LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.


C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.



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dimanche 11 décembre 2011

LA DETTE COMME "MOTEUR" DE L'HISTOIRE


un distributeur de billets 

de l’empire romain


L’esclavage de la dette - Comment elle a détruit Rome et comment elle nous détruira si nous la laissons faire (CounterPunch)

Michael HUDSON


 
Le livre V de La Politique d’Aristote décrit l’éternel cycle des oligarchies qui se transforment en aristocraties héréditaires —pour finalement être renversées par des tyrans ou se déchirer entre elles quand certaines familles décident de "mettre la multitude dans leur camp" et de réinstaurer la démocratie dont émerge à nouveau une oligarchie, suivie d’une aristocratie et ainsi de suite tout au long de l’histoire.
La dette a été la force motrice de ces évolutions —seules les stratégies changent. La dette clive la richesse en créant une classe de créanciers dont le pouvoir oligarchique est renversé par de nouveaux leaders ("tyrans" dans le vocabulaire d’Aristote) qui obtiennent le soutien populaire en supprimant la dette et en redistribuant les biens ou en gardant les profits que génèrent ces biens pour l’état.
Depuis la Renaissance, cependant, les banques se sont mises à soutenir les démocraties. Non pas par souci de liberté ou d’égalité mais bien plutôt pour sécuriser leurs prêts. Comme l’a expliqué James Stuart en 1767, les emprunts royaux restaient des affaires privées plutôt que des dettes publiques. Pour qu’une dette souveraine devienne la responsabilité d’une pays tout entier, il fallait que des représentants élus puissent faire passer des augmentations d’impôts pour payer les intérêts.
En accordant aux contribuables une voix au gouvernement, les démocraties anglaises et hollandaise ont donné aux créanciers de bien meilleures garanties de remboursement que les rois et les princes dont les dettes s’éteignaient avec eux. Mais à cause des récentes protestations contre la dette, de l’Islande à la Grèce en passant par l’Espagne, les créanciers retirent leur adhésion aux démocraties. Ils exigent l’austérité fiscale et même la privatisation des biens publics.
La finance internationale est devenue le fer de lance d’un nouveau type de guerre. Son objectif est le même que la conquête militaire d’autrefois : s’approprier la terre et les ressources minières, ainsi que les infrastructures communales et les revenus de l’extraction. En réponse les démocraties exigent des référendums pour choisir de payer ou non les créanciers en vendant le domaine public et en augmentant les impôts, ce qui engendrera du chômage, des baisses de salaire et une récession économique. L’alternative étant de réduire le montant de la dette ou même de l’annuler et de remettre en place des règles pour contrôler le secteur financier.


Des dirigeants du Proche Orient ont effacé leurs ardoises pour maintenir l’équilibre économique

Faire payer un intérêt sur l’argent ou les marchandises livrées en avance de règlement n’avait pas pour but au départ de cliver l’économie. Lorsqu’il a été institué pour la première fois au troisième millénaire avant JC par un accord contractuel entre les temples et les palais sumériens et les marchands et les entrepreneurs qui travaillaient dans la bureaucratie royale, l’intérêt était de 20% (le capital doublait en 5 ans) et représentait une honnête part des profits générés par le commerce de longue distance ou la location de terre ou d’autres biens publics comme des usines, des navires et des maisons à boire.
Quand la pratique a été privatisée au profit des collecteurs royaux de redevances et de loyers, "la royauté divine" protégeait les créditeurs agricoles. Les lois de Hammourabi (vers 1750 avant JC) ont décrété la suppression de leurs dettes en cas d’inondation ou de tornade. Tous les dirigeants de la dynastie babylonienne, en montant sur le trône, annulaient les dettes des paysans afin de leur permettre de repartir à zéro. Le travail gratuit des débiteurs, les hypothèques sur la terre ou la récolte et autres obligations étaient annulés pour "réinstaurer l’ordre" dans une situation idéale d’équilibre "originel". Cette coutume s’est poursuivie avec l’année du Jubilée de la Loi de Moïse comme elle est décrite dans le Lévitique 25.
La logique était claire. Les sociétés anciennes avaient besoin de lever des armées pour défendre leur terre et pour cela il leur fallait libérer les citoyens de l’esclavage. Les lois de Hammourabi empêchaient les conducteurs de chars et autres combattants d’être réduits en esclavage à cause de leur dette et empêchaient les créanciers de prendre les récoltes des tenanciers des terres royales, publiques et communales qui étaient redevables au roi de service sur ses terres et dans son armée.
En Egypte, le pharaon Bakenranef (vers 720-715 avant JC, “Bocchoris” en Grec) a proclamé une amnistie de la dette et aboli l’esclavage des endettés devant la menace d’une invasion militaire de l’Ethiopie. Selon Diodore de Sicile, (I, 79, écrit en 40-30 avant JC), il a établi que si un débiteur contestait sa dette, la dette était annulée si le créancier ne pouvait présenter un contrat écrit. (Il semble que les créanciers aient toujours eu tendance à exagérer le montant des dettes). Le pharaon pensait que "les corps des citoyens devaient appartenir à l’état afin que l’état puisse bénéficier des services que les citoyens lui devaient en temps de paix comme en temps de guerre. Car il se disait qu’il serait absurde qu’un soldat... soit mis en prison par son créancier pour ne pas avoir remboursé un prêt et que l’avidité de personnes privées mette ainsi en danger la sécurité de tous."
Le fait que les principaux créanciers du Proche Orient étaient les rois, les temples et leurs collecteurs facilitait l’annulation des dettes. Il est toujours plus facile d’annuler les dettes qu’on vous doit à vous. Même les empereurs romains ont brûlé des livres d’arriérés d’impôts pour empêcher une crise. Mais il est devenu beaucoup plus difficile d’annuler des dettes dues à des créanciers privés quand la pratique de l’intérêt s’est répandue à l’ouest vers les royaumes de la Méditerranée à partir de 750 avant JC environ. Au lieu de permettre aux familles d’équilibrer les recettes et les dépenses, la dette est devenue le principal facteur des expropriations et du clivage des sociétés en deux camps : l’oligarchie créditrice et les clients endettés. En Judée, le prophète Isaïe (5:8-9) condamne les créanciers qui saisissent les bien hypothéqués et "ajoutent maisons aux maisons et champs au champs au point qu’il ne reste plus d’espace libre et qu’ils se retrouve les seuls habitants du pays".
Le pouvoir des créanciers et la croissance stable n’ont jamais fait bon ménage. La plupart des dettes personnelles de la période classique étaient constituées de petites sommes d’argent prêtées à des individus au seuil de la pauvreté qui avaient du mal à joindre les deux bouts. La saisie de leur terre et de leurs biens —et de leur liberté personnelle— enchaînaient irréversiblement les débiteurs. Au 7ième siècle avant JC, des "tyrans" (leaders populaires) se sont levés pour renverser les aristocraties de Corinthe et d’autres riches cités grecques en obtenant le soutien populaire par l’annulation des dettes. D’une manière moins autoritaire, Solon, a fondé la démocratie athénienne en 594 avant JC en interdisant l’esclavage de la dette.
Mais les oligarchies se sont reformées et ont appelé Rome à la rescousse quand les rois de Sparte, Agis, Cléomène et leur successeur Nabis ont voulu effacer les dettes à la fin du 3ième siècle avant JC. Ils ont été assassinés et leurs supporters chassés. Depuis l’antiquité, ça a été une constante politique de l’histoire que les créanciers s’opposent à la fois à la démocratie populaire et au pouvoir royal qui pouvaient tous les deux empêcher la conquête de la société par la finance —une conquête qui a pour objectif de transformer en dette productrice d’intérêts autant de pans de l’économie qu’il est possible.
Quand les frères Gracchus et leurs adeptes ont essayé de réformer les lois sur le crédit en 133 avant JC, la classe sénatoriale dominante a réagi avec violence et les a fait assassiner, inaugurant de la sorte un siècle de guerre sociale qui s’est terminée avec le sacre de l’empereur Auguste en 29 avant JC.


L’oligarchie créancière romaine gagne la Guerre Sociétale, réduit la population en esclavage et c’est le début des années noires

Les choses étaient plus sanglantes à l’étranger. Aristote n’a pas mentionné la construction d’une empire dans son schéma politique, mais la conquête étrangère a toujours été un instrument capital dans la création de dettes et les guerres ont été la cause principale des dettes publiques des temps modernes. Rome a été le plus intraitable créancier de l’Antiquité ; ses collecteurs rançonnaient l’Asie Mineure, sa province la plus prospère. Le droit n’existait plus quand les "chevaliers" qui levaient le tribut arrivaient. Mithridate de Ponts a mené trois révoltes populaires et les populations d’Ephèse et d’autres cités se sont soulevées et ont tué 80 000 Romains en 88 avant JC selon les estimations. L’armée romaine a riposté et Sulla a imposé un tribut de guerre de 20 000 talents en 84 avant JC. En 70 avant JC les amendes pour les intérêts en retard avaient multiplié la somme par six.
Tite Live, Plutarque et Diodore, entre autres historiens célèbres de Rome, ont rejeté la responsabilité de la chute de la République sur l’intransigeance des créanciers qui a provoqué une guerre sociétale de 100 ans (133 à 29 avant JC) marquée par les meurtres politiques. Des leaders populaires ont essayé d’obtenir le soutien populaire en demandant l’annulation de la dette (la conspiration de Catilina en 63-62 avant JC). Ils ont été assassinés. Au 2ième siècle après JC, environ un quart de la population était réduite en esclavage. Au 5ième siècle, l’économie de Rome s’est effondrée car il ne lui restait plus un sou. Pour survivre les gens retournèrent dans les campagnes.

jeudi 13 octobre 2011

Les 99%

Puissance des symboles, on ne compte plus les ralliements au mouvement des anti-Wall Street occupant la place du parc Zuccotti à New York, qui disent d’eux-mêmes être les 99 %, par opposition au 1 % des Américains qui accaparent la richesse.
Cela a commencé par George Soros, qui a déclaré avoir de la « sympathie pour leurs opinions ». John Larson, président du groupe démocrate à la Chambre des représentants a tenu ensuite à les saluer, tandis que la représentante démocrate de New York, Louise Slaughter, s’est dite « fière » de les voir se dresser « contre la cupidité rampante des entreprises ».
Ben Bernanke, le président de la Fed et Tim Geithner, le secrétaire d’État au Trésor, ont enchaîné. « Ils reprochent non sans raison au secteur financier de nous avoir menés à la pagaille dans laquelle nous nous trouvons et sont mécontents de la réponse », a déclaré le premier, tandis que le second expliquait plus sobrement que « les banques accusent les réformes et le gouvernement de tout, y compris de nombreux problèmes dans lesquels elles portent une responsabilité centrale, et la plupart des gens sont très agacés et très en colère à cause de ce qu’ils voient, et ils veulent que les choses changent ».
Barack Obama, tout en défendant sa politique vis-à-vis des institutions financières, en venait à déclarer qu’il avait vu les manifestations à la télévision, et pensait « qu’elles expriment le mécontentement que ressentent les Américains ». Un tournant a depuis été pris par Vikram Pandit, directeur général de Citigroup, qui a tenu à préciser depuis sa salle de conférence : « je serais heureux de leur parler à tout moment ».
Ce vaste mouvement de solidarité a dépassé les frontières. Georges Papandréou, premier ministre grec, a tenu a préciser en plein conseil des ministres : « nous luttons pour changer le système économique mondial, comme beaucoup de citoyens anti-Wall Street, qui protestent à juste titre contre les inégalités et les injustices du système », tout en expliquant qu’il fallait les distinguer des manifestants d’Athènes.
À Kermanshah, à l’Ouest de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei a prédit que « un jour, ce mouvement jettera à terre le système capitaliste occidental, qui est dans une impasse totale ». Enfin, une manifestation spontanée de plusieurs centaines de Chinois était signalée à Zhengzhou, la capitale de la province du Henan, sur le thème « je soutiens vigoureusement la grande révolution du peuple américain contre Wall Street », selon des photographies largement reproduites dans la presse d’État et montrant une banderole tendue devant le Palais de la Culture des Travailleurs.
Les républicains américains n’ont pas été en reste, sur un autre registre. Eric Cantor, numéro deux de leur groupe à la Chambre des représentants, a déclaré : « je suis de plus en plus inquiet du nombre de voyous qui occupent Wall Street et les autres villes à travers le pays », tandis que Herman Cain, l’un des candidats aux primaires américaines, a apostrophé les manifestants (dans les colonnes du Wall Street Journal, et non dans la rue) : « Cessez d’accuser Wall Street ou les grosses banques, si vous n’avez pas de travail et que vous n’êtes pas riche, c’est de votre faute ! ».
À titre anecdotique, les indignés new yorkais ont par ailleurs reçu le soutien de nombreux syndicats des employés des secteurs publics, des commerçants, des enseignants et des transports, qui regroupent des dizaines de milliers de travailleurs. À Washington, Boston, Seattle et Los Angeles, ils ont fait des émules, ainsi que dans une trentaine de villes des États-Unis.

mercredi 28 septembre 2011

LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY




On nous dit que c’est un outsider, qui ne représente rien ni personne. Mais justement, seul un outsider pouvait dire cela, et pas un employé de banque qui serait viré dans la minute. 

On nous dit que c’est un sociopathe ou un psychopathe, selon l’école psychiatrique dont on revendique l’autorité, mais cela ne résout pas la question. Est-ce que l’on n’a pas déjà montré sur ce blog et depuis longtemps que tous les traders sont des sociopathes qui font précisément ce qu’il prétend faire ? C’est de cela dont ils doivent se défendre en général, et pas à propos de ce particulier là. 

Peu importe qui il est, ce qui importe c’est ce qu’il dit, et comment c’est pris. Ce qui nous intéresse, ce sont les effets de vérité créés par des discours, même faux. Par exemple, de par les réactions qu’ils suscitent : 

Incrédulité : de ceux qui croyaient encore que les marchés étaient socialement utiles. 

Disqualification : par ceux qui ont des raisons de faire croire que les marchés sont socialement utiles. 

Confirmation : pour ceux qui ont cessé de croire ou n’ont jamais cru que les marchés étaient socialement utiles. 

Braves spéculateurs pères de famille, Mr Alessio Rastani vous tend le miroir de Dorian Gray. Non pas que vous vous y soyez vus éternellement jeunes et avenants mais tout de même bien justifiés de penser à vos vieux jours et « à l’avenir de vos enfants ». Il vous montre ce que c’est que quelqu’un qui prend réellement au sérieux le fait de croire que le monde sera le même après la fin du monde, qu’il y a une crise, dont on peut profiter, et même le plus grand nombre, mais que ce ne sera pas vraiment une crise puisque tout sera encore comme avant. C’est complètement absurde en plus d’être moralement ignoble. 

Mr Alessio Rastani, qu’il soit un personnage réel ou fictif, vous parle d’un monde où cela n’a pas de sens d’avoir des enfants. Mais ce n’est pas pour cela que vous lâcherez votre cassette, n’est-ce pas ? C’est une partie de votre âme, de vous-même, c’est là que vous avez mis toutes vos angoisses et tous vos espoirs. Précipiter la déroute tout en se berçant de l’illusion que c’est la meilleure chose à faire tout autant que l’on n’y est pour rien puisque l’imagination humaine est décidément sans limite. 

Il reste la réaction normale de milliers de gens normaux, qui pensent que l’activité de tous les petits Alessio Rastani est socialement néfaste, et comme telle doit être interdite, maintenant. Des milliers de gens normaux qui ont pour ambition normale de mener une vie juste et décente, pour lesquelles l’accumulation infinie ou pas de richesse est un comportement indécent, anormal et dangereux. Ces milliers de gens dont on nous a prétendu qu’ils n’existaient pas. Ceux qui vont faire le monde de demain, forcément, puisque les autres sont en train de s’auto-détruire. 

Braves petits spéculateurs bons pères de familles, accrocs à l’or ou à la pierre, il est encore temps de ne pas finir en Alessio Rastani de médiocre envergure. On vous a menti et on vous a trompé. Vous pouvez encore parler à votre voisin afin de construire un monde commun. 

Il n’y a pas si longtemps la figure du trader était encore le modèle de réussite proposé à l’admiration des foules rêveuses. Il est en passe de devenir la figure la plus haïe et la plus méprisée du monde moderne. 

C’est cela qui est significatif, et ce n’est pas un bon signe pour le capitalisme, s’il en fallait d’autres pour prouver son agonie…

lundi 26 septembre 2011

DE L'EFFONDREMENT, SUITE (DRAC)

[Voici le texte écrit de la conférence prononcée par Michel Drac sur Teamspeak le 18 septembre 2011. Le texte oral peut différer légèrement, pour des raisons de forme.]


Un rapide tour d’horizon, pour ouvrir le débat. Aucune technique financière : nous allons résumer la situation sans entrer dans les détails. On pourra le faire dans les questions, si vous le souhaitez.
La crise actuelle n’est pas une simple crise d’ajustement. Ce n’est pas une crise comme celle de la fin des années 50, comme celle des années 70, comme celle de 1993. Selon les points de vue, on peut la regarder comme un effondrement civilisationnel, un coup d’Etat ou une crise du sens.
Effondrement civilisationnel, j’ai presque envie de dire religieux, parce que ce qui implose, c’est une religion, une religion qui servait de soubassement à une civilisation : la religion du Progrès. Cette religion annonçait que l’humanité fabriquerait elle-même le Millenium, le millénaire d’or, par la technoscience et le développement quantitatif indéfini.
Coup d’Etat, parce que les « élites » de cette civilisation défunte vont tenter de sauver leur rêve, jadis fait pour toute l’humanité, en le restreignant en gros à elles seules, et, disons, à une minorité qui leur sera associée – ceux qu’un Jacques Attali appelle les hypernomades.
Crise du sens, enfin, si l’on remonte aux interprétations les plus hautes, parce que derrière la religion du Progrès, ce qu’il y avait, c’était une certaine façon de concevoir l’élaboration du sens dans le cerveau global des grands systèmes fédérateurs – une élaboration du sens par la quantité.

dimanche 10 juillet 2011

« Europa puede salvar a Grecia y quizá a Portugal, pero no a España »


-Desde hace unos meses, pero esta semana en particular, las agencias de calificación fueron acusadas de practicar un total y absoluto abuso de poder. ¿Es verdad que el mundo está en manos de las agencias de calificación, sobre todo de las tres más poderosas, Moody’s, Standard & Poor’s y Fitch?
-Las agencias calificadoras fueron creadas en Estados Unidos para ofrecer un servicio preciso al público. El objetivo era hacer una distinción entre las inversiones especulativas -cuyo rendimiento no está asegurado- y aquellas colocaciones consideradas como absolutamente seguras. Se trataba de que las empresas que tienen una responsabilidad frente al público -como las compañías de seguros o los fondos de pensión- solo invirtieran el dinero en sitios que ofrecen seguridad casi absoluta. Y eso se consiguió a través de un sistema que califica la seguridad que presenta cada empresa o Estado para una inversión. Pero en el caso de Estados Unidos, se permitió que fueran sociedades privadas las que prodigaran ese servicio. En otros países, como en Europa, tratándose casi de un servicio público, sería el Estado quien desempeñaría esa tarea.
-El principio fue loable. ¿Cuándo y por qué derrapó?
-Pronto aparecieron efectos perversos. La competencia entre esas agencias, por ejemplo, consiguió que terminaran haciendo cálculos de fiabilidad en casos que las superaban, simplemente porque partían del principio de que si una de ellas no brindaba ese servicio, la competencia lo haría. Pero lo grave de todo esto estuvo en la base: que se permitiera dar un servicio público a empresas privadas, cuyos únicos objetivos son la rentabilidad.

mercredi 25 mai 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE (sentiment)

L'obscur désir de dictature des classes moyennes qui se sentent en danger – désir exaucé dans l'histoire – permet aux oligarchies de renforcer la répression, et la capacité puritaine à nier la réalité est typique d'une sous - idéologie et d'une psychologie bien adaptées au Spectacle, et bien adapté à se la jouer plus proche des intérêts de l'oligarchie que des pauvres, ces salauds sans mœurs. Pourtant la haine puritaine pourrait déborder l'oligarchie actuelle .

jeudi 19 mai 2011

Règlement de comptes à OK Corral

Le patron du FMI, Strauss-Khan, pris au piège
Mike WHITNEY
Strauss-Khan a été piégé, c'est à dire qu'au lieu d'étouffer l'affaire comme d'habitude cette fois-ci elle est montée en épingle, et certainement pré-fabriqué pour que le porc tombe, la situation inclinée de sorte qu'il se vautre dans les travers de sa facilité.
Sa condition sociale ordonne et légitime son action mais sa morale bourgeoise nie la réalité de sa volonté de puissance, vanité qui vit de l'avilissement d'autrui. Les porcs, on le sait, pour ces gens-là, "LES GENS BIENS", ce sont les pauvres, les gueux, la lie de la société, affreux, sales et méchants, incapables de résister à leurs pulsions, et pour ainsi dire forcément coupables.
Mais revenons à nos cochons. Le piège c’est probablement le fait de la coalition des banquiers occidentaux, ces autres porcs du parti intérieur comme dirait ORWELL ou du centre du pouvoir réel pour parler à la manière de DEDEFENSA. Strauss-Khan s’était récemment écarté de la « ligne du parti » et était en train de modifier le cours du FMI. Sa conversion était défendue par l’économiste progressiste Joseph Stiglitz dans un article récent intitulé « Le changement du FMI ».

Voici un extrait :« Le fait remarquable lors de la réunion annuelle de printemps du FMI a été l’effort souligné du Fonds de se démarquer de ses anciens principes sur le contrôle des capitaux et la flexibilité du marché du travail. Il semble qu’un nouvel FMI ait progressivement émergé, en douceur, sous la direction de Dominique Strauss-Khan.

vendredi 1 avril 2011

Le syndrome du larbin (2): maladie démocratique

Chronique de Flore VASSEUR sur France Culture du 29 mars 2011

Il existe enfin une explication à l’abrutissement des foules, l’atonie des classes dites supérieures face à la montée des injustices, le vote UMP en 2007 et la généralisation d‘un égoïsme social qui sert d’engrais au Front National. Il s’agit d’un mal qui torpillerait jusqu’à sa mort peut être la profession de journaliste. Cette maladie du siècle c’est le syndrome du … larbin.
Le larbin souffre d’un comportement pathologique qui lui fait prendre systématiquement la défense des classes les plus favorisées au détriment de celle dont il est issu. Le larbin n’a pas de conscience politique. Il agit dans le sens de ceux qui l’exploitent pour s’attirer leur bienveillance.
C’est sur Youtube que j’ai trouvé cette explication fracassante, sous forme de clip hilarant au message pourtant terrible : « après des siècles d’esclavagisme et de féodalité, la transmission génétique aurait permis la formation d’une souche vivace de larbins domestiques au profit d’une nouvelle espèce de primate : l’homo larbinus. Le trouble se développe dès l’enfance mais le processus s’aggrave à l’âge adulte lorsque le sujet prend conscience de la médiocrité de sa condition. Le larbin développe des stratégies inconscientes visant à instaurer un équilibre cognitif pour justifier l’acceptation de sa subordination. » Et j’ajoute : pour sublimer sa désillusion. « Le larbin s’identifie à ses maitres en s’imaginant appartenir au corps social qui l’exploite. Et du coup, il finit par en défendre mordicus les intérêts ».
Le larbin a un vague sentiment d’injustice … mais pour les autres. Eduqué, intégré socialement, il est persuadé d’être du bon coté de la barrière. Il encaisse à merveille les mesures d’austérité ou de restriction des libertés. Le larbin est pour le bouclier fiscal même si cela ne le concerne pas. Il est pour les cameras de surveillance même si elles ne le protègent de rien. Ruse de l’histoire : il est rassuré d’appartenir à une classe à laquelle … il n’appartient pas. D’après les pères du syndrome du larbin - que je cite à nouveau - 20% des français seraient ainsi convaincus de faire partie des 1% les plus riches. L’élection d’un Président au service des ploutocrates révèlerait un seuil de contamination critique.
C’est probablement ce syndrome qui explique que les soi-disants « grands médias » n’aient pas ou alors très mal parlé de tous les mouvements populaires occidentaux de ces dernières semaines. Certes l’actualité était riche mais tout de même… Prenons pour exemple, le dernier en date : la manifestation « march for the alternative » à Londres samedi dernier, contre la politique d’austérité de Cameron.
Il y avait des médecins, des étudiants, des retraités, beaucoup d’enfants, bref 399 800 personnes manifestant pacifiquement leur refus grosso modo de payer pour une crise qu’ils n’avaient pas créée. Il y avait des cotillons, des déguisements, des pièces de théâtre improvisées, des lectures décalées, bref un carnaval d’actions de désobéissance civique mené par le collectif UK uncut. Mais BBC, Skynews et du coup tous les autres, n’ont montré que les images des quelques excités (200 grand maximum) qui ont saccagé des banques et autres enseignes expertes en évasion fiscale. Piccadilly en état de siège, vitrines cassées, affrontement avec des policiers … L’aspiration légitime des Uncuts à ne plus être pris précisément pour des larbins a été torpillé en 2 minutes chrono à l’artillerie lourde. A Paris, les Uncuts français n’ont même pas eu le temps de croiser une caméra. La police les aurait arrêté avant qu’ils n’aient pu déployer une banderole.
Moralité numéro un : soyons réalistes : on est toujours le larbin de quelqu’un. En privilégiant ces images ou en se taisant, les journalistes servent la soupe à un pouvoir qui, avec ses politiques d’austérité, sert lui même la soupe aux marchés financiers.
Moralité numéro 2 : le syndrome du larbin est un problème de santé publique dont la résolution devrait être une cause nationale chez les larbins dans mon genre : le larbinus journalisticus.


Voir :

vendredi 21 janvier 2011

S'agiter c'est pas bien élevé

SOURCE : marianne2.fr
A peine quarante huit heures après sa constitution, la nouvelle équipe gouvernementale en place à Tunis devra, en plus des difficultés au quotidien de la population, faire face à la défiance des marchés. Et plus précisément des agences de notation. Après avoir jeté de l’huile sur le feu de la crise irlandaise et grecque, leurs torches se tournent désormais vers la Tunisie.

Si Fitch et Standard & Poors ont d'ores et déjà placé la note de la dette souveraine de la Tunisie sous «surveillance négative», Moody's n’a pas hésité mercredi 19 janvier à la dégrader de « Baa2 à Baa3 ». L’agence justifie sa décision par «l'instabilité du pays, due au récent changement inattendu du régime, résultant d'une crise politique qui a débuté par des émeutes sociales» ainsi que «Les importantes incertitudes économiques et politiques (qui mettent) en danger la stabilité du pays».

Pour comprendre le fonctionnement de ces agences, Marianne a demandé à un économiste qui avait jusqu’il n’y a pas longtemps en charge la notation de la Tunisie au sein de l’une de ces agences. Sous couvert d’anonymat, il nous décrypte son travail et critique sévèrement la vitesse et la précipitation de la dégradation.

Marianne : Avant de nous donner votre analyse du choix de dégrader la note tunisienne, pouvez-vous nous décrire en quoi consistait votre travail ?

Tout d’abord, cette activité n’est pas bénévole. Le gouvernement, en fait la Banque centrale de Tunisie verse plusieurs dizaines de milliers de dollars annuels pour qu’une agence apprécie la situation du pays. 

Concrètement, pour ce pays nous nous déplaçons à deux analystes, un senior et un junior. Le travail se déroule sur trois jours durant lesquels nous sommes amenés à voir les ministres de l’économie, des finances, du commerce extérieur, le gouverneur de la banque centrale, les ambassadeurs des grands pays, comme celui des Etats-Unis. Voilà pour le coté constant. Pour ce qui est plus particulier à la Tunisie, nous voyons en plus l’ambassadeur de France, et pour la petite histoire, le ministre de l’intérieur, que l’on écoute de loin (...)

samedi 25 décembre 2010

Le nouveau « modèle social » allemand.


Le « Financial Times Deutschland » (FTD) publie aujourd’hui, à côté de l’information « La Chine craint pour ses relations commerciales avec l’UE, constatant que celle-ci ‘cimente’ son problème de dette », un condensé de « ce qui va changer en 2011″ :http://www.ftd.de/politik/deutschland/:jahreswechsel-das-aendert-sich-2011-teil-iii/50208273.html
Eh bien, dans un pays qui voit pointer la croissance et les bénéfices, que fait le gouvernement Merkel ? Il économise sur les pauvres.
Quelques extraits de l’article du FTD:
- les salariés et les retraités voient les cotisations de l’assurance maladie monter à 8,2%, alors que les employeurs ne paieront plus que 7,3% – au lieu de 7,75% chacun
- les hauts revenus sont invités à cotiser à des caisses privées, où ils pourront négocier individuellement le montant à payer. Les caisses privées pourront négocier le prix des médicaments avec l’industrie pharmaceutique
- les cotisations chômage passent de 2,8 à 3,0 % (on annonce pourtant que le chômage est en baisse en Allemagne!)
- les bénéficiaires de l’allocation logement perdront les 24 euros mensuels (48 pour les familles) d’aide au chauffage : 100 millions d’économie
- l’allocation parentale destinée à ceux qui s’arrêtent de travailler pour élever des enfants diminue de 2%; et pour les chômeurs, c’est 300 euros mensuels qui sont retirés !
- dans le pays, 1 700 000 enfants vivent sous le seuil de pauvreté : ils auront généreusement droit à 10 euros par mois en tout pour la cantine+le sport+la musique, (alors que le PDG de Volkswagen a augmenté son salaire de 400 000 euros par mois)
- le supplément que Berlin accordait pendant deux ans aux chômeurs de longue durée est tout simplement supprimé
- l’Etat fédéral ne paiera plus les cotisations retraite des chômeurs, soit une économie de 2 milliards
- certaines catégories sociales paieront moins d’impôt sur les successions, les frais de gens de maison et les interventions des artisans pourront être déduits du montant de l’impôt sur le revenu (= une nouvelle niche fiscale pour la classe moyenne supérieure)
- et le chapeau : moins de taxes écologiques pour les entreprises les plus polluantes « pour ne pas mettre en danger les emplois », mais forte augmentation des cigarettes et surtout du tabac à rouler (12 à 14 cts par an pour un paquet de 40g), suppression de la subvention de 330 euros pour l’installation d’un filtre à particules sur les diésels, etc.
- les pauvres banques auront le droit de prélever 1,95 euro par retrait au guichet automatique d’une autre banque
- les pauvres investisseurs particuliers verront la garantie d’Etat passer de 50 000 à 100 000 euros et l’assurance de recevoir leur cher argent dans les 30 jours, au lieu de 90.
Je m’arrête, mais la liste n’est pas exhaustive.
Voilà ce que SPD (Schröder, Hartz IV) et CDU ont réalisé ensemble en 10 ans. La Deutsche Bank n’a jamais été aussi riche, les grands patrons n’ont jamais gagné autant.
Après avoir donné plus de 500 milliards d’Euros aux banques, il faut faire payer le petits.

mercredi 22 décembre 2010

LÉNINE, "L'IMPÉRIALISME STADE SUPRÊME DU CAPITALISME" (EXTRAITS)

EXTRAITS

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Le parasitisme et la putréfaction du capitalisme



Nous l’avons vu, la principale base économique de l’impérialisme est le monopole. Ce monopole est capitaliste, c’est-à-dire né du capitalisme ; et, dans les conditions générales du capitalisme, de la production marchande, de la concurrence, il est en contradiction permanente et sans issue avec ces conditions générales. Néanmoins, comme tout monopole, il engendre inéluctablement une tendance à la stagnation et à la putréfaction.Dans la mesure où l’on établit, fût-ce momentanément, des prix de monopole, cela fait disparaître jusqu’à un certain point les stimulants du progrès technique et, par suite, de tout autre progrès ; et il devient alors possible, sur le plan économique, de freiner artificiellement le progrès technique.
Un exemple : en Amérique, un certain Owens invente une machine qui doit révolutionner la fabrication des bouteilles. Le cartel allemand des fabricants de bouteilles rafle les brevets d’Owens et les garde dans ses tiroirs, retardant leur utilisation. Certes, un monopole, en régime capitaliste, ne peut jamais supprimer complètement et pour très longtemps la concurrence sur le marché mondial (c’est là, entre autres choses, une des raisons qui fait apparaître l’absurdité de la théorie de l’ultra-impérialisme). Il est évident que la possibilité de réduire les frais de production et d’augmenter les bénéfices en introduisant des améliorations techniques pousse aux transformations. Mais la tendance à la stagnation et à la putréfaction, propre au monopole, continue à agir de son côté et, dans certaines branches d’industrie, dans certains pays, il lui arrive de prendre pour un temps le dessus.
Le monopole de la possession de colonies particulièrement vastes, riches ou avantageusement situées, agit dans le même sens.
Poursuivons. L’impérialisme est une immense accumulation de capital-argent dans un petit nombre de pays, accumulation qui atteint, comme on l’a vu, 100 à 150 milliards de francs en titres. D’où le développement extraordinaire de la classe ou, plus exactement, de la couche des rentiers, c’est-à-dire des gens qui vivent de la « tonte des coupons », qui sont tout à fait à l’écart de la participation à une entreprise quelconque et dont la profession est l’oisiveté. L’exportation des capitaux, une des bases économiques essentielles de l’impérialisme, accroît encore l’isolement complet de la couche des rentiers par rapport à la production, et donne un cachet de parasitisme à l’ensemble du pays vivant de l’exploitation du travail de quelques pays et colonies d’outre-mer.
« En 1893, écrit Hobson, le capital britannique placé à l’étranger s’élevait à 15% environ de la richesse totale du Royaume-Uni. » Rappelons que, vers 1915, ce capital était déjà environ deux fois et demie plus élevé. « L’impérialisme agressif, poursuit Hobson, qui coûte si cher aux contribuables et qui représente si peu de chose pour l’industriel et le négociant... est une source de grands profits pour le capitaliste qui cherche à placer son capital... » (en anglais, cette notion est exprimée par un seul mot : investor = « placeur », rentier.) « Le revenu annuel total que la Grande-Bretagne retire de son commerce extérieur et colonial, importations et exportations, est estimé par le statisticien Giffen à 18 millions de livres sterling (environ 170 millions de roubles) pour 1899, calculés à raison de 2,5% sur un chiffre d’affaires total de 800 millions de livres sterling. » Si grande que soit cette somme, elle ne suffit pas à expliquer l’agressivité de l’impérialisme britannique. Ce qui l’explique, c’est la somme de 90 à 100 millions de livres sterling représentant le revenu du capital « placé », le revenu de la couche des rentiers.
Le revenu des rentiers est cinq fois plus élevé que celui qui provient du commerce extérieur, et cela dans le pays le plus « commerçant » du monde ! Telle est l’essence de l’impérialisme et du parasitisme impérialiste.
Aussi la notion d’« Etat-rentier » (Rentnerstaat) ou Etat-usurier devient-elle d’un emploi courant dans la littérature économique traitant de l’impérialisme.
L’univers est divisé en une poignée d’Etats-usuriers et une immense majorité d’Etats-débiteurs. "Parmi les placements de capitaux à l’étranger, écrit Schulze-Gaevernitz, viennent au premier rang les investissements dans les pays politiquement dépendants ou alliés : l’Angleterre prête à l’Egypte, au Japon, à la Chine, à l’Amérique du Sud.
En cas de besoin, sa marine de guerre joue le rôle d’huissier. La puissance politique de l’Angleterre la préserve de la révolte de ses débiteurs. « Dans son ouvrage Le système économique de placement des capitaux à l’étranger, Sartorius von Waltershausen prend comme modèle d’ »Etat-rentier« la Hollande et montre que l’Angleterre et la France, elles aussi, sont en train de le devenir . Schilder considère que cinq Etats industriels sont des »pays-créditeurs nettement prononcés«  : l’Angleterre, la France, l’Allemagne, la Belgique et la Suisse. Il ne fait pas figurer la Hollande dans cette liste, uniquement parce qu’elle est »peu industrielle ". Les Etats-Unis ne sont créditeurs qu’envers l’Amérique.
"L’Angleterre, écrit Schulze-Gaevernitz, se transforme peu à peu d’Etat industriel en Etat-créditeur. Malgré l’accroissement absolu de la production et de l’exportation industrielles, on voit augmenter l’importance relative qu’ont pour l’ensemble de l’économie nationale les revenus provenant des intérêts et des dividendes, des émissions, commissions et spéculation. A mon avis, c’est précisément ce fait qui constitue la base économique de l’essor impérialiste. Le créditeur est plus solidement lié au débiteur que le vendeur à l’acheteur. "
 En ce qui concerne l’Allemagne, l’éditeur de la revue berlinoise Die Bank, A. Lansburgh, écrivait en 1911 dans un article intitulé : « L’Allemagne, Etat-rentier » : "On se moque volontiers, en Allemagne, de la tendance qu’ont les Français à se faire rentiers. Mais on oublie qu’en ce qui concerne la bourgeoisie, la situation en Allemagne devient de plus en plus analogue à celle de la France. "
L’Etat-rentier est un Etat du capitalisme parasitaire, pourrissant ; et ce fait ne peut manquer d’influer sur les conditions sociales et politiques du pays en général, et sur les deux tendances essentielles du mouvement ouvrier en particulier. Pour mieux le montrer, laissons la parole à Hobson, le témoin le plus « sûr », car on ne saurait le soupçonner de parti pris envers l’« orthodoxie marxiste » ; d’autre part, étant Anglais, il connaît bien la situation des affaires dans le pays le plus riche en colonies, en capital financier et en expérience impérialiste.
Décrivant, sous l’impression encore toute fraîche de la guerre anglo-boer, la collusion de l’impérialisme et des intérêts des « financiers », les bénéfices croissants que ceux-ci retirent des adjudications, des fournitures de guerre, etc., Hobson écrivait : « Ceux qui orientent cette politique nettement parasitaire, ce sont les capitalistes ; mais les mêmes causes agissent également sur des catégories spéciales d’ouvriers. Dans nombre de villes, les industries les plus importantes dépendent des commandes du gouvernement ; l’impérialisme des centres de la métallurgie et des constructions navales est, dans une mesure appréciable, la conséquence de ce fait. »
Des circonstances de deux ordres affaiblissaient, selon l’auteur, la puissance des anciens empires : 1) le « parasitisme économique » et 2) le recrutement d’une armée parmi les peuples dépendants. « La première est la coutume du parasitisme économique en vertu de laquelle l’Etat dominant exploite ses provinces, ses colonies et les pays dépendants pour enrichir sa classe gouvernante et corrompre ses classes inférieures, afin qu’elles se tiennent tranquilles. » Pour qu’une semblable corruption, quelle qu’en soit la forme, soit économiquement possible, il faut, ajouterons-nous pour notre part, des profits de monopole élevés.
Quant à la seconde circonstance, Hobson écrit : « Un des symptômes les plus singuliers de la cécité de l’impérialisme, c’est l’insouciance avec laquelle la Grande-Bretagne, la France et les autres nations impérialistes s’engagent dans cette voie. La Grande-Bretagne est allée plus loin que toutes les autres. La plupart des batailles par lesquelles nous avons conquis notre Empire des Indes ont été livrées par nos troupes formées d’indigènes. Dans l’Inde, comme plus récemment aussi en Egypte, de nombreuses armées permanentes sont placées sous le commandement des Britanniques ; presque toutes nos guerres de conquête en Afrique, l’Afrique du Sud exceptée, ont été faites pour notre compte par les indigènes. »
La perspective du partage de la Chine provoque chez Hobson l’appréciation économique que voici : « Une grande partie de l’Europe occidentale pourrait alors prendre l’apparence et le caractère qu’ont maintenant certaines parties des pays qui la composent : le Sud de l’Angleterre, la Riviera, les régions d’Italie et de Suisse les plus fréquentées des touristes et peuplées de gens riches - à savoir : de petits groupes de riches aristocrates recevant des dividendes et des pensions du lointain Orient, avec un groupe un peu plus nombreux d’employés professionnels et de commerçants et un nombre plus important de domestiques et d’ouvriers occupés dans les transports et dans l’industrie travaillant à la finition des produits manufacturés. Quant aux principales branches d’industrie, elles disparaîtraient, et la grande masse des produits alimentaires et semi-ouvrés affluerait d’Asie et d’Afrique comme un tribut. »

  • "Telles sont les possibilités que nous offre une plus large alliance des Etats d’Occident, une fédération européenne des grandes puissances : loin de faire avancer la civilisation universelle, elle pourrait signifier un immense danger de parasitisme occidental aboutissant à constituer un groupe à part de nations industrielles avancées, dont les classes supérieures recevraient un énorme tribut de l’Asie et de l’Afrique et entretiendraient, à l’aide de ce tribut, de grandes masses domestiquées d’employés et de serviteurs, non plus occupées à produire en grandes quantités des produits agricoles et industriels, mais rendant des services privés ou accomplissant, sous le contrôle de la nouvelle aristocratie financière, des travaux industriels de second ordre.
Que ceux qui sont prêts à tourner le dos à cette théorie« (il aurait fallu dire : a cette perspective) »comme ne méritant pas d’être examinée, méditent sur les conditions économiques et sociales des régions de l’Angleterre méridionale actuelle, qui en sont déjà arrivées à cette situation. Qu’ils réfléchissent à l’extension considérable que pourrait prendre ce système si la Chine était soumise au contrôle économique de semblables groupes de financiers, de « placeurs de capitaux » (les rentiers), de leurs fonctionnaires politiques et de leurs employés de commerce et d’industrie, qui drainent les profits du plus grand réservoir potentiel que le monde ait jamais connu, afin de les consommer en Europe. 
Certes, la situation est trop complexe et le jeu des forces mondiales trop difficile à escompter pour que ladite ou quelque autre prévision de l’avenir dans une seule direction puisse être considérée comme la plus probable. Mais les influences qui régissent à l’heure actuelle l’impérialisme de l’Europe occidentale s’orientent dans cette direction, et si elles ne rencontrent pas de résistance, si elles ne sont pas détournées d’un autre côté, c’est dans ce sens qu’elles joueront. "
L’auteur a parfaitement raison : si les forces de l’impérialisme ne rencontraient pas de résistance, elles aboutiraient précisément à ce résultat. La signification des « Etats-Unis d’Europe » dans la situation actuelle, impérialiste, a été ici très justement caractérisée. Il eût fallu seulement ajouter que, à l’intérieur du mouvement ouvrier également, les opportunistes momentanément vainqueurs dans la plupart des pays, « jouent » avec système et continuité, précisément dans ce sens.
L’impérialisme, qui signifie le partage du monde et une exploitation ne s’étendant pas uniquement à la Chine, et qui procure des profits de monopole élevés à une poignée de pays très riches, crée la possibilité économique de corrompre les couches supérieures du prolétariat ; par là même il alimente l’opportunisme, lui donne corps et le consolide. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, ce sont les forces dressées contre l’impérialisme en général et l’opportunisme en particulier, forces que le social-libéral Hobson n’est évidemment pas en mesure de discerner.
L’opportuniste allemand Gerhard Hildebrand, qui fut en son temps exclu du parti pour avoir défendu l’impérialisme et qui pourrait être aujourd’hui le chef du parti dit « social-démocrate » d’Allemagne, complète fort bien Hobson en préconisant la formation des « Etats-Unis d’Europe occidentale » (sans la Russie) en vue d’actions « communes »... contre les Noirs d’Afrique, contre le « grand mouvement islamique », pour l’entretien « d’une armée et d’une flotte puissantes » contre la « coalition sino-japonaise » , etc.
La description par Schulze-Gaevernitz de l’« impérialisme britannique » nous révèle les mêmes traits de parasitisme. Le revenu national de l’Angleterre a presque doublé de 1865 à 1898, tandis que le revenu « provenant de l’étranger » a, dans le même temps, augmenté de neuf fois. Si le « mérite » de l’impérialisme est d’« habituer le Noir au travail » (on ne saurait se passer de la contrainte...), le « danger » de l’impérialisme consiste en ceci que « l’Europe se déchargera du travail manuel - d’abord du travail de la terre et des mines, et puis du travail industriel le plus grossier - sur les hommes de couleur, et s’en tiendra, en ce qui la concerne, au rôle de rentier, préparant peut-être ainsi l’émancipation économique, puis politique, des races de couleur ».
En Angleterre, une quantité de terre sans cesse croissante est enlevée à l’agriculture pour être affectée au sport, à l’amusement des riches. Pour ce qui est de l’Ecosse, pays le plus aristocratique pour la chasse et autres sports, on dit qu’« elle vit de son passé et de M. Carnegie » (un milliardaire américain). Rien que pour les courses et la chasse au renard, l’Angleterre dépense annuellement 14 millions de livres sterling (environ 130 millions de roubles). Le nombre des rentiers de ce pays s’élève à un million environ.

mardi 21 décembre 2010

L’actualité de la crise : QUAND LES ZOMBIES L’EMPORTENT

PAR FRANÇOIS LECLERC




Paul Krugman titre sa dernière chronique dans le New York Times « When Zombies Win » (Quand les zombies l’emportent). Il la débute ainsi : « Quand les historiens étudieront les années 2008-2010, ils seront interloqués par l’étrange victoire que les idées fausses y auront remporté. Les fondamentalistes du marché libre, qui ont eu tort sur tout, dominant la scène politique plus fortement que jamais. »
La question mérite en effet d’être posée. Est-il possible que le système financier, qui a implosé et dont la crise se poursuit sans être maîtrisée, puisse continuer à parader en prétendant retomber sur ses pieds ? De quelles nouvelles promesses désastreuses sera-t-il dans ce cas capable ? Toutes les hypothèses, après tout, doivent être posées, même les pires.
Si l’on considère les Etats-Unis et l’Europe, des chemins opposés y sont pour l’instant empruntés, selon le rôle qu’y jouent ou non les banques centrales. La Fed et la Bank of England utilisent généreusement la planche à billet, tandis que la BCE s’y emploie plus modérément en s’en défendant maladroitement. Le déficit public américain ne cesse de croître, tandis que les Européens prétendent le freiner brutalement sans attendre.
Mais les choses changent du tout au tout, si l’on adopte un autre critère de comparaison. Dans les deux cas, on assiste en effet à un rétrécissement du rôle de l’Etat, des organismes sociaux et des administrations publiques ; conséquence d’allégements fiscaux – voie privilégiée des Américains – de restrictions budgétaires ou de diminutions des prestations sociales. Ouvrant en Europe grande la porte pour de nouvelles intrusions du privé dans des domaines où il n’intervenait que de manière relativement limitée. Paradoxalement, la crise lui donne l’occasion d’élargir son champ d’action.
Si cette tendance devait se confirmer, on assisterait à une extension du rôle du marché financier, à qui il serait confié de nouvelles responsabilités, alors qu’il a sans conteste failli. Qui plus est, sans qu’il soit encadré par de strictes mesures de régulation, afin de si possible éviter que cette situation ne se renouvelle. Comme si aucune leçon n’était tirée des événements et que la poursuite de ces turpitudes allait de soi.
Cela accentuerait alors encore plus les déséquilibres déjà bien engagés dans les sociétés développées. Additionnant aux effets de l’émergence de nouvelles puissances industrielles et commerciales ceux d’une inégalité sociale accrue, dans un contexte où la machine à faire de la dette ne pourra plus remplir le même rôle afin de la rendre moins douloureuse.
Si l’on se tourne du côté des mégabanques, comment prévoient-elles de s’adapter à la nouvelle donne, continuant de bénéficier pour une longue période de liquidités à bas prix mises à leur disposition par les banques centrales ? Conscient d’une chute prévisible et inévitable de leur ROE (return on equity, retour sur investissement), elles tentent de limiter les dégâts en se raccrochant aux branches, actives sur tous les fronts. Elles poursuivent leur résistance acharnée à l’adoption de mesures de régulations financières contraignantes, réorientent une partie de leur activité vers les nouveaux marchés émergents et cherchent à réduire leurs coûts, notamment grâce à l’utilisation de nouvelles technologies.
Rien ne sera plus tout à fait comme avant. Dans les pays développés il faut exploiter d’autres gisements et, chez les émergents, s’implanter localement de manière plus solide face à des banques locales imposantes et protégées par les Etats qui y défendent des intérêts. Les mégabanques se préparent à jouer pour les grandes entreprises de ces pays le rôle qu’elles ont joué dans les années 70, en aidant les entreprises occidentales à devenir des multinationales. Ainsi qu’à développer des marchés financiers encore embryonnaires, afin d’ouvrir des salles de jeu à l’identique de celles où les mises sont désormais restreintes.
Mais il est illusoire de relancer le marché de la titrisation et de retrouver un marché de la dette identique, ainsi que de retrouver les mêmes effets de levier faramineux, que la réglementation de Bâle III va restreindre. Bien que plus ou moins encadrés dans des chambres de compensation, les produits dérivés ne seront plus aussi profitables. L’interdiction aux Etats-Unis du proprietary investment, le trading sur fonds propres des banques, va également peser sur leurs résultats.
Tout additionné, les retours sur investissement atteignant 20 à 25% seront désormais hors de portée, les investisseurs devant se contenter de 10 à 15 % maximum, pour les banques les plus profitables, d’aux environs de 10% pour la catégorie au dessous, et encore moins pour les autres. Il devrait en découler une course à la dimension et une nouvelle vague de concentrations bancaires.

mercredi 15 décembre 2010

L'architecture du Sarkosistan

Spécialiste de la haute bourgeoisie, Michel Pinçon, aidé par sa femme, Monique Pinçon-Charlot, a rédigé une « enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy ».
Il est difficile de résumer cet ouvrage, collection d’anecdotes révélatrices. Forcément, la note de lecture ci-dessous ne peut que transcrire les très grandes lignes, exprimer la sensation générale du lecteur. Mais ne serait-ce que pour donner envie de lire ce livre, cela vaut la peine de le commenter.
C’est un sujet d’actualité, ô combien. Non que Nicolas Sarkozy en lui-même soit important. Mais parce qu’il représente quelque chose, sa présence à l’Elysée signifie quelque chose : elle veut dire que les « élites » de notre pays sont devenues les ennemies de leur propre peuple.
Nous sommes passés de la lutte des classes à la guerre des classes. La lutte, c’était tant que les classes supérieures avaient besoin des classes inférieures. Maintenant, elles n’en ont plus besoin, et c’est la guerre.  Dans cette guerre, pour l’instant, ce sont les riches, les très riches, qui gagnent.
Voilà le décor planté, le personnage principal peut apparaître…


*

Nicolas Sarkozy (NS), c’est d’abord un réseau d’amis : Dominique Desseigne (Groupe Lucien Barrière), Vincent Bolloré (Havas, Groupe Bolloré), Martin Bouygues (Groupe Bouygues), Bernard Arnault (LVMH), Serge Dassault (Groupe Industriel Dassault, Le Figaro), Jean-Claude Decaux (Groupe Decaux, mobilier urbain), le Canadien Paul Desmarais et le Belge Albert Frère (Groupe Bruxelles Lambert), Agnès Cromback (branche française de Tiffany), Mathilde Agostinelli (Prada), Antoine Bernheim (Banque Lazard). Ce sont ces gens-là qui ont convergé vers le Fouquet’s le 7 mai 2007 au soir. Plus discrètes, les grandes familles, Rothschild, Wendel, n’avaient pas fait le déplacement : mais elles comptent aussi parmi les « bons amis » de NS.
Quand on connaît ce réseau d’amis, qui ont financé NS et fêté avec lui sa victoire de mai 2007, on ne s’étonne pas de l’avalanche de mesures favorables aux riches, aux très riches, qui a marqué les premiers mois du quinquennat : abaissement du seuil du bouclier fiscal, multiplication des nouvelles niches fiscales, défiscalisation de fait de la majorité des successions, défiscalisation des donations entre parents en enfants. D’une manière générale, c’est une politique favorable aux familles fortunées.
En réalité, une oligarchie a pris le pouvoir en France avec NS. Cette oligarchie n’a pas d’appartenance ethnique, religieuse ou géographique précise, même s’il existe quelques « noyaux » identifiables. Globalement, c’est l’oligarchie des très riches, un réseau de quelques centaines de familles, structuré par des liens informels mais étroits. Les membres de cette oligarchie forment un « milieu ». Ils ont leurs lieux (les conseils d’administration du CAC 40, mais aussi le dîner du Siècle, les loges de l’hippodrome de Longchamp, le Golf de Morfontaine, etc.). Et si cette oligarchie n’a pas d’organisation formelle pour la structurer, c’est qu’elle n’en a pas besoin : elle est structurée par un fonctionnement en vase clos, où les très riches ne fréquentent que les très riches, s’adjoignant de temps à autres quelques comparses utiles, recrutés dans les classes associées à la domination.
Analysons les « lieux » et « sous-milieux » de cette oligarchie. Il y a d’abord bien sûr les points de convergence des très, très riches (Bolloré, Bouygues, etc.). La Villa Montmorency dans le XVI°, le Cap Nègre, etc. Des endroits où le gratin des affaires fréquente le gratin du showbiz, sous l’œil du gratin politique. Avis aux amateurs : si vous voulez harceler l’oligarchie, c’est aux sorties de ses lotissements privés qu’il faut se poster : on y trouvera du beau monde, encore plus beau qu’au dîner du Siècle !
Mais au-delà de ces ghettos de riches, on peut relever…
CAC 40 : 445 administrateurs. 98 d’entre eux, qui siègent pour la plupart à plusieurs conseils, trustent 43 % des droits de vote. Ainsi, Michel Pébereau est président du CA de la BNP, mais il est aussi administrateur chez TOTAL, EADS, AXA, Saint-Gobain et Lafarge. Les quatre plus hauts dirigeants de la BNP siègent en tout dans douze CA du CAC 40. Il suffit en pratique de deux dizaines de personnes pour résumer à peu près toute la réalité du pouvoir économique dans les grandes entreprises françaises. Ces gens se croisent constamment, s’entendent constamment. En pratique, le CAC 40 est syndicat des puissants, pas un indice boursier. L’épine dorsale de ce sous-milieu au sein de l’oligarchie est constituée par les anciens Inspecteurs des Finances.
Haute magistrature : c’est une classe associée à la domination du « milieu », en échange de quoi elle doit garantir un traitement judiciaire favorable au reste du « milieu ». Le procureur Philippe Courroye, imposé par le pouvoir politique au Parquet de Nanterre, contre l’avis du Conseil Supérieur de la Magistrature, est un exemple de cette sous-oligarchie, associée à l’oligarchie dominante. Ce sont ces magistrats qui auront un jour, si la réforme pénale envisagée sur l’abus de bien social est adoptée, le « plaisir » de constater que, la prescription courant du jour du délit, la plupart des abus sont en pratique impossibles à poursuivre, pourvu qu’ils aient été commis par quelqu’un en poste assez longtemps pour se couvrir lui-même, ou pour se faire couvrir par son successeur.
Les conseillers du Prince : c’est une autre classe associée à la domination, selon la formule classique des « producteurs d’idéologie » qui vendent un discours légitimant au pouvoir en place, en échange des miettes du gâteau. Minc, Attali, etc. Moins connu et plus ambigu, le conseiller discret peut aussi, lui, vendre une forme de compétence spécifique, non médiatisée ou peu médiatisée. Exemple : Mathieu Pigasse,  membre du Parti Socialiste et banquier chez Lazard Frères. C’est un technicien, mais il a élargi son domaine d’action aux médias, avec l’achat des Inrockuptibles. Le conseiller du Prince est, dans l’oligarchie sarkozyste, une figure souvent à l’intersection de plusieurs sous-milieux dominants.
L’ensemble de ces réseaux finit par fabriquer une classe sociale au sens marxiste du terme, c'est-à-dire un milieu regroupant des individus et des familles bénéficiaires d’un certain mode de fonctionnement socio-économique (le capitalisme virtualisé), milieu conscient de son positionnement et s’organisant collectivement pour défendre ses intérêts.
Fondamentalement, NS est le fédérateur de cette classe sociale. C’est ce qui explique que ce personnage en lui-même falot, presque médiocre, ait pu devenir Président la République Française : il est tout simplement le mandant d’une classe sociale dominante, prédatrice et très consciente d’elle-même.

*

Au-delà du cas NS, Michel Pinçon nous décrit l’ensemble des réseaux de cette classe oligarchique.
Ce qui frappe en premier lieu, c’est l’existence de passerelles innombrables entre l’UMP de Sarkozy et le PS de Strauss-Kahn. Outre Pigasse, on peut s’intéresser par exemple au cas de Stéphane Richard. Ancien du cabinet de DSK en 1991, il est parachuté à la branche immobilière de Vivendi, qu’il brade (ce qui lui rapportera 35 millions d’euros de stock-options). Deux décennies plus tard, bien qu’il soit sous le coup d’un redressement fiscal, Sarkozy Président fera de lui un conseiller de Christine Lagarde au ministère de l’économie et des finances.
En second lieu, on peut relever que l’opposition public/privé a largement perdu toute substance, étant donné les stratégies de cooptation et d’infiltration de l’oligarchie. Henri Proglio, président du conseil d’administration de Veolia (groupe privé) devient en même temps PDG d’EdF (groupe public). Le Fonds stratégique d’investissement, créé par Sarkozy en 2008 pour orienter les dépenses de relance de l’Etat, est présidé par un monsieur Dehecq, qui se trouve aussi être président du CA de Sanofi-Aventis.
A gauche et à droite, dans le privé et dans le public : l’oligarchie est partout à la fois. Pour verrouiller le pouvoir, elle ne s’appuie pas sur un parti unique : elle est l’épine dorsale de tous les partis.
A lire Michel Pinçon, on éprouve la sensation très nette que cette vaste opération de verrouillage ne renvoie à aucune finalité idéologique (d’où la facilité avec  laquelle l’oligarchie peut singer aussi bien la droite que la gauche). Il n’y a pas vraiment de ligne directrice au sarkozysme, sauf une : maximiser les gains financiers de l’oligarchie elle-même. L’étude du dépeçage de l’audiovisuel public, par exemple, indique que les enjeux financiers (pour TF1, donc pour le groupe Bouygues) ont largement décidé du tempo de l’opération. Avoir le pouvoir pour faire de l’argent, faire de l’argent pour maximiser son influence, et disposer d’une forte influence pour garder le pouvoir. C’est tout.
La psychologie qui sous-tend cette aridité des motivations n’est compréhensible, nous dit Pinçon, que si on s’intéresse au vécu des enfants du sommet des classes supérieures, dont sont issus presque tous les oligarques sarkozystes. Ils ont grandi dans un univers où les rapports de force étaient pratiquement les seuls rapports possibles, le pouvoir ayant pour propriété de saturer l’espace mental de celui qui le détient. Jusque dans le foyer familial, la présence de la domesticité a induit une compréhension des rapports sociaux enfermée dans les logiques de domination.  Les plus agressifs de ces oligarques, fort logiquement, sont ceux qui viennent du bas de ce groupe supérieur : c’est là que la soif de pouvoir est la plus intense, puisque l’espace mental est saturé par le pouvoir qu’on a, et cette saturation est rendue plus douloureuse du fait que, malheureusement, on n’a pas tout le pouvoir. C’est exactement le milieu d’origine de NS.
Autre caractéristique de NS qui explique qu’il ait pu, malgré son évidente médiocrité, devenir le fédérateur de ce milieu oligarchique : c’est un avocat d’affaires. Or, la maîtrise du droit est devenue un élément-clef du pouvoir des oligarchies. La bourgeoisie de jadis s’enorgueillissait de ses ingénieurs, de ses capitaines d’industrie. Aujourd’hui, l’oligarchie sarkozyste ne s’intéresse pas à la technique (c’est devenu trop difficile, la concurrence des forts en maths de la classe moyenne est trop forte), peu à l’industrie (délocalisations, prime au capital spéculatif sur le capital productif), et la plupart des oligarques sont des « fils de » qui n’ont pas réellement bâti une fortune par leur courage, mais qui en ont hérité. Comme toute oligarchie en réalité déclassée dans l’ordre de l’économie productive réelle, l’oligarchie contemporaine s’est donc barricadée dans la bonne connaissance des mécanismes sociaux, le droit étant, dans ce domaine, la voie royale. Que le « président des riches » soit un avocat d’affaires est un bon indice du caractère défensif profond de l’oligarchie contemporaine, malgré  son évidente rapacité, qui peut donner l’impression de l’esprit offensif. Si cette oligarchie tient tant à verrouiller le pouvoir, ce n’est pas seulement parce qu’elle vit par lui, c’est aussi parce qu’elle redoute de le perdre. Pinçon ne formule pas ainsi le diagnostic, mais c’est la conclusion qu’on tire en le lisant.
Enfin, ce qui caractérise cette oligarchie et qui, sans doute, dénote le plus clairement son caractère profondément décadent, c’est une incroyable déconnexion avec les exigences du simple bon sens, de la décence la plus ordinaire. Pinçon raconte l’arrivée surréaliste de NS à une assemblée des copropriétaires du Cap Nègre. On vient de lui apprendre la mort de dix soldats français en Afghanistan. Mais comme il a pris en main la gestion de la superbe villa de sa belle-famille italienne (nous sommes peu de temps après son mariage avec  Carla), notre Président priorise, et décide qu’avant d’aller en Afghanistan (où il se comportera comme on sait), il doit se rendre à l’assemblée des copropriétaires du Cap Nègre, pour exiger… le raccordement au tout-à-l’égout. Une anecdote révélatrice de l’univers mental où évoluent nos oligarques, y compris leur fédérateur président : un univers où le petit confort des oligarques eux-mêmes est infiniment plus important que la vie et la mort des Français ordinaires.
En conclusion, disons que le tableau du sarkozysme par Michel Pinçon n’est pas sans rappeler celui du Second Empire finissant par Zola, tandis que l’ambiance générale des fêtes de madame Carla évoque vaguement celles de Marie-Antoinette. La France est manifestement parvenue à une de ses fins de cycle, qu’elle connaît régulièrement, où la reproduction des élites impose un fonctionnement oligarchique en vase clos. On sait qu’historiquement, ce genre de décadence a toujours débouché soit sur la révolution (1789, 1830, 1848), soit sur la défaite (1870, 1940), soit sur le mélange des deux (1871).