Loin de seulement professionnaliser et sécuriser
l’activité d’intermédiation, les myriades de produits conçus à jet
continu par les réseaux de la finance mondiale : titrisation,
démultipliée parfois au carré ou au cube, couvertures, dérivés, indices
synthétiques, etc... ne relèvent plus des fonctions canoniques de
l’allocation du capital et de la gestion du risque. L’emprise croissante
d’un système financier aujourd’hui autonomisé, gouverné par sa propre
dynamique - une « pièce détachée du système social » selon Alain
Touraine - surdétermine désormais l’activité économique, tout en lui
procurant une interface de virtualité déréalisante et déstructurante,
qui a suscité et engendré un enchevêtrement d’endettement insoutenable.
Jean Claude Werrebrouck analyse ici ces processus de financiarisation
généralisée et leurs conséquences.
Ce qu’on appelle financiarisation est un processus de séparation, de
mise à distance, ou d’éloignement vis à vis des contraintes de
l’économie réelle. C’est que l’échange marchand, outil indispensable de
la division du travail, reste dans une économie non financiarisée trop
soumis aux contraintes du réel. L’investissement matériel, assujetti
au processus de création de valeur ajoutée à partir de ces éléments très
physiques que sont les équipements, les matières premières etc., est
une répression temporaire de l’échange marchand : l’investisseur doit
attendre, parfois très longtemps, la création de valeur ajoutée avant
la mise sur le marché de ce qui est crée. Avec tous les risques associés
à l’opération.