source : Paul JORION
Rappelez-vous, c’était en 2009, il y a maintenant une éternité. La
crise financière était à son paroxysme, et le G20 avait décidé de
confier à l’OCDE la difficile mission de dépeindre la réalité de
l’opacité financière en gris et noir, afin de classer les juridictions
non coopératives jugées respectivement « en voie de progrès » ou bien
totalement « opaques » ; le blanc immaculé était évidemment de rigueur
pour les juridictions coopératives.
Après les proclamations d’usage – « Les paradis fiscaux, c’est fini ! »
– vint rapidement le temps des désillusions : la méthode engagée pour
lutter contre ces juridictions non transparentes était celle de la
diplomatie non coercitive, sous la forme de simples conventions de
coopération. C’est ainsi que la Suisse et Monaco, en signant une
douzaine de conventions juste avant l’ouverture du sommet du G20,
avaient réussi à ne pas figurer sur les listes de la honte. Surtout, les
critères retenus pour les pays qui y figuraient à l’issue du sommet
prêtaient au mieux à rire, au pire à crier au scandale tant ils
faisaient la part belle à l’interprétation pour ne pas froisser les
poids lourds qui auraient peu goûté de se retrouver livrés en pâture à
une opinion publique qui ignorait probablement que certains paradis
fiscaux étaient hébergés par les plus grandes puissances économiques de
ce monde, comme les États-Unis ou l’Angleterre. En moins de temps qu’il
ne faut pour le dire, l’affaire fut entendue : des accords bancals
étaient signés, les listes étaient vidées de leurs figurants pressés de
regagner la blancheur OCDEienne qu’ils souhaitaient éternelle et qui
était réservée aux pays faisant preuve de transparence dans leurs
activités financières.
Mieux,
certains établissements financiers plus ou moins désignés volontaires
décidaient en leur âme et conscience de liquider toutes affaires
cessantes leurs filiales dans les paradis fiscaux.
