire par définition est vaste, et la terre est finalement si petite, – moins d’un jour de voyage d’un endroit à n’importe quel autre – )
La « classe politique » : pour préserver une illusion d’un maintient du niveau de vie à leurs électeurs. – repousser le problème dans le temps, comme votre « Louis XV ».
Les « consommateurs-électeurs » qui recherchent le meilleur rapport qualité-coût.
Et moi bien sûr, qui était doué pour être un acteur de ce « Système »e, – ne soyons donc pas modeste -, qui a vécu très confortablement, qui a goûté la bonne chaire dans tous ses aspects, qui pourra mourir sereinement car si j’ai connu l’enfer des bombes dans ma prime jeunesse, j’ai connu une fin paradisiaque, égoïstement certes, et avec une pointe de cynisme, mais c’était si exaltant.
Dans votre littérature j’ai retenu deux choses que je cite :
Élie Wiesel : Il y a des bons et des mauvais partout, ce qui est dangereux c’est l’indifférence de la grande masse qui laisse faire.
Et
Les riches sont cyniques … et …. les pauvres sont résignés et pour cause.
Ou encore une troisième sur notre sujet :
Le « Système » des délocalisations ressemble à la vente pyramidale, quelques gros bénéficiaires audacieux et lestes et beaucoup de « Loosers » qui subissent individuellement et dans l’isolement ». Avec la participation de la « lâcheté du plus grand nombre, qui s’accrochent à juste encore survivre quelques temps »
- Rajoutez encore un régime de terreur dû à une situation de guerre qui s’enlise, et vous imaginez ce que cela peut produire. – Rien de neuf sous le soleil, après tout
Requête :
Ce qui m’intéresserait, c’est de vous rencontrer, vous, les 43 membres de votre commission.
J’ai lu vos CV, des parcours fort intéressants, une belle équipe, peut-être un peu éloigné du terrain, trop habitué aux conforts attribués aux « Élites » .
J’ai eu affaire à tant de personnages et d’en comprendre leurs mécanismes, leurs vrais motivations, leurs peurs profondes si bien dissimulées, que je pourrais faire la synthèse des résultats de votre commission avant même que vous les synthétisés. Cela dépend de vos natures profondes ( si vous êtes courageux et sincères ou si …)
C’est aussi cela le talent du « Delocalisator ».
Je vous laisse mon adresse e-mail et me tient à votre disposition.
Je sais que la probabilité de cette rencontre est très faible, et c’est dans la « normalité humaine ».
En fait pendant mes missions, j’ai promu tellement de monde à des rôles de direction « Geschäftführer », « Plant Manager » « Diretor da manufatura » « Président Directeur Général», que j’ai une connaissance approfondie de la nature des plus ambitieux.
Plusieurs années après la fermeture de leurs sites, ils sont restés amicaux avec moi, et me souhaitent une « Bonne Année » et même un « Joyeux Anniversaire ». – Les niais ! -
Mes « victimes sans grades» se sont retournées parfois contre les cadres collaborateurs, jamais contre moi.
Comme votre plus célèbre des Français d’aujourd’hui, je disais la vérité dès le départ, et il est vrai que beaucoup ne voulaient tout simplement pas entendre la vérité.
- C’est quand même extraordinaire -
Im letzten Monat war ich in einer Fabrik im Osten, und ich habe gehört, was ein Franzose über eurem neuen Präsidenten erzählt hat zu die Mitarbeitern.
„Unser Präsident ist der französische …. Leon DERMEYERS“ – Ist daß nicht wunderbar ? –
Bis bald, vielleicht !
Maintenant, je suis cependant conscient d’un emballement du « système » et de ses funestes conséquences possibles.
C’est aussi pour cela que j’ai eu beaucoup plus de respect pour les « Rebelles » et ceci très rapidement, dès le début de ma carrière d’ « Exterminator ».
- Mais est-ce surprenant ? -

dimanche 2 octobre 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE

A qui veut comprendre le futur, il est temps d'admettre que la logique de profit et d’exploitation qui a fabriqué Eichmann (ou la banalité du mal) et fait sortir de terre les camps de travail et de concentration, n’a pas été remise en cause avant, pendant ou après la Guerre.
Au contraire: le grand récit de la reconstruction industrielle d’après-guerre, était un récit d’évitement. Un récit qui permettait d’éviter de s’interroger sur les raisons fondamentales qui ont fait qu’au coeur de grandes civilisations, la barbarie a fait retour. (dans Patrick Viveret, Stratégies de transition vers le bien-vivre face aux démesures dominantes in De la convivialité, La Découverte (2011).
Il est évident que le « grand récit de la croissance financière » n’est que le dernier épisode en date de ce récit d’évitement, dans lequel Eichmann, et nous sommes toujours engagés.

jeudi 22 septembre 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE


François Baroin qui a présidé la réunion du G20, a continué à bâtir pierre par pierre sa réputation en déclarant « il n’y a pas de raison d’avoir une stratégie alternative, dès lors que celle à laquelle nous croyons n’est pas encore en place », apportant son incontestable contribution aux débats.




S'IL N'EXISTAIT PAS LE NÉANT SERAIT "VRAIMENT" DÉPEUPLÉ.

mercredi 21 septembre 2011

CORRUPTION ET SORCELLERIE DES MÉDIAS, par Jean-Luce Morlie

 
Des deux côtés de la méditerranée, les peuples s’indignent de la corruption tandis que dans le même temps, les journaux alignent « affaires » sur « affaires ». Mardi matin sur France Culture, Marc Voinchet  abordait la corruption en compagnie de Pierre Lascousmes, de Raphael Einthoven et de Leyla Dakhli, tandis que Pierre Péan était « l’invité sur bande magnétique ». Je crois utile d’interroger cette montée « en puissance médiatique » du thème de la corruption avant que la saturation de nos consciences n’occulte, une fois encore, son historicité au nom de sa naturalité supposée (Lucien Ayissi  - Corruption et Gouvernance ). Sur la même radio, à 18h, dans sa chronique quotidienne, Alain-Gérard Slama reprenait ce thème pour souligner en substance que, par la corruption, le capitalisme creusait sa propre tombe ! Alors au fond, si la situation est si sérieuse, les médias auraient pu s’en occuper avant et avec autant de pugnacité, le phénomène est si massif ! Devant cet état de fait, il me semble légitime de tenter de comprendre comment cette spectaculaire mise en avant-scène pourrait n’avoir pour effet que de permettre, sans plus d’examen, de tourner la page du rôle de la corruption dans l’histoire des soixante dernières années du capitalisme ?

vendredi 27 mai 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE (prévisions météorologiques)

« Le printemps est là »
mais il ne ressemble pas à un printemps..Il est torride comme un été...
Mauvaise nouvelle:
La démocratie "horizontale'...n'est pas aimée chez nous... disent ceux du haut en nous le faisant dire.. comme on fait tourner les tables et parler les morts...
Nous les morts cliniques civiques , seulement vivants comme citoyens actifs que 2 dimanches consécutifs tous les 5 ans.
Nous
que nos élus font semblant d'écouter et nous font parler...par PROCURATION, qu'on leur a donné pendant ces deux dimanches.
Nous, qui nous écoutons parler par la bouche des élus.
schizophrénie.. de sujets de la démocratie, citoyens éphémères 2 jours tous les 5 ans...

vendredi 1 avril 2011

Le syndrome du larbin (2): maladie démocratique

Chronique de Flore VASSEUR sur France Culture du 29 mars 2011

Il existe enfin une explication à l’abrutissement des foules, l’atonie des classes dites supérieures face à la montée des injustices, le vote UMP en 2007 et la généralisation d‘un égoïsme social qui sert d’engrais au Front National. Il s’agit d’un mal qui torpillerait jusqu’à sa mort peut être la profession de journaliste. Cette maladie du siècle c’est le syndrome du … larbin.
Le larbin souffre d’un comportement pathologique qui lui fait prendre systématiquement la défense des classes les plus favorisées au détriment de celle dont il est issu. Le larbin n’a pas de conscience politique. Il agit dans le sens de ceux qui l’exploitent pour s’attirer leur bienveillance.
C’est sur Youtube que j’ai trouvé cette explication fracassante, sous forme de clip hilarant au message pourtant terrible : « après des siècles d’esclavagisme et de féodalité, la transmission génétique aurait permis la formation d’une souche vivace de larbins domestiques au profit d’une nouvelle espèce de primate : l’homo larbinus. Le trouble se développe dès l’enfance mais le processus s’aggrave à l’âge adulte lorsque le sujet prend conscience de la médiocrité de sa condition. Le larbin développe des stratégies inconscientes visant à instaurer un équilibre cognitif pour justifier l’acceptation de sa subordination. » Et j’ajoute : pour sublimer sa désillusion. « Le larbin s’identifie à ses maitres en s’imaginant appartenir au corps social qui l’exploite. Et du coup, il finit par en défendre mordicus les intérêts ».
Le larbin a un vague sentiment d’injustice … mais pour les autres. Eduqué, intégré socialement, il est persuadé d’être du bon coté de la barrière. Il encaisse à merveille les mesures d’austérité ou de restriction des libertés. Le larbin est pour le bouclier fiscal même si cela ne le concerne pas. Il est pour les cameras de surveillance même si elles ne le protègent de rien. Ruse de l’histoire : il est rassuré d’appartenir à une classe à laquelle … il n’appartient pas. D’après les pères du syndrome du larbin - que je cite à nouveau - 20% des français seraient ainsi convaincus de faire partie des 1% les plus riches. L’élection d’un Président au service des ploutocrates révèlerait un seuil de contamination critique.
C’est probablement ce syndrome qui explique que les soi-disants « grands médias » n’aient pas ou alors très mal parlé de tous les mouvements populaires occidentaux de ces dernières semaines. Certes l’actualité était riche mais tout de même… Prenons pour exemple, le dernier en date : la manifestation « march for the alternative » à Londres samedi dernier, contre la politique d’austérité de Cameron.
Il y avait des médecins, des étudiants, des retraités, beaucoup d’enfants, bref 399 800 personnes manifestant pacifiquement leur refus grosso modo de payer pour une crise qu’ils n’avaient pas créée. Il y avait des cotillons, des déguisements, des pièces de théâtre improvisées, des lectures décalées, bref un carnaval d’actions de désobéissance civique mené par le collectif UK uncut. Mais BBC, Skynews et du coup tous les autres, n’ont montré que les images des quelques excités (200 grand maximum) qui ont saccagé des banques et autres enseignes expertes en évasion fiscale. Piccadilly en état de siège, vitrines cassées, affrontement avec des policiers … L’aspiration légitime des Uncuts à ne plus être pris précisément pour des larbins a été torpillé en 2 minutes chrono à l’artillerie lourde. A Paris, les Uncuts français n’ont même pas eu le temps de croiser une caméra. La police les aurait arrêté avant qu’ils n’aient pu déployer une banderole.
Moralité numéro un : soyons réalistes : on est toujours le larbin de quelqu’un. En privilégiant ces images ou en se taisant, les journalistes servent la soupe à un pouvoir qui, avec ses politiques d’austérité, sert lui même la soupe aux marchés financiers.
Moralité numéro 2 : le syndrome du larbin est un problème de santé publique dont la résolution devrait être une cause nationale chez les larbins dans mon genre : le larbinus journalisticus.


Voir :

mercredi 16 février 2011

DANS LE CUL, LES CLASSES MOYENNES (RECENSION D'OUVRAGE)

sablier
« L’effet sablier » de Jean-Marc Vittori (JMV) est paru en octobre 2009. On pourrait le décrire comme une tentative d’optimisme sociologique tempéré en période de régression sociale majeure. C’est sans doute le caractère méritoire de l’exercice optimiste qui a valu à ce livre un certain succès : par les temps qui courent, tout le monde a envie de se convaincre qu’après tout, les choses ne vont pas aussi mal qu’il peut sembler de prime abord.
La thèse générale de « L’effet sablier » est que nous n’assistons pas à un simple écrasement des classes moyennes, mais plutôt à leur coupure en deux : une partie des classes moyennes descend, et va rejoindre les classes inférieures, mais une autre partie monte, et va rejoindre les classes supérieures.
Les anciennes sociétés d’ordre, nous rappelle JMV, présentaient une structure de revenus en « chapeau chinois » : un immense plateau en bas, une toute petite pointe en haut. Les sociétés issues des Trente Glorieuses, elles, proposaient une forme pyramidale aplatie, avec un « milieu » important. Les sociétés de demain, nous dit l’auteur de « L’effet sablier », auront la forme d’un sablier : deux classes et deux seulement ; un tiers de riches en haut, deux tiers de pauvres en bas.




*

Pour JMV, ce qui caractérise notre époque, c’est la disparition du milieu, dans tous les domaines. C’est cette disparition qui explique la montée de la peur dans nos sociétés : quand il n’y a plus de milieu, il n’y a plus de Purgatoire symbolique dans l’ordre social, ne reste que l’Enfer et le Paradis, et tous, même ceux qui sont au Paradis, tous ont peur de déchoir, d’aller en Enfer – car rien n’est acquis, jamais. Mais c’est aussi cette disparition du milieu qui explique la multiplication des grosses cylindrées dans nos rues : en pinçant la classe moyenne, la dynamique contemporaine en éjecte une partie vers le bas, mais elle en propulse une autre partie vers le haut.
La destruction de l’imaginaire des classes moyennes est au cœur de ce mécanisme, explique JMV. Les classes moyennes n’étaient en effet pas seulement « ce qui se trouve au milieu de la structure sociale ». C’était aussi, en tant que concept, l’affirmation implicite d’un imaginaire commun de progrèspartagé par toute l’humanité, ou presque.
Aujourd’hui, cet imaginaire s’évanouit, en même temps que les catégories sociales dont il était la production idéologique spontanée.
Dans les entreprises, les échelons intermédiaires s’évanouissent : les progrès en matière de système d’information rendent possible un management « en râteau », avec une forte augmentation du nombre de N-1 par manager, et en corolaire, une forte réduction du nombre de niveaux hiérarchiques. Le passage au management par projet vient encore accentuer ce mécanisme. Les anciennes organisations hiérarchiques permettaient plus ou moins aux traînards de s’intégrer dans les processus de production dans les fonctions subalternes, où leur sous-performance était compensée par la surperformance de leurs collègues les plus efficaces. Les organisations par projet suppriment cette possibilité : désormais, les « maillons faibles » sont systématiquement éliminés. A l’ancienne pression hiérarchique, très relative, s’est substituée la pression du groupe, autrement plus redoutable, parce qu’un principe de concurrence permanente vient la relancer indéfiniment. La pression qui en  résulte « pince » la structure des entreprises : elle propulse un tiers de gagnants vers le haut, et deux tiers de perdants vers le bas. Et le bas de ce bas tombe, lui, dans l’exclusion pure et simple.
Dans les vitrines, le milieu de gamme se réduit à la portion congrue. Jadis, il y avait le bas de gamme, franchement mauvais (fromage plein de listéria, etc.) et réservé aux derniers quantiles de la structure sociale, le haut de gamme, franchement prestigieux (haute couture, etc.) et réservé à une toute petite minorité de nantis, et puis il y avait le « demi-luxe », le milieu de gamme, correct et accessible aux deux tiers de la population, deux tiers regroupés dans les classes moyennes. Aujourd’hui, nous dit JMV, il y a un bas de gamme très amélioré (correspondant peu ou prou au niveau de qualité de l’ancien « demi-luxe »), accessible à la « classe de masse » qui regroupe les deux tiers de la population, et un « nouveau haut de gamme », qui a fusionné le meilleur de l’ancien demi-luxe et l’ancien haut de gamme, et qui vise la clientèle du tiers supérieur en termes de revenus, ou à peu près.
Les deux évolutions s’adossent l’une à l’autre. La « partie haute » du sablier veut un haut de gamme accessible, en réalité un demi-luxe transformé en haut de gamme, tandis que la « partie basse » veut un bas de gamme élevé vers  le demi-luxe. Réciproquement, le gain en qualité attendu par cette nouvelle structure sociale impose des organisations de production plus souples, donc privilégiant l’organisation par projet, la réduction des niveaux hiérarchiques, la sous-traitance à des sociétés spécialisées qui n’embauchent que les meilleurs de chaque domaine. Partout, l’effet sablier entraîne une accentuation des concurrences, une dislocation des consciences de classe, une hyper individualisation anxiogène, et par contrecoup, une dépolitisation malsaine.

*

Telle est la thèse de JMV. Il est évident qu’elle recoupe en partie la réalité. Mais, à notre avis, en partie seulement…
Le point faible de « L’effet sablier » est l’absence de séries statistiques.
Si l’on s’intéresse à l’évolution des revenus par quantiles dans les sociétés occidentales, sur les dernières décennies, la thèse de JMV est fort mise à mal, et de deux façons.
D’une part, on observe que 80 % des accroissements de richesse tombe dans l’escarcelle des quelques pourcents du haut, voire, dans certains pays, dans celle du 1 % du haut. Cette donnée statistique ne correspond pas à un « effet sablier », mais plutôt à un « effet chapeau chinois », un retour aux structures des anciennes sociétés préindustrielles.
D’autre part, au sein des 95 % qui ne bénéficient pas des gains de richesse récents, on assiste plutôt à une concentration progressive autour du salaire médian, lequel a tendance à descendre en termes de pouvoir d’achat réel – tandis qu’une minorité, exclue, s’effondre littéralement. Soit exactement le contraire d’un « effet sablier » : on pourrait parler ici d’effet toupie, au niveau des classes moyennes stricto sensu.
JMV se défend en arguant que les changements majeurs échappent souvent aux chiffres, dans un premier temps du moins, et que l’observation qualitative, à tout prendre, vaut  largement l’appareillage statistique, quand il s’agit d’anticiper, et non simplement de décrire le présent. Il n’a probablement pas tout à fait tort, mais pour notre part, nous formulerons une autre hypothèse.
« L’effet sablier » ne rend pas compte de la réalité des structures de revenus de nos sociétés, mais de la réalité de leur perception. A côté des impacts chiffrés des évolutions récentes, celles-ci ont produit un fait non quantifiable par les statisticiens : un biais perceptif partagé par une très grande partie du corps social, et qui donne l’impression d’un « effet sablier ».
Il nous semble que trois faits concourent à renforcer ce biais perceptif : d’une part, l’exacerbation par la publicité des concurrences ostentatoires au sein de la classe moyenne (il y a ceux qui ont le dernier modèle de tel ou tel gadget, et les autres…) ; d’autre part, la crainte du déclassement débouche sur une focalisation perverse, et la politique suivie par les DRH, dans toutes les entreprises, renforce ce mécanisme psychologique (il y a ceux qui sont surmenés parce qu’on les « veut » sur tous les projets, et les autres, qui ne dorment plus parce qu’ils ont peur de se faire virer…) ; enfin, à un moment de l’Histoire où tout le monde pressent plus ou moins qu’on s’approche d’une rupture majeure, l’idée fait son chemin que cette rupture historique va fonctionner comme un test, comme une épreuve que certains passeront, et d’autres pas.
Du coup, les anciennes classes moyennes, pour ne pas voir qu’elles sont tout simplement en train de se transformer en gigantesques « nouvelles classes inférieures », s’exagèrent les différences qui les traversent, afin de reconstituer un espace de compétition à leur portée. C’est le syndrome du bobo en Audi d’occasion achetée à crédit, crédit exagéré au regard de son salaire de sous-chef de projet en position instable, et qui s’imagine dans la partie haute du « sablier » parce qu’il double sur l’autoroute un autre sous-chef de projet, plus prudent celui-là, qui roule dans une Citroën C2 neuve. A aucun moment, notre bobo sous-chef de projet en Audi d’occasion ne réalise qu’il vit au-dessus de ses moyens en profitant d’une politique monétaire laxiste, ainsi que du dumping salarial des sous-traitants d’Audi, en Europe de l’est ou ailleurs. Quoique : il est fort possible que notre sous-chef de projet en Audi ait voté « oui » au traité de Maastricht, tandis que son alter ego plus raisonnable, en Citroën C2, a voté non. Rien n’arrive par hasard.
Sous cet angle, il nous semble que le petit livre de JMV n’est pas révélateur de la réalité économique de nos sociétés, mais plutôt de leur réalité mentale collective – en particulier dans l’esprit de ces « analystes symboliques » qui font sans doute le gros du lectorat de JMV, et que l’implosion de l’économie virtualisée risque fort de rejeter du mauvais côté du sablier.
En quoi, d’ailleurs, « L’effet sablier » n’est pas un livre inintéressant : il nous renseigne un peu sur les illusions qui vont s’éteindre, à l’heure des vérités amères, et, en particulier, sur ces classes moyennes qui ne veulent pas voir qu’elles sont désormais, collectivement et sans exception aucune,programmées pour perdre.


SOURCE : ÉQUIPE SCRIPTO

vendredi 11 février 2011

Islandia: La revolución silenciada

ecientemente nos han sorprendido los acontecimientos de Túnez que han desembocado en la huida del tirano Ben Alí, tan demócrata para occidente hasta anteayer y alumno ejemplar del FMI. Sin embargo, otra “revolución” que tiene lugar desde hace dos años ha sido convenientemente silenciada por los medios de comunicación al servicio de las plutocracias europeas.

Ha ocurrido en la mismísima Europa (en el sentido geopolítico), en un país con la democracia probablemente más antigua del mundo, cuyos orígenes se remontan al año 930, y que ocupó el primer lugar en el informe de la ONU del Índice de Desarrollo Humano de 2007/2008. ¿Adivináis de qué país se trata? Estoy seguro de que la mayoría no tiene ni idea, como no la tenía yo hasta que me he enterado por casualidad (a pesar de haber estado allí en el 2009 y el 2010). Se trata de Islandia, donde se hizo dimitir a un gobierno al completo, se nacionalizaron los principales bancos, se decidió no pagar la deuda que estos han creado con Gran Bretaña y Holanda a causa de su execrable política financiera y se acaba de crear una asamblea popular para reescribir su constitución. Y todo ello de forma pacífica: a golpe de cacerola, gritos y certero lanzamiento de huevos. Esta ha sido una revolución contra el poder político-financiero neoliberal que nos ha conducido hasta la crisis actual. He aquí por qué no se han dado a conocer apenas estos hechos durante dos años o se ha informado frivolamente y de refilón: ¿Qué pasaría si el resto de ciudadanos europeos tomaran ejemplo? Y de paso confirmamos, una vez más por si todavía no estaba claro, al servicio de quién están los medios de comunicación y cómo nos restringen el derecho a la información en la plutocracia globalizada de Planeta S.A.
Esta es, brevemente, la historia de los hechos:
- A finales de 2008, los efectos de la crisis en la economía islandesa son devastadores. En octubre se nacionaliza Landsbanki, principal banco del país. El gobierno británico congela todos los activos de su subsidiaria IceSave, con 300.000 clientes británicos y 910 millones de euros invertidos por administraciones locales y entidades públicas del Reino Unido. A Landsbanki le seguirán los otros dos bancos principales, el Kaupthing el Glitnir. Sus principales clientes están en ese país y en Holanda, clientes a los que sus estados tienen que reembolsar sus ahorros con 3.700 millones de euros de dinero público. Por entonces, el conjunto de las deudas bancarias de Islandia equivale a varias veces su PIB. Por otro lado, la moneda se desploma y la bolsa suspende su actividad tras un hundimiento del 76%. El país está en bancarrota. 
- El gobierno solicita oficialmente ayuda al Fondo Monetario Internacional (FMI), que aprueba un préstamo de 2.100 millones de dólares, completado por otros 2.500 millones de algunos países nórdicos. 
- Las protestas ciudadanas frente al parlamento en Reykjavik van en aumento. El 23 de enero de 2009 se convocan elecciones anticipadas y tres días después, las caceroladas ya son multitudinarias y provocan la dimisión del Primer Ministro, el conservador Geir H. Haarden, y de todo su gobierno en bloque. Es el primer gobierno (y único que yo sepa) que cae víctima de la crisis mundial. 
- El 25 de abril se celebran elecciones generales de las que sale un gobierno de coalición formado por la Alianza Social-demócrata y el Movimiento de Izquierda Verde, encabezado por la nueva Primera Ministra Jóhanna Sigurðardóttir. 
- A lo largo del 2009 continúa la pésima situación económica del país y el año cierra con una caída del PIB del 7%. 
- Mediante una ley ampliamente discutida en el parlamento se propone la devolución de la deuda a Gran Bretaña y Holanda mediante el pago de 3.500 millones de euros, suma que pagarán todos las familias islandesas mensualmente durante los próximos 15 años al 5,5% de interés. La gente se vuelve a echar a la calle y solicita someter la ley a referéndum. En enero de 2010 el Presidente, Ólafur Ragnar Grímsson, se niega a ratificarla y anuncia que habrá consulta popular. 
- En marzo se celebra el referéndum y el NO al pago de la deuda arrasa con un 93% de los votos. La revolución islandesa consigue una nueva victoria de forma pacífica. 
- El FMI congela las ayudas económicas a Islandia a la espera de que se resuelva la devolución de su deuda.
- A todo esto, el gobierno ha iniciado una investigación para dirimir jurídicamente las responsabilidades de la crisis. Comienzan las detenciones de varios banqueros y altos ejecutivos. La Interpol dicta una orden internacional de arresto contra el ex-Presidente del Kaupthing, Sigurdur Einarsson. 
- En este contexto de crisis, se elige una asamblea constituyente el pasado mes de noviembre para redactar una nueva constitución que recoja las lecciones aprendidas de la crisis y que sustituya a la actual, una copia de la constitución danesa. Para ello, se recurre directamente al pueblo soberano. Se eligen 25 ciudadanos sin filiación política de los 522 que se han presentado a las candidaturas, para lo cual sólo era necesario ser mayor de edad y tener el apoyo de 30 personas. La asamblea constitucional comenzará su trabajo en febrero de 2011 y presentará un proyecto de carta magna a partir de las recomendaciones consensuadas en distintas asambleas que se celebrarán por todo el país. Deberá ser aprobada por el actual Parlamento y por el que se constituya tras las próximas elecciones legislativas. 
- Y para terminar, otra medida “revolucionaria” del parlamento islandés: la Iniciativa Islandesa Moderna para Medios de Comunicación (Icelandic Modern Media Initiative), un proyecto de ley que pretende crear un marco jurídico destinado a la protección de la libertad de información y de expresión. Se pretende hacer del país un refugio seguro para el periodismo de investigación y la libertad de información donde se protegan fuentes, periodistas y proveedores de Internet que alojen información periodística; el infierno para EEUU y el paraíso para Wikileaks.
Pues esta es la breve historia de la Revolución Islandesa: dimisión de todo un gobierno en bloque, nacionalización de la banca, referéndum para que el pueblo decida sobre las decisiones económicas trascendentales, encarcelación de responsables de la crisis, reescritura de la constitución por los ciudadanos y un proyecto de blindaje de la libertad de información y de expresión. ¿Se nos ha hablado de esto en los medios de comunicación europeos? ¿Se ha comentado en las repugnantes tertulias radiofónicas de politicastros de medio pelo y mercenarios de la desinformación? ¿Se han visto imágenes de los hechos por la TV? Claro que no. Debe ser que a los Estados Unidos de Europa no les parece suficientemente importante que un pueblo coja las riendas de su soberanía y plante cara al rodillo neoliberal. O quizás teman que se les caiga la cara de vergüenza al quedar una vez más en evidencia que han convertido la democracia en un sistema plutocrático donde nada ha cambiado con la crisis, excepto el inicio de un proceso de socialización de las pérdidas con recortes sociales y precarización de las condiciones laborales. Es muy probable también que piensen que todavía quede vida inteligente entre sus unidades de consumo, que tanto gustan en llamar ciudadanos, y teman un efecto contagio. Aunque lo más seguro es que esta calculada minusvaloración informativa, cuando no silencio clamoroso, se deba a todas estas causas juntas.
Algunos dirán que Islandia es una pequeña isla de tan sólo 300.000 habitantes, con un entramado social, político, económico y administrativo mucho menos complejo que el de un gran país europeo, por lo que es más fácil organizarse y llevar a cabo este tipo de cambios. Sin embargo es un país que, aunque tienen gran independencia energética gracias a sus centrales geotérmicas, cuenta con muy pocos recursos naturales y tiene una economía vulnerable cuyas exportaciones dependen en un 40% de la pesca. También los hay que dirán que han vivido por encima de sus posibilidades endeudándose y especulando en el casino financiero como el que más, y es cierto. Igual que lo han hecho el resto de los países guiados por un sistema financiero liberalizado hasta el infinito por los mismos gobiernos irresponsables y suicidas que ahora se echan las manos a la cabeza . Yo simplemente pienso que el pueblo islandés es un pueblo culto, solidario, optimista y valiente, que ha sabido rectificar echándole dos cojones, plantándole cara al sistema y dando una lección de democracia al resto del mundo.
El país ya ha iniciado negociaciones para entrar en la Unión Europea. Espero, por su bien y tal y como están poniéndose las cosas en el continente con la plaga de farsantes que nos gobiernan, que el pueblo islandés complete su revolución rechazando la adhesión. Y ojalá ocurriera lo contrario, que fuera Europa la que entrase en Islandia, porque esa sí sería la verdadera Europa de los pueblos.

mardi 8 février 2011

ROULER JEUNESSE


revue de presse de l’article 37 quater de la Loppsi
Les milices sur le tapis
{« Cela peut paraître choquant, mais il faut dire les choses. »}

L’article 37 quater parvient finalement à percer le mur du silence ! Il était temps ! À l’heure où la Loppsi est définitivement adoptée (sous réserve de censure du Conseil constitutionnel, qui devra l’examiner dans les prochaines semaines), son plus dangereux article, celui qui institue des milices, sous les noms de « réserve civile » ou « service volontaire citoyen », parvient finalement à un brin de notoriété.
Ci-dessous la revue de presse, où l’on trouve, Libé, Rue89, et l’excellent site de la LDH-Toulon.
Cela a commencé dans Libération, au lendemain du passage en Commission mixte paritaire, où sénateurs et députés ajoutaient leurs dernières retouches au texte destiné à être adopté le 8 février, par vote solennel des deux assemblées.
Soulignons ici la tentative de dédramatisation que constituait cette double page de Libé, où l’on pouvait voir les futurs milices sarkozystes comparées… aux bobbys anglais ou, mieux, au « cop watching », cette activité de surveillance citoyenne de la police, contre les bavures ! Ce jour-là, Libé mentionnait le fait des « des militants » voyaient dans le 37 quater des « milices ». Mais cela n’engageait qu’eux…
Rendons néanmoins hommage à cet article de Libération, pour avoir non seulement livré en scoop, ce 37 quater en préparation depuis plus de deux ans sans que personne n’en parle. Mais surtout, il semble que cet article de Libé ait permis d’alerter le Syndicat général de la police, le SGP, qui, le jour même dénonçait dans un communiqué la création de « milices armées ».
Le 29 janvier, la LDH-Toulon publiait sur son site un article faisant le point.
Et le 3 février, finalement, Rue89 a publié à son tour un article (après la tribune d’Eva Joly et Sandrine Bélier que Libé avait refusée, publiée par Rue89 le 17 janvier).
On ne peut que se féliciter de cette « mobilisation médiatique », certes un peu tardive – peut-on dire à Paris s’éveille où l’on dénonce la « Sarkopol » en gestation depuis plusieurs mois.
Remercions la LDH de Toulon, pour avoir trouvé le lien sur le site du ministère de l’intérieur où ces choses-là sont pleinement exposées, dans leur version née de la loi de 2007 – texte mis en avant. Le dossier rassemblé par la LDH-Toulon contient aussi un texte, trouvé sur le site de la Préfecture de l’Eure, où l’idée de telles milices est présentée comme apparue lors des émeutes de 2005. [Rappelons qu’il semble qu’en fait ce système ait été préconçu en amont, dès la suppression du service militaire – et que la journée des appelés qui remplace celui-ci ne sert pas tant à recruter pour l’armée que pour ces nouvelles milices, ainsi que c’est aussi apparu.]
Mais il faut encore plus remercier le collaborateur de rue89, qui a été interviewer divers protagonistes de ce débat :
Yannick Danio, délégué national du SGP :
« Cela peut paraître choquant, mais il faut dire les choses. On ne va quand même pas revenir à des heures sombres de notre Histoire. »
On aimerait mettre cette phrase en exergue de Paris s’éveille : « Cela peut paraître choquant, mais il faut dire les choses. »
N’ayant manifestement pas pris la mesure des « choses » de la même façon, Delphine Batho, la députée socialiste qui s’est chargée de la bataille parlementaire pour le compte de l’opposition dans son ensemble. Pour elle, la question soulevée par ces milices serait de savoir « qui va les encadrer, les briefer, les former ? » « Là se pose un vrai problème »…, ajoute-t-elle, dans son style inimitable, dont elle aura si bien su faire usage au long des débats de l’Assemblée, plaçant toujours l’accent à côté des « vrais problèmes », mais avec un aplomb et une conviction d’autant plus impressionnants dans le contexte parlementaire qu’elle était quasiment seule à y dire quelque chose. Véritable héroïne, Jeanne d’Arc de notre temps, affrontant, quasiment seule donc, la meute des ministres, rapporteur et députés de droite crachant leur bile sarkozyste sans retenue. Rue89 nous rappelle néanmoins que Delphine Batho, avait « soutenu le principe » de ce 37quater « lors de la première lecture »...
On s’inquiétait aussi de l’insuffisante énergie apportée par la LDH dans ce combat, tardant même à signer les pétitions anti-loppsi. Rue89 a aussi interrogé sa vice-présidente, Dominique Noguères, laquelle, comme Delphine Batho s’inquiète de la « formation sur le tas » qui « pourrait conduire à un certain nombre de dérapages, des réactions émotionnelles ou autres, imprévus parce que les réservistes n’y seraient pas préparés ».
Est-ce bien le seul problème que pose la création de milices para-policières ? Non, bien sûr, et Dominique Noguères mesure y compris combien cette catastrophe constitutionnelle se produit là du fait d’une démission quasi généralisée à gauche :
« C’est absolument extraordinaire : on est dans une fuite en avant sécuritaire, avec une mesure populiste et une partie de la gauche, notamment au Parti socialiste, ne réagit pas. Je pense qu’ils ne mesurent pas les conséquences. Il faut vraiment qu’ils retrouvent leurs valeurs et leur réflexion. »
Tout est dit, mais redisons-le encore : « Il faut vraiment qu’ils retrouvent leurs valeurs et leur réflexion. »
En espérant que cet appel soit entendu et que la gauche se ressaisisse enfin, pour la défense des libertés.
C’est ce qui devrait se produire mardi 8 février 2011, à la Bourse du travail de Paris, où doit se tenir, à partir de 19 heures, le Forum des libertés contre la loi Hortefeux-Loppsi 2, avec nombre de participants venus de tous les horizons de la gauche.



Ci-dessous, pour commencer, le dossier de la LDH-Toulon :
Des “réservistes” en place de policiers
date de publication : samedi 29 janvier 2011
Pour compenser la baisse des effectifs dans la police nationale – conséquence de la réforme générale des politiques publiques (RGPP) – la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, dite LOPPSI 2, en cours d’adoption au parlement, prévoit d’étendre aux citoyens volontaires la réserve civile créée en 2003 pour les retraités de la police nationale. Pour être candidat, il suffira d’être majeur, de nationalité française, et de posséder un casier judiciaire vierge, la sélection se faisant sur dossier. Après une formation sur le tas, ces “réservistes” d’un nouveau type pourront posséder une arme et dresser des procès verbaux.
Le syndicat Unité SGP Police-FO se déclare opposé à cette évolution : « ce n’est pas en créant des “miliciens” et en démantelant les CRS que l’on résoudra le problème de la sécurité dans notre pays. »
Ci-dessous le point sur cette « réserve civile de la police », ainsi que sur le « service volontaire citoyen » que la LOPPSI 2 étend à la gendarmerie nationale.
• L’article 37 quater de la LOPPSI 2
Cet article concerne la « réserve civile de la police nationale » et le « service volontaire citoyen de la police et de la gendarmerie nationales », créés par la loi pour la sécurité intérieure (LSI) du 18 mars 2003. Un tableau comparatif permet de mesurer le chemin parcouru de la LSI à la LOPPSI 2.
La réserve civile de la police
Alors qu’elle n’était jusqu’à présent constituée que de retraités de la police, la LOPPSI 2 élargit le recrutement de cette réserve : elle « aura vocation à accueillir aussi bien des jeunes intéressés par une expérience valorisante que des spécialistes sur des fonctions correspondant à leurs compétences dont la police serait déficitaire »« La formation des réservistes devrait leur permettre d’acquérir la qualification d’agent de police judiciaire adjoint » (APJ) » et donc d’effectuer des missions de police [1].
Pour le député Eric Ciotti, monsieur sécurité à l’UMP, « l’idée, c’est de reprendre le système qui existe dans la gendarmerie depuis 2008. Sa réserve, constituée de volontaires et d’anciens, compte 40 000 hommes ». En réalité, le développement de la réserve vise à compenser la diminution du nombre de postes au sein de la police nationale ; par exemple : le nombre de places au concours pour devenir adjoint de sécurité a diminué, de 1 546 en 2008 à 500 en 2009, et… aucune en 2010. [2]
La Ligue des droits de l’Homme dénonce « l’esprit même de cette réserve ». Comme le déclare Françoise Dumont, vice-présidente de la LDH : « Policier, c’est un métier, cela nécessite une formation, une déontologie. Nous n’avons aucune garantie que ces volontaires y seront formés. » [2]
Le service volontaire citoyen de la police et de la gendarmerie
Expérimenté à compter de juillet 2006, le dispositif du service volontaire citoyen de la police est maintenant généralisé à l’ensemble du territoire national [3].
Il est intéressant de lire la présentation qui est faite par certaines préfectures du dispositif actuellement en place, alors que l’article 37 quater de la LOPPSI 2 prévoit son extension à la gendarmerie nationale.
• Sur le site de la préfecture de l’Eure [4]
Service volontaire citoyen de la police nationale
« La crise urbaine que nous avons traversée à l’automne 2005 a démontré que la violence des rapports sociaux et le mépris trop souvent affiché des règles de vie commune justifiaient un renforcement de l’action préventive. Un bon nombre de citoyens se sont, à cette occasion, déclarés prêts à s’engager pour contribuer à l’amélioration de la sécurité et de la tranquillité publique.
« Face à cette détermination, le ministre de l’Intérieur a désigné dix départements, dont l’Eure, pour expérimenter la démarche du « service volontaire citoyen ». Il ne s’agit pas là d’une nouvelle force de sécurité intérieure aux côtés de la police et de la gendarmerie nationale ou des polices municipales, encore moins d’une milice. Le but du service volontaire citoyen est de regrouper les citoyens qui veulent exprimer leur citoyenneté, s’engager au service de la collectivité et contribuer à la sécurité de notre pays.
« Les missions de ces volontaires ne sont aucunement répressives. Elles sont centrées sur la prévention, la médiation sociale et la sensibilisation au respect de la loi. Ils seront ainsi amenés à mener des opérations de soutien et de renforcement de l’autorité parentale, à participer à l’accueil et au suivi des victimes, ou à mener des opérations de prévention, de médiation et de pédagogie de la loi dans le cadre de structures scolaires, par exemple. Ces missions seront, bien évidement, adaptées en fonction des souhaits et du profil des candidats. »
Juillet 2010
• Le syndicat Unité SGP Police - Force Ouvrière est opposé à la création de milices
Dans un communiqué daté du 27 janvier 2011, intitulé « Des milices à la place des professionnels de la sécurité », le syndicat Unité SGP Police - Force Ouvrière déclare qu’il « réprouve la décision de l’Assemblée Nationale de créer des réservistes armés dans la police nationale. » Il poursuit : « la sécurité de nos concitoyens ne peut être confiées qu’à des hommes formés, aguerris et aptes à répondre à toutes les situations comme le sont les policiers nationaux ».
Le syndicat
- « s’interroge sur cette volonté de créer un semblant de « milices » armées et mal formées plutôt que de maintenir des policiers nationaux.
- « considère, qu’une nouvelle fois, on ne prend pas le problème de la sécurité par le bon bout et que ce sera la sécurité de nos concitoyens et les libertés individuelles qui se verront menacées.
- « réitère son opposition à ce nouveau démantèlement du service public police et à la fermeture des différents services et plus particulièrement de CRS. »
• « On remplace des services publics par des milices », Eva Joly & Sandrine Bélier [5]
Dernière mesure, de loin non exhaustive, l’article 37 quater prône la constitution d’une « réserve civile de la police nationale » et d’un « service volontaire citoyen de la police nationale ». Dans ce cadre, tout citoyen âgé de 17 à 65 ans pourra travailler 45 ou 90 jours par an au service de la police, en étant indemnisé (et exonéré d’impôt sur ces rémunérations également exonérées de charges sociales).
Étrange société que nous prépare cette majorité, où l’on remplace des services publics, des fonctionnaires d’État par des milices. Les forces de l’ordre ont besoin de moyens et d’une formation de qualité pour être au contact des toutes les réalités de notre pays. Au lieu de ça, les partisans de cette loi préparent de nouveaux drames.
• Le 17 janvier 2011
La réserve civile et citoyenne de la ville de Nice
Le 26 juin 2010, Christian Estrosi, maire de Nice avait fait adopter par son conseil municipal une délibération créant « une réserve civile et citoyenne sous l’autorité du Maire pour assister les services en charge de la sécurité civile dans les actions de soutien et d’assistance aux populations, d’appui logistique et de rétablissement des activités, en cas d’évènement grave ». [6]
Notes
[1] Extrait du rapport d’information n° 174 (2010-2011) de Michel Boutant et Joëlle Garriaud-Maylam, fait au nom de la commission des affaires étrangères du Sénat, déposé le 14 décembre 2010 : « Pour une réserve de sécurité nationale. »
[2] « Et Loppsi 2 inventa le policier à la petite semaine », par Guillaume Boulord, Libération, 27 janvier 2011.
[3] Une présentation du service volontaire citoyen sur le site du ministère de l’Intérieur.
[4] Extraits de la page de présentation du Service volontaire citoyen, datée de juillet 2010, sur le site de la préfecture de l’Eure : http://www.eure.pref.gouv.fr/site/L...
[5] Extrait de « La Loppsi 2 n’est pas notre France » : http://www.rue89.com/2011/01/17/la-...
[6] La présentation de la réserve civile et citoyenne de la ville de Nice : http://www.ville-nice.fr/Actualites...
[Source : LDH-Toulon]
• Et sur rue89 :
Polémique Loppsi 2 : policiers réservistes ou « milice armée » ? Par Anthony Cerveaux | Etudiant | 03/02/2011 | 17H46
La formation et les fonctions des futurs volontaires inquiètent le syndicat Unité police, le PS et la Ligue des droits de l’homme.
C’est un article, relégué à la fin de l’interminable catalogue des dispositifs sécuritaires que comporte la Loppsi 2. Son nom : le 37 quater. Son objectif : étendre aux citoyens volontaires la « réserve civile » de la police nationale, créée en 2003 pour les policiers retraités.
Cela signifie que demain votre voisin de palier ou de table – Eric Ciotti, le rapporteur de la loi, entend notamment cibler les étudiants – pourra très bien être un réserviste de la police. Avec la possibilité de dresser des procès-verbaux et de porter une arme…
Seules conditions : avoir 18 ans, un casier judiciaire vierge et la nationalité française. La fonction sera rémunérée.
« Une milice armée »
Cette nouveauté scandalise le syndicat Unité SGP-FO Police, majoritaire chez les forces de l’ordre. Il s’est fendu d’un communiqué très virulent, le 27 janvier, assimilant cette nouvelle réserve à une véritable « milice armée ». Yannick Danio, délégué national du syndicat :
« Cela peut paraître choquant, mais il faut dire les choses. On ne va quand même pas revenir à des heures sombres de notre Histoire. »
Il s’agit de compenser la diminution du nombre de postes au sein de la police nationale et d’avoir « plus d’effectifs mobilisables en temps réel, et plus disponibles », expliquait le député UMP des Alpes-Maritimes le 27 janvier dans Libération. En particulier pour des évènements exceptionnels comme « des grands concerts ou le Tour de France ».
Mais l’article de loi reste très évasif sur les prérogatives de cette police supplétive, chargée d’assurer « des missions de soutien à la demande des fonctionnaires sous l’autorité desquels ils sont placés ou des missions de spécialistes correspondant à leur qualification professionnelle ».
Encore plus inquiétant, un amendement déposé par le sénateur UMP Jean-Patrick Courtois, rapporteur de la loi au Sénat, leur permet également d’effectuer des missions de « police judiciaire ».
Formation sur le tas et dérapages
En pratique donc, à l’exclusion des missions de maintien et de rétablissement de l’ordre public, ces policiers de seconde zone pourraient assurer à peu près toutes les fonctions de police.
Avec quelle formation ? C’est là que les choses se compliquent : « On ignore totalement en quoi consiste la formation de ces volontaires », gronde Yannick Danio.
« Qui va les encadrer, les briefer, les former ? Là se pose un vrai problème », reconnaît aujourd’hui Delphine Batho, députée PS membre de la Commission mixte paritaire, après avoir soutenu le principe lors de la première lecture.
La formation sur le tas « pourrait conduire à un certain nombre de dérapages, des réactions émotionnelles ou autres, imprévus parce que les réservistes n’y seraient pas préparés », redoute Dominique Noguères, vice-présidente de la Ligue pour les droits de l’homme (LDH).
« Renforcer le lien avec la population »
Lors des discussions à l’Assemblée nationale, Brice Hortefeux, instigateur de cette mesure, justifiait :
« Nous avons l’intention de développer ce dispositif car il donne entière satisfaction à la police nationale comme aux citoyens. »
Dans son rapport sur le projet de loi, présenté le 27 janvier à l’Assemblée, Eric Ciotti ajoutait :
« Ouverte à un public de volontaires et utilisée pour des missions plus étendues, la réserve civile permettrait de renforcer le lien entre la police nationale et la population. […]

Le potentiel de réservistes volontaires dont pourrait bénéficier la police nationale est d’autant plus élevé qu’il touchera les populations urbaines et étudiantes. »
Eric Ciotti propose une sécurité qui se rapproche des gens, en renouant avec la société civile. Un argument fustigé par Yannick Danio :
« Au contraire, l’État se désengage de sa mission de service public. Près de 2 000 emplois [1 925 exactement, ndlr] vont être supprimés dans la police en 2011, dans le cadre de la loi de finance votée à l’automne. »
« Que fait la gauche ? Que fait le PS ? »
Sollicitée par Rue89, Delphine Batho exprime désormais la crainte de voir ce texte dévoyé :
« C’est forcé que dans le contexte dans lequel on est aujourd’hui, la réserve civile soit un palliatif à la diminution des effectifs. »
Devant le peu de réactions que suscite ce transfert de compétences spécialisées de la police vers le privé, inédit en France, Yannick Danio s’affole :
« Les parlementaires ne se rendent pas compte de l’importance d’une telle mesure. Il y a dans le milieu politique une vraie méconnaissance sur les questions de sécurité ».
Sur ce coup-là, une fois n’est pas coutume, il est rejoint par Dominique Noguères de la LDH :
« C’est absolument extraordinaire : on est dans une fuite en avant sécuritaire, avec une mesure populiste et une partie de la gauche, notamment au Parti socialiste, ne réagit pas. Je pense qu’ils ne mesurent pas les conséquences. Il faut vraiment qu’ils retrouvent leurs valeurs et leur réflexion. »
Jean-Jacques Urvoas, chargé des questions de sécurité au PS, admet que les différentes évolutions du texte lors des allers-retours de l’Assemblée au Sénat ont rendu le PS beaucoup plus réticent :
« On est en train de parler d’un texte qui n’est plus du tout ce qu’on avait discuté au départ. Si les réservistes peuvent dresser des PV, être armés, là on n’est plus du tout d’accord. »
La dernière lecture du texte aura lieu mardi 8 février à l’Assemblée nationale. Le Parti socialiste envisage ensuite de saisir le Conseil constitutionnel pour l’ensemble de la Loppsi 2.
[Source : rue89]
Et Loppsi 2 inventa le policier à la petite semaine
Société 27/01/2011 à 00h00
Enquête
Examinée hier en commission paritaire, la loi prévoit la création d’un statut de réservistes volontaires, formés sur le tas et qui pourront être armés ou dresser des PV…
Par GUILLAUME BOULORD
Votre voisin, votre mère, votre fils : demain, tous flics ? Pas exactement. Mais ils pourraient devenir réservistes de la police nationale. Un contrat, 90 jours par an au maximum, un petit boulot, pour compléter les effectifs de la police nationale là où elle serait « déficitaire ». Avec trois conditions : avoir plus de 18 ans, un casier vierge, et la nationalité française.
En 2003, la Loppsi - la loi d’orientation pour la performance de la sécurité intérieure - créait une réserve civile pour la police nationale. Des policiers retraités de moins de 65 ans assurent toutes sortes de missions, des événements sportifs aux élections, en passant par la révolte des banlieues en 2005. Sept ans plus tard, rebelote : une deuxième Loppsi est en discussion, qui passait en commission paritaire hier au Parlement. Parmi ses articles, le « 37 quater » prévoit d’étendre cette réserve aux citoyens volontaires.
L’UMP justifie cette mesure par le peu de candidats dans les rangs des retraités de la police : 5 164 en 2009. Pour le député Eric Ciotti, le monsieur sécurité du parti, « l’objectif, c’est plus d’effectifs mobilisables en temps réel, et plus disponibles. L’idée, c’est de reprendre le système qui existe dans la gendarmerie depuis 2008. Sa réserve, constituée de volontaires et d’anciens, compte 40 000 hommes ». Plusieurs dizaines de milliers de réservistes, pour « de grands concerts, ou le Tour de France », explique Ciotti. Elargie, la réserve vise à compenser la diminution du nombre de postes au sein de la police nationale. En cause, la réforme générale des politiques publiques, et le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux.
Pour Jean-Jacques Urvoas, chargé des questions de sécurité au PS, « l’idée n’est pas choquante si le dispositif vient appuyer les policiers. Mais j’entends l’inquiétude des policiers, qui craignent que cette réserve se substitue à de vrais postes ». Exemple : le nombre de places au concours pour devenir adjoint de sécurité a diminué, de 1 546 en 2008 à 500 en 2009, et… aucune en 2010. Quant à Françoise Dumont, vice-présidente de la Ligue des droits de l’homme, elle dénonce « l’esprit même de cette réserve » :« Policier, c’est un métier, cela nécessite une formation, une déontologie. Nous n’avons aucune garantie que ces volontaires y seront formés. » Dans les faits, ces réservistes devraient être formés à la manière des pompiers, sur le tas.
Les étudiants sont les premiers visés, « pour qu’ils comprennent mieux ce qu’est la police », explique Ciotti. La réserve civile comme job d’été, mais aussi comme porte d’entrée dans la police nationale. « L’idée, c’est que le citoyen doit être associé à tout, explique Maxime Cessieux, membre du Syndicat des avocats de France (SAF). Mais, il n’est pas formé à tout. Les députés donnent l’exemple du Tour de France : il s’agit clairement de faire du supplétif. »
Le 37 quater permet aussi d’effectuer des missions de police judiciaire, y compris d’établir des procès-verbaux. « Le PS est fermement opposé à cette idée, rappelle Urvoas, parce qu’il s’agit d’une compétence spécialisée de la police. » Mieux, ces réservistes pourront porter des armes. Ciotti justifie : « C’est déjà le cas des policiers de la réserve. Mais, cela se fera dans le cadre d’une habilitation et d’une formation. Des certificats correspondants seront nécessaires, comme pour la police municipale. » Des garanties insuffisantes, selon Me Alain Mikowski, du Conseil national des barreaux : « Un policier formé a déjà du mal à s’en servir. Il tire déjà peu de cartouches par an [trente cartouches, trois fois par an dans la plupart des cas, ndlr]. Ce n’est pas parce que l’on va leur apprendre à tirer qu’ils sauront s’en servir. » Pour le syndicat policier Snop, « ce n’est pas tant la formation qui dérange, mais l’usage exceptionnel qui doit être fait de ces armes ». Les militants anti-Loppsi 2 craignent, eux, que cette réserve civile se transforme en « milice »citoyenne.
Interviewé par Resgend, l’association des réservistes de la gendarmerie, le général Jean Danède, délégué aux réserves de la gendarmerie nationale, l’assure : « La réserve générale devient largement indispensable, surtout en ces périodes troublées. »
Jouer au Bobby, un hobby anglais
Chez les Anglo-Saxons, la notion de « citoyen-policier » est solidement ancrée.
Par GUILLAUME BOULORD
Et si le citoyen était le maître d’œuvre de la sécurité ? L’idée du gouvernement d’ouvrir les commissariats aux volontaires s’inspire du système anglo-saxon. Les Britanniques ont fait des Bobbies un symbole. Pourtant, le célèbre policier londonien n’a été créé qu’en 1829 par celui qui lui a donné son nom, Sir Robert (Bobby) Peel, alors Premier ministre du royaume. De fait, l’Angleterre s’est dotée très tard d’une police professionnelle distincte du citoyen lambda. Plus que le mythe du policier courtois, c’est en effet le citoyen comme acteur de la sécurité publique qui est ancré dans la tradition anglaise. Sur le plan législatif, le Citizen’s Arrest, la possibilité pour tout un chacun d’arrêter un criminel, remonte au Moyen Age. Les shérifs encourageaient même à appréhender les hors-la-loi.
Ce rôle du citoyen, le gouvernement conservateur de David Cameron a décidé de le renforcer. La raison est la même qu’en France : une réduction drastique du nombre de policiers, 6 000 postes en moins chaque année jusqu’en 2014. En contrepartie, des forces de police privées se créent, et gagnent du terrain. Au départ, de simples compagnies qui, pour 2 à 4 livres par semaine (2,30 à 4,60 euros), surveillent les demeures. Des gardiens désormais « accrédités », qui peuvent exiger d’un individu de ne pas avoir un comportement « antisocial » : dans la rue, ils confisquent la bouteille d’alcool tenue à la main ou le paquet de cigarettes, pour les plus jeunes.
Les Américains se sont aussi inspirés de ce modèle britannique. Depuis plus de vingt ans, les « citoyens en patrouille », des volontaires, se font les yeux et les oreilles de leurs communautés. Formés par les polices locales, ils communiquent directement avec elles par radio ou par téléphone depuis leur voiture. Mais ces volontaires ne sont pas autorisés à porter des armes. L’association nationale de ces citoyens en patrouille revendique 75 000 membres à travers les 50 États du pays. Avec un argument : les volontaires, en effectuent un travail de prévention, permettent aux policiers de se consacrer à leur mission première.
Mais dans ce modèle anglo-saxon, le citoyen est aussi celui qui doit déceler la part de voyou qui peut se cacher dans chaque flic. Là encore, il s’agit d’un principe anglais médiéval : l’accountability. Littéralement, le fait pour les services publics de rendre des comptes, police comprise. Ce concept est très présent au Royaume-Uni comme outre-Atlantique. Né dans les années 90 à Cincinati et Los Angeles, le cop watching est un mouvement visant à empêcher les bavures. Avec pour slogan : « Surveiller ceux qui nous répriment. »
Dans le reste de l’Europe, le mouvement connaît ses prémices, à l’instar des « brigades de voisinage d’observation des droits de l’homme » à Madrid. Ces « brigades » se présentent comme une réponse collective à la multiplication des violences policières, et plus concrètement à l’augmentation de la répression des sans-papiers. L’idée est simple : sans violence, muni d’un appareil photo ou d’une caméra, le citoyen observe, capte les faits et gestes des policiers. De telles initiatives ne renforcent pas le lien entre la police et les individus, mais elles permettent de faire entendre la voix des citoyens.
[Source : Libé]