Le potentiel guerrier et industriel est une réserve d’usage ayant valeur
réelle utilisable sur ordre d’état alors que la finance ayant valeur
virtuelle ne permets plus les échanges réels en cas de crise, donc on
n’échange plus mais on se met sur la gueule.
LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.
C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.
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jeudi 23 février 2012
LAST EXIT PROJECT (SiTuAtIoN dE tRaNsHuMaNcE)
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samedi 3 décembre 2011
De quoi le zombie est-il le nom ?
John NADA
***
lepoint.frLa pancarte est glissée au milieu de la foule putréfiée et gémissante qui boitille dans les rues ensoleillées de Mexico. "J'ai été à la Chambre des députés, je n'ai pas trouvé de cerveaux." Le 26 novembre, avec 10 000 participants, la capitale mexicaine battait le record mondial des "zombie walks", ces marches de morts-vivants grimés à la perfection qui, depuis une dizaine d'années, s'organisent sur les cinq continents avec un succès croissant.
En même temps que la rue, le zombie a gagné la littérature, le cinéma, la télévision. La série Walking Dead a ainsi battu des records d'audience ; le Guide de survie en territoire zombie de Max Brooks s'est écoulé à plus d'un million d'exemplaires et sa World War Z vient d'être adaptée au cinéma, avec Brad Pitt en star des survivants. Hors genre, La route de Cormac McCarthy, plus difficile, mais à peine moins populaire, suivait en 2005 la marche sans fin d'un père et de son fils dans un monde post-apocalyptique, peuplé de rares survivants acculés au cannibalisme.
Risques
Pas de cerveau à dégoter à l'Assemblée mexicaine ? Au-delà de la plaisanterie, l'avertissement donne du grain à moudre aux observateurs, pour qui le "mouvement zombie" a résolument quitté le club des geeks et autres fans de George Romero pour devenir contestataire et politique. En octobre, un cortège de morts-vivants rejoignait ainsi les Indignés de Wall Street ; quelques mois plus tôt, en juin, les étudiants du Chili manifestaient contre leurs conditions d'éducation en habits de déterrés."Le zombie est d'abord un symbole de l'anarchie, qui menace de bouleverser l'ordre établi", estime Anne Billson, critique de cinéma au Guardian et experte du genre, pour qui le mort-vivant peut par ailleurs "figurer toute section de la société, qui, pour des raisons sociales ou politiques, peut être dépersonnalisée". Les morts-vivants représenteraient, tour à tour et au choix, les pauvres, les réfugiés, les hooligans ou les traders. D'autres vont plus loin, et n'hésitent pas à voir dans la goule le symbole d'un prolétariat dont les classes dirigeantes auraient absorbé la substance vitale. Là où le vampire exhibe son aristocratique pâleur et plante ses crocs raffinés dans le cou des jeunes filles de bonne famille, les morts-vivants sont, quelle qu'ait été leur existence, ramenés à une condition commune et traînent tout uniment un corps mort et un cerveau infecté.
La comparaison marxisante ne tient cependant qu'à moitié, estime Vincent Paris, professeur de sociologie au Cégep de Saint-Laurent, au Québec : "Le prolétaire revendique, il est en mouvement, il est chargé d'espérances ; le zombie est un mort qui erre, et qui ne veut rien d'autre que de la chair humaine... N'ayant pas de conscience, il ne peut par définition être aliéné." Le phénomène est dès lors moins politique que social et doit, estime le chercheur, être remarqué d'abord en vertu de sa dimension "inclusive", "intégratrice" : les marches mêlent aujourd'hui tous les âges et tous les milieux sociaux. Par ailleurs, analyse Vincent Paris, les "zombie walks" mettent en scène la thématique du "risque", qui, du sida à la grippe A en passant par le nucléaire, hante nos sociétés et pèse également sur tous leurs membres.
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mercredi 16 novembre 2011
ZOMBIE MIX 4
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lundi 31 octobre 2011
Enfumages: la règle d'or
Tout le monde parle doctement de la « règle d’or », de ces fameux 3% du PIB qu’il ne faut absolument pas outrepasser.
Mais comment ce fatidique 3% a été calculé, sur la base de quelles analyses macroéconomiques ?
J’ai trouvé cette explication sur Wiki à propos du traité de Maastricht :
En juin 1981, alors qu’il était chargé de mission à la Direction du Budget du ministère des Finances, l’économiste Guy Abeille raconte[4] avoir été mandaté avec son chef de bureau de l’époque Roland de Villepin d’établir un critère économique utilisable par le Président Mitterrand dans ses discours. Faute de mieux, Abeille et Villepin proposent alors ce critère relativement simple basé sur un ratio déficit/PIB qui, du propre aveu d’Abeille, « ne mesure rien » et sur une norme (3%) qui « n’a pas d’autre fondement que celui des circonstances » (le déficit budgétaire de l’époque atteint déjà presque 2% du PIB)[5].
Si c’est cela que l’on veut nous imposer, retournons-nous vers le code pénal pour abus de confiance et escroquerie.
Mais comment ce fatidique 3% a été calculé, sur la base de quelles analyses macroéconomiques ?
J’ai trouvé cette explication sur Wiki à propos du traité de Maastricht :
En juin 1981, alors qu’il était chargé de mission à la Direction du Budget du ministère des Finances, l’économiste Guy Abeille raconte[4] avoir été mandaté avec son chef de bureau de l’époque Roland de Villepin d’établir un critère économique utilisable par le Président Mitterrand dans ses discours. Faute de mieux, Abeille et Villepin proposent alors ce critère relativement simple basé sur un ratio déficit/PIB qui, du propre aveu d’Abeille, « ne mesure rien » et sur une norme (3%) qui « n’a pas d’autre fondement que celui des circonstances » (le déficit budgétaire de l’époque atteint déjà presque 2% du PIB)[5].
Si c’est cela que l’on veut nous imposer, retournons-nous vers le code pénal pour abus de confiance et escroquerie.
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Commentaire sur "Leur logique et la nôtre"
Mais si l’on considère la seule dette publique, d’où provient donc son déséquilibre budgétaire qui n’a fait que s’accentuer au fil des trente dernières années ? [...] mécanismes fiscaux très orientés qui ont été à l’origine de la baisse des recettes publiques. [...]. La présentation qui est aujourd’hui faite d’un Etat vivant au dessus de ses moyens est non seulement sommaire, elle est tendancieuse. D’où l’intérêt d’une analyse des causes de l’augmentation des déficits publics, afin de contester les fondements de remèdes présentés comme inévitables et d’en présenter d’autres.
Je me permets de couper dans le paragraphe pour mieux mettre en exergue l’extrait qui me tient à coeur.
Merci, François Leclerc. Cette analyse est absente de tous les médias, de tous les
débats politiques. On se focalise uniquement sur la crise, sur 2008 et
2010-2011. Et chaque fois, on oublie – c’est bien plus commode – de
mentionner comment on a vidé, siphonné peu à peu les caisses de l’état
et de la sécu, très méticuleusement, et ce depuis des dizaines d’années.
Tout
cela est le résultat de politiques pudiquement intitulées de « soutien à
l’emploi » ou « soutien aux entreprises ». A savoir : des mécanismes de
réduction / exonération de cotisations sociales (abusivement et de
manière inacceptable, désignées sous le terme trompeur de « charges
sociales »), de mécanismes de réduction de l’impôt sur les sociétés et
autres moyens d’évasion fiscale légaux, votés par un législateur à la
botte de gouvernements soit complices et serviles, soit ayant plié
l’échine et abandonné face à des lobbies (le MEDEF en France, la FEB
chez nous, l’UCM, etc.) auxquels l’état a offert sur un plateau d’argent
le statut de quasi toute puissance sous la forme de « on doit les
aider, ce sont eux qui font la richesse ».
Les états,
contrairement à ce qui est dit, ont donc été très bien gérés,
simplement, ils l’ont été dans un objectif et un seul : faire basculer
l’équilibre de redistribution des richesses, et réorienter le flux vers
un petit sous-ensemble de classes sociales, quel qu’en soit le prix
(mieux : pour les politiques de droite, vider l’état de sa substance
est un objectif de base : revenir à un état uniquement basé sur ses
fonctions régaliennes, au service de l’ordre établi, docn des
puissants). Le pire, là-dedans, c’est que des gouvernements de gauche
ont participé à ce pillage lent, patient et organisé, cédant à de
soit-disant « lois de l’économie », comme si l’économie était une
science exacte telle la physique (et encore, quand on étudie la physique
un peu sérieusement, on voit apparaître les approximations et
compagnie, et on peut donc légitimement se poser des questions quant au
qualificatif « exacte ») – sachant que ces sciences dites exactes sont
d’abord et avant tout empiriques, et donc sujettes à bouleversements
complets si l’expérience vient contredire les lois et équations
précédemment perçues comme étant le socle immuable de la science en
question.
Il faut donc d’abord renverser les raisonnements
fallacieux tenus par les grands apôtres de la pensée unique, qui se
déclinent pour l’instant sur tous les médias. Il faut rétablir la
réalité. Ré-expliquer les mécanismes de fonctionnement d’un état,
comment il se finance, quels sont les équilibres nécessaires à un
fonctionnement sain. Retracer l’histoire ensuite, et montrer comment
tout cela a lentement glissé vers la situation de crise d’aujourd’hui,
comment des politiques délibérées – qui n’ont quasi jamais rempli les
objectifs affichés et utilisés pour les justifier – ont organisé et géré
le vol légal de la richesse produite au profit des plus puissants et
des plus riches.
Il faut déculpabiliser les gens, auxquels on
serine de JT en JT, d’édition du Monde en édition du Monde « on a trop
dépensé pour l’état providence » (bref, on a trop dépensé pour vous,
citoyens, vous avez bien trop profité, vous êtes bien trop bien surtout
par rapport au reste du monde –> prétexte justifiant le nivellement
par le bas) ou encore « il va falloir être raisonnable et se serrer la
ceinture », « il faut dire la vérité aux gens, on doit rétablir
l’équilibre » (sous-entendu que c’est « les gens » qui en ont profité,
du déséquilibre). C’est faux.
On le dit dans les assemblées
syndicales. On l’écrit et on l’explique dans des brochures parues sur le
net, distribuées dans les entreprises (mais qui peut forcer les gens à
les lire ? Pas moi). Et pendant ce temps, les femmes et hommes
politiques de droite et les lobbies patronaux se succèdent sur les
plateaux TV avec une agressivité sans pareille pour dénoncer les
« dépenses honteuses de l’état », « les chômeurs profiteurs », tandis
que les femmes et hommes politiques de gauche écoutent, murmurent un
mot, et au final demeurent inaudibles, comme s’ils avaient honte, ou
peur…
En tout cas, plus la crise et l’impasse se creusent, et plus
les tenants de cette pensée unique qui ne sert qu’une petite minorité
de la population s’arcboutent sur leurs positions. Plus ils donnent de
la voix, et plus on leur donne des espaces pour asséner leurs
« vérités » aux gens. Peut-être est-ce l’élément qui fera s’écrouler le
tout plus vite. Peut-être pas. Mais quand tout s’écroule, personne ne
peut prévoir ce qui sortira des décombres. L’histoire de l’humanité, en
tout cas, ne me donne pas beaucoup d’espoir que ce qui émerge des ruines
soit meilleur, au contraire. Fascisme, extrême-droite, dictature
autoritaire, terreur… Ces risques sont de plus en plus grands.
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jeudi 22 septembre 2011
SITUATION DE TRANSHUMANCE
François Baroin qui a présidé la réunion du G20, a continué à
bâtir pierre par pierre sa réputation en déclarant « il n’y a pas de
raison d’avoir une stratégie alternative, dès lors que celle à laquelle
nous croyons n’est pas encore en place », apportant son incontestable
contribution aux débats.
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mercredi 21 septembre 2011
CORRUPTION ET SORCELLERIE DES MÉDIAS, par Jean-Luce Morlie
Source : BLOG DE PAUL JORION
Des deux côtés de la méditerranée, les peuples s’indignent de la
corruption tandis que dans le même temps, les journaux alignent
« affaires » sur « affaires ». Mardi matin sur France Culture,
Marc Voinchet abordait la corruption en compagnie de Pierre
Lascousmes, de Raphael Einthoven et de Leyla Dakhli, tandis que Pierre
Péan était « l’invité sur bande magnétique ». Je crois utile
d’interroger cette montée « en puissance médiatique » du thème de la
corruption avant que la saturation de nos consciences n’occulte, une
fois encore, son historicité au nom de sa naturalité supposée (Lucien Ayissi - Corruption et Gouvernance ).
Sur la même radio, à 18h, dans sa chronique quotidienne, Alain-Gérard
Slama reprenait ce thème pour souligner en substance que, par la
corruption, le capitalisme creusait sa propre tombe ! Alors au fond, si
la situation est si sérieuse, les médias auraient pu s’en occuper avant
et avec autant de pugnacité, le phénomène est si massif ! Devant cet
état de fait, il me semble légitime de tenter de comprendre comment
cette spectaculaire mise en avant-scène pourrait n’avoir pour effet que
de permettre, sans plus d’examen, de tourner la page du rôle de la
corruption dans l’histoire des soixante dernières années du capitalisme ?
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vendredi 13 mai 2011
SITUATION DE TRANSHUMANCE (constat)
D’une manière implicite, la nature est jugée capitaliste. Le capitalisme serait ainsi un système plus pertinent qu’un autre en termes de règles économiques régissant les humains entre eux, car plus naturel.
Cette politisation de la nature est pourtant discutable, puisqu’elle dépend de l’image qu’on en a.
Par exemple le lion loupe sa proie 9 fois sur 10. Alors qu’un banquier plume toujours un travailleur, et son estomac est sans limite. Un tel monstre dans la nature n’existe pas.
NEKTARIOS
L’économie capitaliste, comme on le voit maintenant, était l’économie qui devait venir, non parce qu’elle est naturelle, mais parce qu’elle a gagné ses guerres, d’abord contre l’ancien monde, ensuite contre ses créatures aliénées, travailleurs et consommateurs, quand bien même elles tentaient de se révolter.
Le rêve des capitalistes est la fin de l’histoire : « plus rien après moi ».
La lutte essentielle est dans le dépassement de cette préhistoire de l’humanité qu’auront été les premières formes du développement de l’économie pour elle même.
Le dépassement nécessaire de cette préhistoire est l’enjeu, quoique partiellement inconscient puisque refoulé, des luttes actuelles.
L’échec de ces luttes sera aussi l’échec d’un système qui arrive à la fin de son histoire, bien qu'il est tous les moyens de mettre fin à l’histoire tout court.
FÛ MAN SHOW
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samedi 9 avril 2011
Pour une troisième voie économique (MICHEL DRAC)
Conférence de Michel Drac au Local, rue de Javel, 7 avril 2011, à l’invitation du mouvement Troisième Voie.
TEXTE DE L’INTERVENTION
Bonjour mesdames et messieurs,
J’ai aujourd’hui l’honneur de m’adresser à vous à l’invitation de Serge Ayoub. Je ne suis pas membre de Troisième Voie, l’expérience m’ayant enseigné qu’un engagement politique est incompatible avec le recul attendu d’un analyste impartial. Pour autant, je me considère comme un compagnon de route de votre mouvement. J’ai en effet coécrit, avec Serge et un mystérieux « M. Thibaud », un petit ouvrage, « G5G, la guerre de cinquième génération », dont certaines idées se retrouveront sans doute, à l’avenir, dans votre Troisième Voie.
C’est pourquoi, quand Serge m’a demandé une contribution à votre réflexion sur l’économie, j’ai immédiatement accepté. De toute manière, le moment est excellent pour proposer des voies nouvelles. Après tout, ce que nous allons vivre dans les vingt ans qui viennent, c’est la fin d’un monde. Alors profitons-en pour dessiner, dès à présent, ce que nous espérons pour le monde d’après.
Entendons-nous bien : cette formule, « la fin d’un monde », n’est pas une « manière de parler ». C’est l’exacte réalité, nous vivons, tous ici, depuis notre naissance, dans un monde : le monde de la consommation, de la confiance en l’avenir et du crédit. Nous allons, dans les deux décennies qui viennent, basculer dans un autre monde : le monde de la rareté, de la méfiance devant l’avenir et de la menace.
Nous sommes à la veille de constater la faillite du monde anglo-saxon. La dernière fois que ça s’est produit, c’était en 1343, sous le règne d’Edouard III. Cela a entraîné la chute du capitalisme médiéval, conditionné la prolongation de la guerre dite de Cent Ans, et contribué à la division par deux de la population de notre continent. Oyez, oyez, bonnes gens, grand spectacle en perspective ! On ne voit pas ça tous les jours !
C’est comme ça, on n’y peut rien… Essayons de faire une opportunité de cette grande menace : voilà ce dont il doit être question, pour une troisième voie économique.
Mais commençons par prendre l’exacte mesure de la réalité.
Sur le plan financier, la situation actuelle de l’Occident est facile à résumer : c’est la faillite à peu près complète d’à peu près tout le monde. Il y a, dans le système et avant de prendre en compte les produits dérivés, trois ou quatre fois plus de dettes que ce qui est soutenable au regard des taux de croissance actuels. Les évaluations des actifs monétaires sont totalement déconnectées du réel et ne renvoient plus qu’à un immense schéma de Ponzi. Les actifs immobiliers sont estimés sur la base de ce que les baby-boomers étaient prêts à payer pour préparer leur retraite, on va bientôt voir ce qu’ils vaudront quand ces mêmes baby-boomers devront les revendre aux classes démographiques creuses. Les actifs productifs eux-mêmes sont largement surévalués, puisqu’apparemment, personne n’a provisionné les implications des crises énergétiques et écologiques à venir.
En fait, tout l’Occident, c’est ENRON. Tous les occidentaux sont des salariés d’ENRON : ils croient qu’ils ont un boulot, mais en fait, ils n’ont qu’une ligne de crédit sur un compte déjà dans le rouge.
En 2008, les USA et l’Europe se sont offert un répit en sauvant leur système bancaire par les comptes publics. Mais l’Etat salvateur est lui-même totalement démuni. A court terme, la faillite de certains Etats occidentaux devra forcément être constatée, d’une manière ou d’une autre. Va-t-on sauver l’Etat par la Banque, après que la Banque a été sauvée par l’Etat ? Si oui, cela passera par les super-souverains, FMI, BCE. Et après ? Et après, rien. On n’aura fait que reculer pour mieux sauter.
Dans notre situation et à l'intérieur du cadre imposé par la haute finance actuellement au pouvoir, dans l'Etat profond, aux USA et en Europe, il n’y a que trois solutions : admettre qu’on ne peut pas rembourser les dettes, ce qui implique la déflation, puisque les faillites détruisent des revenus ; faire semblant de rembourser en imprimant de la monnaie à tour de bras, ce qui finit toujours par provoquer une inflation, par exemple via les prix des matières premières ou des denrées alimentaires ; ou bien gérer au fil des évènements, une politique de stop and go, pour fabriquer autant que possible une stagflation ou quelque chose qui s’en rapproche.
C’est cette dernière solution que nos élites vont probablement suivre ; tout l’indique à ce stade, en tout cas. Dans les années 1970, cela avait permis de gérer l’abandon de l’étalon-or et les chocs pétroliers ; mais cette fois, la situation est bien plus grave : une stagflation étalée sur dix ans, qui se traduira probablement par une inflation réelle de l’ordre de 10/15 % par an, avec dans le même temps des salaires qui stagneront ou progresseront peu en monnaie courante, voilà le programme. La soupe à la grimace, et il y en aura pour tout le monde ; le tout venant impacter des sociétés ravagées par trente ans de dérive inégalitaire et d’appauvrissement des jeunes au profit des vieux.
Première rupture : c’est la fin de l’ère de la consommation, c’est le début d’une ère de rareté relative. Voire, si certains mécanismes s’emballent, de rareté tout court.
Circonstance aggravante dans ce contexte pour le moins tendu, le système financier international est par terre. Pour l’instant, on a l’impression qu’il est toujours debout parce que tout le monde fait semblant de ne pas voir qu’il est par terre, mais il est bel et bien par terre.
La zone euro sera évidemment à brève échéance contrainte à un réaménagement drastique ; ce sera peut-être une explosion pure et simple entre une zone mark et une zone franc, peut-être le passage à un euro monnaie commune mais pas unique, peut-être une assez improbable sortie de crise par l’inflation, une inflation orchestrée par la BCE – une issue assez improbable vu les positions allemandes sur la question.
Mais en tout cas, ce qui est certain, c’est que la zone euro telle que nous la connaissions, c'est fini. Ça ne pouvait pas durer, de toute manière. En gros, c’était : « empruntez comme des Américains si vous êtes espagnols ou irlandais, négociez vos salaires comme des Français si vous êtes français, et profitez cependant des avantages d’une monnaie forte, à l’Allemande, si vous êtes riches. » Ce genre d’incohérence ne peut pas durer très longtemps. Surtout quand ça crée un système où il n’y a plus aucun outil de contrôle au sein d’un espace allant de Naples à Paris…
Le dollar, lui, n’est plus appuyé sur rien, à part la trouille bleue que le monde entier éprouve devant l’US Army. A ce sujet, pour ceux qui se demanderaient ce que les armées occidentales vont faire en Lybie : non, il ne s’agit pas de défendre les droits de l’homme parce que BHL a prophétisé son oracle. Il s’agit d’implanter une présence militaire euro-américaine pour empêcher par les armes la progression jusque là irrésistible de la Chinafrique, et ainsi conserver les matières premières sous contrôle – la seule raison qu’il reste au monde de vouloir du dollar, c’est en effet qu’on en a besoin pour acheter du pétrole et des matières premières.
Conclusion : le système que l’Occident est en train de mettre en place, en gros, c’est le durcissement de la structure de classes en interne, et l’impérialisme à l’extérieur, pour défendre le pouvoir de la haute finance, principalement anglo-saxonne, en confisquant les matières premières et les énergies. Soit l’impérialisme pour sauver l’hypercentralisme du capital privé.
Techniquement, ça rappelle assez certaines logiques des années 30, n’est-ce pas ?
Militants de Troisième Voie, à l’avenir, quand on vous traitera de fascistes, vous pourrez répondre à bon droit que vous l’êtes en tout cas moins que les gens que vous combattez ! Une réponse alternative serait que vous assumez les bons côtés du fascisme-projet, alors que les dirigeants actuels du capitalisme globalisé incarnent les mauvais côtés du fascisme-Etat, mais ce genre de nuances est probablement incompréhensible pour la plupart des gens…
Bref, revenons au sujet.
En face de ce fascisme bancaire occidental, un contre-pôle apparaît. En gros, c’est l’Organisation de Coopération de Shanghai, c'est-à-dire principalement l’alliance sino-russe, avec l’Inde en arrière-plan, même si elle n’a pas encore clairement choisi son camp.
Ce contre-pôle, on peut le remarquer au passage, est allié avec une partie du monde musulman, mais ennemi d’une autre partie. Ici comme ailleurs dans l’Histoire, l’unité musulmane apparaît comme un leurre, et ceux qui ont espéré, à une certaine époque, en l’Islam unifié contre l’Empire de la Banque… eh bien ceux-là apparaissent, une fois de plus, comme des rêveurs. Le monde musulman, sur le plan géopolitique, ça n’existe pas. Il y a des pays musulmans, la plupart sont sans force. La Turquie et l’Iran ont un véritable pouvoir régional, mais le face-à-face planétaire, évidemment c’est Chine contre USA, avec l’Europe à ce stade dans le camp américain, et la Russie dans le camp chinois.
Il y a un contre-impérialisme pour défendre l’hypercentralisme du capital d’Etat, et ça n’a rien à voir avec le Grand Jihad Hollywoodien et autres fariboles plus ou moins made in CIA...
Le monde qui émerge, à travers cette confrontation pour l’instant très froide et très indirecte entre OTAN et OCS, c’est un monde de la méfiance. La méfiance de tous devant l’avenir engendre la méfiance de chacun devant les autres. C’est la deuxième rupture : le passage d’un monde de la confiance en l’avenir à un monde de la méfiance devant l’avenir, et donc de la méfiance entre les puissances.
Cette rupture est sinistre, bien sûr, mais il faut aussi reconnaître qu’elle traduit une prise de conscience : les peuples qui ont fait confiance à l’Empire occidental savent maintenant à quoi s’en tenir, quand on leur tient des discours lénifiants sur la démocratie et la société ouverte. Allez parler de société ouverte aux retraités russes, vous allez voir, ils ont des choses à dire à ce sujet…
Bref, revenons au sujet : le temps de la méfiance.
La manifestation concrète de cette méfiance, c’est la décision sino-russe de commercer désormais en roubles et yuans. La signification de cette décision, c’est que la moitié du monde se prépare à sortir du cadre de représentation monétaire promu par l’Occident. La confiance ne règne pas…
Et elle ne règne pas, d’ailleurs, pour de bonnes raisons.
Ce cadre de représentation monétaire, promu par la sphère anglo-saxonne, dominante au sein de l’Occident, est depuis toujours appuyé sur le système du crédit. Ce système du crédit, concrètement, cela consiste à fabriquer, via la dette, une masse monétaire un peu plus importante que les besoins de l’économie réelle, qu’on lance ainsi à la poursuite d’une fiction : l’économie qu’il faut construire pour donner un sous-jacent à la masse monétaire générée par le crédit. De ce cadre de représentation, induit par le système du crédit, découle l’obligation de la croissance.
Au départ, tout cela n’était pas malsain ; cela a pu contribuer à créer de la prospérité. Mais le système a peu à peu dégénéré, au fur et à mesure que le capitalisme butait sur des limites écologiques et énergétiques niées contre toute évidence. La machine économique occidentale s’est ainsi virtualisée jusqu’à définir une véritable paraphrénie, une sorte de discours délirant produit par un cerveau global schizophrène : vous ne pouvez plus rouler en voiture, mais les compagnies automobiles font des bénéfices records ; vous êtes rendus malades par les médicaments, mais l’industrie pharmaceutique prospère. C’est de la folie. Le système économique occidental, depuis quelques décennies, c’est de la folie.
Le résultat contemporain, c’est une course en avant qui a échappé à toute limite, à tout processus de pilotage coordonné, un cerveau global entièrement dominé par une irrésistible « pulsion de croissance », si j’ose dire, en fait un cerveau global psychotique. Un cerveau global qui, parvenu au terme de son évolution, révèle progressivement son caractère psychotique, jusqu’à devenir une sorte de serial killer planétaire, ivre de toute puissance technologique, exactement comme un pervers violent est ivre de puissance devant une victime.
Il y a un moment où il va falloir que nous, occidentaux contemporains, acceptions de nous voir tels que nous sommes, même si c’est douloureux…
Nous sommes une civilisation malade. Nous avons détruit la conscience en anéantissant les cadres religieux qui interposaient des limites, des barrières, entre nous et nos fantasmes de toute-puissance. Nous sommes sortis de la religion, puis nous avons laissé tomber nos idéologies, qui étaient des formes religieuses dégénérées. A présent, nous sommes dans les ténèbres, mais nous ne le savons pas. Nous avançons tels des somnambules, ou plutôt tels des morts vivants, des robots, des créatures programmées par une obsession qui les commande pour leur perte. De la disparition de toute référence à une extériorité transcendante, de l’émergence d’une sorte de projection de nous-mêmes comme point de référence à notre course, est sortie une vision du monde pathologique. Celle d’un Jacques Attali, qui nous présente comme « l’idéal judéo-grec » la double négation de la conscience juive du péché et de la conscience grecque de la nature. Véritablement, c’est une maladie dégénérative.
Nous sommes aussi une civilisation contagieuse. Parce que nous engageons une course indéfinie à la puissance technologique, tout le monde est obligé de nous suivre. Certains n’y parviennent pas : Africains, musulmans, sud-américains, pour l’instant. D’autres y parviennent : Russes et Chinois, Indiens aussi, en partie. Il y a donc d’un côté ceux que nous pouvons détruire, et d’autre part ceux qui sont amenés, à leur façon, à nous suivre pour résister à notre menace – en produisant une menace en sens inverse.
C’est là que nous trouvons la troisième rupture : bienvenu dans le siècle des menaces, et des menaces croisées, réciproques.
Donc, je me résume pour que tout le monde ait les idées claires, voilà la situation : l’ère de la consommation, de la confiance et du crédit, nous a conduits, à l’instant de son retournement, dans l’ère de la rareté, de la méfiance et de la menace.
Et alors la Troisième Voie, dans ce contexte ? J’y viens.
Deux voies existent aujourd’hui. Le système s’arrange toujours plus ou moins pour fabriquer deux voies. Ça ne date pas d’hier…
La première voie est définie par le bloc occidental : c’est le capitalisme de la Banque ; la seconde voie est incarnée désormais par la Chine : c’est le capitalisme de l’Etat. Dans les deux cas, le capitalisme n’a plus grand-chose à voir avec la libre entreprise, encore moins avec la liberté. Il n’y a pas de libre entreprise dans un pays où la Banque déclenche des faillites collectives pour ramasser périodiquement la mise. Il n’y en a pas plus, évidemment, dans un système où l’Etat conserve fondamentalement un contrôle presque total sur la société.
Ces deux voies, chinoises et anglo-saxonnes, n’en font qu’une à long terme. Aucune des deux ne répond aux défis de l’heure. Elles sont produites par le siècle des menaces, mais elles ne permettent pas de répondre aux défis de ce siècle. Dans les deux cas, ce que nous avons, c’est un programme de maximisation de la puissance, une obsession de la croissance quantitative. Ni le modèle américain, ni le modèle chinois ne permettent de définir un avenir humain dans un monde où l’impératif de croissance va buter sur ses impératifs écologiques, énergétiques, mais aussi psychosociaux.
En fait, ces deux modèles supposent implicitement un rebond technologique avant la date fatidique où les catastrophes convergent, entre 2020 et 2030. Mais ce rebond paraît très improbable. L’énergie de fusion, les ordinateurs quantiques… on nous promet tant de choses. Mais en pratique, ce que l’on voit, c’est un déluge de gadgets, une multiplication des micro-innovations d’un intérêt de plus en plus douteux.
La voie du capitalisme financiarisé, virtualisé, à l’occidentale, nous conduit vers un monde où le Capital privé, devenu maître de l’Etat, bâtit un pôle de puissance et de richesse prédateur et restreint, dominant un contre-pôle de pauvreté et d’impuissance, formé par une masse dominée. C’est le monde créé par la toute-puissance de la Banque virtualisée, toute-puissance prédatrice et corruptrice, racine de presque tous nos maux, en réalité. Fondamentalement, le cœur de cette voie se trouve dans les pays anglo-saxons et en Israël. Précisons que les peuples américains, anglais ou israéliens n’y sont, dans leur écrasante majorité, pour rien ou à peu près ; ils se trouvent simplement que le Capital a élu domicile chez eux. Ils commencent d’ailleurs à figurer parmi les victimes les plus cruellement attaquées, d’ailleurs, s’agissant en tout cas des Américains et des Anglais.
La voie du capitalisme encore industriel, à la chinoise, nous conduit exactement vers le même monde, avec deux ou trois décennies de retard, malgré la vitesse étonnante du décollage chinois. Le capitalisme de l’Etat, tout en haut de la structure, donne peut-être à la voie chinoise, à ce stade, une plus grande cohérence. Mais ne nous y trompons pas, cette cohérence n’est pas mise au service de la liberté, de la dignité des êtres ordinaires. Le système chinois a l’immense mérite de parvenir à gérer un pays d’un milliard trois cent millions d’habitants. Mais ce n’est pas un système que nous, européens, pouvons envier.
En pratique et en profondeur, Chine, USA, cela revient au même : c’est le modèle d’une humanité à deux vitesses, pour mettre en cohérence le maintien du niveau de l’empreinte écologique démesurée des riches et l’harmonisation des structures de classes à l’échelle planétaire. Deux voies s’opposent, mais elles s’opposent pour se cautionner, et pour conduire, par leur opposition, à un unique modèle. Lire Jacques Attali, pour savoir ce qu’est ce modèle.
Chine-USA, une opposition en forme de piège. Une ruse de l’Histoire. Ou plutôt : de ceux qui font l’Histoire.
Mais c’est aussi une opportunité, car à la charnière de ces deux voies opposées par leur origine, et convergentes par leur dynamique, une troisième voie peut apparaître.
Cette troisième voie, c’est notre espoir.
Le duopole sino-américain est en crise. Il y a une sorte de course de vitesse entre deux phénomènes historiques : d’une part la confiscation progressive du pouvoir par une hyperclasse mondialisée qui a encore, sans doute, besoin de plusieurs décennies pour prendre vraiment conscience d’elle-même à l’échelle globale ; d’autre part l’implosion de l’empire jusque là dominant, celui du capitalisme occidental, et une transition complexe à gérer vers une nouvelle structure, au sein de laquelle la Chine risque d’être prédominante. La super-crise sociale et la super-crise géopolitique : laquelle des deux va surdéterminer l’autre ?
Alors, à tout moment, l’opposition de façade entre capitalisme occidental et capitalisme asiatique peut devenir autre chose qu’une opposition de façade. Le système global n’est pas stabilisé ; il faudra encore plusieurs décennies pour le stabiliser.
Et c’est donc pendant ce moment historique, entre l’ère impérialiste occidentale et l’ère de l’hyperclasse globalisée, et à la charnière entre les deux sphères occidentale et asiatique, c’est ici et maintenant, que peut se trouver une des rares lueurs d’espoir de notre époque : l’hypothèse d’une renaissance européenne, pour une troisième voie, ni américaine, ni asiatique.
Le monde a besoin d’un retour à l’esprit de limitation, parce que nous sortons de la consommation et entrons dans la rareté. Le monde a besoin d’une proposition de société qui préfère l’équilibre à la croissance, parce que nous sortons du temps de la confiance aveugle en l’avenir, parce que nous entrons dans l’ère de la méfiance. Et par-dessus tout, le monde a besoin d’une capacité à construire la paix et la stabilité, parce qu’il est, désormais, le monde de la menace. Ces caractéristiques, limitation, équilibre, stabilité, ne peuvent être apportées ni par l’économie atlantique contemporaine, véritable prolifération cancéreuse de la valeur comptable sans contrepartie réelle, machine à secréter le déséquilibre destructeur, ni par une économie chinoise pour l’instant éclatante de santé, mais caractérisée en profondeur par des déséquilibres sociaux gravissimes, qui finiront par pousser Pékin à s’engager dans un impérialisme adapté à la donne chinoise.
Dans un tel contexte, la définition d’une troisième voie par un troisième pôle est une espérance pour le monde.
Cette troisième voie, sa définition suppose d’une part qu’une force émerge qui puisse dire non à l’impérialisme anglo-saxon, d’autre part que ce refus soit accompagné d’une proposition positive de refondation.
La force, pour liquider l’énorme masse de dettes en la soldant sur la finance spéculative – ce qui suppose, pour que le voleur rende gorge, que la puissance de l’US Army et des réseaux d’influence de l’Empire occidental, gardiens du pouvoir de la Banque, trouve en face d’elle une puissance dissuasive, de force sinon égale, au moins comparable. La force, en somme, pour préempter la crise géopolitique, pour l’utiliser comme un levier, au lieu de la subir.
Et la proposition de refondation, c’est la fin, ou plutôt le dépassement de la psychose occidentale. Si notre civilisation a fabriqué cette psychose, c’est d’abord parce qu’elle avait pris énormément d’avance sur les autres civilisations du globe. Ceci implique aussi que nous pouvons, peut-être, trouver les premiers le remède à la maladie que nous avons répandue.
Ce remède, on le connaît tous en réalité. Arrêtons de tourner autour du pot : très concrètement, il s’agit de convaincre les riches qu’ils vivront une vie bien plus intéressante en partageant. Hors de là, pas de salut. Un processus d’imitation parcourt la structure sociale et la modèle de haut en bas. Nous devons en changer le contenu, pour qu’il répande à nouveau, à travers toutes les couches de la société, les valeurs supérieures du courage, de l’ascèse, du partage, et de la protection du faible par le fort en somme. Bref, il faut en finir avec le règne des marchands.
Si l’on a pu s’illusionner un instant sur une possible révolution conservatrice aux USA, il devient désormais évident que nous ne trouverons pas la formule de cette réhabilitation des valeurs supérieures dans un monde atlantique qui nous domine, mais qui illustre, jour après jour, sa renonciation à toute décence. Nos traditions de l’Europe continentale sont notre dernier espoir, voilà ce qu’il nous faut raviver si nous ne voulons pas périr.
Bref, qu’il s’agisse de constituer un pôle de puissance ou de lui donner une substance, c’est toujours par un choix géostratégique que peut et doit commencer toute « troisième voie économique » : nous devons choisir le contrepoids à la puissance et aux valeurs d’un monde atlantique malade et prédateur, qui nous fait crever parce qu’il héberge, pour l’instant du moins, la Banque, le Capital parasitaire. Demain, peut-être, une deuxième révolution américaine me fera mentir.
Mais pour l’instant, nous savons tous où se trouve l’alternative : dans l’alliance russe.
Et nous savons tous, aussi, comment cette alliance peut s’organiser. Depuis que Vladimir Poutine a publié dans la Süddeutsche Zeitung un plaidoyer pour un espace économique de Lisbonne à Vladivostok, tout le monde a pu constater que le Kremlin veut l’alliance européenne – ce qui est parfaitement logique, puisque cela installe la Russie en pont terrestre entre l’Europe et l’Asie. Et tout le monde a pu constater, aussi, que la proposition a été formulée en allemand, ce qui, là encore, n’étonnera personne, du moins parmi les gens qui se sont intéressés, ces dernières années, à la progression fulgurante du commerce germano-russe.
Bref, le nom concret de l’alliance russe, c’est : Paris-Berlin-Moscou.
Alors soyons clair : si vous vous demandez, parmi les gens qui vous parlent, qui est du côté des peuples, il y a deux questions à poser. La première, évidente, c’est : êtes-vous pour le retour à la souveraineté monétaire des Etats, donc pour l’abolition de la loi de 1973 interdisant à la Banque de France d’accepter les effets du Trésor à l’escompte. La deuxième, moins évidente mais tout aussi cruciale, c’est : êtes-vous pour une alliance Paris-Berlin-Moscou ?
Ceux qui répondent oui aux deux questions veulent une troisième voie économique.
Ceux qui répondent oui à la première question, la loi de 73, mais non à la seconde, Paris-Berlin-Moscou, sont de doux rêveurs, qui n’ont pas pris conscience des vrais rapports de force.
Vous en trouverez aussi qui répondent oui à la deuxième question, Paris-Berlin-Moscou, mais non à la première, la loi de 1973. Ceux-là veulent en réalité positionner le pouvoir bancaire au cœur d’une future économie continentale – car, il faut bien le comprendre, ce pouvoir, aujourd’hui logé dans le monde atlantique, peut très bien, demain, se repositionner dans un cadre différent, y compris à travers un axe Berlin-Moscou maîtrisé, en réalité, par les banques d’affaires. La politique et l’économie sérieuses, ce n’est jamais simple.
Mais supposons que tous les écueils ont été contournés. Supposons qu’un nouveau pouvoir, en France et en Allemagne, sans rompre totalement les liens avec les USA, engage réellement l’Europe dans une troisième voie économique…
Imaginons que le rêve esquissé par Vladimir Poutine dans la Süddeutsche Zeitung est devenu réalité. En quoi consiste alors la troisième voie ?
Oh, ça n’a rien de bien sorcier : c’est d’une part le relèvement de tout ce qui a été abattu par un demi-siècle de despotisme bancaire, et d’autre part l’adaptation de ces dispositifs restaurés à la nouvelle donne créée par les défis du XXI° siècle, des défis qui ne seront pas ceux du XX° siècle.
En France, en gros, il faut refaire le Conseil National de la Résistance, en nous souvenant que l’enjeu n’est plus tant de sortir de la pauvreté que d’organiser une aisance écologiquement responsable. En Allemagne, il faut revenir, là encore sous des formes renouvelées, à ce qui s’appelle, là-bas, l’économie sociale de marché et la cogestion. Et en Russie, il faut continuer le bon travail fait, depuis dix ans, par Poutine, en tirant profit des avantages considérables que la Russie peut espérer d’un investissement technologique européen. Nous avons notre hinterland à développer, il s’appelle la Sibérie, et il est immense. Croyez-moi, si nous osons renaître, nous ne sommes pas les plus mal placés sur terre…
On peut tout à fait imaginer que progressivement ces modèles européens, ces projets nationaux inscrits en Europe, se rapprochent et, dans une certaine mesure, fusionnent. Il est hors de doute qu’il existe aujourd’hui en France un intérêt pour ce que l’Allemagne a réussi mieux que nous ; une partie de cet intérêt est obscène : cette partie renvoie au fantasme que le pouvoir capitaliste français a toujours entretenu à l’égard de la société germanique hiérarchisée. Mais une autre partie de cet intérêt est tout à fait sain : le fait est que la cogestion et l’économie sociale de marché, eh bien cela marche tout simplement, dans certains domaines, mieux que la planification indicative à la française – même si dans d’autres domaines, c’est le système français qui s’impose.
D’ailleurs, il existe aujourd’hui en Allemagne un vif intérêt pour l’esprit de solidarité français – évidemment, les médias dominants, ici, ne vous en parlent pas, mais savez-vous que récemment, un sondage a révélé que 75 % des Allemands approuvaient une grève dure dans les chemins de fer, parce qu’ils estiment la rigueur excessive ? Vous a-t-on parlé des manifestations importantes qui viennent de secouer la Saxe, à peu près là d’où est parti, en 1989, le mouvement qui devait mettre la RDA par terre… Non, évidemment : vous comptez compter sur les médias français quand il s’agit de ne pas vous informer de ces choses. On préfère vous expliquer que les Allemands bossent dur et ferment leur gueule, et que vous devriez faire pareil. Eh bien, sachez-le, on vous ment : en Allemagne, il n’y a pas que des patrons et des retraités, il y a aussi une population qui souffre. Rien ne dit que cette population acceptera éternellement d’être le prisonnier modèle de la nouvelle prison des peuples, j’ai nommé l’Union Européenne bruxelloise…
En fait, ce qui se passe en ce moment, c’est que l’Europe est en train d’hésiter entre conclure son suicide et renaître.
Si nous ne parvenons pas à triompher de la dictature des marchés financiers, si nous devenons les auxiliaires du combat d’une soi-disant voie occidentale vers la société de l’injustice, contre une voie asiatique conduisant d’ailleurs elle aussi à cette même société de l’injustice… bref, si nous nous laissons entraîner dans une voie que nous n’avons pas choisie, les gens qui nous ont poussé au suicide finiront leur travail.
Mais il y a une autre voie.
La voie qui consiste, tout simplement, à décider nous-mêmes de notre avenir. Restaurer notre souveraineté nationale, l’insérer dans un ordre européen reposant sur une alliance structurelle entre des puissances européennes souveraines, mais coordonnées par un système d’agences, souple et réactif. Utiliser le formidable levier de puissance de cette alliance pour reconquérir les instruments de la souveraineté monétaire. Utiliser la souveraineté monétaire pour opérer, à l’échelle d’un espace eurosibérien coordonné, une véritable refondation monétaire. Profiter de cette refondation monétaire pour faire, à l’échelle de cet immense espace eurosibérien, ce que jadis, en plus petit, l’alliance des résistants dans le CNR avait fait en France, ou encore ce que, d’une autre manière, les politiques habiles et raisonnables firent en Allemagne, dans les années 50. Redistribuer les revenus. Dompter le capitalisme. L’obliger à produire, sans violence inutile, sans contrainte autre que celle strictement nécessaire, la dose exacte de socialisme qui doit servir de contrepoids à un libéralisme sain, un libéralisme des entrepreneurs. Et choisir, ainsi, à travers l’économie, qui n’est qu’un outil, la renaissance de nos vieux peuples.
On sait tous très bien ce qu’il faut faire. Et on sait tous très bien que la seule chose qui nous empêche de le faire, c’est, tout simplement, le pouvoir des riches, des très riches. Il faut, donc, tout simplement, briser ce pouvoir, là où il est à ce stade concentré : dans l’Anglosphère. La troisième voie, c’est la voie qui conduit à remporter cette bataille-là.
C’est possible. Mon opinion est qu’il y a très peu de chances pour que cela arrive, je ne vous le cacherai pas. Mais c’est possible, et c’est absolument la dernière chance, le dernier arrêt pour descendre et changer de train. Après, le programme, c’est highway to hell.
Donc, en conclusion, voilà à quoi, à mon avis, doit correspondre la troisième voie économique défendue par votre mouvement : saisir la dernière chance de l’Europe.
Evidemment, on dira qu’il y a un extraordinaire décalage entre cette ambition et vos moyens. A quoi bon, dira-t-on, parler de ces questions à des gens si peu nombreux, si peu puissants ?
A cette objection, je répondrai qu’on ne vous demande pas, à vous du mouvement Troisième Voie, d’être plus que des auxiliaires dans ce grand combat.
A ceux qui s’étonnent, ici ou là, que je sois un compagnon de route de votre mouvement, je réponds en général ceci : quand on va passer aux choses sérieuses, ce qui arrivera forcément dans quelques années, et nous le savons tous… quand on va passer aux choses sérieuses, donc, vous préférez les trouver où, les jeunes gars de cette tendance : en face de vous, ou à côté de vous ?
Et donc, voilà pourquoi j’espère, militants et sympathisants du mouvement Troisième Voie, vous avoir, en bon compagnon de route, un peu aidé aujourd’hui à choisir le bon combat.
TEXTE DE L’INTERVENTION
Bonjour mesdames et messieurs,
J’ai aujourd’hui l’honneur de m’adresser à vous à l’invitation de Serge Ayoub. Je ne suis pas membre de Troisième Voie, l’expérience m’ayant enseigné qu’un engagement politique est incompatible avec le recul attendu d’un analyste impartial. Pour autant, je me considère comme un compagnon de route de votre mouvement. J’ai en effet coécrit, avec Serge et un mystérieux « M. Thibaud », un petit ouvrage, « G5G, la guerre de cinquième génération », dont certaines idées se retrouveront sans doute, à l’avenir, dans votre Troisième Voie.
C’est pourquoi, quand Serge m’a demandé une contribution à votre réflexion sur l’économie, j’ai immédiatement accepté. De toute manière, le moment est excellent pour proposer des voies nouvelles. Après tout, ce que nous allons vivre dans les vingt ans qui viennent, c’est la fin d’un monde. Alors profitons-en pour dessiner, dès à présent, ce que nous espérons pour le monde d’après.
Entendons-nous bien : cette formule, « la fin d’un monde », n’est pas une « manière de parler ». C’est l’exacte réalité, nous vivons, tous ici, depuis notre naissance, dans un monde : le monde de la consommation, de la confiance en l’avenir et du crédit. Nous allons, dans les deux décennies qui viennent, basculer dans un autre monde : le monde de la rareté, de la méfiance devant l’avenir et de la menace.
Nous sommes à la veille de constater la faillite du monde anglo-saxon. La dernière fois que ça s’est produit, c’était en 1343, sous le règne d’Edouard III. Cela a entraîné la chute du capitalisme médiéval, conditionné la prolongation de la guerre dite de Cent Ans, et contribué à la division par deux de la population de notre continent. Oyez, oyez, bonnes gens, grand spectacle en perspective ! On ne voit pas ça tous les jours !
C’est comme ça, on n’y peut rien… Essayons de faire une opportunité de cette grande menace : voilà ce dont il doit être question, pour une troisième voie économique.
Mais commençons par prendre l’exacte mesure de la réalité.
Sur le plan financier, la situation actuelle de l’Occident est facile à résumer : c’est la faillite à peu près complète d’à peu près tout le monde. Il y a, dans le système et avant de prendre en compte les produits dérivés, trois ou quatre fois plus de dettes que ce qui est soutenable au regard des taux de croissance actuels. Les évaluations des actifs monétaires sont totalement déconnectées du réel et ne renvoient plus qu’à un immense schéma de Ponzi. Les actifs immobiliers sont estimés sur la base de ce que les baby-boomers étaient prêts à payer pour préparer leur retraite, on va bientôt voir ce qu’ils vaudront quand ces mêmes baby-boomers devront les revendre aux classes démographiques creuses. Les actifs productifs eux-mêmes sont largement surévalués, puisqu’apparemment, personne n’a provisionné les implications des crises énergétiques et écologiques à venir.
En fait, tout l’Occident, c’est ENRON. Tous les occidentaux sont des salariés d’ENRON : ils croient qu’ils ont un boulot, mais en fait, ils n’ont qu’une ligne de crédit sur un compte déjà dans le rouge.
En 2008, les USA et l’Europe se sont offert un répit en sauvant leur système bancaire par les comptes publics. Mais l’Etat salvateur est lui-même totalement démuni. A court terme, la faillite de certains Etats occidentaux devra forcément être constatée, d’une manière ou d’une autre. Va-t-on sauver l’Etat par la Banque, après que la Banque a été sauvée par l’Etat ? Si oui, cela passera par les super-souverains, FMI, BCE. Et après ? Et après, rien. On n’aura fait que reculer pour mieux sauter.
Dans notre situation et à l'intérieur du cadre imposé par la haute finance actuellement au pouvoir, dans l'Etat profond, aux USA et en Europe, il n’y a que trois solutions : admettre qu’on ne peut pas rembourser les dettes, ce qui implique la déflation, puisque les faillites détruisent des revenus ; faire semblant de rembourser en imprimant de la monnaie à tour de bras, ce qui finit toujours par provoquer une inflation, par exemple via les prix des matières premières ou des denrées alimentaires ; ou bien gérer au fil des évènements, une politique de stop and go, pour fabriquer autant que possible une stagflation ou quelque chose qui s’en rapproche.
C’est cette dernière solution que nos élites vont probablement suivre ; tout l’indique à ce stade, en tout cas. Dans les années 1970, cela avait permis de gérer l’abandon de l’étalon-or et les chocs pétroliers ; mais cette fois, la situation est bien plus grave : une stagflation étalée sur dix ans, qui se traduira probablement par une inflation réelle de l’ordre de 10/15 % par an, avec dans le même temps des salaires qui stagneront ou progresseront peu en monnaie courante, voilà le programme. La soupe à la grimace, et il y en aura pour tout le monde ; le tout venant impacter des sociétés ravagées par trente ans de dérive inégalitaire et d’appauvrissement des jeunes au profit des vieux.
Première rupture : c’est la fin de l’ère de la consommation, c’est le début d’une ère de rareté relative. Voire, si certains mécanismes s’emballent, de rareté tout court.
Circonstance aggravante dans ce contexte pour le moins tendu, le système financier international est par terre. Pour l’instant, on a l’impression qu’il est toujours debout parce que tout le monde fait semblant de ne pas voir qu’il est par terre, mais il est bel et bien par terre.
La zone euro sera évidemment à brève échéance contrainte à un réaménagement drastique ; ce sera peut-être une explosion pure et simple entre une zone mark et une zone franc, peut-être le passage à un euro monnaie commune mais pas unique, peut-être une assez improbable sortie de crise par l’inflation, une inflation orchestrée par la BCE – une issue assez improbable vu les positions allemandes sur la question.
Mais en tout cas, ce qui est certain, c’est que la zone euro telle que nous la connaissions, c'est fini. Ça ne pouvait pas durer, de toute manière. En gros, c’était : « empruntez comme des Américains si vous êtes espagnols ou irlandais, négociez vos salaires comme des Français si vous êtes français, et profitez cependant des avantages d’une monnaie forte, à l’Allemande, si vous êtes riches. » Ce genre d’incohérence ne peut pas durer très longtemps. Surtout quand ça crée un système où il n’y a plus aucun outil de contrôle au sein d’un espace allant de Naples à Paris…
Le dollar, lui, n’est plus appuyé sur rien, à part la trouille bleue que le monde entier éprouve devant l’US Army. A ce sujet, pour ceux qui se demanderaient ce que les armées occidentales vont faire en Lybie : non, il ne s’agit pas de défendre les droits de l’homme parce que BHL a prophétisé son oracle. Il s’agit d’implanter une présence militaire euro-américaine pour empêcher par les armes la progression jusque là irrésistible de la Chinafrique, et ainsi conserver les matières premières sous contrôle – la seule raison qu’il reste au monde de vouloir du dollar, c’est en effet qu’on en a besoin pour acheter du pétrole et des matières premières.
Conclusion : le système que l’Occident est en train de mettre en place, en gros, c’est le durcissement de la structure de classes en interne, et l’impérialisme à l’extérieur, pour défendre le pouvoir de la haute finance, principalement anglo-saxonne, en confisquant les matières premières et les énergies. Soit l’impérialisme pour sauver l’hypercentralisme du capital privé.
Techniquement, ça rappelle assez certaines logiques des années 30, n’est-ce pas ?
Militants de Troisième Voie, à l’avenir, quand on vous traitera de fascistes, vous pourrez répondre à bon droit que vous l’êtes en tout cas moins que les gens que vous combattez ! Une réponse alternative serait que vous assumez les bons côtés du fascisme-projet, alors que les dirigeants actuels du capitalisme globalisé incarnent les mauvais côtés du fascisme-Etat, mais ce genre de nuances est probablement incompréhensible pour la plupart des gens…
Bref, revenons au sujet.
En face de ce fascisme bancaire occidental, un contre-pôle apparaît. En gros, c’est l’Organisation de Coopération de Shanghai, c'est-à-dire principalement l’alliance sino-russe, avec l’Inde en arrière-plan, même si elle n’a pas encore clairement choisi son camp.
Ce contre-pôle, on peut le remarquer au passage, est allié avec une partie du monde musulman, mais ennemi d’une autre partie. Ici comme ailleurs dans l’Histoire, l’unité musulmane apparaît comme un leurre, et ceux qui ont espéré, à une certaine époque, en l’Islam unifié contre l’Empire de la Banque… eh bien ceux-là apparaissent, une fois de plus, comme des rêveurs. Le monde musulman, sur le plan géopolitique, ça n’existe pas. Il y a des pays musulmans, la plupart sont sans force. La Turquie et l’Iran ont un véritable pouvoir régional, mais le face-à-face planétaire, évidemment c’est Chine contre USA, avec l’Europe à ce stade dans le camp américain, et la Russie dans le camp chinois.
Il y a un contre-impérialisme pour défendre l’hypercentralisme du capital d’Etat, et ça n’a rien à voir avec le Grand Jihad Hollywoodien et autres fariboles plus ou moins made in CIA...
Le monde qui émerge, à travers cette confrontation pour l’instant très froide et très indirecte entre OTAN et OCS, c’est un monde de la méfiance. La méfiance de tous devant l’avenir engendre la méfiance de chacun devant les autres. C’est la deuxième rupture : le passage d’un monde de la confiance en l’avenir à un monde de la méfiance devant l’avenir, et donc de la méfiance entre les puissances.
Cette rupture est sinistre, bien sûr, mais il faut aussi reconnaître qu’elle traduit une prise de conscience : les peuples qui ont fait confiance à l’Empire occidental savent maintenant à quoi s’en tenir, quand on leur tient des discours lénifiants sur la démocratie et la société ouverte. Allez parler de société ouverte aux retraités russes, vous allez voir, ils ont des choses à dire à ce sujet…
Bref, revenons au sujet : le temps de la méfiance.
La manifestation concrète de cette méfiance, c’est la décision sino-russe de commercer désormais en roubles et yuans. La signification de cette décision, c’est que la moitié du monde se prépare à sortir du cadre de représentation monétaire promu par l’Occident. La confiance ne règne pas…
Et elle ne règne pas, d’ailleurs, pour de bonnes raisons.
Ce cadre de représentation monétaire, promu par la sphère anglo-saxonne, dominante au sein de l’Occident, est depuis toujours appuyé sur le système du crédit. Ce système du crédit, concrètement, cela consiste à fabriquer, via la dette, une masse monétaire un peu plus importante que les besoins de l’économie réelle, qu’on lance ainsi à la poursuite d’une fiction : l’économie qu’il faut construire pour donner un sous-jacent à la masse monétaire générée par le crédit. De ce cadre de représentation, induit par le système du crédit, découle l’obligation de la croissance.
Au départ, tout cela n’était pas malsain ; cela a pu contribuer à créer de la prospérité. Mais le système a peu à peu dégénéré, au fur et à mesure que le capitalisme butait sur des limites écologiques et énergétiques niées contre toute évidence. La machine économique occidentale s’est ainsi virtualisée jusqu’à définir une véritable paraphrénie, une sorte de discours délirant produit par un cerveau global schizophrène : vous ne pouvez plus rouler en voiture, mais les compagnies automobiles font des bénéfices records ; vous êtes rendus malades par les médicaments, mais l’industrie pharmaceutique prospère. C’est de la folie. Le système économique occidental, depuis quelques décennies, c’est de la folie.
Le résultat contemporain, c’est une course en avant qui a échappé à toute limite, à tout processus de pilotage coordonné, un cerveau global entièrement dominé par une irrésistible « pulsion de croissance », si j’ose dire, en fait un cerveau global psychotique. Un cerveau global qui, parvenu au terme de son évolution, révèle progressivement son caractère psychotique, jusqu’à devenir une sorte de serial killer planétaire, ivre de toute puissance technologique, exactement comme un pervers violent est ivre de puissance devant une victime.
Il y a un moment où il va falloir que nous, occidentaux contemporains, acceptions de nous voir tels que nous sommes, même si c’est douloureux…
Nous sommes une civilisation malade. Nous avons détruit la conscience en anéantissant les cadres religieux qui interposaient des limites, des barrières, entre nous et nos fantasmes de toute-puissance. Nous sommes sortis de la religion, puis nous avons laissé tomber nos idéologies, qui étaient des formes religieuses dégénérées. A présent, nous sommes dans les ténèbres, mais nous ne le savons pas. Nous avançons tels des somnambules, ou plutôt tels des morts vivants, des robots, des créatures programmées par une obsession qui les commande pour leur perte. De la disparition de toute référence à une extériorité transcendante, de l’émergence d’une sorte de projection de nous-mêmes comme point de référence à notre course, est sortie une vision du monde pathologique. Celle d’un Jacques Attali, qui nous présente comme « l’idéal judéo-grec » la double négation de la conscience juive du péché et de la conscience grecque de la nature. Véritablement, c’est une maladie dégénérative.
Nous sommes aussi une civilisation contagieuse. Parce que nous engageons une course indéfinie à la puissance technologique, tout le monde est obligé de nous suivre. Certains n’y parviennent pas : Africains, musulmans, sud-américains, pour l’instant. D’autres y parviennent : Russes et Chinois, Indiens aussi, en partie. Il y a donc d’un côté ceux que nous pouvons détruire, et d’autre part ceux qui sont amenés, à leur façon, à nous suivre pour résister à notre menace – en produisant une menace en sens inverse.
C’est là que nous trouvons la troisième rupture : bienvenu dans le siècle des menaces, et des menaces croisées, réciproques.
Donc, je me résume pour que tout le monde ait les idées claires, voilà la situation : l’ère de la consommation, de la confiance et du crédit, nous a conduits, à l’instant de son retournement, dans l’ère de la rareté, de la méfiance et de la menace.
Et alors la Troisième Voie, dans ce contexte ? J’y viens.
Deux voies existent aujourd’hui. Le système s’arrange toujours plus ou moins pour fabriquer deux voies. Ça ne date pas d’hier…
La première voie est définie par le bloc occidental : c’est le capitalisme de la Banque ; la seconde voie est incarnée désormais par la Chine : c’est le capitalisme de l’Etat. Dans les deux cas, le capitalisme n’a plus grand-chose à voir avec la libre entreprise, encore moins avec la liberté. Il n’y a pas de libre entreprise dans un pays où la Banque déclenche des faillites collectives pour ramasser périodiquement la mise. Il n’y en a pas plus, évidemment, dans un système où l’Etat conserve fondamentalement un contrôle presque total sur la société.
Ces deux voies, chinoises et anglo-saxonnes, n’en font qu’une à long terme. Aucune des deux ne répond aux défis de l’heure. Elles sont produites par le siècle des menaces, mais elles ne permettent pas de répondre aux défis de ce siècle. Dans les deux cas, ce que nous avons, c’est un programme de maximisation de la puissance, une obsession de la croissance quantitative. Ni le modèle américain, ni le modèle chinois ne permettent de définir un avenir humain dans un monde où l’impératif de croissance va buter sur ses impératifs écologiques, énergétiques, mais aussi psychosociaux.
En fait, ces deux modèles supposent implicitement un rebond technologique avant la date fatidique où les catastrophes convergent, entre 2020 et 2030. Mais ce rebond paraît très improbable. L’énergie de fusion, les ordinateurs quantiques… on nous promet tant de choses. Mais en pratique, ce que l’on voit, c’est un déluge de gadgets, une multiplication des micro-innovations d’un intérêt de plus en plus douteux.
La voie du capitalisme financiarisé, virtualisé, à l’occidentale, nous conduit vers un monde où le Capital privé, devenu maître de l’Etat, bâtit un pôle de puissance et de richesse prédateur et restreint, dominant un contre-pôle de pauvreté et d’impuissance, formé par une masse dominée. C’est le monde créé par la toute-puissance de la Banque virtualisée, toute-puissance prédatrice et corruptrice, racine de presque tous nos maux, en réalité. Fondamentalement, le cœur de cette voie se trouve dans les pays anglo-saxons et en Israël. Précisons que les peuples américains, anglais ou israéliens n’y sont, dans leur écrasante majorité, pour rien ou à peu près ; ils se trouvent simplement que le Capital a élu domicile chez eux. Ils commencent d’ailleurs à figurer parmi les victimes les plus cruellement attaquées, d’ailleurs, s’agissant en tout cas des Américains et des Anglais.
La voie du capitalisme encore industriel, à la chinoise, nous conduit exactement vers le même monde, avec deux ou trois décennies de retard, malgré la vitesse étonnante du décollage chinois. Le capitalisme de l’Etat, tout en haut de la structure, donne peut-être à la voie chinoise, à ce stade, une plus grande cohérence. Mais ne nous y trompons pas, cette cohérence n’est pas mise au service de la liberté, de la dignité des êtres ordinaires. Le système chinois a l’immense mérite de parvenir à gérer un pays d’un milliard trois cent millions d’habitants. Mais ce n’est pas un système que nous, européens, pouvons envier.
En pratique et en profondeur, Chine, USA, cela revient au même : c’est le modèle d’une humanité à deux vitesses, pour mettre en cohérence le maintien du niveau de l’empreinte écologique démesurée des riches et l’harmonisation des structures de classes à l’échelle planétaire. Deux voies s’opposent, mais elles s’opposent pour se cautionner, et pour conduire, par leur opposition, à un unique modèle. Lire Jacques Attali, pour savoir ce qu’est ce modèle.
Chine-USA, une opposition en forme de piège. Une ruse de l’Histoire. Ou plutôt : de ceux qui font l’Histoire.
Mais c’est aussi une opportunité, car à la charnière de ces deux voies opposées par leur origine, et convergentes par leur dynamique, une troisième voie peut apparaître.
Cette troisième voie, c’est notre espoir.
Le duopole sino-américain est en crise. Il y a une sorte de course de vitesse entre deux phénomènes historiques : d’une part la confiscation progressive du pouvoir par une hyperclasse mondialisée qui a encore, sans doute, besoin de plusieurs décennies pour prendre vraiment conscience d’elle-même à l’échelle globale ; d’autre part l’implosion de l’empire jusque là dominant, celui du capitalisme occidental, et une transition complexe à gérer vers une nouvelle structure, au sein de laquelle la Chine risque d’être prédominante. La super-crise sociale et la super-crise géopolitique : laquelle des deux va surdéterminer l’autre ?
Alors, à tout moment, l’opposition de façade entre capitalisme occidental et capitalisme asiatique peut devenir autre chose qu’une opposition de façade. Le système global n’est pas stabilisé ; il faudra encore plusieurs décennies pour le stabiliser.
Et c’est donc pendant ce moment historique, entre l’ère impérialiste occidentale et l’ère de l’hyperclasse globalisée, et à la charnière entre les deux sphères occidentale et asiatique, c’est ici et maintenant, que peut se trouver une des rares lueurs d’espoir de notre époque : l’hypothèse d’une renaissance européenne, pour une troisième voie, ni américaine, ni asiatique.
Le monde a besoin d’un retour à l’esprit de limitation, parce que nous sortons de la consommation et entrons dans la rareté. Le monde a besoin d’une proposition de société qui préfère l’équilibre à la croissance, parce que nous sortons du temps de la confiance aveugle en l’avenir, parce que nous entrons dans l’ère de la méfiance. Et par-dessus tout, le monde a besoin d’une capacité à construire la paix et la stabilité, parce qu’il est, désormais, le monde de la menace. Ces caractéristiques, limitation, équilibre, stabilité, ne peuvent être apportées ni par l’économie atlantique contemporaine, véritable prolifération cancéreuse de la valeur comptable sans contrepartie réelle, machine à secréter le déséquilibre destructeur, ni par une économie chinoise pour l’instant éclatante de santé, mais caractérisée en profondeur par des déséquilibres sociaux gravissimes, qui finiront par pousser Pékin à s’engager dans un impérialisme adapté à la donne chinoise.
Dans un tel contexte, la définition d’une troisième voie par un troisième pôle est une espérance pour le monde.
Cette troisième voie, sa définition suppose d’une part qu’une force émerge qui puisse dire non à l’impérialisme anglo-saxon, d’autre part que ce refus soit accompagné d’une proposition positive de refondation.
La force, pour liquider l’énorme masse de dettes en la soldant sur la finance spéculative – ce qui suppose, pour que le voleur rende gorge, que la puissance de l’US Army et des réseaux d’influence de l’Empire occidental, gardiens du pouvoir de la Banque, trouve en face d’elle une puissance dissuasive, de force sinon égale, au moins comparable. La force, en somme, pour préempter la crise géopolitique, pour l’utiliser comme un levier, au lieu de la subir.
Et la proposition de refondation, c’est la fin, ou plutôt le dépassement de la psychose occidentale. Si notre civilisation a fabriqué cette psychose, c’est d’abord parce qu’elle avait pris énormément d’avance sur les autres civilisations du globe. Ceci implique aussi que nous pouvons, peut-être, trouver les premiers le remède à la maladie que nous avons répandue.
Ce remède, on le connaît tous en réalité. Arrêtons de tourner autour du pot : très concrètement, il s’agit de convaincre les riches qu’ils vivront une vie bien plus intéressante en partageant. Hors de là, pas de salut. Un processus d’imitation parcourt la structure sociale et la modèle de haut en bas. Nous devons en changer le contenu, pour qu’il répande à nouveau, à travers toutes les couches de la société, les valeurs supérieures du courage, de l’ascèse, du partage, et de la protection du faible par le fort en somme. Bref, il faut en finir avec le règne des marchands.
Si l’on a pu s’illusionner un instant sur une possible révolution conservatrice aux USA, il devient désormais évident que nous ne trouverons pas la formule de cette réhabilitation des valeurs supérieures dans un monde atlantique qui nous domine, mais qui illustre, jour après jour, sa renonciation à toute décence. Nos traditions de l’Europe continentale sont notre dernier espoir, voilà ce qu’il nous faut raviver si nous ne voulons pas périr.
Bref, qu’il s’agisse de constituer un pôle de puissance ou de lui donner une substance, c’est toujours par un choix géostratégique que peut et doit commencer toute « troisième voie économique » : nous devons choisir le contrepoids à la puissance et aux valeurs d’un monde atlantique malade et prédateur, qui nous fait crever parce qu’il héberge, pour l’instant du moins, la Banque, le Capital parasitaire. Demain, peut-être, une deuxième révolution américaine me fera mentir.
Mais pour l’instant, nous savons tous où se trouve l’alternative : dans l’alliance russe.
Et nous savons tous, aussi, comment cette alliance peut s’organiser. Depuis que Vladimir Poutine a publié dans la Süddeutsche Zeitung un plaidoyer pour un espace économique de Lisbonne à Vladivostok, tout le monde a pu constater que le Kremlin veut l’alliance européenne – ce qui est parfaitement logique, puisque cela installe la Russie en pont terrestre entre l’Europe et l’Asie. Et tout le monde a pu constater, aussi, que la proposition a été formulée en allemand, ce qui, là encore, n’étonnera personne, du moins parmi les gens qui se sont intéressés, ces dernières années, à la progression fulgurante du commerce germano-russe.
Bref, le nom concret de l’alliance russe, c’est : Paris-Berlin-Moscou.
Alors soyons clair : si vous vous demandez, parmi les gens qui vous parlent, qui est du côté des peuples, il y a deux questions à poser. La première, évidente, c’est : êtes-vous pour le retour à la souveraineté monétaire des Etats, donc pour l’abolition de la loi de 1973 interdisant à la Banque de France d’accepter les effets du Trésor à l’escompte. La deuxième, moins évidente mais tout aussi cruciale, c’est : êtes-vous pour une alliance Paris-Berlin-Moscou ?
Ceux qui répondent oui aux deux questions veulent une troisième voie économique.
Ceux qui répondent oui à la première question, la loi de 73, mais non à la seconde, Paris-Berlin-Moscou, sont de doux rêveurs, qui n’ont pas pris conscience des vrais rapports de force.
Vous en trouverez aussi qui répondent oui à la deuxième question, Paris-Berlin-Moscou, mais non à la première, la loi de 1973. Ceux-là veulent en réalité positionner le pouvoir bancaire au cœur d’une future économie continentale – car, il faut bien le comprendre, ce pouvoir, aujourd’hui logé dans le monde atlantique, peut très bien, demain, se repositionner dans un cadre différent, y compris à travers un axe Berlin-Moscou maîtrisé, en réalité, par les banques d’affaires. La politique et l’économie sérieuses, ce n’est jamais simple.
Mais supposons que tous les écueils ont été contournés. Supposons qu’un nouveau pouvoir, en France et en Allemagne, sans rompre totalement les liens avec les USA, engage réellement l’Europe dans une troisième voie économique…
Imaginons que le rêve esquissé par Vladimir Poutine dans la Süddeutsche Zeitung est devenu réalité. En quoi consiste alors la troisième voie ?
Oh, ça n’a rien de bien sorcier : c’est d’une part le relèvement de tout ce qui a été abattu par un demi-siècle de despotisme bancaire, et d’autre part l’adaptation de ces dispositifs restaurés à la nouvelle donne créée par les défis du XXI° siècle, des défis qui ne seront pas ceux du XX° siècle.
En France, en gros, il faut refaire le Conseil National de la Résistance, en nous souvenant que l’enjeu n’est plus tant de sortir de la pauvreté que d’organiser une aisance écologiquement responsable. En Allemagne, il faut revenir, là encore sous des formes renouvelées, à ce qui s’appelle, là-bas, l’économie sociale de marché et la cogestion. Et en Russie, il faut continuer le bon travail fait, depuis dix ans, par Poutine, en tirant profit des avantages considérables que la Russie peut espérer d’un investissement technologique européen. Nous avons notre hinterland à développer, il s’appelle la Sibérie, et il est immense. Croyez-moi, si nous osons renaître, nous ne sommes pas les plus mal placés sur terre…
On peut tout à fait imaginer que progressivement ces modèles européens, ces projets nationaux inscrits en Europe, se rapprochent et, dans une certaine mesure, fusionnent. Il est hors de doute qu’il existe aujourd’hui en France un intérêt pour ce que l’Allemagne a réussi mieux que nous ; une partie de cet intérêt est obscène : cette partie renvoie au fantasme que le pouvoir capitaliste français a toujours entretenu à l’égard de la société germanique hiérarchisée. Mais une autre partie de cet intérêt est tout à fait sain : le fait est que la cogestion et l’économie sociale de marché, eh bien cela marche tout simplement, dans certains domaines, mieux que la planification indicative à la française – même si dans d’autres domaines, c’est le système français qui s’impose.
D’ailleurs, il existe aujourd’hui en Allemagne un vif intérêt pour l’esprit de solidarité français – évidemment, les médias dominants, ici, ne vous en parlent pas, mais savez-vous que récemment, un sondage a révélé que 75 % des Allemands approuvaient une grève dure dans les chemins de fer, parce qu’ils estiment la rigueur excessive ? Vous a-t-on parlé des manifestations importantes qui viennent de secouer la Saxe, à peu près là d’où est parti, en 1989, le mouvement qui devait mettre la RDA par terre… Non, évidemment : vous comptez compter sur les médias français quand il s’agit de ne pas vous informer de ces choses. On préfère vous expliquer que les Allemands bossent dur et ferment leur gueule, et que vous devriez faire pareil. Eh bien, sachez-le, on vous ment : en Allemagne, il n’y a pas que des patrons et des retraités, il y a aussi une population qui souffre. Rien ne dit que cette population acceptera éternellement d’être le prisonnier modèle de la nouvelle prison des peuples, j’ai nommé l’Union Européenne bruxelloise…
En fait, ce qui se passe en ce moment, c’est que l’Europe est en train d’hésiter entre conclure son suicide et renaître.
Si nous ne parvenons pas à triompher de la dictature des marchés financiers, si nous devenons les auxiliaires du combat d’une soi-disant voie occidentale vers la société de l’injustice, contre une voie asiatique conduisant d’ailleurs elle aussi à cette même société de l’injustice… bref, si nous nous laissons entraîner dans une voie que nous n’avons pas choisie, les gens qui nous ont poussé au suicide finiront leur travail.
Mais il y a une autre voie.
La voie qui consiste, tout simplement, à décider nous-mêmes de notre avenir. Restaurer notre souveraineté nationale, l’insérer dans un ordre européen reposant sur une alliance structurelle entre des puissances européennes souveraines, mais coordonnées par un système d’agences, souple et réactif. Utiliser le formidable levier de puissance de cette alliance pour reconquérir les instruments de la souveraineté monétaire. Utiliser la souveraineté monétaire pour opérer, à l’échelle d’un espace eurosibérien coordonné, une véritable refondation monétaire. Profiter de cette refondation monétaire pour faire, à l’échelle de cet immense espace eurosibérien, ce que jadis, en plus petit, l’alliance des résistants dans le CNR avait fait en France, ou encore ce que, d’une autre manière, les politiques habiles et raisonnables firent en Allemagne, dans les années 50. Redistribuer les revenus. Dompter le capitalisme. L’obliger à produire, sans violence inutile, sans contrainte autre que celle strictement nécessaire, la dose exacte de socialisme qui doit servir de contrepoids à un libéralisme sain, un libéralisme des entrepreneurs. Et choisir, ainsi, à travers l’économie, qui n’est qu’un outil, la renaissance de nos vieux peuples.
On sait tous très bien ce qu’il faut faire. Et on sait tous très bien que la seule chose qui nous empêche de le faire, c’est, tout simplement, le pouvoir des riches, des très riches. Il faut, donc, tout simplement, briser ce pouvoir, là où il est à ce stade concentré : dans l’Anglosphère. La troisième voie, c’est la voie qui conduit à remporter cette bataille-là.
C’est possible. Mon opinion est qu’il y a très peu de chances pour que cela arrive, je ne vous le cacherai pas. Mais c’est possible, et c’est absolument la dernière chance, le dernier arrêt pour descendre et changer de train. Après, le programme, c’est highway to hell.
Donc, en conclusion, voilà à quoi, à mon avis, doit correspondre la troisième voie économique défendue par votre mouvement : saisir la dernière chance de l’Europe.
Evidemment, on dira qu’il y a un extraordinaire décalage entre cette ambition et vos moyens. A quoi bon, dira-t-on, parler de ces questions à des gens si peu nombreux, si peu puissants ?
A cette objection, je répondrai qu’on ne vous demande pas, à vous du mouvement Troisième Voie, d’être plus que des auxiliaires dans ce grand combat.
A ceux qui s’étonnent, ici ou là, que je sois un compagnon de route de votre mouvement, je réponds en général ceci : quand on va passer aux choses sérieuses, ce qui arrivera forcément dans quelques années, et nous le savons tous… quand on va passer aux choses sérieuses, donc, vous préférez les trouver où, les jeunes gars de cette tendance : en face de vous, ou à côté de vous ?
Et donc, voilà pourquoi j’espère, militants et sympathisants du mouvement Troisième Voie, vous avoir, en bon compagnon de route, un peu aidé aujourd’hui à choisir le bon combat.
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samedi 12 mars 2011
Leurs dictateurs étaient l’avenir de l’homme
SOURCE : dedefensa.org
Revenons sans cesse et sans cesse sur la même rengaine : il s’agit de comprendre précisément la signification du vaste “enchaînement crisique” démarré en décembre 2010 et se structurant en une vaste chaîne crisique. Il s’agit de comprendre le sens de l’événement, et qui y perd à transformer ce sens, d’ailleurs souvent sans conscience de la mystification, par simple emprisonnement du virtualisme et du langage qui s'accorde à lui, établi par le système de la communication.
Il s’agit d’abord de comprendre précisément ce qui a été détruit et ce qui est en train de l’être. Nous nous référons à deux textes pour cela, excellemment documentés, parfaitement cohérents et logiques.
• Le premier est un texte du WSWS.org du 5 mars 2011. Il nous montre que ce qui a été détruit (en Egypte, en Tunisie) ou qui est en train d’être détruit (en Libye), c’est une situation de stabilisation de trois pays qui étaient devenus des modèles d’applications du néolibéralisme intégral, ou ultralibéralisme, autrement dit de la conception la plus fondamentale pour la modernité.
«The most obvious common feature of Tunisia, Egypt and Libya—the three principal storm centres so far—is that a far-reaching program of neo-liberal “free market” restructuring has taken place in all of them in the recent period. These policies, including large-scale privatisation, the winding back of national economic and financial regulation, the destruction of tens of thousands of jobs and cuts in state subsidies, have been overseen by the International Monetary Fund (IMF) on behalf of global finance capital.
»Last October, the IMF issued a report in which it bewailed the general “lack of competitiveness in the Middle East and North Africa.” It pointed, however, to two “success stories.” Tunisia had become the “outsourcing hub” of the region, with “simplified regulation, modern infrastructure, government incentives and commitment to a knowledge-based economy that generates well-trained, low-cost workers.” The self-immolation of a young unemployed worker last December was the trigger for the Tunisian uprising. As for Egypt, it had attracted considerable global IT investment with recent “structural reforms” leading to “improvements in the business environment.”
»Libya has also been the subject of glowing reports. On October 28 last year, the IMF commended Libyan authorities “on efforts to enhance the role of the private sector in the economy”. It hailed “efforts to deepen the financial markets” as “commendable” and pointed out that there were no more government-owned banks and that “foreign partners” were involved in six of the country’s 16 operating banks.»
• Un autre texte, remarquable dans son détail et dans sa profondeur, a été publié sur Aljazeera.net le 24 février 2011. Il est de Walter Armbrust, professeur de la section des Etudes du Moyen-Orient Moderne à l’université d’Oxford, auteur notamment de Mass Culture and Modernism in Egypt. Voici quelques extraits de ce texte qui mérite une lecture complète.
«The hunt for regime cronies’ billions may be a natural inclination of the post-Mubarak era, but it could also lead astray efforts to reconstitute the political system. The generals who now rule Egypt are obviously happy to let the politicians take the heat. Their names were not included in the lists of the most egregiously corrupt individuals of the Mubarak era, though in fact the upper echelons of the military have long been beneficiaries of a system similar to (and sometimes overlapping with) the one that that enriched civilian figures much more prominent in the public eye such as Ahmad Ezz and Habib al-Adly.
»To describe blatant exploitation of the political system for personal gain as corruption misses the forest for the trees. Such exploitation is surely an outrage against Egyptian citizens, but calling it corruption suggests that the problem is aberrations from a system that would otherwise function smoothly. If this were the case then the crimes of the Mubarak regime could be attributed simply to bad character: change the people and the problems go away. But the real problem with the regime was not necessarily that high-ranking members of the government were thieves in an ordinary sense. They did not necessarily steal directly from the treasury. Rather they were enriched through a conflation of politics and business under the guise of privatization. This was less a violation of the system than business as usual. Mubarak’s Egypt, in a nutshell, was a quintessential neoliberal state. […]
»Two observations about Egypt’s history as a neoliberal state are in order. First, Mubarak’s Egypt was considered to be at the forefront of instituting neoliberal policies in the Middle East (not un-coincidentally, so was Ben Ali’s Tunisia). Secondly, the reality of Egypt’s political economy during the Mubarak era was very different than the rhetoric, as was the case in every other neoliberal state from Chile to Indonesia. Political scientist Timothy Mitchell published a revealing essay about Egypt’s brand of neoliberalism in his book Rule of Experts (the chapter titled “Dreamland” — named after a housing development built by Ahmad Bahgat, one of the Mubarak cronies now discredited by the fall of the regime). The gist of Mitchell’s portrait of Egyptian neoliberalism was that while Egypt was lauded by institutions such as the International Monetary Fund as a beacon of free-market success, the standard tools for measuring economies gave a grossly inadequate picture of the Egyptian economy. In reality the unfettering of markets and agenda of privatization were applied unevenly at best. […]
»The political economy of the Mubarak regime was shaped by many currents in Egypt’s own history, but its broad outlines were by no means unique. Similar stories can be told throughout the rest of the Middle East, Latin America, Asia, Europe and Africa. Everywhere neoliberalism has been tried, the results are similar: living up to the utopian ideal is impossible; formal measures of economic activity mask huge disparities in the fortunes of the rich and poor; elites become “masters of the universe,” using force to defend their prerogatives, and manipulating the economy to their advantage, but never living in anything resembling the heavily marketised worlds that are imposed on the poor.
»The story should sound familiar to Americans as well. For example, the vast fortunes of Bush era cabinet members Donald Rumsfeld and Dick Cheney, through their involvement with companies like Halliburton and Gilead Sciences, are the product of a political system that allows them — more or less legally — to have one foot planted in “business” and another in “government” to the point that the distinction between them becomes blurred. Politicians move from the office to the boardroom to the lobbying organization and back again. […]
»A neoliberal fix would, however, be a tragedy for the pro-democracy movement. The demands of the protesters were clear and largely political: remove the regime; end the emergency law; stop state torture; hold free and fair elections. But implicit in these demands from the beginning (and decisive by the end) was an expectation of greater social and economic justice. Social media may have helped organise the kernel of a movement that eventually overthrew Mubarak, but a large element of what got enough people into the streets to finally overwhelm the state security forces was economic grievances that are intrinsic to neoliberalism. These grievances cannot be reduced to grinding poverty, for revolutions are never carried out by the poorest of the poor. It was rather the erosion of a sense that some human spheres should be outside the logic of markets. Mubarak’s Egypt degraded schools and hospitals, and guaranteed grossly inadequate wages, particularly in the ever-expanding private sector. This was what turned hundreds of dedicated activists into millions of determined protestors.
»If the January 25th revolution results in no more than a retrenchment of neoliberalism, or even its intensification, those millions will have been cheated. The rest of the world could be cheated as well. Egypt and Tunisia are the first nations to carry out successful revolutions against neoliberal regimes. Americans could learn from Egypt. Indeed, there are signs that they already are doing so. Wisconsin teachers protesting against their governor’s attempts to remove the right to collective bargaining have carried signs equating Mubarak with their governor. Egyptians might well say to America “uqbalak” (may you be the next).»
Cette définition générale modifie complètement l’orientation de la narrative qui est généralement colportée aujourd’hui, qui est celle d’un mouvement général de libération vers la “démocratisation”, c’est-à-dire vers le modèle néolibéral occidental que ces dictatures n’auraient pas été par conséquent. Mais il se trouve que ces dictatures, loin d’être des structures “dissidentes” de l’ordre général, et du modèle néolibéral occidental, étaient au contraire complètement conformes à ce modèle, sinon en avance sur lui. Il n’y là rien qui doive étonner. Qui a lu le superbe Stratégie du choc de Naomi Klein sait bien que l’ultralibéralisme a besoin de la dictature, de la terreur policière, de la torture, de la contrainte et de la corruption pour fleurir, – sorte de “cent-Fleurs” de Mao transposé au système ultralibéral, – pour être établi avec la plus grande efficacité possible, et que ce cadre oppressif est le plus propice à la prospérité de cet ordre néolibéral, lequel est le fondement même de la modernité. (Parmi les exemples nombreux que détaille Klein, celui du Chili, avec la dictature de Pinochet qui permit à l’“école de Chicago”, – Norman Friedman et ses divers croyants de l’ultralibéralisme, – d’établir un régime économique ultralibéral absolument pur et sans tâche.) Là-dessus, qu’on façonne une pseudo-démocratie ou qu’on en reste à la dictature importe peu puisque l’essentiel, l’ordre néolibéral et ultralibéral, est en place.
Il y a à cet égard une fermeture de l’esprit américaniste-occidentaliste, une fermeture à double tour grâce à la puissance terroriste des mots. L’analogie terroriste qui est faite entre démocratie et modernité sous le patronage de la vertu, sans prendre garde que la modernité est l’équivalent de l’ordre néolibéral, renvoie sans coup férir à cette autre analogie terroriste, inverse de la précédente, entre dictature et “anti-modernité”. Au contraire, la dictature, dans sa version postmoderniste ou post-postmoderniste que l’ordre néolibéral a façonnée (Moubarak et Ben Ali, voire Kadhafi), est soit la voie triomphale vers la démocratie néolibérale type BAO (bloc américaniste-occidentaliste), soit un régime encore plus “vertueux” (plus néolibéral) que la démocratie néolibérale type BAO. Complète fermeture de l’esprit à cet égard…
Voici une anecdote… Prenons Arnaud Montebourg, du parti socialiste français, qui dit parfois des choses sensées, – notamment lorsqu’il réclame une refonte complète du système européen, avec abandon exigé de certaines directives néolibérales de la Commission européenne pour faire sortir l’Europe de la calamité néolibérale. Il y a deux semaines à peu près, Montebourg était l’invité du Grand Journal de Canal +, phare parisien de l’information branchée du parti des salonnards. Il parla du mouvement de “démocratisation” dans les pays arabes avec enthousiasme, en en faisant une victoire massive de la modernité sur le terrorisme type-Al Qaïda, ce qui rejoint évidemment les conceptions conformistes de l’ordre démocratique du Système, du bloc BAO marchant au rythme du Système. Puis il s’interrompit et, pour appuyer son propos qu’il voulait émouvant, il lut la lettre adressée à sa mère par le jeune Tunisien Mohamed Bouazizi, avant que ce jeune homme ne s’immole par le feu et ne déclenche, involontairement, par ce sacrifice, la grande chaîne de la soi-disant “démocratisation” ; lettre qui se termine par ces mots terribles et sublimes : «Si tu veux savoir pourquoi je m’immole, demande-le à notre époque.»… Nous savons tous de quoi il est question ; diplômé-chômeur, vendeur de fruits à la sauvette par nécessité de survie, soumis aux pressions économiques et à la corruption de l’ordre public du président Ben Ali, Mohamed Bouazizi n’a pas résisté à l’indignité et à l’humiliation qu’impose à l’être humain l’ordre néolibéral, dont la Tunisie de ce même Ben Ali était un fleuron… Où voit-on là-dedans une “victoire sur le terrorisme” ? (Quelle dommage… Parlant de “terrorisme”, Montebourg aurait pu parler du terrorisme néolibéreral, du terrorisme de la modernité en vérité et du seul vrai terrorisme, ce qui aurait fait de lui un esprit remarquablement lucide, et d’ailleurs en conformité avec ses positions à l’encontre de la Commission européenne ; effectivement, c’est contre le terrorisme de la modernité qu’est dirigée cette révolte de la chaîne crisique. Mais non, il parla bien du terrorisme type-Al Qaïda…)
…Assez curieusement, ou bien dirions-nous par rapport à ce qui va suivre, d’une façon révélatrice, le propos de Montebourg rejoint celui du général Stanley McChrystal, dont on connaît la carrière qui va du commandement de toutes les “forces spéciales” US à un fort court séjour à la tête des forces du bloc BAO en Afghanistan. Le 4 mars 2011, McStanley donna à Washington une conférence qui fut saluée par une standing ovation. Il y salua avec une émotion considérable le processus de “démocratisation” en cours dans les pays arabes, qu’il définit comme une victoire décisive sur Al Qaïda – et, par conséquent, se permet-on d’imaginer, une victoire de l’américanisme et du modèle néolibéral et hyperlibéral… («I'm very excited about it. When I think about the great causes of frustration and extremism, I think [they] often [come] when people don't feel like they have a stake in their own governance. I think the degree to which countries can evolve and let generations feel like they're part of the country and part of the future...helps us in so many ways. I think the big losers are extremist organizations like Al Qaeda because they leverage that frustration.»)
Ne nous attardons pas aux évidences que sont ces contradictions criantes. C’est bien le modèle néolibéral et ultralibéral (par dictateurs interposés) qui est pulvérisé par la “révolution” qui court de la Tunisie à l’Egypte (Armbrust : «Egypt and Tunisia are the first nations to carry out successful revolutions against neoliberal regimes») ; et tant de commentateurs américanistes-occidentalistes battant des mains pour saluer la victoire du modèle néolibéral et ultralibéral (par “démocratisation” interposée) saluent ainsi une superbe contradiction et font honneur à l’esprit sophistique que nous suggère et nous impose le Système. Ce qui nous importe à ce point, ce sont les comportements psychologiques et intellectuels qui font bon marché des faux semblants, des contradictions, d'inconscients raisonnements par l’absurde et qui en restent à l’absurde, etc., et tout cela selon la meilleure foi du monde sans nul doute.
Le caractère que nous voulons mettre en évidence, – qui est certes extraordinaire, voire inattendu et imprévu, mais qui n’est en aucun cas surprenant, – c’est l’emprisonnement dans les mots que l’on relève en “commentaire” de ces événements arabes (et autres) par ceux qui sont dans le Système ou proches de lui (même s’ils ont de bonnes intentions et savent parfois garder un pied en dehors pour penser différemment par moment). En fait de “mots”, il s’agit de “mots-concepts” (ou d’expressions) qui sont devenus des “mots-terroristes” qui anesthésient la pensée pour la rendre malléable, qui l’orientent par des automatismes de conditionnement, et qui parviennent à la fausser en la solidifiant. Le mot “démocratie” ou “démocratisation” dans ce cas, à l’image de quelques autres qu’on connaît, est devenu une véritable prison de l’esprit, qui secrète elle-même des raisonnements, des conclusions, des constats, en dépit de la réflexion que pourraient, que devraient lui opposer l’esprit et sa pensée ; idem à l’inverse pour le mot “dictature”, pour le cas qui nous occupe. Nous ne sommes dans la logique orwellienne qu’en apparence, parce que la logique orwellienne reste une dynamique de l’inversion des mots dont on peut avoir conscience. Il s’agit plutôt d’un enfermement par l’automatisme des réflexes d’une pensée elle-même confinée dans une seule voie de développement par ces “mots-terroristes” qui ont un caractère inerte évident ; ces mots n’ont pas un sens inversé, comme avec Orwell, ils n’ont qu’un seul sens possible qui est celui qu’on décrit.
A ce point, en effet, il nous paraît évident que nous dépassons les techniques de manipulation de la pensée (propagande, virtualisme, etc.) pour atteindre des situations où la pensée ainsi automatisée et terrorisée à cause de l’action de quelques “mots-terroriste” devient de la matière brute (en référence à notre conception du “déchaînement de la matière”, qui est le fondement, l’inspirateur et le créateur, et le moteur du Système). Effectivement, ces “mots-terroristes” devraient plutôt être désigné comme des “mots-matière” tant ils semblent se solidifier dans un hermétisme impénétrable, d’où l’on ne peut sortir lorsqu’on en est prisonnier, sinon par un effort de volonté inouïe qui représenterait une révolution copernicienne de l’esprit, qui indiquerait que l’on a été touché par l’intuition haute comme on l’est par la grâce. Ces mots solidifiés et devenus matière ne semblent plus avoir la moindre intelligence puisqu'ils sont solidifiés dans une signification hermétique. Par conséquent, la pensée influencée par ces “mots-matière” devient elle-même matière au contraire de l’esprit ; elle échappe à tous les apports habituels de son domaine, la perception et les émotions, la raison humaine quand elle n’est pas asservie au Système, l’intuition haute, etc. La pensée dans le chef de ces “mots-matière” qui la gouvernent pour les cas cités et les situations à l’intérieur du Système, est devenue inerte, simple magmas d’enchaînement de constats tracé par avance, elle ne bouge plus quelle que soit l’évolution de la situation du monde. La pensée devient matière pure.
Revenons sans cesse et sans cesse sur la même rengaine : il s’agit de comprendre précisément la signification du vaste “enchaînement crisique” démarré en décembre 2010 et se structurant en une vaste chaîne crisique. Il s’agit de comprendre le sens de l’événement, et qui y perd à transformer ce sens, d’ailleurs souvent sans conscience de la mystification, par simple emprisonnement du virtualisme et du langage qui s'accorde à lui, établi par le système de la communication.
Il s’agit d’abord de comprendre précisément ce qui a été détruit et ce qui est en train de l’être. Nous nous référons à deux textes pour cela, excellemment documentés, parfaitement cohérents et logiques.
• Le premier est un texte du WSWS.org du 5 mars 2011. Il nous montre que ce qui a été détruit (en Egypte, en Tunisie) ou qui est en train d’être détruit (en Libye), c’est une situation de stabilisation de trois pays qui étaient devenus des modèles d’applications du néolibéralisme intégral, ou ultralibéralisme, autrement dit de la conception la plus fondamentale pour la modernité.
«The most obvious common feature of Tunisia, Egypt and Libya—the three principal storm centres so far—is that a far-reaching program of neo-liberal “free market” restructuring has taken place in all of them in the recent period. These policies, including large-scale privatisation, the winding back of national economic and financial regulation, the destruction of tens of thousands of jobs and cuts in state subsidies, have been overseen by the International Monetary Fund (IMF) on behalf of global finance capital.
»Last October, the IMF issued a report in which it bewailed the general “lack of competitiveness in the Middle East and North Africa.” It pointed, however, to two “success stories.” Tunisia had become the “outsourcing hub” of the region, with “simplified regulation, modern infrastructure, government incentives and commitment to a knowledge-based economy that generates well-trained, low-cost workers.” The self-immolation of a young unemployed worker last December was the trigger for the Tunisian uprising. As for Egypt, it had attracted considerable global IT investment with recent “structural reforms” leading to “improvements in the business environment.”
»Libya has also been the subject of glowing reports. On October 28 last year, the IMF commended Libyan authorities “on efforts to enhance the role of the private sector in the economy”. It hailed “efforts to deepen the financial markets” as “commendable” and pointed out that there were no more government-owned banks and that “foreign partners” were involved in six of the country’s 16 operating banks.»
• Un autre texte, remarquable dans son détail et dans sa profondeur, a été publié sur Aljazeera.net le 24 février 2011. Il est de Walter Armbrust, professeur de la section des Etudes du Moyen-Orient Moderne à l’université d’Oxford, auteur notamment de Mass Culture and Modernism in Egypt. Voici quelques extraits de ce texte qui mérite une lecture complète.
«The hunt for regime cronies’ billions may be a natural inclination of the post-Mubarak era, but it could also lead astray efforts to reconstitute the political system. The generals who now rule Egypt are obviously happy to let the politicians take the heat. Their names were not included in the lists of the most egregiously corrupt individuals of the Mubarak era, though in fact the upper echelons of the military have long been beneficiaries of a system similar to (and sometimes overlapping with) the one that that enriched civilian figures much more prominent in the public eye such as Ahmad Ezz and Habib al-Adly.
»To describe blatant exploitation of the political system for personal gain as corruption misses the forest for the trees. Such exploitation is surely an outrage against Egyptian citizens, but calling it corruption suggests that the problem is aberrations from a system that would otherwise function smoothly. If this were the case then the crimes of the Mubarak regime could be attributed simply to bad character: change the people and the problems go away. But the real problem with the regime was not necessarily that high-ranking members of the government were thieves in an ordinary sense. They did not necessarily steal directly from the treasury. Rather they were enriched through a conflation of politics and business under the guise of privatization. This was less a violation of the system than business as usual. Mubarak’s Egypt, in a nutshell, was a quintessential neoliberal state. […]
»Two observations about Egypt’s history as a neoliberal state are in order. First, Mubarak’s Egypt was considered to be at the forefront of instituting neoliberal policies in the Middle East (not un-coincidentally, so was Ben Ali’s Tunisia). Secondly, the reality of Egypt’s political economy during the Mubarak era was very different than the rhetoric, as was the case in every other neoliberal state from Chile to Indonesia. Political scientist Timothy Mitchell published a revealing essay about Egypt’s brand of neoliberalism in his book Rule of Experts (the chapter titled “Dreamland” — named after a housing development built by Ahmad Bahgat, one of the Mubarak cronies now discredited by the fall of the regime). The gist of Mitchell’s portrait of Egyptian neoliberalism was that while Egypt was lauded by institutions such as the International Monetary Fund as a beacon of free-market success, the standard tools for measuring economies gave a grossly inadequate picture of the Egyptian economy. In reality the unfettering of markets and agenda of privatization were applied unevenly at best. […]
»The political economy of the Mubarak regime was shaped by many currents in Egypt’s own history, but its broad outlines were by no means unique. Similar stories can be told throughout the rest of the Middle East, Latin America, Asia, Europe and Africa. Everywhere neoliberalism has been tried, the results are similar: living up to the utopian ideal is impossible; formal measures of economic activity mask huge disparities in the fortunes of the rich and poor; elites become “masters of the universe,” using force to defend their prerogatives, and manipulating the economy to their advantage, but never living in anything resembling the heavily marketised worlds that are imposed on the poor.
»The story should sound familiar to Americans as well. For example, the vast fortunes of Bush era cabinet members Donald Rumsfeld and Dick Cheney, through their involvement with companies like Halliburton and Gilead Sciences, are the product of a political system that allows them — more or less legally — to have one foot planted in “business” and another in “government” to the point that the distinction between them becomes blurred. Politicians move from the office to the boardroom to the lobbying organization and back again. […]
»A neoliberal fix would, however, be a tragedy for the pro-democracy movement. The demands of the protesters were clear and largely political: remove the regime; end the emergency law; stop state torture; hold free and fair elections. But implicit in these demands from the beginning (and decisive by the end) was an expectation of greater social and economic justice. Social media may have helped organise the kernel of a movement that eventually overthrew Mubarak, but a large element of what got enough people into the streets to finally overwhelm the state security forces was economic grievances that are intrinsic to neoliberalism. These grievances cannot be reduced to grinding poverty, for revolutions are never carried out by the poorest of the poor. It was rather the erosion of a sense that some human spheres should be outside the logic of markets. Mubarak’s Egypt degraded schools and hospitals, and guaranteed grossly inadequate wages, particularly in the ever-expanding private sector. This was what turned hundreds of dedicated activists into millions of determined protestors.
»If the January 25th revolution results in no more than a retrenchment of neoliberalism, or even its intensification, those millions will have been cheated. The rest of the world could be cheated as well. Egypt and Tunisia are the first nations to carry out successful revolutions against neoliberal regimes. Americans could learn from Egypt. Indeed, there are signs that they already are doing so. Wisconsin teachers protesting against their governor’s attempts to remove the right to collective bargaining have carried signs equating Mubarak with their governor. Egyptians might well say to America “uqbalak” (may you be the next).»
Notre commentaire
La documentation est abondante. Arbrust nous donne une description au scalpel de la chose, WSWS.org nous apporte les éléments objectifs qui la confirment, notamment avec l’onction du FMI plus que jamais sorte d’“avant-garde du néolibéralisme” comme l’on parlait in illo tempore de l’“avant-garde du prolétariat”… Cette “chose”, à savoir que les “dictatures” infâmes qui s’écroulent comme châteaux de cartes au Moyen-Orient sous nos applaudissements ravis sont en fait, ou bien “étaient” c’est selon, d’exemplaires structures néolibérales, des modèles pour l’avenir du monde et l’avenir de l’homme, des parangons presque avant-gardistes de la modernité, sorte de post-postmodernité si l’on veut. (Nous parlons de “structures néolibérales”, nous ne parlons ni de nations, ni de pays ; ne mélangeons pas torchons et serviettes.)Cette définition générale modifie complètement l’orientation de la narrative qui est généralement colportée aujourd’hui, qui est celle d’un mouvement général de libération vers la “démocratisation”, c’est-à-dire vers le modèle néolibéral occidental que ces dictatures n’auraient pas été par conséquent. Mais il se trouve que ces dictatures, loin d’être des structures “dissidentes” de l’ordre général, et du modèle néolibéral occidental, étaient au contraire complètement conformes à ce modèle, sinon en avance sur lui. Il n’y là rien qui doive étonner. Qui a lu le superbe Stratégie du choc de Naomi Klein sait bien que l’ultralibéralisme a besoin de la dictature, de la terreur policière, de la torture, de la contrainte et de la corruption pour fleurir, – sorte de “cent-Fleurs” de Mao transposé au système ultralibéral, – pour être établi avec la plus grande efficacité possible, et que ce cadre oppressif est le plus propice à la prospérité de cet ordre néolibéral, lequel est le fondement même de la modernité. (Parmi les exemples nombreux que détaille Klein, celui du Chili, avec la dictature de Pinochet qui permit à l’“école de Chicago”, – Norman Friedman et ses divers croyants de l’ultralibéralisme, – d’établir un régime économique ultralibéral absolument pur et sans tâche.) Là-dessus, qu’on façonne une pseudo-démocratie ou qu’on en reste à la dictature importe peu puisque l’essentiel, l’ordre néolibéral et ultralibéral, est en place.
Il y a à cet égard une fermeture de l’esprit américaniste-occidentaliste, une fermeture à double tour grâce à la puissance terroriste des mots. L’analogie terroriste qui est faite entre démocratie et modernité sous le patronage de la vertu, sans prendre garde que la modernité est l’équivalent de l’ordre néolibéral, renvoie sans coup férir à cette autre analogie terroriste, inverse de la précédente, entre dictature et “anti-modernité”. Au contraire, la dictature, dans sa version postmoderniste ou post-postmoderniste que l’ordre néolibéral a façonnée (Moubarak et Ben Ali, voire Kadhafi), est soit la voie triomphale vers la démocratie néolibérale type BAO (bloc américaniste-occidentaliste), soit un régime encore plus “vertueux” (plus néolibéral) que la démocratie néolibérale type BAO. Complète fermeture de l’esprit à cet égard…
Voici une anecdote… Prenons Arnaud Montebourg, du parti socialiste français, qui dit parfois des choses sensées, – notamment lorsqu’il réclame une refonte complète du système européen, avec abandon exigé de certaines directives néolibérales de la Commission européenne pour faire sortir l’Europe de la calamité néolibérale. Il y a deux semaines à peu près, Montebourg était l’invité du Grand Journal de Canal +, phare parisien de l’information branchée du parti des salonnards. Il parla du mouvement de “démocratisation” dans les pays arabes avec enthousiasme, en en faisant une victoire massive de la modernité sur le terrorisme type-Al Qaïda, ce qui rejoint évidemment les conceptions conformistes de l’ordre démocratique du Système, du bloc BAO marchant au rythme du Système. Puis il s’interrompit et, pour appuyer son propos qu’il voulait émouvant, il lut la lettre adressée à sa mère par le jeune Tunisien Mohamed Bouazizi, avant que ce jeune homme ne s’immole par le feu et ne déclenche, involontairement, par ce sacrifice, la grande chaîne de la soi-disant “démocratisation” ; lettre qui se termine par ces mots terribles et sublimes : «Si tu veux savoir pourquoi je m’immole, demande-le à notre époque.»… Nous savons tous de quoi il est question ; diplômé-chômeur, vendeur de fruits à la sauvette par nécessité de survie, soumis aux pressions économiques et à la corruption de l’ordre public du président Ben Ali, Mohamed Bouazizi n’a pas résisté à l’indignité et à l’humiliation qu’impose à l’être humain l’ordre néolibéral, dont la Tunisie de ce même Ben Ali était un fleuron… Où voit-on là-dedans une “victoire sur le terrorisme” ? (Quelle dommage… Parlant de “terrorisme”, Montebourg aurait pu parler du terrorisme néolibéreral, du terrorisme de la modernité en vérité et du seul vrai terrorisme, ce qui aurait fait de lui un esprit remarquablement lucide, et d’ailleurs en conformité avec ses positions à l’encontre de la Commission européenne ; effectivement, c’est contre le terrorisme de la modernité qu’est dirigée cette révolte de la chaîne crisique. Mais non, il parla bien du terrorisme type-Al Qaïda…)
…Assez curieusement, ou bien dirions-nous par rapport à ce qui va suivre, d’une façon révélatrice, le propos de Montebourg rejoint celui du général Stanley McChrystal, dont on connaît la carrière qui va du commandement de toutes les “forces spéciales” US à un fort court séjour à la tête des forces du bloc BAO en Afghanistan. Le 4 mars 2011, McStanley donna à Washington une conférence qui fut saluée par une standing ovation. Il y salua avec une émotion considérable le processus de “démocratisation” en cours dans les pays arabes, qu’il définit comme une victoire décisive sur Al Qaïda – et, par conséquent, se permet-on d’imaginer, une victoire de l’américanisme et du modèle néolibéral et hyperlibéral… («I'm very excited about it. When I think about the great causes of frustration and extremism, I think [they] often [come] when people don't feel like they have a stake in their own governance. I think the degree to which countries can evolve and let generations feel like they're part of the country and part of the future...helps us in so many ways. I think the big losers are extremist organizations like Al Qaeda because they leverage that frustration.»)
Ne nous attardons pas aux évidences que sont ces contradictions criantes. C’est bien le modèle néolibéral et ultralibéral (par dictateurs interposés) qui est pulvérisé par la “révolution” qui court de la Tunisie à l’Egypte (Armbrust : «Egypt and Tunisia are the first nations to carry out successful revolutions against neoliberal regimes») ; et tant de commentateurs américanistes-occidentalistes battant des mains pour saluer la victoire du modèle néolibéral et ultralibéral (par “démocratisation” interposée) saluent ainsi une superbe contradiction et font honneur à l’esprit sophistique que nous suggère et nous impose le Système. Ce qui nous importe à ce point, ce sont les comportements psychologiques et intellectuels qui font bon marché des faux semblants, des contradictions, d'inconscients raisonnements par l’absurde et qui en restent à l’absurde, etc., et tout cela selon la meilleure foi du monde sans nul doute.
La prison des “mots-matière”, des mots solidifiés
Ainsi en revenons-nous avec entêtement à notre chère psychologie. C’est elle, en effet, qui est la clef de tout dans un univers régi par le système de la communication… Le système de la communication, c’est-à-dire ses voltes et ses faces, ses perversions terribles accordées au service du Système et ses trahisons du Système qui en font ce Janus dont l’action est devenue complètement incontrôlable par le Système comme par quiconque ; cela, pour qui sait y faire, qui en fait un allié inattendu de la résistance au Système se transformant ainsi en attaque contre le Système.Le caractère que nous voulons mettre en évidence, – qui est certes extraordinaire, voire inattendu et imprévu, mais qui n’est en aucun cas surprenant, – c’est l’emprisonnement dans les mots que l’on relève en “commentaire” de ces événements arabes (et autres) par ceux qui sont dans le Système ou proches de lui (même s’ils ont de bonnes intentions et savent parfois garder un pied en dehors pour penser différemment par moment). En fait de “mots”, il s’agit de “mots-concepts” (ou d’expressions) qui sont devenus des “mots-terroristes” qui anesthésient la pensée pour la rendre malléable, qui l’orientent par des automatismes de conditionnement, et qui parviennent à la fausser en la solidifiant. Le mot “démocratie” ou “démocratisation” dans ce cas, à l’image de quelques autres qu’on connaît, est devenu une véritable prison de l’esprit, qui secrète elle-même des raisonnements, des conclusions, des constats, en dépit de la réflexion que pourraient, que devraient lui opposer l’esprit et sa pensée ; idem à l’inverse pour le mot “dictature”, pour le cas qui nous occupe. Nous ne sommes dans la logique orwellienne qu’en apparence, parce que la logique orwellienne reste une dynamique de l’inversion des mots dont on peut avoir conscience. Il s’agit plutôt d’un enfermement par l’automatisme des réflexes d’une pensée elle-même confinée dans une seule voie de développement par ces “mots-terroristes” qui ont un caractère inerte évident ; ces mots n’ont pas un sens inversé, comme avec Orwell, ils n’ont qu’un seul sens possible qui est celui qu’on décrit.
A ce point, en effet, il nous paraît évident que nous dépassons les techniques de manipulation de la pensée (propagande, virtualisme, etc.) pour atteindre des situations où la pensée ainsi automatisée et terrorisée à cause de l’action de quelques “mots-terroriste” devient de la matière brute (en référence à notre conception du “déchaînement de la matière”, qui est le fondement, l’inspirateur et le créateur, et le moteur du Système). Effectivement, ces “mots-terroristes” devraient plutôt être désigné comme des “mots-matière” tant ils semblent se solidifier dans un hermétisme impénétrable, d’où l’on ne peut sortir lorsqu’on en est prisonnier, sinon par un effort de volonté inouïe qui représenterait une révolution copernicienne de l’esprit, qui indiquerait que l’on a été touché par l’intuition haute comme on l’est par la grâce. Ces mots solidifiés et devenus matière ne semblent plus avoir la moindre intelligence puisqu'ils sont solidifiés dans une signification hermétique. Par conséquent, la pensée influencée par ces “mots-matière” devient elle-même matière au contraire de l’esprit ; elle échappe à tous les apports habituels de son domaine, la perception et les émotions, la raison humaine quand elle n’est pas asservie au Système, l’intuition haute, etc. La pensée dans le chef de ces “mots-matière” qui la gouvernent pour les cas cités et les situations à l’intérieur du Système, est devenue inerte, simple magmas d’enchaînement de constats tracé par avance, elle ne bouge plus quelle que soit l’évolution de la situation du monde. La pensée devient matière pure.
On pourrait être tenté de comparer cela à une robotisation par programmation, mais ce n’est pas vraiment le cas. L’aspect le plus remarquable de ce phénomène est que, sortie de l’empire de ces “mots-matières”, voire à côté de cet empire qui concerne des domaines bien précis, par conséquent chez le même individu éventuellement, la pensée peut reprendre, quand l’individu est de taille, une certaine liberté et une certaine autonomie. Ainsi cohabitent un domaine inerte de la pensée, enfermée dans la matière et devenue matière, et un domaine plus ouvert, par où est possible une échappée… Par où, effectivement, existe cette possibilité inouïe de libération, si l’on parvient à se mettre en situation d’être honoré par l’influence de l’intuition haute.
A cause de l’évolution de la crise vers ses conditions paroxystiques, cette situation, entre la pensée devenue matière et la pensée qui conserve sa puissance spirituelle et l’élève éventuellement vers l’intuition haute, est devenue elle-même paroxystique dans la contradiction. La cohabitation des deux, parfois chez le même individu, tend à devenir insupportable. Les événements du monde, particulièrement le passage de la phase de la structure crisique qui a existé pendant quelques années (à partir de 2003-2004) à la phase de cette structure crisique consolidée, accélérée et devenue totalement déstabilisante par l'adjonction de la chaîne crisique comme on la voit dans les pays arabes, renforcent cette insupportabilité en l’exacerbant par la confirmation par les faits. Cette évolution, d’autre part, signale un renforcement de l’action de coercition du Système conscient de sa crise terminale et de sa Chute, à mesure des coups terribles qui lui sont portés par les mouvements de résistance et d’insurrection, comme l’est la chaîne crisique, tout cela nous rapprochant encore des conditions de la confrontation finale.
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