Il n’y a pas de doute que les différences entre les crises de la dette au Nord et au Sud soient réelles et pas du tout négligeables. Cependant, tant au Sud qu’au Nord, les objectifs d’un authentique audit de la dette publique sont identiques à ceux décrits au livre que vous avez en mains :
« Le premier objectif d’un audit est de clarifier le passé, de démêler l’écheveau de la dette, fil par fil, jusqu'à reconstruire la pelote des enchainements qui ont conduit a l’impasse actuelle. Qu’est devenu l’argent de tel emprunt, a quelles conditions cet emprunt a-t-il été conclu ? Combien d’intérêts ont été payés, a quel taux, combien du principal a déjà été remboursé ? Comment la dette s’est-elle enflée sans qu’on voie la couleur de l’argent ? Quel chemin ont suivi les capitaux ? A quoi ont-ils servi ? Quelle part a été détournée et comment? »
Et en plus de tout ca:
« Qui a emprunté et au nom de qui ? Qui a prêté et quel a été son rôle ? Comment l’Etat s’est-il trouvé engagé, par quelle décision, prise à quel titre ? Comment des dettes privées sont-elles devenues « publiques » ? Qui a engagé des projets bidon, qui y a poussé, incité, qui en a profité ? Quels crimes ont été commis avec cet argent ? Pourquoi n’établit-on pas les responsabilités civiles, pénales et administratives ? »
Il suffit d’avoir en tète ces interrogations pour comprendre combien énorme est le champ d’action d’un audit de la dette publique, qu’il n’a absolument rien à voir avec sa caricature qui le réduit a une simple vérification de chiffres faite par des comptables routiniers. Alors, ce n’est pas du tout un hasard que les partisans des audits argumentent en faveur de leur nécessaire réalisation en invoquant toujours deux besoins fondamentaux et vitaux de la société : ceux de la transparence et du control démocratique de l’Etat et des gouvernants pas les citoyens.
Il s’agit sans doute des besoins qui se référent a des droits démocratiques tout a fait élémentaires, bien que violés en permanence, reconnus par le droit international. Le droit des citoyens de connaître les actes de ceux qui les gouvernent, de s’informer de tout ce qui concerne leur gestion, leurs objectifs et leurs motivations est intrinsèque a la démocratie elle-même puisqu’il émane du droit fondamental des citoyens d’exercer leur control sur le pouvoir et de participer activement aux affaires communes.
Alors, le fait que ce pouvoir refuse obstinément de réaliser l’audit de sa propre dette et a horreur même de l’idée que quelques intrus « non institutionnels » oseraient de le réaliser a sa place, est indicatif de notre démocratie (bourgeoise et néolibérale) malade et profondément déficitaire. Une démocratie infirme, qui d’ailleurs n’arrête pas de nous bombarder avec sa rhétorique sur la transparence.
