LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.


C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.



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lundi 2 janvier 2012

Una investigación desvela los entresijos de la criminalidad en España

Los mayores peligros no proceden del narcotráfico, sino de la corrupción urbanística

Una investigación desarrollada en la Universidad Complutense de Madrid ha descubierto que los peligros reales contra el sistema socieconómico español no proceden del narcotráfico ni del blanqueo de dinero, sino de la corrupción urbanística, los delitos contra la Seguridad Social, la gran evasión fiscal o la prevaricación, cuyos delitos han generado más activos incriminados (455 millones de €) que todo el narcotráfico a lo largo de más de quince años, además de pervertir el sistema político y de destrozar municipios y paisajes. La crisis financiera ha demostrado además que los actores con capacidad de desestabilizar el orden socioeconómico son los especuladores financieros, cuyas conductas aún no han sido tipificadas como delito. Por Armando Fernández Steinko.



Dólares americanos. Instituto de Tecnologías Educativas (ITE)
La globalización marca un antes y un después en nuestras vidas, también en lo que se refiere a la sensación de seguridad y amenaza. Hay dos fenómenos delictivos que nos acompañan desde hace dos décadas: el crimen organizado y el blanqueo de capitales. En realidad ambos delitos están estrechamente relacionados y los medios de comunicación tienden a relacionarlos entre sí creando un imaginario colectivo que no siempre opera con argumentos racionales y contrastados empíricamente.

La literatura, el cine y la prensa rosa retroalimentan por razones comerciales este imaginario de tal forma que se acaban elaborando leyes penales guiadas más por objetivos políticos coyunturales que por un análisis riguroso de la naturaleza de los nuevos peligros. La línea argumental es aproximadamente la siguiente: la globalización facilita la formación de organizaciones delictivas de nuevo tipo con capacidad de generar grandes beneficios económicos y una extraordinaria movilidad debida al uso de las nuevas tecnologías y a la liberalización del tráfico de personas, mercancías y capitales.


El auténtico poder de los criminales organizados radica no sólo en su capacidad de acumular grandes cantidades de dinero ilegal procedente del narcotráfico sino también de borrar la procedencia de dicho dinero, de blanquear sus extraordinarias fortunas.


Todo ese dinero obtenido de forma ilícita, que busca dotarse de una apariencia lícita y que algunos estudios apresurados estimaron en una horquilla entre 500.000 y un billón de dólares anuales, tiene una capacidad potencial de infiltrar el sistema financiero internacional, de desestabilizar monedas o incluso de asaltar los consejos de administración de las grandes empresas y, por extensión, de infiltrar a los propios gobiernos.


Para combatir estas tendencias se han puesto en marcha sofisticados y costosos sistemas de lucha contra el blanqueo de capitales en la mayoría de los países occidentales. Pero ¿qué es y qué dimensiones tienen realmente ambos fenómenos concretamente en España que es tenida por una “lavadora del dinero ilegal de todo el mundo”?; ¿quiénes son los blanqueadores?; ¿cuánto dinero lavan?; ¿cómo lo hacen?; ¿con qué finalidad?; ¿por qué regiones extienden sus tentáculos?; ¿cuáles son los delitos que generan el grueso del dinero negro?


Para contestar a estas preguntas se creó un grupo de investigación interdisciplinario UCM formado por dos sociólogos (Juan Díaz Nicolás y Armando Fernández Steinko), un analista financiero (Miguel Ángel Villacorta) y una penalista (Araceli Manjón-Cabezas) y dirigido por el profesor Armando Fernández Steinko. Este grupo de investigación realizó un estudio pormenorizado de todos los aproximadamente 430 casos de blanqueo de capitales juzgados en España desde 1995 hasta noviembre de 2010.


Estudiar el mundo de la ilegalidad


La primera sorpresa que se llevaron sus miembros después de recorrerse varios centros de investigación y universidades europeas y americanas, es que apenas existen trabajos que reúnan los requisitos mínimos de cualquier investigación científica. Los escasos trabajos de calidad son estudios puntuales realizados mayormente en universidades europeas.


Prácticamente ninguno de ellos confirma las hipótesis sobre las que se han construido las sofisticadas leyes contra el crimen organizado y el blanqueo de capitales: las cantidades blanqueables que mueve la droga son mucho menos importantes, los empresarios de la cocaína son más arribistas atraídos por los buenos coches, los burdeles y los chalets de pésimo gusto que por el deseo de subvertir el orden socioeconómico, las “organizaciones ilegales” son construcciones poco estables en las que nadie se fía de nadie.


En realidad no es casualidad que apenas existan trabajos empíricos sobre el mundo de las finanzas ilegales. El mundo sumergido no es una especie de doble oscuro del mundo de la legalidad. Para empezar no hay un órgano sancionador que obligue a cumplir los acuerdos entre delincuentes con lo cual las traiciones, los recelos y la opacidad están a la orden del día. Y en segundo lugar porque la ilegalidad tiene que todo el peso de la ley en su contra.

dimanche 11 septembre 2011

EN ATTENDANT L'ATERRISSAGE

L’interview de Jean-Luc Gréau dans le dernier numéro de Causeur (n°39, septembre 2011):
« L’éclatement de l’euro est l’issue la plus probable. Ni la Banque centrale de Francfort, ni le gouvernement allemand ne sont préparés à un changement « copernicien » de la politique monétaire et du système bancaire. Il est clair que les dirigeants allemands attendent l’échéance électorale de septembre 2012 pour faire le ménage en Europe et séparer la « bonne » Europe du Nord de la « mauvaise » Europe du Sud. Mais je crois que leur calcul sera déjoué par les évènements. L’affaiblissement de la conjoncture ne fait plus de doute pour les économistes de tous bords. La répercussion sur les comptes publics et les crédits des Etats et des banques n’attendra pas les échéances électorales française et allemande de 2012. La baisse de l’euro qui s’ensuivra sur le marché des changes fera réagir l’Allemagne qui demandera que certains pays sortent de l’euro pour protéger la valeur internationale de la devise européenne. Même si on ne peut pas écrire précisément le scénario de la crise à venir, ses grandes lignes se dessinent. »
(Gréau, « La règle d’or est une digue de papier », Causeur, p.23).

jeudi 8 septembre 2011

Dettes publiques : l’appétit vient en auditant !...


Etant donné que la crise de la dette était jusqu'à très récemment le « privilège » exclusif des pays du Tiers Monde, il n’est pas surprenant qu’il n’y ait ni d’expériences, ni de leçons tirés d’expériences et encore plus aucune bibliographie relative a la préparation, l’organisation et la réalisation d’audits de la dette publique dans les pays du Nord global. C’est donc exactement pour cette raison qu’il est presque « normal » qu’un livre qui ambitionne de constituer un « manuel pour les audits » de la dette énumère et s’inspire des faits, des situations et surtout, des expériences concrètes d’audits réalisés exclusivement dans ce Tiers Monde tant éprouvé. Alors, au moment où la crise de la dette se déplace massivement au Nord global et nous-mêmes ici en Grèce sommes appelés a nous y confronter, contestant et dénonçant en actes ce cauchemar qui est la dette publique grecque, nous ne pouvons évoquer aucun précédent, tirer des enseignements d’aucune expérience d’audit en Europe Unie ou plus généralement au Nord développé. Cependant, on ne part pas de zéro. Les expériences et les leçons tirées des luttes au Sud global sont ici, a notre disposition, et il ne reste qu’en profiter pour initier, pour le compte aussi des autres peuples européens, celle qui est, peut être, la plus décisive des batailles présentes et a venir : la bataille contre la dette qui ravage des sociétés et détruit des vies humaines, tout en constituant un des outils les plus éprouvés pour rendre les riches scandaleusement plus riches et les pauvres inhumainement plus pauvres…
Il n’y a pas de doute que les différences entre les crises de la dette au Nord et au Sud soient réelles et pas du tout négligeables. Cependant, tant au Sud qu’au Nord, les objectifs d’un authentique audit de la dette publique sont identiques à ceux décrits au livre que vous avez en mains :
« Le premier objectif d’un audit est de clarifier le passé, de démêler l’écheveau de la dette, fil par fil, jusqu'à reconstruire la pelote des enchainements qui ont conduit a l’impasse actuelle. Qu’est devenu l’argent de tel emprunt, a quelles conditions cet emprunt a-t-il été conclu ? Combien d’intérêts ont été payés, a quel taux, combien du principal a déjà été remboursé ? Comment la dette s’est-elle enflée sans qu’on voie la couleur de l’argent ? Quel chemin ont suivi les capitaux ? A quoi ont-ils servi ? Quelle part a été détournée et comment? »
Et en plus de tout ca:
« Qui a emprunté et au nom de qui ? Qui a prêté et quel a été son rôle ? Comment l’Etat s’est-il trouvé engagé, par quelle décision, prise à quel titre ? Comment des dettes privées sont-elles devenues « publiques » ? Qui a engagé des projets bidon, qui y a poussé, incité, qui en a profité ? Quels crimes ont été commis avec cet argent ? Pourquoi n’établit-on pas les responsabilités civiles, pénales et administratives ? »
Il suffit d’avoir en tète ces interrogations pour comprendre combien énorme est le champ d’action d’un audit de la dette publique, qu’il n’a absolument rien à voir avec sa caricature qui le réduit a une simple vérification de chiffres faite par des comptables routiniers. Alors, ce n’est pas du tout un hasard que les partisans des audits argumentent en faveur de leur nécessaire réalisation en invoquant toujours deux besoins fondamentaux et vitaux de la société : ceux de la transparence et du control démocratique de l’Etat et des gouvernants pas les citoyens.
Il s’agit sans doute des besoins qui se référent a des droits démocratiques tout a fait élémentaires, bien que violés en permanence, reconnus par le droit international. Le droit des citoyens de connaître les actes de ceux qui les gouvernent, de s’informer de tout ce qui concerne leur gestion, leurs objectifs et leurs motivations est intrinsèque a la démocratie elle-même puisqu’il émane du droit fondamental des citoyens d’exercer leur control sur le pouvoir et de participer activement aux affaires communes.
Alors, le fait que ce pouvoir refuse obstinément de réaliser l’audit de sa propre dette et a horreur même de l’idée que quelques intrus « non institutionnels » oseraient de le réaliser a sa place, est indicatif de notre démocratie (bourgeoise et néolibérale) malade et profondément déficitaire. Une démocratie infirme, qui d’ailleurs n’arrête pas de nous bombarder avec sa rhétorique sur la transparence.

vendredi 12 août 2011

LA RÉVOLTE SANS LA SOLUTION

Ce qu’il y a de patent, c’est le sentiment d’impuissance, à l’échelle des individus comme au niveau le plus élevé des décideurs des États les plus puissants. On ne peut que constater l’incapacité de ces décideurs et de leurs conseillers de penser hors du système, alors même qu’ils en fustigent les errements. Il faut dire qu’ils ont une excuse et ceci est vrai aussi pour les sphères dirigeantes européennes et leurs experts. Où puiseraient-ils un discours politique cohérent qui puisse être un contre- projet novateur et réalisable ?

L’indignation et ensuite ?

Il ne reste aux citoyens qu’une indignation plus ou moins violente. Ce n’est pas neuf. Rappel. Avant le XVIIème siècle, on a connu des révoltes jamais abouties et toujours durement réprimées comme celle des « fratellini » dans l’Italie du moyen-âge, la guerre des paysans en Allemagne à la Renaissance, les « troubles » causés par les famines à travers toutes les époques, etc.
Maintenant, l’indignation est toute de gesticulations. Dans les pays arabes, plus vigoureuse, cette indignation est soit réprimée (Syrie, Émirats, etc.), soit forte d’un premier succès (Égypte et Tunisie). Elle n’en reste pas moins grosse du meilleur comme du pire. En effet, les seuls à avoir un discours cohérent, quantitativement significatif, avec une vraie capacité organisationnelle, sont les religieux. Les autres ont des indignations, des aspirations mais cela ne fait pas un projet politique propre à conquérir idéologiquement une fraction importante de la population. La même situation d’indignation (pour le moment non violente) se déploie sous nos yeux tant en Europe (Israël compris) qu’en Amérique.

Rien ne fonctionne sans idéologie

Toutes les sociétés sont construites sur des idéologies. Dans l’antiquité, elles se construisent sur les religions du Livre, le bouddhisme ou en Chine à travers le confucianisme… Toutes ont vécu sur des corpus idéologiques – des textes. Ceux-ci avaient pour prétention, d’une part, d’offrir une représentation du monde ici-bas (et pour la plupart de l’au-delà) et, d’autre part, de proposer une pratique tant collective qu’individuelle déduite de cette idéologie.
À partir du milieu du XVIIème siècle, la modernité occidentale a suivi la même voie. Elle s’est exprimée d’abord idéologiquement dans ce qu’on appelle les « Lumières ». Celles-ci, face au pouvoir monarchique absolutiste appuyé par une caste de privilégiés, ont développé la théorie de l’égalité juridique de tout un chacun et, donc, sa capacité (selon ses mérites) à participer de plein droit au pouvoir et dans tous les secteurs de la vie au quotidien. Certes, il s’agissait de principes et le développement a été long et en dents de scie. Mais la démocratie, l’État de droit, la solidarité étaient nés. Les révolutions américaine et, surtout, française en sont les enfants légitimes.
À la charnière des XVIIIème et XIXème siècles, le libéralisme économique donne à la révolution industrielle sa légitimité (Adam Smith, Ricardo, etc.) tout en suscitant à partir du milieu du XIXème siècle surtout à travers la doxa marxiste, la constitution d’une contre-idéologie globale – sur la base d’un compendium écrit – capable de s’opposer au capitalisme triomphant.

Le capitalisme, idéologie mondiale

Tant que le capitalisme usait de sa force pour se sustenter toujours davantage par l’exploitation coloniale, par exemple, il continua à se développer. Développement qui entraîna les premières lourdes contradictions (guerre et révolution). Pour des raisons, trop longues pour en parler ici, le contre-projet révolutionnaire des bolcheviques de plus en plus oligarchique et donc de plus en plus policier, échoua de la pire des façons : l’implosion. En Occident, ceux qui tentèrent, tout en s’accommodant du système, de l’améliorer – les socio-démocrates – connurent d’abord des succès, puis peu à peu se firent gestionnaires. Quand le soviétisme s’effondra, ils se turent définitivement se contentant de privilégier faute de mieux des « avancées sociétales » tout en pratiquant les « bonnes oeuvres ».
Globalisé, sans contradicteur idéologique crédible, le capitalisme – à partir des années 80 – passa à la vitesse supérieure : la financiarisation du monde. Il se trouvait ainsi à l’abri des États – étant hors loi. Mieux encore, il fit accepter par les gouvernants et les gouvernés (dans une large majorité) que le profit privé était l’alpha et l’oméga de tout développement possible. Il ne s’agissait plus d’une « idéologie » puisque, claironnait-il, les idéologies étaient mortes. Tout cela est scientifique, disaient les experts médiatiques. Et les gens « sérieux » n’y voyaient rien à redire.
Autrement dit, le drame – intellectuel et politique – de notre époque, c’est l’absence de tout contre-projet idéologique. Les possédants et tous ceux qui vivent convenablement au sein de ce système n’ont pas besoin de théorie nouvelle, leur seul projet c’est de se maintenir. La gauche de la gauche, très minoritaire, fait semblant de chercher auprès du vieux Marx des réponses. Visiblement, ce n’est pas sérieux.
Aujourd’hui, de par son développement même, le capitalisme a mis à nu son incapacité à se réguler au point de tendre à la déliquescence et l’opinion publique comme ses dirigeants le reconnaissent, mais se sentent incapables de penser à une solution viable au long terme. Il n’y a pas de projet, pas de « nouvelles Lumières ». On s’indigne et on a peur. La révolte sans la solution. Face à un capitalisme même malade, c’est peu.

Conclusion

Beaucoup se disent in petto : cela ne durera pas. « Ils » vont devoir réagir pour leur propre bien. Mais, ils sont empêtrés dans un quotidien dont ils vivent bien (que mon voisin fasse le premier pas…) Cet avantage, ils tiennent à le conserver. Sans compter qu’ils estiment que leurs certitudes sont l’expression d’une réalité irréfragable. Le néolibéralisme, le libre-échange planétaire ne sont-ils pas des faits de nature ? On ne peut pas empêcher la terre de trembler, au mieux on peut construire des bâtiments selon des méthodes antisismiques toujours améliorées. Peut-on faire mieux dans la sphère du politico-économique puisque la théorie novatrice capable de modifier notre paradigme économique ne se déploie nulle part ?
Quel individu, quel groupe proposera, au-delà de l’indignation et de la peur, une théorie et une pratique capable de porter un projet novateur ?
Jérôme Grynpas

vendredi 17 juin 2011

EURO-ARCHIVE (Le Monde Diplo)

Septembre 1997

Innocentes confidences d’un maître de la monnaie

L’architecte de l’euro passe aux aveux

Un entretien dévoile un univers. Lorsque la presse répercute la parole des « décideurs », dont chaque confidence peut faire vaciller les monnaies, on ne prête pas toujours attention à l’énorme somme de non-dits et de presque-suggérés que leurs propos véhiculent. Armés de leur « indépendance » conquise sur le pouvoir politique, les gouverneurs des banques centrales disposent désormais du pouvoir de changer le cours des nations. Quelle est leur vision du monde social ? Et, par exemple, quelle est celle de M. Hans Tietmeyer, grand architecte de l’euro ?
Ayant lu dans l’avion (1) un entretien du président de la Banque fédérale d’Allemagne (2), M. Hans Tietmeyer, présenté comme le « grand prêtre du deutschemark » - ni plus ni moins -, je voudrais me livrer à cette sorte d’analyse herméneutique qui convient aux textes sacrés : « L’enjeu aujourd’hui, c’est de créer les conditions favorables à une croissance durable et à - le mot-clé - la confiance des investisseurs. Il faut donc contrôler les budgets publics. »
C’est-à-dire - il sera plus explicite dans les phrases suivantes - enterrer le plus vite possible l’Etat social et, entre autres choses, ses politiques sociales et culturelles dispendieuses, pour rassurer les investisseurs qui aimeraient mieux se charger eux-mêmes de leurs investissements culturels. Je suis sûr qu’ils aiment tous la musique romantique et la peinture impressionniste, et je suis persuadé, sans rien savoir sur le président de la Banque fédérale d’Allemagne, que, à ses heures perdues, comme le directeur de la Banque de France, M. Jean-Claude Trichet, il lit de la poésie et pratique le mécénat.
« Il faut donc, dit-il, contrôler les budgets publics, baisser le niveau des taxes et impôts jusqu’à leur donner un niveau supportable à long terme. »
Entendez : baisser le niveau des taxes et impôts des investisseurs jusqu’à les rendre supportables à long terme par ces mêmes investisseurs, évitant ainsi de les encourager à porter ailleurs leurs investissements. Continuons la lecture : « Il faut (...) réformer le système de protection sociale. » C’est- à-dire, bis repetita, enterrer l’Etat providence et ses politiques de protection sociale, bien faites pour ruiner la confiance des investisseurs, susciter leur méfiance légitime, certains qu’ils sont en effet que leurs acquis économiques - on parle d’acquis sociaux, on peut bien parler d’acquis économiques -, c’est-à-dire leurs capitaux, ne sont pas compatibles avec les acquis sociaux des travailleurs, et que ces acquis économiques doivent évidemment être sauvegardés à tout prix, fût-ce en ruinant les maigres acquis économiques et sociaux de la grande majorité des citoyens de l’Europe à venir, ceux que l’on a beaucoup désignés en décembre 1995 comme des « nantis », des « privilégiés ».
M. Hans Tietmeyer est convaincu que les acquis sociaux des investisseurs, autrement dit leurs acquis économiques, ne survivraient pas à une perpétuation du système de protection sociale. C’est ce système qu’il faut donc réformer d’urgence, parce que les acquis économiques des investisseurs ne sauraient attendre. Et M. Hans Tietmeyer, penseur de haute volée, qui s’inscrit dans la grande lignée de la philosophie idéaliste allemande, poursuit :
« Il faut donc contrôler les budgets publics, baisser le niveau des taxes et impôts jusqu’à leur donner un niveau supportable à long terme, réformer le système de protection sociale, démanteler les rigidités sur le marché du travail, de sorte qu’une - ce « de sorte » mériterait un long commentaire - nouvelle phase de croissance (...) ne sera atteinte à nouveau que si nous faisons un effort - le « nous faisons » est magnifique - de flexibilité sur le marché du travail. »

Une menace proche du chantage

Ça y est. Les grands mots sont lâchés, et M. Hans Tietmeyer donne un magnifique exemple de la rhétorique euphémistique qui a cours sur les marchés financiers. L’euphémisme est indispensable pour susciter durablement la confiance des investisseurs - dont on aura compris qu’elle est l’alpha et l’omega de tout le système économique, le fondement et le but ultime, le telos, de l’Europe de l’avenir -, tout en évitant de susciter la défiance ou le désespoir des travailleurs, avec qui, malgré tout, il faut aussi compter, si l’on veut avoir cette nouvelle phase de croissance qu’on leur fait miroiter, pour obtenir d’eux l’effort indispensable. Parce que c’est d’eux que cet effort est attendu, même si M. Hans Tietmeyer, décidément passé maître en euphémismes, dit bien : « Démanteler les rigidités sur les marchés du travail, de sorte qu’une nouvelle phase de croissance ne sera atteinte à nouveau que si nous faisons un effort de flexibilité sur le marché du travail. » Splendide travail rhétorique, qui peut se traduire : Courage travailleurs ! Tous ensemble faisons l’effort de flexibilité qui vous est demandé !
Au lieu de poser, imperturbable, une question sur la parité extérieure de l’euro, le journaliste aurait pu demander à M. Hans Tietmeyer le sens qu’il donne aux mots-clés de la langue des investisseurs : « rigidité sur le marché du travail » et « flexibilité sur le marché du travail ». Les travailleurs, eux, entendraient immédiatement : travail de nuit, travail pendant les week-ends, horaires irréguliers, pression accrue, stress, etc.
On voit que « sur le marché du travail » fonctionne comme une sorte d’épithète homérique susceptible d’être accrochée à un certain nombre de mots, et l’on pourrait être tenté, pour mesurer la flexibilité du langage de M. Hans Tietmeyer, de parler par exemple de flexibilité ou de rigidité sur les marchés financiers. L’étrangeté de cet usage dans la langue de bois de M. Hans Tietmeyer permet de supposer qu’il ne saurait être question, dans son esprit, de « démanteler les rigidités sur les marchés financiers » ou de « faire un effort de flexibilité sur les marchés financiers ». Ce qui autorise à penser que, contrairement à ce que peut laisser croire le « nous » du « si nous faisons un effort » de M. Hans Tietmeyer, c’est aux travailleurs et à eux seuls qu’est demandé cet effort de flexibilité, et que c’est encore à eux que s’adresse la menace, proche du chantage, qui est contenue dans la phrase : « De sorte qu’une nouvelle phase de croissance ne sera atteinte à nouveau que si nous faisons un effort de flexibilité sur le marché du travail. » En clair : lâchez aujourd’hui vos acquis sociaux, toujours pour éviter d’anéantir la confiance des investisseurs, au nom de la croissance que cela nous apportera demain. Une logique bien connue des travailleurs concernés, qui, pour caractériser la politique de participation que leur offrait en un autre temps le gaullisme, disaient : « Tu me donnes ta montre, et je te donne l’heure. »
Relisons une dernière fois les propos de M. Hans Tietmeyer :
« L’enjeu aujourd’hui, c’est de créer des conditions favorables à une croissance durable et à la confiance des investisseurs, il faut donc... - remarquez le « donc » - ...contrôler les budgets publics, baisser le niveau des taxes et impôts jusqu’à leur donner un niveau supportable à long terme, réformer les systèmes de protection sociale, démanteler les rigidités sur les marchés du travail, de sorte qu’une nouvelle phase de croissance ne sera atteinte à nouveau que si nous faisons un effort de flexibilité sur les marchés du travail. »
Si un texte aussi extraordinaire, aussi extraordinairement extraordinaire, était exposé à passer inaperçu et à connaître le destin des écrits quotidiens de quotidiens, qui s’envolent comme des feuilles mortes, c’est qu’il était parfaitement ajusté à l’« horizon d’attente » de la grande majorité des lecteurs de quotidiens que nous sommes. Or cet horizon est le produit d’un travail social. Si les mots du discours de M. Hans Tietmeyer passent si facilement, c’est qu’ils ont cours partout. Ils sont partout, dans toutes les bouches. Ils courent comme monnaie courante, on les accepte sans hésiter, comme on fait d’une monnaie, d’une monnaie stable et forte, évidemment, aussi stable et aussi digne de confiance, de croyance, que le deutschemark : « Croissance durable », « confiance des investisseurs », « budgets publics », « système de protection sociale », « rigidité », « marché du travail », « flexibilité », à quoi il faudrait ajouter, « globalisation », « flexibilisation », « baisse des taux » - sans préciser lesquels - « compétitivité », « productivité », etc.
Cette croyance universelle, qui ne va pas du tout de soi, comment s’est-elle répandue ? Un certain nombre de sociologues, britanniques et français notamment, dans une série de livres et d’articles, ont reconstruit la filière selon laquelle ont été produits et transmis ces discours néolibéraux qui sont devenus une doxa, une évidence indiscutable et indiscutée. Par toute une série d’analyses des textes, des lieux de publication, des caractéristiques des auteurs de ces discours, des colloques dans lesquels ils se réunissaient pour les produire, etc., ils ont montré comment, en Grande-Bretagne et en France, un travail constant a été fait, associant des intellectuels, des journalistes, des hommes d’affaires, dans des revues qui se sont peu à peu imposées comme légitimes, pour établir comme allant de soi une vision néolibérale qui, pour l’essentiel, habille de rationalisations économiques les présupposés les plus classiques de la pensée conservatrice de tous les temps et de tous les pays.

La satisfaction que procure le fatalisme

Ce discours d’allure économique ne peut circuler au-delà du cercle de ses promoteurs qu’avec la collaboration d’une foule de gens, hommes politiques, journalistes, simples citoyens qui ont une teinture d’économie suffisante pour pouvoir participer à la circulation généralisée des mots mal étalonnés d’une vulgate économique. Un exemple de cette collaboration, ce sont les questions du journaliste qui va en quelque sorte au devant des attentes de M. Hans Tietmeyer : il est tellement imprégné par avance des réponses qu’il pourrait les produire. C’est à travers de telles complicités passives qu’est venue peu à peu à s`imposer une vision dite néolibérale, en fait conservatrice, reposant sur une foi d’un autre âge dans l’inévitabilité historique fondée sur le primat des forces productives. Et ce n’est peut-être pas par hasard si tant de gens de ma génération sont passés sans peine d’un fatalisme marxiste à un fatalisme néolibéral : dans les deux cas, l’économisme déresponsabilise et démobilise en annulant le politique et en imposant toute une série de fins indiscutées, la croissance maximum, l’impératif de compétitivité, l’impératif de productivité, et du même coup un idéal humain, que l’on pourrait appeler l’idéal FMI (Fonds monétaire international). On ne peut pas adopter la vision néolibérale sans accepter tout ce qui va de pair, l’art de vivre yuppie, le règne du calcul rationnel ou du cynisme, la course à l’argent instituée en modèle universel. Prendre pour maître à penser le président de la Banque fédérale d’Allemagne, c’est accepter une telle philosophie.
Ce qui peut surprendre, c’est que ce message fataliste se donne les allures d’un message de libération, par toute une série de jeux lexicaux autour de l’idée de liberté, de libéralisation, de dérégulation, etc., par toute une série d’euphémismes, ou de double jeux avec les mots - réforme par exemple -, qui vise à présenter une restauration comme une révolution, selon une logique qui est celle de toutes les révolutions conservatrices.
Si cette action symbolique a réussi au point de devenir une croyance universelle, c’est en partie à travers une manipulation systématique et organisée des moyens de communication.
Ce travail collectif tend à produire toute une série de mythologies, des « idées-forces » qui marchent et font marcher, parce qu’elles manipulent des croyances : c’est par exemple le mythe de la « globalisation » et de ses effets inévitables sur les économies nationales ou le mythe des « miracles » néolibéraux, américain ou anglais. A la mythologie selon laquelle les inégalités sociales et économiques se réduiraient aux Etats-Unis, on peut opposer le travail d’un sociologue, M. Loïc Wacquant, montrant que, aux Etats-Unis, l’« Etat charitable », fondé sur une conception moralisante de la pauvreté, tend à se dédoubler en un Etat social assurant les garanties minimales de sécurité aux classes moyennes et un Etat de plus en plus répressif pour contrecarrer les effets de la violence liée à la précarisation des conditions d’existence de la grande masse de la population, noire notamment. Ainsi l’Etat de Californie, un moment constitué par certains sociologues français en paradis de toutes les libérations, consacre désormais à ses prisons un budget largement plus élevé que celui de toutes les institutions d’enseignement supérieur réunies, qui sont pourtant parmi les plus prestigieuses du monde.
Autre exemple, la Grande-Bretagne, dont on nous dit tous les jours qu’elle a résolu le problème du chômage, a en fait multiplié les emplois précaires, et les travailleurs britanniques découvrent avec envie les acquis sociaux encore survivants en France. Cela, paradoxalement, au moment même où l’on dit aux Français à quel point les travailleurs d’outre-Manche sont heureux de leur malheur.
Peut-être assistons-nous à un phénomène d’involution de l’Etat qui s’est constitué historiquement par concentration successive de force physique (la police et l’armée), de capital culturel (le système métrique, etc.) et de capital symbolique. Un des effets de la philosophie néolibérale, qui n’est que le masque d’une vieille philosophie conservatrice, est de conduire à une régression de l’Etat vers l’Etat minimal tout à fait conforme à l’idéal des dominants, c’est-à-dire réduit aux forces de répression, comme en témoigne l’augmentation des dépenses pour la police.

Confiance des marchés ou confiance du peuple

Revenons pour finir au mot-clé du discours de M. Hans Tietmeyer, la « confiance des marchés ». Il a le mérite de mettre en pleine lumière le choix historique devant lequel sont placés tous les pouvoirs : entre la confiance des marchés et la confiance du peuple, il faut choisir. La politique qui vise à garder la confiance des marchés perd la confiance du peuple.
Selon un sondage récent sur l’attitude à l’égard des hommes politiques, les deux tiers des personnes interrogées les considèrent comme incapables d’écouter et de prendre en compte ce que pensent les Français, reproche particulièrement fréquent chez les partisans du Front national (FN) - dont on déplore par ailleurs l’irrésistible ascension, sans songer un seul instant à faire le lien entre FN et FMI.
Il faut mettre la confiance des marchés financiers ou des investisseurs - qu’on entend sauver à tout prix - en relation avec la méfiance des citoyens. L’économie est, sauf quelques exceptions, une science abstraite fondée sur la coupure, absolument injustifiable, entre l’économique et le social qui définit l’économisme. Cette coupure est au principe de l’échec de toute politique qui ne reconnaît pas d’autre fin que la sauvegarde de l’« ordre et de la stabilité économiques », c’est-à-dire du deutschemark, ce nouvel absolu dont M. Hans Tietmeyer s’est fait le desservant...

 

Pierre Bourdieu. Sociologue, professeur au Collège de France.

(1) Ce texte est la transcription d’une conférence qui a suscité et suscite encore beaucoup de discussions en Allemagne, donnée par Pierre Bourdieu, aux rencontres culturelles franco-allemandes tenues à Fribourg, en octobre 1996. (2) Le Monde, 17 octobre 1996.

mercredi 6 avril 2011

RFID, LA POLICE TOTALE


Au sens premier depuis le XIIIe siècle, la police est le gouvernement de la cité - gestion et discipline, exercice du pouvoir politique - avant de désigner l’organisation rationnelle de l’ordre public.

Subterfuge & Pièces et Main d’oeuvre
présentent

RFID : la police totale

un film de 28 minutes contre la tyrannie technologique et l’avènement de la société de contrainte.

On peut voir et télécharger ce film sur http://websuterfuge.free.fr/rfid.html

On peut le commander en DVD, en envoyant un chèque de 5 euros (à l’ordre des Bas-Côtés) aux Bas-Côtés, 59 rue Nicolas Chorier, 38000 Grenoble, en précisant lisiblement sa commande et son adresse.

Nous encourageons évidemment tout un chacun à le télécharger, à le diffuser, et à organiser des projections et des débats contre l’invasion des RFID.

Peu de gens encore, hors des laboratoires, des services vétérinaires et de logistique, connaissent les RFID (Radio Frequency Identification), aussi nommées "étiquettes électroniques", "intelligentes", "smart tags", "transpondeurs", "puces à radiofréquences", "puces sans contact". Ces mouchards nés durant la seconde guerre mondiale supplantent désormais les codes-barres dans les objets de consommation et sont implantés dans les animaux, les titres de transport et d’identité, les livres des bibliothèques, les arbres des villes, toutes choses de proche en proche, et même de plus en plus d’êtres humains. Sans les nanotechnologies, qui permettent de réduire leur taille et leur prix, les puces RFID n’infesteraient pas nos vies et IBM ne pourrait pas proposer aux décideurs son programme de puçage généralisé de tout et de tous (des espaces "naturels" aux décors urbains, des marchandises aux infrastructures d’énergie, de transports et aux services, de santé, d’éducation, des animaux aux humains) baptisé "planète intelligente".

Voici venu le temps du marquage électronique, universel et obligatoire. Bientôt il sera criminel d’extraire de son corps sa puce d’identité.
- Avez-vous quelque chose à vous reprocher ?


Merci de faire circuler,
Pièces et Main d’oeuvre

vendredi 18 mars 2011

VALONS-NOUS UN PRIX ?


La religion de la matière

La théorie aristotélicienne du prix ne recourt pas à la terminologie de la valeur. La notion de valeur est une invention de l’Occident gréco-judéo-chrétien théorisée entre autres par Albert le Grand et Thomas d’Aquin au XIIIème siècle. L’adjonction du terme valeur aux prédicats d’usage et d’échange qui déterminent la définition du prix chez Aristote entraîne toute la science économique, à partir de la scolastique, à théoriser le prix par la notion de valeur. Dans son analyse du prix, Paul Jorion reprend toute l’explication d’Aristote qui effectivement n’utilise pas le prédicat de valeur, inexistant dans la langue du stagirite. La question est donc posée du sens du prédicat de la valeur relative au prix.
Comme la notion de valeur apparaît dans le contexte du monothéisme postérieur à Aristote, on peut poser l’hypothèse d’une récupération religieuse de la science du prix. Ainsi le savoir économique développé à partir du XVIIIème siècle peut être vu comme une doctrine religieuse et non comme théorisation expérimentable d’un objet observé. Paul Jorion constate dans "Le prix" (p. 41) de la conception marginaliste du prix comme rapport égalisant la valeur de la demande à la valeur de l’offre : « qu’elle est un modèle normatif au sens du droit et non un modèle descriptif au sens de la science ; qu’elle ignore d’intention délibérée l’influence possible des facteurs sociologiques et politiques ; qu’elle feint – par un a priori subjectiviste – de prendre en considération l’action des individus, mais d’ignorer en réalité comme non pertinent l’impact des décisions individuelles ». La valeur n’est pas une matière vraiment observable séparément du prix. Elle n’a pas d’existence distincte dans le phénomène du prix et y apparaît comme cause révélée et non comme cause mesurée.
Placé dans le référentiel aristotélicien de causalité matérielle, formelle, finale et efficiente, l’économisme de marché pose le prix comme effet du marché. Le marché explique le prix. De là, l’économisme contemporain explique le marché soit par lui-même, soit par la valeur. Si le marché est sa propre cause d’intelligibilité, il suffit d’être le marché ou dans le marché pour avoir part au prix. Si la cause du prix est la valeur, il suffit de maîtriser l’explication de la valeur pour contraindre le rapport d’échange. La financiarisation du monde est un phénomène d’unification de l’existence humaine dans un marché unique et ouvert sur tout l’espace présent et futur. Par le concept de valeur matériellement révélé dans le langage politique, juridique, mathématique et informatique, la financiarisation instaure un culte où des prêtres enchantent le prix par la valeur. Tout le peuple s’extasie et rend des offrandes à la caste des prêtres financiers pour avoir part à la valeur du prix.

Basculement dans la modernité matérialiste

Dans la cosmologie moderne du bien-être matériel, la valeur apparaît comme un concept totalisant non analysable qui effectue le marché et qui est l’effet du marché. Zébu constate que l’individu est enfermé dans l’alternative : y croire pour avoir ce qu’il ne peut objectivement mesurer ou renoncer. Par la valeur, le marché est une religion des individus au service de leurs besoins inintelligibles. Replacé dans un référentiel aristotélicien, la valeur est un pur effet qui englobe indistinctement une fin non identifiable dans une matière informe. Avant d’être devenue purement financière, la valeur a été d’usage et d’échange. L’analyse économique a cherché à expliquer l’échange par l’usage ; le prix par l’utilisation de l’objet du prix. La science économique classique est moins abstraite qu’aujourd’hui. L’effet de prix dépend d’un objet qui n’est pas seulement un modèle financier, mais l’utilité matérielle de quelque chose de formé pour remplir une fin. L’économie classique est effectivement normative mais au lieu d’aborder l’objet économique par sa seule forme, l’analyse par la fin qui transforme la matière en prix d’échange.
Si l’on suit Paul Jorion, il existe jusqu’à Marx une discussion de la valeur d’utilité en fonction d’un sujet humain actif à spécifier le prix. L’économie est alors la matière de la politique. L’utilité économique est l’application du débat politique sur le partage de la valeur produite dans le prix des échanges. Après Marx, l’économie s’abstrait de la politique. L’économie n’est plus la valeur concrète du vivre ensemble ; elle applique ses propres lois indépendantes des structures produites par la politique. Dans une analyse aristotélicienne, la matière formée par le discours économique ne répond plus à des finalités politiques. Après Marx, l’objet principal de l’économie n’est plus un ordre politique de partage de la valeur mais la maximisation de la production dans le prix de ses facteurs. Le prix n’est plus une valeur négociable mais le résultat d’une rationalité objective sans implication du sujet. Le prix est seule forme économique de la matière. L’objet fétichisé ne contient plus de fin personnelle discutée par la société. Le travail humain se réduit au coût.
Avant Marx, la théorisation économique reconnaît bien l’échange comme cause efficiente du prix. Mais elle pose la valeur comme matière du prix pour en chercher la formation dans la finalité des acteurs économiques. L’économie est activité de décisions d’échange de la valeur intermédiaire contre la valeur finale, de production de la valeur intermédiaire par la transformation du travail et d’accumulation de la valeur par le temps ; accumulation par des moyens matériels de production, par le savoir faire de transformation et par un système politique de régulation durable des échanges. La science économique est explicitement normative. Elle vise un contexte politique de pouvoirs sociaux et personnels qui créent un potentiel de richesse à la fois individuel et collectif. La main invisible d’Adam Smith n’est pas une rationalité révélée mais une logique de la personne en société qui sert la collectivité en servant ses intérêts propres.

Finance fondée par la scolastique

La science économique classique est l’héritière de la pensée scolastique structurée par la matière, la forme, la fin et l’effet. Vue à partir de la pensée post-moderne où les notions de société et de personne s’effacent dans le relativisme individualiste, la notion de valeur n’ajoute rien aux catégories aristotéliciennes. Dans l’univers du stagirite, l’usage détermine l’échange et l’usage est établi par le statut social dans la politie. Les prix ne sont pas déterminés par des quantités offertes et demandées. La réalité économique est conçue indissociable de l’ordre politique. Toute offre et toute demande est matériellement formée par le rôle assigné à l’individu dans la production des moyens d’existence de la collectivité. Le statut des individus est réputé immuable et les besoins ne changent pas. Les chocs exogènes au système politique sont transformés en changements économiques par une ré-assignation des statuts qui induit un ajustement des prix. Le marché est dans la démocratie grecque un lieu de négociation indirecte des prix par l’information des statuts dans des rapports de force sociaux.
L’économie d’Albert le Grand et Thomas d’Aquin utilise une causalité du prix transformée par la personne, la société et la valeur. Cette causalité sera réduite dans la théorisation économiste par l’oblitération de la personne, puis de la société et enfin de la valeur. A la fin du Moyen-Age le monothéisme judéo-chrétien redécouvre Aristote. Le monde créé issu de sa cause divine peut recevoir une existence distincte et autonome du logos divin. Dieu donne une matière à sa créature humaine qui peut exister comme personne maîtresse de ses propres fins. La cosmologie judéo-chrétienne ré-utilise le langage structuré par Aristote. Le logos divin transmet à l’homme l’intelligence de la valeur. Chaque personne reçoit la capacité de se nommer soi-même pour nommer ce qu’elle veut à l’intérieur de la société qui la met en relation avec le monde créé, cause matérielle de son existence.
Dans la scolastique, la personne est l’effet présent du divin dans le monde temporel. La raison d’être de la société est de former, d’informer et de transformer la personne. La personne donne et reçoit la matière de sa valeur par la société qui la met en relation avec ses fins. La valeur scolastique est un effet distinct de ses trois causes : la fin choisie par la personne, la forme permise par la société et la matière produite par le travail. Distingué de la matière, de la forme et de la fin de la personne intégrée dans la société formée dans la Loi, l’effet de valeur a trois conséquences radicales sur le prix ; trois conséquences qu’Aristote ne peut évidemment pas concevoir. Le prix résulte des décisions personnelles synthétisées par un ordre social qu’on appelle aujourd’hui l’État. Le prix varie non seulement par les statuts sociaux mais par l’information que chaque personne apporte de son offre et de sa demande à l’intérieur d’un statut adaptable. Enfin le prix équilibre dans l’espace la transformation d’une réalité objective indépendante de la volonté du sujet. Le sujet ne peut agir sur le prix objectif que par le temps.

Division financière de la réalité humaine

La scolastique fonde la finance sur la théologie, la morale et la science. La finance est l’effet rendu dans le prix actuel de la foi en l’existence d’une valeur future, du choix d’une bonne fin dans l’objet de la valeur future et de la mesure rationnelle de la transformation temporelle de la matière physique observée. La théologie explique la responsabilité libre de la personne dans la valeur. La morale livre les outils de discernement des objets de construction et de destruction de la personne. La science apporte des modèles de réalisation concrète de la personne dans la matérialité physique présente. La scolastique vient enrichir la démocratie par le financement personnel de la valeur sociale du bien commun. Mais elle ne fournit aucun principe de régulation du pouvoir financier qu’elle attribue à l’initiative individuelle. Cette omission va être mise à profit par les individus les plus forts pour privatiser la valeur et amener la civilisation à son point actuel de basculement.
Dans le monde marqué par la révélation de la personne, le prix est la mesure de la valeur de l’échange en société. La valeur est l’effet du prix à la condition de la liberté éclairée de l’acheteur et du vendeur, de la pleine expression des besoins demandés et des attentes offertes et de la réalisation matérielle concrète dans le temps de la promesse sous-jacente au prix. Dans le combat des forts contre les faibles livré depuis le Moyen Age, le pouvoir financier virtuellement hégémonique va systématiquement détruire les moyens de régulation sociale. Il va d’abord soustraire la démocratie de l’attention personnelle d’un monarque. L’unité du bien commun va être dissoute. Il va ensuite idéaliser la loi afin de la rendre inopérante dans la vie économique concrète. Il va enfin morceler les marchés par des lois civiles différentes. La circulation de l’information sera réglée par la finance afin de biaiser l’intelligence de la valeur au profit d’une minorité.
Le pouvoir politique libéré de sa responsabilité de l’économie du bien va néanmoins s’organiser pour le discuter et l’influencer par l’agrégation des actions individuelles. L’organisation du pouvoir politique en forces séparées de délibération des lois, d’exécution de la décision publique et de juridiction de l’équilibre du droit entre intérêts particuliers va armer la société contre son démembrement par les intérêts financiers. Mais l’économie s’unifie par la liberté des échanges mondiaux et la mise en commun de la connaissance humaine par l’informatique de réseau. A l’inverse, l’autorité politique est méthodiquement divisée contre elle-même par la rivalité des pouvoirs et des nations formées dans des systèmes juridiques non convertibles. La monnaie qui quantifie le droit des personnes est livrée au pouvoir financier ; selon ses intérêts, il fixe le prix relatif des droits humains entre des nationalités différentes.

Destruction financière réciproque

Dans le monde d’aujourd’hui, la finance mondialisée possède l’économie. Agissant dans l’ordre de la matière, elle maîtrise la matérialité du prix, c’est à dire les quantités produites et réparties entre les individus. En revanche elle ne maîtrise pas les finalités retenues en dehors d’elle-même, ni les effets qualitatifs des échanges sur les personnes et sur l’environnement physique. Le pouvoir politique privé de ses moyens d’action économique ne peut plus défendre la société, les personnes, ni le milieu de vie. Les nations qui portent l’état de droit se désagrègent. Les individus ne sont plus reliés par un bien commun ; ils sortent progressivement de la consommation de valeur donc de la collaboration à la production et à la transformation de la valeur. La politique ne produit plus de lois intelligibles qui rendent la valeur transparente.
Les formes de la valeur réduites à des modèles de prix sont propriété des intérêts financiers strictement quantitatifs. Il n’est plus question de formaliser d’autres finalités que financières, d’autres objectifs que l’accroissement régulier des prix financiers indépendamment de toute réalité humaine hors de la quantité. Entre la quantité captée par la finance et la qualité diluée dans le démembrement du pouvoir politique, la société, la personne et la valeur disparaissent. Une seule réalité demeure intelligible au calcul de la finance et de l’autorité politique ; la monnaie exprime le prix et réalise le décompte de la valeur autorisée par l’ordre politique. La monnaie expliquée par Aristote est matière de l’échange dans le prix, forme de réalité comme contrepartie intelligible de l’objet échangé et fin de l’échange dans la conservation du pouvoir d’échanger dans le futur.
La politie dans l’antiquité grecque et la société politique aujourd’hui sont condition d’existence de la monnaie. Sans relation ordonnée entre des individus qui sont potentiellement des personnes, la monnaie ne compte plus rien, n’est plus une contrepartie utile de l’échange ni ne porte de valeur dans le temps. La destruction financière des sociétés et de la personne politiques vide la monnaie de sa substance. La monnaie devient pure virtualité numérique. La mondialisation financière sans État de droit renvoie la civilisation humaine à son stade primitif avant la démocratie grecque transformée par la révélation de la liberté personnelle dans le judéo-christianisme. Un pouvoir financier politico-religieux règle les échanges entre des individus soumis et programmés.

Conditions de vérité financière

L’alternative est le soulèvement politique des personnes liées par la société réelle dans l’économie de l’échange humain. Elle implique une décision politique de franchir la dernière étape conceptuelle du développement économique et politique de l’humanité, celui de la responsabilité financière personnelle mondiale. Toute personne représente une société. Toute société présente des personnes responsables de la valeur. Toute valeur a un prix dans les limites du monde réel physique et temporel. Tout prix est nomination d’une forme intelligible de valeur. Toute nomination de la valeur est assumée par une personne engagée à réaliser le prix par l’échange. Le modèle, la forme, du prix nommant la réalité assumée par un vendeur porté par une société génératrice d’une loi existe depuis l’aube de la civilisation. C’est l’option ; justement l’outil dont abuse la finance pour leurrer la responsabilité politique, asservir les personnes et capter la valeur.
La matière d’une option est le choix fixé dans le temps, d’un acheteur identifié, d’acquérir un objet réel nommé contre paiement en monnaie. La forme d’une option est l’engagement d’un vendeur de réaliser à terme la livraison de l’objet ; et de nommer immédiatement l’objet afin d’en anticiper le prix de vente. La fin d’une option est l’achat du risque de nomination imprécise de l’objet qui est la non-réalisation à terme au prix anticipé. La finalité de l’option est le prix du risque acheté par le propriétaire de la valeur à terme nommée dans un objet réalisable et effectivement livrable à son acheteur devant la société. La logique de l’option est la rationalité de l’engagement d’une réalité à terme entre trois personnes reliées par une même loi de la valeur. L’effet de l’option est la transformation de la parole humaine en activité d’intelligence du réel livrable à un acheteur par le temps.
La finance dévoie l’option pour l’argent. L’argent désormais remplacé par le bit d’information est la matière qui représente la monnaie. La monnaie contient à la fois la matière, la forme, la fin et l’effet de la valeur. Elle est l’outil d’échange des objets de valeur comme des composants de l’explication de la valeur ; en l’occurrence l’option d’un vendeur de former le prix d’un objet matérialisable à une fin nommée du temps. L’argent qui matérialise la monnaie est la toute puissance de la valeur produite par l’homme. La tentation est forte pour l’individu de renoncer à sa personne, à l’ordre politique qui l’institue et à la loi du vivre ensemble pour acquérir cette toute puissance financière. Or l’option permet de vendre de la vérité comme du mensonge. Le mensonge efficace sépare la parole de toute réalité vérifiable : employer un langage qui n’a pas de sens humain, jouer avec les mots en dehors de toute loi sociale, s’extraire physiquement de la société.

Discrimination des causes de valeur

La finance spéculative opère à partir des paradis fiscaux, vend des modèles mathématisés de choix juridique sans contenu et rachète toute promesse avant d’avoir livré une quelconque réalité visible de ce qu’elle avait vendu. La politique absorbée dans la finance achète les voix de la démocratie en distribuant des primes d’option sans prix ; en annonçant des prix nominaux sans calcul du prix de la prime ; et en manipulant le langage qui consolide une demande face à l’offre réalisable sous-jacente aux options disponibles. L’option est un outil systémique : elle met en relation une société de personnes par un même objet réalisable dans le présent au futur dans la transformation de la valeur de la prime versée en monnaie. La transformation de la valeur présente en valeur future s’opère par la nomination de l’objet qui est de valeur partiellement incertaine tant que sa réalité n’est pas présente, tant que l’échéance n’est pas arrivée.
Pour simuler la réalité par des paroles ou des paroles par la réalité, il suffit de confondre le présent et le futur, le certain visible avec l’incertain et avec l’invisible. Pour rompre la confusion, il suffit de désigner systématiquement le lieu et l’instant d’une livraison visible de l’objet d’une promesse ; de ne reconnaître aucun prix promis dont la réalisation de l’objet nommé ne soit pas garantie par une prime d’option ; de séparer les acheteurs de prime des acheteurs du prix et les acheteurs du prix des acheteurs de l’objet. L’existence concomitante d’acheteurs différents de la prime, du crédit du prix et de la réalité sous-jacente à terme prouve la réalité de la valeur effective. Elle prouve également l’efficience de la Loi qui nomme l’objet et lie les contractants. Elle prouve enfin la valeur réelle de la monnaie versée au présent dans la prime et versée au futur dans le paiement du sous-jacent.
L’option est moteur de la valeur réelle de la monnaie présente et future qui matérialise le prix par l’application d’une loi politique commune aux contractants effectivement engagés. Si la monnaie est réformée comme matière universelle du prix nominal d’une option, si l’option est négociable dans un cadre politique universel formé par l’obligation de vendre le risque de tout objet nommé, si des États de droit s’obligent à vendre leur monnaie nationale comme unité comptable de la valeur universelle de leurs lois, si ces États s’engagent à appliquer leur Droit à tout utilisateur de la monnaie réformée, alors la monnaie définie par Aristote se réalise définitivement comme unité d’échange de la valeur, unité de compte de l’économie de la personne dans la société de droit. La monnaie d’option accomplit la valeur de la démocratie. Elle soumet par la monnaie le pouvoir politique à la réalité humaine personnelle.

Politique verrouillée par la finance du réel

La personne élit son statut social par la liberté instituée de choisir le marché où elle échange. Si elle choisit le marché national, le statut social fixé par la loi nationale détermine une capacité d’emprunt ou d’achat de la monnaie nationale dont le statut économique légal est la prime. La collectivité nationale assume par la valeur extérieure de sa monnaie la valeur des primes de statut qu’elle accorde. Si la personne choisit le marché international, le statut social n’est pas fixé par la loi nationale mais par la prime qu’une autre personne achète pour garantir l’emprunt du prix en monnaie universelle. Le statut social international est purement économique, réglé à terme par le tiers garant de la valeur de l’emprunt de la monnaie universelle, c’est à dire par le bénéficiaire du paiement de la prime.
L’obligation de négocier la prime de crédit international de tout emprunteur en monnaie universelle impose un prix économique et non politique à tout statut social valorisé par une prime universelle. Une prime universelle que n’importe quelle personne peut acquérir sous statut extra-national en anticipation de la plus ou moins-value d’application des lois nationales. L’acheteur primaire extra-national en monnaie universelle évalue librement le prix à terme des engagements en monnaie nationale. Une prime universelle négociée dans la société de marché universelle ne peut se régler entre son acheteur et son vendeur que par la négociation à terme de la réalité d’une valeur nécessairement nationale pour être livrable.
Le marché extra-national d’option universelle instaure l’étalon monétaire universel de la valeur par le calcul des primes de change des prix en droit national. Toute monnaie nationale devient formellement l’unité de compte d’un État de droit national qui forme des prix par l’application d’une loi nationale ; d’une loi négociée, formulée et appliquée par un certain régime juridique sous une autorité politique personnellement identifiable et financièrement responsable sur le marché extra-national. La négociation des primes de change hors le contrôle des titulaires du pouvoir politique responsables de la valeur de la Loi détermine un prix objectif économiquement juste de toute option politique nationale de bien commun. La valeur politique de la personne est objectivement réconciliée avec sa production économique. Plus aucun prix ne peut échapper au jugement marchand d’une société librement formée par la loi d’un même bien commun humain.

Prime mondiale de valeur personnelle

La valeur scolastique invente sa cause dans la personne en société. Elle est l’accomplissement réel du potentiel de la démocratie grecque. La démocratie primitive forme le prix de la collectivité par l’assignation d’un statut à tous les individus qui la composent. L’introduction dans la politie d’Aristote de la personne formée par la société, ouvre la démocratie à sa réalisation totale. Pas seulement à la liberté politique de tous et à la liberté économique de quelques uns ; mais à l’accomplissement économique et politique universel de la personne par la société, à la transformation permanente et solidaire des statuts pour accroître la valeur de chaque personne. La philia qui réunit les individus dans la cité grecque devient le bien commun librement négociable des personnes construites et rassemblées par des sociétés.
Aristote invente l’économie politique en formulant une loi d’attribution d’un statut à tous les membres de la démocratie. Albert le Grand et Thomas d’Aquin inventent la finance en attribuant une justification personnelle à tous les prix d’échange en société. Les Lumières inventent la république en découpant le champ de la raison humaine entre le pouvoir religieux, le pouvoir politique et le pouvoir économique. La mondialisation peut inventer la démocratie vivante en soumettant l’intelligence optionnelle au jugement universel, celui de la foi en la personne humaine, celui de la raison soumise à la réalité observable et celui de la vie intelligente au service de la liberté personnelle.

samedi 12 mars 2011

Leurs dictateurs étaient l’avenir de l’homme

 SOURCE : dedefensa.org

Revenons sans cesse et sans cesse sur la même rengaine : il s’agit de comprendre précisément la signification du vaste “enchaînement crisique” démarré en décembre 2010 et se structurant en une vaste chaîne crisique. Il s’agit de comprendre le sens de l’événement, et qui y perd à transformer ce sens, d’ailleurs souvent sans conscience de la mystification, par simple emprisonnement du virtualisme et du langage qui s'accorde à lui, établi par le système de la communication.
Il s’agit d’abord de comprendre précisément ce qui a été détruit et ce qui est en train de l’être. Nous nous référons à deux textes pour cela, excellemment documentés, parfaitement cohérents et logiques.
• Le premier est un texte du WSWS.org du 5 mars 2011. Il nous montre que ce qui a été détruit (en Egypte, en Tunisie) ou qui est en train d’être détruit (en Libye), c’est une situation de stabilisation de trois pays qui étaient devenus des modèles d’applications du néolibéralisme intégral, ou ultralibéralisme, autrement dit de la conception la plus fondamentale pour la modernité.
«The most obvious common feature of Tunisia, Egypt and Libya—the three principal storm centres so far—is that a far-reaching program of neo-liberal “free market” restructuring has taken place in all of them in the recent period. These policies, including large-scale privatisation, the winding back of national economic and financial regulation, the destruction of tens of thousands of jobs and cuts in state subsidies, have been overseen by the International Monetary Fund (IMF) on behalf of global finance capital.
»Last October, the IMF issued a report in which it bewailed the general “lack of competitiveness in the Middle East and North Africa.” It pointed, however, to two “success stories.” Tunisia had become the “outsourcing hub” of the region, with “simplified regulation, modern infrastructure, government incentives and commitment to a knowledge-based economy that generates well-trained, low-cost workers.” The self-immolation of a young unemployed worker last December was the trigger for the Tunisian uprising. As for Egypt, it had attracted considerable global IT investment with recent “structural reforms” leading to “improvements in the business environment.”
»Libya has also been the subject of glowing reports. On October 28 last year, the IMF commended Libyan authorities “on efforts to enhance the role of the private sector in the economy”. It hailed “efforts to deepen the financial markets” as “commendable” and pointed out that there were no more government-owned banks and that “foreign partners” were involved in six of the country’s 16 operating banks.»
• Un autre texte, remarquable dans son détail et dans sa profondeur, a été publié sur Aljazeera.net le 24 février 2011. Il est de Walter Armbrust, professeur de la section des Etudes du Moyen-Orient Moderne à l’université d’Oxford, auteur notamment de Mass Culture and Modernism in Egypt. Voici quelques extraits de ce texte qui mérite une lecture complète.
«The hunt for regime cronies’ billions may be a natural inclination of the post-Mubarak era, but it could also lead astray efforts to reconstitute the political system. The generals who now rule Egypt are obviously happy to let the politicians take the heat. Their names were not included in the lists of the most egregiously corrupt individuals of the Mubarak era, though in fact the upper echelons of the military have long been beneficiaries of a system similar to (and sometimes overlapping with) the one that that enriched civilian figures much more prominent in the public eye such as Ahmad Ezz and Habib al-Adly.
»To describe blatant exploitation of the political system for personal gain as corruption misses the forest for the trees. Such exploitation is surely an outrage against Egyptian citizens, but calling it corruption suggests that the problem is aberrations from a system that would otherwise function smoothly. If this were the case then the crimes of the Mubarak regime could be attributed simply to bad character: change the people and the problems go away. But the real problem with the regime was not necessarily that high-ranking members of the government were thieves in an ordinary sense. They did not necessarily steal directly from the treasury. Rather they were enriched through a conflation of politics and business under the guise of privatization. This was less a violation of the system than business as usual. Mubarak’s Egypt, in a nutshell, was a quintessential neoliberal state. […]
»Two observations about Egypt’s history as a neoliberal state are in order. First, Mubarak’s Egypt was considered to be at the forefront of instituting neoliberal policies in the Middle East (not un-coincidentally, so was Ben Ali’s Tunisia). Secondly, the reality of Egypt’s political economy during the Mubarak era was very different than the rhetoric, as was the case in every other neoliberal state from Chile to Indonesia. Political scientist Timothy Mitchell published a revealing essay about Egypt’s brand of neoliberalism in his book Rule of Experts (the chapter titled “Dreamland” — named after a housing development built by Ahmad Bahgat, one of the Mubarak cronies now discredited by the fall of the regime). The gist of Mitchell’s portrait of Egyptian neoliberalism was that while Egypt was lauded by institutions such as the International Monetary Fund as a beacon of free-market success, the standard tools for measuring economies gave a grossly inadequate picture of the Egyptian economy. In reality the unfettering of markets and agenda of privatization were applied unevenly at best. […]

»The political economy of the Mubarak regime was shaped by many currents in Egypt’s own history, but its broad outlines were by no means unique. Similar stories can be told throughout the rest of the Middle East, Latin America, Asia, Europe and Africa. Everywhere neoliberalism has been tried, the results are similar: living up to the utopian ideal is impossible; formal measures of economic activity mask huge disparities in the fortunes of the rich and poor; elites become “masters of the universe,” using force to defend their prerogatives, and manipulating the economy to their advantage, but never living in anything resembling the heavily marketised worlds that are imposed on the poor.
»The story should sound familiar to Americans as well. For example, the vast fortunes of Bush era cabinet members Donald Rumsfeld and Dick Cheney, through their involvement with companies like Halliburton and Gilead Sciences, are the product of a political system that allows them — more or less legally — to have one foot planted in “business” and another in “government” to the point that the distinction between them becomes blurred. Politicians move from the office to the boardroom to the lobbying organization and back again. […]
»A neoliberal fix would, however, be a tragedy for the pro-democracy movement. The demands of the protesters were clear and largely political: remove the regime; end the emergency law; stop state torture; hold free and fair elections. But implicit in these demands from the beginning (and decisive by the end) was an expectation of greater social and economic justice. Social media may have helped organise the kernel of a movement that eventually overthrew Mubarak, but a large element of what got enough people into the streets to finally overwhelm the state security forces was economic grievances that are intrinsic to neoliberalism. These grievances cannot be reduced to grinding poverty, for revolutions are never carried out by the poorest of the poor. It was rather the erosion of a sense that some human spheres should be outside the logic of markets. Mubarak’s Egypt degraded schools and hospitals, and guaranteed grossly inadequate wages, particularly in the ever-expanding private sector. This was what turned hundreds of dedicated activists into millions of determined protestors.
»If the January 25th revolution results in no more than a retrenchment of neoliberalism, or even its intensification, those millions will have been cheated. The rest of the world could be cheated as well. Egypt and Tunisia are the first nations to carry out successful revolutions against neoliberal regimes. Americans could learn from Egypt. Indeed, there are signs that they already are doing so. Wisconsin teachers protesting against their governor’s attempts to remove the right to collective bargaining have carried signs equating Mubarak with their governor. Egyptians might well say to America “uqbalak” (may you be the next).»

Notre commentaire

La documentation est abondante. Arbrust nous donne une description au scalpel de la chose, WSWS.org nous apporte les éléments objectifs qui la confirment, notamment avec l’onction du FMI plus que jamais sorte d’“avant-garde du néolibéralisme” comme l’on parlait in illo tempore de l’“avant-garde du prolétariat”… Cette “chose”, à savoir que les “dictatures” infâmes qui s’écroulent comme châteaux de cartes au Moyen-Orient sous nos applaudissements ravis sont en fait, ou bien “étaient” c’est selon, d’exemplaires structures néolibérales, des modèles pour l’avenir du monde et l’avenir de l’homme, des parangons presque avant-gardistes de la modernité, sorte de post-postmodernité si l’on veut. (Nous parlons de “structures néolibérales”, nous ne parlons ni de nations, ni de pays ; ne mélangeons pas torchons et serviettes.)
Cette définition générale modifie complètement l’orientation de la narrative qui est généralement colportée aujourd’hui, qui est celle d’un mouvement général de libération vers la “démocratisation”, c’est-à-dire vers le modèle néolibéral occidental que ces dictatures n’auraient pas été par conséquent. Mais il se trouve que ces dictatures, loin d’être des structures “dissidentes” de l’ordre général, et du modèle néolibéral occidental, étaient au contraire complètement conformes à ce modèle, sinon en avance sur lui. Il n’y là rien qui doive étonner. Qui a lu le superbe Stratégie du choc de Naomi Klein sait bien que l’ultralibéralisme a besoin de la dictature, de la terreur policière, de la torture, de la contrainte et de la corruption pour fleurir, – sorte de “cent-Fleurs” de Mao transposé au système ultralibéral, – pour être établi avec la plus grande efficacité possible, et que ce cadre oppressif est le plus propice à la prospérité de cet ordre néolibéral, lequel est le fondement même de la modernité. (Parmi les exemples nombreux que détaille Klein, celui du Chili, avec la dictature de Pinochet qui permit à l’“école de Chicago”, – Norman Friedman et ses divers croyants de l’ultralibéralisme, – d’établir un régime économique ultralibéral absolument pur et sans tâche.) Là-dessus, qu’on façonne une pseudo-démocratie ou qu’on en reste à la dictature importe peu puisque l’essentiel, l’ordre néolibéral et ultralibéral, est en place.
Il y a à cet égard une fermeture de l’esprit américaniste-occidentaliste, une fermeture à double tour grâce à la puissance terroriste des mots. L’analogie terroriste qui est faite entre démocratie et modernité sous le patronage de la vertu, sans prendre garde que la modernité est l’équivalent de l’ordre néolibéral, renvoie sans coup férir à cette autre analogie terroriste, inverse de la précédente, entre dictature et “anti-modernité”. Au contraire, la dictature, dans sa version postmoderniste ou post-postmoderniste que l’ordre néolibéral a façonnée (Moubarak et Ben Ali, voire Kadhafi), est soit la voie triomphale vers la démocratie néolibérale type BAO (bloc américaniste-occidentaliste), soit un régime encore plus “vertueux” (plus néolibéral) que la démocratie néolibérale type BAO. Complète fermeture de l’esprit à cet égard…
Voici une anecdote… Prenons Arnaud Montebourg, du parti socialiste français, qui dit parfois des choses sensées, – notamment lorsqu’il réclame une refonte complète du système européen, avec abandon exigé de certaines directives néolibérales de la Commission européenne pour faire sortir l’Europe de la calamité néolibérale. Il y a deux semaines à peu près, Montebourg était l’invité du Grand Journal de Canal +, phare parisien de l’information branchée du parti des salonnards. Il parla du mouvement de “démocratisation” dans les pays arabes avec enthousiasme, en en faisant une victoire massive de la modernité sur le terrorisme type-Al Qaïda, ce qui rejoint évidemment les conceptions conformistes de l’ordre démocratique du Système, du bloc BAO marchant au rythme du Système. Puis il s’interrompit et, pour appuyer son propos qu’il voulait émouvant, il lut la lettre adressée à sa mère par le jeune Tunisien Mohamed Bouazizi, avant que ce jeune homme ne s’immole par le feu et ne déclenche, involontairement, par ce sacrifice, la grande chaîne de la soi-disant “démocratisation” ; lettre qui se termine par ces mots terribles et sublimes : «Si tu veux savoir pourquoi je m’immole, demande-le à notre époque.»… Nous savons tous de quoi il est question ; diplômé-chômeur, vendeur de fruits à la sauvette par nécessité de survie, soumis aux pressions économiques et à la corruption de l’ordre public du président Ben Ali, Mohamed Bouazizi n’a pas résisté à l’indignité et à l’humiliation qu’impose à l’être humain l’ordre néolibéral, dont la Tunisie de ce même Ben Ali était un fleuron… Où voit-on là-dedans une “victoire sur le terrorisme” ? (Quelle dommage… Parlant de “terrorisme”, Montebourg aurait pu parler du terrorisme néolibéreral, du terrorisme de la modernité en vérité et du seul vrai terrorisme, ce qui aurait fait de lui un esprit remarquablement lucide, et d’ailleurs en conformité avec ses positions à l’encontre de la Commission européenne ; effectivement, c’est contre le terrorisme de la modernité qu’est dirigée cette révolte de la chaîne crisique. Mais non, il parla bien du terrorisme type-Al Qaïda…)
…Assez curieusement, ou bien dirions-nous par rapport à ce qui va suivre, d’une façon révélatrice, le propos de Montebourg rejoint celui du général Stanley McChrystal, dont on connaît la carrière qui va du commandement de toutes les “forces spéciales” US à un fort court séjour à la tête des forces du bloc BAO en Afghanistan. Le 4 mars 2011, McStanley donna à Washington une conférence qui fut saluée par une standing ovation. Il y salua avec une émotion considérable le processus de “démocratisation” en cours dans les pays arabes, qu’il définit comme une victoire décisive sur Al Qaïda – et, par conséquent, se permet-on d’imaginer, une victoire de l’américanisme et du modèle néolibéral et hyperlibéral… («I'm very excited about it. When I think about the great causes of frustration and extremism, I think [they] often [come] when people don't feel like they have a stake in their own governance. I think the degree to which countries can evolve and let generations feel like they're part of the country and part of the future...helps us in so many ways. I think the big losers are extremist organizations like Al Qaeda because they leverage that frustration.»)
Ne nous attardons pas aux évidences que sont ces contradictions criantes. C’est bien le modèle néolibéral et ultralibéral (par dictateurs interposés) qui est pulvérisé par la “révolution” qui court de la Tunisie à l’Egypte (Armbrust : «Egypt and Tunisia are the first nations to carry out successful revolutions against neoliberal regimes») ; et tant de commentateurs américanistes-occidentalistes battant des mains pour saluer la victoire du modèle néolibéral et ultralibéral (par “démocratisation” interposée) saluent ainsi une superbe contradiction et font honneur à l’esprit sophistique que nous suggère et nous impose le Système. Ce qui nous importe à ce point, ce sont les comportements psychologiques et intellectuels qui font bon marché des faux semblants, des contradictions, d'inconscients raisonnements par l’absurde et qui en restent à l’absurde, etc., et tout cela selon la meilleure foi du monde sans nul doute.

La prison des “mots-matière”, des mots solidifiés

Ainsi en revenons-nous avec entêtement à notre chère psychologie. C’est elle, en effet, qui est la clef de tout dans un univers régi par le système de la communication… Le système de la communication, c’est-à-dire ses voltes et ses faces, ses perversions terribles accordées au service du Système et ses trahisons du Système qui en font ce Janus dont l’action est devenue complètement incontrôlable par le Système comme par quiconque ; cela, pour qui sait y faire, qui en fait un allié inattendu de la résistance au Système se transformant ainsi en attaque contre le Système.
Le caractère que nous voulons mettre en évidence, – qui est certes extraordinaire, voire inattendu et imprévu, mais qui n’est en aucun cas surprenant, – c’est l’emprisonnement dans les mots que l’on relève en “commentaire” de ces événements arabes (et autres) par ceux qui sont dans le Système ou proches de lui (même s’ils ont de bonnes intentions et savent parfois garder un pied en dehors pour penser différemment par moment). En fait de “mots”, il s’agit de “mots-concepts” (ou d’expressions) qui sont devenus des “mots-terroristes” qui anesthésient la pensée pour la rendre malléable, qui l’orientent par des automatismes de conditionnement, et qui parviennent à la fausser en la solidifiant. Le mot “démocratie” ou “démocratisation” dans ce cas, à l’image de quelques autres qu’on connaît, est devenu une véritable prison de l’esprit, qui secrète elle-même des raisonnements, des conclusions, des constats, en dépit de la réflexion que pourraient, que devraient lui opposer l’esprit et sa pensée ; idem à l’inverse pour le mot “dictature”, pour le cas qui nous occupe. Nous ne sommes dans la logique orwellienne qu’en apparence, parce que la logique orwellienne reste une dynamique de l’inversion des mots dont on peut avoir conscience. Il s’agit plutôt d’un enfermement par l’automatisme des réflexes d’une pensée elle-même confinée dans une seule voie de développement par ces “mots-terroristes” qui ont un caractère inerte évident ; ces mots n’ont pas un sens inversé, comme avec Orwell, ils n’ont qu’un seul sens possible qui est celui qu’on décrit.
A ce point, en effet, il nous paraît évident que nous dépassons les techniques de manipulation de la pensée (propagande, virtualisme, etc.) pour atteindre des situations où la pensée ainsi automatisée et terrorisée à cause de l’action de quelques “mots-terroriste” devient de la matière brute (en référence à notre conception du “déchaînement de la matière”, qui est le fondement, l’inspirateur et le créateur, et le moteur du Système). Effectivement, ces “mots-terroristes” devraient plutôt être désigné comme des “mots-matière” tant ils semblent se solidifier dans un hermétisme impénétrable, d’où l’on ne peut sortir lorsqu’on en est prisonnier, sinon par un effort de volonté inouïe qui représenterait une révolution copernicienne de l’esprit, qui indiquerait que l’on a été touché par l’intuition haute comme on l’est par la grâce. Ces mots solidifiés et devenus matière ne semblent plus avoir la moindre intelligence puisqu'ils sont solidifiés dans une signification hermétique. Par conséquent, la pensée influencée par ces “mots-matière” devient elle-même matière au contraire de l’esprit ; elle échappe à tous les apports habituels de son domaine, la perception et les émotions, la raison humaine quand elle n’est pas asservie au Système, l’intuition haute, etc. La pensée dans le chef de ces “mots-matière” qui la gouvernent pour les cas cités et les situations à l’intérieur du Système, est devenue inerte, simple magmas d’enchaînement de constats tracé par avance, elle ne bouge plus quelle que soit l’évolution de la situation du monde. La pensée devient matière pure.
On pourrait être tenté de comparer cela à une robotisation par programmation, mais ce n’est pas vraiment le cas. L’aspect le plus remarquable de ce phénomène est que, sortie de l’empire de ces “mots-matières”, voire à côté de cet empire qui concerne des domaines bien précis, par conséquent chez le même individu éventuellement, la pensée peut reprendre, quand l’individu est de taille, une certaine liberté et une certaine autonomie. Ainsi cohabitent un domaine inerte de la pensée, enfermée dans la matière et devenue matière, et un domaine plus ouvert, par où est possible une échappée… Par où, effectivement, existe cette possibilité inouïe de libération, si l’on parvient à se mettre en situation d’être honoré par l’influence de l’intuition haute.
A cause de l’évolution de la crise vers ses conditions paroxystiques, cette situation, entre la pensée devenue matière et la pensée qui conserve sa puissance spirituelle et l’élève éventuellement vers l’intuition haute, est devenue elle-même paroxystique dans la contradiction. La cohabitation des deux, parfois chez le même individu, tend à devenir insupportable. Les événements du monde, particulièrement le passage de la phase de la structure crisique qui a existé pendant quelques années (à partir de 2003-2004) à la phase de cette structure crisique consolidée, accélérée et devenue totalement déstabilisante par l'adjonction de la chaîne crisique comme on la voit dans les pays arabes, renforcent cette insupportabilité en l’exacerbant par la confirmation par les faits. Cette évolution, d’autre part, signale un renforcement de l’action de coercition du Système conscient de sa crise terminale et de sa Chute, à mesure des coups terribles qui lui sont portés par les mouvements de résistance et d’insurrection, comme l’est la chaîne crisique, tout cela nous rapprochant encore des conditions de la confrontation finale.

samedi 19 février 2011

Naturaleza, Ruralidad y Civilización, de Félix Rodrigo Mora


rodrigo
Se puede adquirir al precio de 9 euros a través de
La Librería de El Sueño Igualitario
libreria@cazarabet.com
Tlfs. 978 849970 – 686 110069
252 páginas
16 x 21 cm


“A mediados de los noventa algunas publicaciones como Futuro primitivo de J. Zerzan o los trabajos de Theodore J. Kaczynski, fundamentalmente el Manifiesto de Unabomber (La Sociedad Industrial y su futuro), revitalizaron la crítica a la sociedad tecnológica e industrial desde la perspectiva anarquista. En el Estado Español, al que fueron llegando sucesivas traducciones, no aparece una publicación importante en sus contenidos hasta 2001 por parte del colectivo Los Amigos de Ludd y en forma de boletín, trabajos de los que formó parte el autor de los textos que aquí presentamos. Estos se encargan de una investigación del pasado pre-industrializado, por ejemplo de la Alta Edad Media y del mundo rural, así como los procesos de la revolución liberal y del régimen franquista que liquidaron el orden agrario popular. Por otra parte, desde el análisis crítico, se alientan los procesos de desurbanización, la movilización contra el sistema tecno-industrial y la marcha al mundo rural, dando apoyo y proporcionando en la medida de lo posible elementos de juicio a quienes deciden emprender tales actividades, alternando el trabajo de historia con el apoyo a las luchas de colectivos de resistencia a los sistemas técnicos, o que buscan retomar el contacto con la tierra y lo rural en las condiciones actuales.”
Los textos que aquí se encuentran recogidos también tratan de recuperar la memoria de las elaboraciones intelectuales y la luchas del pasado contra la modernidad, la tecnología y el aparato estatal, desde las milicias concejiles medievales hasta la obra escrita de F. Urales, F. Alaiz y otros integrantes del movimiento anarcosindicalista anterior a 1936 calificados de “agraristas”, continuando con las grandes movilizaciones campesinas contra la II República española, sin olvidar la guerrilla antifranquista (1939-1952), que es principalmente un movimiento de masas de carácter rural y las luchas de los años 60 contra la expropiación de los bienes comunales por parte del Estado-Capital.”
http://naturalezaruralidadcivilizacio.googlepages.com
PASADO Y PRESENTE DEL MEDIO RURAL: POR UNA SOCIEDAD DESURBANIZADA Y DESINDUSTRIALIZADA
En lo formal, “Naturaleza, ruralidad y civilización” compendia, en la primera parte, artículos y guiones de charlas, publicados o promovidas por diversos colectivos: de crítica antiindustrial, “Los Amigos de Ludd”; de resistencia a grandes infraestructuras, la “Asamblea del País Vasco contra el TAV” y de fomento de la horticultura popular en los espacios urbanos y periurbanos, los BAH (Bajo el Asfalto está la Huerta). En la segunda parte, elaborada específicamente para este libro, se ocupa de los problemas actuales de la agricultura (convencional y ecológica), la calidad de los suelos, el arbolado, el agua, los regadíos, las nocividades inherentes a la ciudad y el movimiento de ida y retorno al campo emprendido por un sector, aún muy minoritario pero ya significativo, de la juventud. Se puede decir que lo agrario ayer, hoy y mañana es la noción vertebradora de la obra.
Su título aúna tres nociones organizadoras. La naturaleza en tanto que naturaleza política, esto es, elegida y escogida y no meramente exterior y dada al ser humano, como ha sucedido hasta hace poco. La ruralidad, sinónimo de no-ciudad, que fue en el pasado y quizá sea en el fututo pero que hoy apenas existe, al haber sido aniquilada (y al haberse dejado aniquilar, enfoque que evita el victimismo, por tanto, la irresponsabilidad y su consecuencia, el narcisismo paralizante) por la sociedad de las megalópolis y los poderes ilegítimos ilimitados. Axial es la categoría de civilización, que no equivale aquí a formación social, sino que está tomada de la obra de Salviano de Marsella, autor del siglo V que forma parte del monacato cristiano revolucionario, quien la contrapone a barbarie, a vida incivil, no libre, encanallada y amoral. De manera que el titulo expresa la aspiración a construir una sociedad civilizada por medio de una relación renovada con la naturaleza y en el ámbito de lo rural recreado.
En su epistemología y estilo, el libro resulta de un enfoque holístico, plural y complejo, de las materias consideradas, con exclusión del criterio cartesiano, que lleva a un saber ilusorio, por especializado, parcelado y fragmentado, por estático y desdeñoso de las interconexiones realmente existentes entre las diversas realidades singulares, las cuales, además, son presentadas con una simplicidad puramente inventada que rehuye el conocimiento cierto sobre sus contradicciones internas y automovimiento. Como consecuencia, es una suma de esbozos, aserciones seminales y pinceladas que, lejos de agotar ninguno de los temas, tiene como primer designio el animar a continuar la reflexión experiencial, el estudio, el debate y la acción transformadora. Ello demanda una exposición concentrada, decidida a exponer la multiplicidad y complejidad de lo real, en la que se procura que sólo tenga cabida lo más fundamental. Ello acaso requiera de una lectura atenta, reposada y relajada, mejor si es individual y colectiva al mismo tiempo.
Podría decirse que es la experiencia reflexionada, no las teorías ni los doctrinarismos a priori, la que suministra el sistema de proposiciones y argumentaciones de la obra. Experiencia propia y, más aún, del otro, de los iguales, recogida en un texto que es, en buena medida, una puesta por escrito de las viejas y nuevas formas de saber popular propias de la tradición oral que siempre han dotado de conciencia (autoconciencia, más bien) autónoma a las gente de la ruralidad. Eso no es óbice para que el libro, a pie de página, incluya una amplia bibliografía, la mayoría de ella considerada en sus aspectos positivos, por parciales que sean.
“Naturaleza, ruralidad y civilización” se ofrece a lectoras y lectores en un momento en que el ecologismo ha girado casi en su totalidad hacia las instituciones, dejando de ser un movimiento de base para transformarse en una parte del aparato gubernativo y mediático, poco apto por ello mismo para proporcionar propuestas y soluciones independientes que vayan a la raíz de los problemas, que se agravan con el paso de los días. En realidad, todo el radicalismo de pega que cooperó de un modo u otro a que en 2004 ganara el PSOE las elecciones se ha oficializado, o ha desaparecido. El libro, con sus limitaciones y defectos, se propone contribuir a remediar tal estado de cosas, preconizando formulaciones y metas que tienen la verdad concreta-finita como designio y que pretenden ser, por ello, verdaderamente revolucionarias.
En la parte histórica incluye elementos para un análisis concreto del mundo rural de la península Ibérica que ha existido hasta hace unos decenios, desde sus orígenes en la gran mutación civilizadora de la Alta Edad Media hasta su liquidación por el Estado franquista, sin olvidar el carlismo, la guerrilla antifascista de 1939-52, esencialmente rural, ni la emigración, de unos 6 millones de personas, desde las zonas agrarias a las industriales y urbanas en los años 1955-70. Es central, en el libro, la investigación sobre la génesis, naturaleza y trayectoria de la institución del concejo abierto, como forma asamblearia tradicional de gobierno de las comunidades campesinas, así como de las villas hasta cierta fecha. En la indagación de sus orígenes se remonta a la obra escrita de Beato de Liébana, del siglo VIII. Todo ello es proyectado hacia el futuro, al formular que sólo un régimen de autogobierno fundamentado en una gran red de asambleas soberanas es capaz de realizar la libertad política para el pueblo, lo que equivale a tildar de dictatorial el vigente régimen parlamentario y partitocrático.
Los patrimonios comunales, o concejiles, son objeto de estudio, que contempla su casi liquidación por los diversos episodios desamortizadores promovidos por la modernidad, ilustrada y liberal, y la precaria y degradada situación de lo que aún sobrevive de ellos hoy. La obra y figura del ideólogo de tan desventurados acontecimientos, el ilustrado Jovellanos, autor de “Informe de Ley Agraria”, de 1795, no resulta olvidada. Tal sirve de preámbulo al estudio de los bosques actuales, víctimas del proceso de particularización y dañados por unas condiciones adversas, resultantes del lunático proceso de tala y roturaciones a descomunal escala, con la correspondiente agricolización y cerealización llevado a efecto desde el siglo XVIII por imposición del Estado, de todo lo cual, muy probablemente, proceden enfermedades actuales tan inquietantes como la “seca” de los Quercus, entre otras. El régimen comunal de la tierra en el pasado marca la pauta, corregidas las imperfecciones y debilidades de aquél, de lo que es deseable para el futuro.
La gran tradición hispana de autonomía y soberanía del municipio, de donde resultan los fueros y cartas pueblas de los siglos IX-XIII, expresión escrita del derecho consuetudinario, o de elaboración popular, es igualmente examinado, con una proyección sobre el presente (crítica con la vigente Ley de Régimen Local y con su norma superior la constitución española de 1978, tiránica y antipopular), y sobre el futuro. En efecto, una sociedad libre ha de asentarse en el municipio que se autogobierne por medio de un régimen de asambleas políticas: deliberantes, decisorias, legislativas y judiciales, que posea en común los más fundamentales factores de producción, en primer lugar la tierra, condición necesaria para constituir una sociedad libre (sin artefacto estatal, sin ciudad capital, sin ciudades, sin casta pedantocrática y sin clase empresarial) y convivencial, apta para la realización de la esencia concreta humana.
Las nocividades de la agricultura que, habando en puridad, resulta ser, en su esencia, una forma de artificialización de los agrosistemas, es examinada no solo en sus manifestaciones actuales o realidades concomitantes más aciagas (agricultura bajo plástico, factorías vegetales, desherbado térmico, horticultura de exportación, uso a gran escala de feromonas, parques eólicos mortíferos para la avifauna, etc.) sino en todas sus formas, también las menos agresivas. Sus consecuencias en el presente son la erosión, desertificación, mineralización de los suelos, acidificación, contaminación por metales pesados, salinización, sequía estival creciente (que, a partir de un límite temporal, no puede ser soportada por el arbolado autóctono, especialmente por sus plántulas), grave merma de las aguas subterráneas, consumo ascendente de agrotóxicos (convencionales y ecológicos) y de maquinaria. La agricultura ecológica a gran escala, hoy regida por los reglamentos de la Unión Europea y rígidamente institucionalizada, es considerada con escepticismo. El análisis de los tortuosos avatares de la Política Agraria Común también se esboza.
El distanciamiento argumentado que “Naturaleza, ruralidad y civilización” adopta hacia la agricultura ecológica ordenada y manipulada desde Bruselas, que es presentada por algunos (Naredo, González de Molina, Juana Labrador) como la solución, al parecer completa y perfecta, a las desatentadas nocividades que azotan a terrazgos, praderías, montes, atmósfera, masas de agua dulce y mares, resulta avalado por la simple lectura del reglamento marco 834/2007 y de su reglamento de aplicación, elaborados y promulgados por la Unión Europea, en vigor desde enero de 2009.
Tal normativa hace de dicha agricultura una actividad organizada desde arriba, por medio de leyes y otras normas sancionadoras, de cuyo cumplimiento se encarga el SEPRONA de la Guardia Civil, así como una parasitaria falange de expertos, tecnócratas y funcionarios. Está, además, dirigida al mercado y a la búsqueda de beneficios; es gran consumidora de productos neo-químicos, maquinaria, agua y energía; promueve el monocultivo y el latifundismo, perpetúa la separación entre agricultura, ganadería y selvicultura, se propone mantener a la ciudad abasteciéndola desde el campo y haciéndola “sostenible”, reedita la división entre productores y consumidores, daña los suelos, se desentiende en los hechos del quehacer más decisivo, la forestación de millones de has. con especies autóctonas, arroja por la borda el principio de precaución (que exige a la agricultura convencional) y no proporciona alimentos más sanos ni mejores que las prácticas agronómicas convencionales, como lo evidencia, entre otros muchos puntos concretos, que admita una contaminación “accidental” por OGM del 0,9%. Lo expuesto debe entenderse como una crítica al régimen que la U.E. impone a aquélla, no a los agricultores y ganaderos modestos que se acogen a la certificación, los cuales son gente benemérita merecedora de toda consideración.
La indagación sobre la naturaleza de la agricultura como tal se lleva, en “Naturaleza, ruralidad y civilización”, hasta la investigación de sus orígenes en la p. Ibérica, en el caso del mítico reino de Tartessos y en las consecuencias de las guerras cántabras contra Roma, en los años del 29-19 antes de nuestra era. Se escruta, así mismo, de forma crítica, la obra de Columela, el agrónomo romano de origen hispano, y, de manera apologética, la de Miguel Caxa de Leruela, autor del siglo XVII (su texto central es “Restauración de la antigua abundancia de España”, 1631) partidario de minimizar las superficies agrícolas en beneficio de las montuosas y pecuarias. Finalmente, se preconiza una forestación con especies autóctonas a gran escala, una disminución radical de las tierras cultivadas y una nueva forma de alimentación, que incluya una proporción notoria de frutos arbóreos (bellotas, castañas, hayucos, etc.) y plantas silvestres, como era habitual en los pueblos prerromanos peninsulares, y en la sociedad rural popular tradicional hasta la segunda mitad del siglo XX. Ello hará posible la regeneración del bosque, y de todas las formas de cubiertas vegetales, con incremento de las precipitaciones y mejora de los suelos, que es lo único que puede detener la rápida marcha de los 4/5 de la superficie peninsular hacia la desertificación.
La cuestión del agua se ha hecho central, y así es considerada en “Naturaleza, ruralidad y civilización”. Devastados los bosques por la política ilustrada y luego por la constitucional y parlamentaria (sin olvidar a la fascista en los tiempos aciagos del franquismo), se ha ido produciendo en los últimos 300 años un declive acentuado de las precipitaciones. Mientras la derecha se aferra a los trasvases, la izquierda apuesta por las desaladoras. Si los primeros son inaceptables, no resultan ser mejores las segundas, verdaderas fábricas de agua que llevan hasta el extremo la artificialización de la existencia humana. El agua no puede venir de instalaciones fabriles sino de donde ha venido siempre, de las nubes. Las desaladoras, por las que se inclina J.R. Naredo, siempre fiel al credo socialdemócrata, no salvarán, además, al bosque autóctono de la Iberia seca que, en los estíos, agoniza. El remedio está en la reducción a la mitad de la actual superficie agrícola, para expandir paso a paso los bosques, propiciadores de lluvias y regeneradores de suelos.
Similarmente, hay que emitir un veredicto negativo sobre la agricultura manejada por ingenieros, expertos y autoridades académicas. Desde hace milenios aquélla ha sido actividad de la gente común, de los hombre y las mujeres del pueblo, y así debe seguir siendo. Los sabelotodo con títulos universitarios: ingenieros, titulados y doctores, son quienes han creado la actual situación de devastación sin medida y nocividades acumuladas, que hacen mirar con aprensión el futuro inmediato de la humanidad. Como funcionarios del Estado que son (o de la gran empresa), tales no poseen un saber imparcial y encaminado a la realización del bien común, sino un amasijo de técnicas irresponsables cargadas de ansias de dominación y lucro, dirigidas, en definitiva, a la depredación y la destrucción.
La ciudad es considerada con realismo en “Naturaleza, ruralidad y civilización”, es decir, como espació para el desenvolvimiento del artefacto estatal, explicando su origen y patológico crecimiento a partir de la estatización rampante (no sólo aplaudida sino también demandada por la izquierda, institucional y “radical”, el ecologismo y el feminismo, para los cuales el Estado es la potencia redentora y benéfica por antonomasia, lo que les convierte en partidarios de hecho del Estado policial) de las sociedades contemporáneas, fenómeno aciago para el que se esbozan soluciones. Entre ellas se privilegia la inicial corriente de retorno al campo, loada con reflexiones y proposiciones de diversa naturaleza, en la convicción que será, en los próximos decenios, una vía de acción inmediata escogida por más y más jóvenes, para los cuales las hórridas urbes de la modernidad resultan ser intolerables. Tal movimiento hace suyo, en las actuales condiciones, el poema de Miguel Hernández titulado “Silbo de afirmación en la aldea”. Con su existencia, aquél pone en evidencia la banal retórica oficialista, acogida e interiorizada por muchos que se creen radicales sin pasar de propagandistas de lo institucional, sobre la pertinencia y posibilidad de una ciudad “sostenible”.
El desplome del mito que el progresismo y el izquierdismo han urdido en torno a la ciudad, presentada por ellos como realización del bien, frente a lo rural y aldeano, satanizado en tanto que expresión de “atraso” e incluso de existencia infrahumana (recordemos el “documental”, en realidad un panfleto fílmico, del hiper-moderno Buñuel sobre las Hurdes, “Tierra sin pan”), tiene una significación histórica, pues indica que nuevas perspectivas se abren para regenerar las seniles sociedades contemporáneas. La ciudad está perdiendo toda significación en lo cultural, en lo político y en lo convivencial, como espacio de saber y como concentración de los tenidos por mejores. Su naturaleza barbárica, fomentadora de una vida solitaria e insociable que no es ya humana, hecha de aleccionamientos y amaestramientos sin tregua, volcada en la incivilidad, la neo-ignorancia, el culto al dinero, los ocios embrutecedores, el egotismo y la degeneración física está ahora poniéndose en evidencia para más y más personas.
Aduce Orwell que la meta del progreso y de los progresistas es precipitar a la humanidad en “algún horrible e infrahumano abismo de comodidad e incapacidad”, pues bien, ello tiene lugar sobre todo en la ciudad. No es casual que el mundo romano, en putrefacción, comenzase a regenerarse cuando, a partir del siglo III, las ciudades conocieron una decadencia ya obvia, que era consecuencia de la descomposición del aparato estatal romano, con marcha de las gentes a las áreas rurales, en las cuales floreció el monacato cristiano revolucionario, que creó una nueva formación social, mejor y superior a la precedente aunque no perfecta. Con todo, el actual movimiento de retorno al campo tiene mucho que hacer aún hasta dotarse de una cosmovisión, un programa y una vida colectivista y comunitaria local y supralocal, abandonando las ingenuidades, afanes escapistas, mentalidad precipitada, escasa reflexión y fáciles utopismos sin fundamento que ahora le lastran, los cuales están en la base de decepciones y fracasos.
Para que la vuelta a la ruralidad sea una contribución a la constitución de una nueva sociedad y de un nuevo ser humano, e incluso para que alcance una cierta entidad como tal, se han de cubrir ciertas condiciones, ahora poco atendidas. Previo a todo es la puesta en común y reflexión conjunta de las experiencias acumuladas. Sobre esa base se ha de realizar un análisis razonablemente acertado del actual momento histórico y, sobre él, una fijación de fines estratégicos. El problema de la convivencia y las relaciones interpersonales es de primera importancia, así como el de combinar el trabajo productivo con el esfuerzo reflexivo, no sólo el estudio sino también la creación. Quienes hacen de la marcha al agro un mero cambio de lugar olvidan que la maldad promovida e impuesta por el Estado y el capitalismo la llevamos todos dentro de nosotros mismos y que por ello es de primordial importancia esforzarse en adquirir, como expone Salviano de Marsella, “una conducta nueva”, que ha de resultar de una nueva cosmovisión, realizada en lucha interior tanto como exterior. El estudio de la historia, en particular de la que se ocupa de los movimientos del pasado que repudian la urbe y reconstruyen la civilización sobre todo desde el campo, en los siglos IV al X, es necesario.
Dado que vivimos en “la sociedad de la información”, esto es, en un régimen de dictadura política que viola a descomunal escala la libertad más fundamental de todas, la de conciencia, cuya particularidad es el adoctrinamiento inmisericorde, desde la cuna a la tumba, de los integrantes de las clases populares, vil labor que realiza sobre todo la pedantocracia (los cuerpos de catedráticos y profesores de la universidad en primer lugar), es imprescindible alcanzar la autonomía en el terreno de las elaboraciones intelectuales, único modo de no ser víctimas de aleccionamiento o, al menos, de reducir sus efectos sobre el propio entendimiento. Por tanto, en el retorno al campo, el trabajo intelectual, de autoformación y al mismo tiempo dirigido al exterior, es una cuestión de singular importancia
En esa dirección, la significación última de “Naturaleza, ruralidad y civilización” está en que es un esfuerzo concreto, sin duda imperfecto, encaminado a avanzar en la realización de la tarea número uno de nuestro tiempo, superar el vacío intelectual que ha dejado el derrumbamiento de las viejas certidumbres, constituir un sistema de ideas que sea la negación de lo existente en tanto que institucional. El naufragio de los viejos credos redentoristas, el descrédito de una buena parte de las ideas tenidas por emancipadoras hasta unos decenios, demanda, si se desea poner fin al vigente estado de cosas a través de una revolución de naturaleza innovadora, cuya meta sea la realización de la libertad (política, civil y de conciencia), elaborar nuevas convicciones con base en la experiencia, adelantar novedosas formulaciones, establecer programas de fines y de acción a la altura de las circunstancias del siglo XXI.
Por ello, el trabajo de reflexión, dirigido a constituir materiales intelectuales de algún valor, ha de primar sobre el activismo, la ceguera pragmática, el culto por las luchas hoy posibles (que, por ello mismo, no son y no pueden ser revolucionarias) y la falta de metas estratégicas, males que llevan ya más de 40 años con nosotros. Si se trata de realizar una transformación total suficiente de la actual sociedad los textos que esbocen nuevos enfoques son imprescindibles, y su confección ha de ser tarea de todas y todos. Tales fines pretende contribuir a cubrir la obra aquí comentada.
Félix Rodrigo Mora
I.- Presentación.
II.- El antimaquinismo rural y la mecanización de la agricultura bajo el franquismo (1936-1970).
III.- Reflexiones sobre la fiesta popular de la sociedad rural tradicional.
IV.-El pueblo y el carlismo. Un ensayo de interpretación.
V.- Por una sociedad desindustrializada y desurbanizada.
VI.- Bienes Comunales en Castilla.
VII.- Agricultura, medio ambiente y desurbanización en el siglo XXI.
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