LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.
C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.
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mercredi 2 novembre 2011
LES MARCHÉS OU LES PEUPLES
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mardi 1 novembre 2011
L'économiste Frédéric Lordon soutient l'occupation de la Défense
Frédéric Lordon (1962) est économiste, directeur de recherches au CNRS, et membre du collectif Les Economistes Atterrés. http://economistes-atterres.blogspot.com/2010/09/manifeste-des-economistes-atterres.html Sa vision globale et hétérodoxe de l’économie et de la société est basée sur des principe de philosophie spinoziste,la rigueur scientifique et l’engagement moral. Figure incontournable du débat économique français, il s’inscrit en faux contre la doxa de la pensée unique. Il est l’auteur d’une douzaine de monographies, qui se saisissent d’un vaste éventail de thèmes dont ceux des crises économiques, de la psychologie du capitalisme, du principe souveraineté. Il tient son blog sur le site du Monde Diplomatique « La Pompe à Phynance ». http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance- La totalité de ses articles sont disponibles sur son site. http://www.fredericlordon.fr. et de nombreuses conférences sur dailymotion. http://www.dailymotion.com/relevance/search/fr%C3%A9d%C3%A9ric+lordon/1#hp-h-9
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samedi 29 octobre 2011
L’humeur des temps et le regard détourné du zombie
source: dedefensa
Le désordre du monde, la bassesse historiquement unique de nos
directions politiques, les politiques qui s’ensuivent
mélangeant fort logiquement désordre et bassesse pour aboutir à des
incohérences ahuries et sanglantes, tout cela nous engage toujours
davantage à ne pas tenter d’évaluer la vérité du monde
à l’aune de ces références qui furent les guides de nos pensées
évaluatrices pendant des décennies et même deux bons siècles. Le
domaine psychologique et ses rapports avec les courants métahistoriques,
par conséquent ces phénomènes, insaisissables par l’excellence
scientifique, des déplacements de pressions, d’angoisses et d’élans
inconscients, – ce que nous nommons pour ce F&C “l’humeur
des temps”, – nous paraît un domaine d’exploration bien plus
fécond ; cela, en espérant être aidé dans cette exploration par le don
épisodique que nous ferait l’intuition haute de se manifester
par ses fulgurances. Par conséquent encore, et cela est tout simplement
fondamental, cette exploration va se réaliser
surtout, sinon exclusivement, par rapport au système de la
communication, dont l’action s’exerce sur la psychologie et le
comportement ; dans cette description, on comprend en effet que la
communication est le domaine aujourd’hui essentiel, sinon exclusif
de la puissance, et que toutes les décisions (politique, stratégiques, sociales, etc. ?) sont, au moins, très fortement
influencées par lui, sinon complètement dépendantes de lui.
C’est dans ce domaine que nous allons explorer les effets et les
conséquences, essentiellement sur les psychologies, les jugements
jaillissants, les comportements révélateurs et pas nécessairement
conscients, de ce phénomène qui nous paraît de plus en plus remarquable
par sa complète nouveauté du mouvement “OWS et le reste”. Nous avons
déjà eu diverses indications éparses de ces comportements, ces
psychologies, aboutissant à des situations très inhabituelles. (Voir,
pour les exemples les plus récents, dans notre rubrique
Bloc-Notes, le 26 octobre 2011, et dans notre rubrique Ouverture libre, le même 26 octobre 2011.)
On
citera ci-dessous trois (ou quatre) exemples de personnalités,
nécessairement plutôt du camp des “dissidents” mais y tenant une place
d’audience nationale aux USA, s’exprimant sur la signification d’“OWS
et le reste” dans des termes qui mesurent la puissance formidable des
effets que ce mouvement a suscitée.
• On extrait d’un débat entre le professeur de Harvard, activiste
africain-américain anciennement proche d’Obama, Cornell West, et le
cinéaste documentaire Michael Moore, sur Democracy Now ! le 24 octobre 2011, ces déclarations du premier
(West).
«… And to just be in the same room with Michael Moore, in the same
country, on the same planet, is inspiring to me. The brother’s
brilliance and his deep love for people just is quite—it’s just—it’s a
national, international treasure. And that’s very important, because
we’re right in the middle of a movement, and to see that kind of
quality of sacrifice and service is a beautiful thing. It’s a sublime
thing, very much so.
»But now, what we’re trying to do is connect what’s going on on
Wall Street with what’s going on in Harlem, because if in fact we
continue to have this kind of magnificent movement here and around the
world, we want to be able to connect the corporate greed not just on
Wall Street, but in the military-industrial complex, the
prison-industrial complex, and the corporate-media multiplex, so that we
have an
inclusive, systemic analysis, even as we’re willing to bear witness to
the love for poor and working people.»
• Chris Hedges (de Truthdig.org notamment) et Amy Goodman (de Democracy Now !) ont débattu lors du talk-show
“Charlie Rose”. Le résumé que donne Truthdig.org de l’entretien (il y a aussi l’accès au DVD de l’émission), le 25 octobre 2011,
donne la mesure du niveau des réflexions que suscitent “OWS et le
reste”. Il y est question d’une révolution en Amérique aussi bien que de
la sauvegarde de l’espèce humaine…
«In their joint interview, Goodman doesn’t hesitate to accept
Rose’s proposition that OWS could be called a new American revolution,
telling the PBS host, “I think it’s happening as we speak” and noting
the response from abroad, while Hedges calls the movement “a return to
sanity” and a “confrontation with dead ideas.” Hedges cuts through the
noise quickly in this clip, summing up the argument he’s been making
for years in his column by stating, “I think these people are very very
clear that we cannot sustain ourselves … not only as a society but
even as a species, if we don’t confront the corporate state.”»
• Un article d’un des directeurs du site CounterPunch et de la fameuse Lettre d’Information éponyme, Jeffrey Saint-Clair, le 25 octobre 2011 : «Don't
Protest, Resist, Occupy
the System, – There is an anger running rampant across the country.
Some on the right are calling it class warfare. People are enraged. Jobs
are scarce, the rich continue to get richer while the poor continue to
struggle to make ends meet. Indeed, it should be classified as
economic warfare, Americans are sick and tired of being pushed around.
It is time to shove back…»
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samedi 15 octobre 2011
Discours de Naomi Klein à l’Occupation de Wall Street
Naomi Klein, journaliste canadienne et auteur de La Stratégie du
choc, était invitée à s’exprimer par le mouvement Occupy Wall Street, à
New York. Selon elle, ce mouvement va durer, car le combat contre le
système économique « injuste et hors de contrôle » prendra des années.
Objectif : renverser la situation en montrant que les ressources
financières existent, qui permettraient de construire une autre société.
J’ai été honorée d’être invitée à parler [le 29 septembre] devant les
manifestants d’Occupons Wall Street. La sonorisation ayant été
(honteusement) interdite, tout ce que je disais devait être répété par
des centaines de personnes, pour que tous entendent (un système de
« microphone humain »). Ce que j’ai dit sur la place de la Liberté a
donc été très court. Voici la version longue de ce discours [publiée
initialement en anglais dans Occupy Wall Street Journal].
« Le mouvement Occupons Wall Street est actuellement la chose la plus importante au monde »
Je vous aime.
Et je ne dis pas cela pour que des centaines d’entre vous me répondent en criant « je vous aime ». Même si c’est évidemment un des avantages de ce système de « microphone humain ». Dites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous redisent, encore plus fort.
Et je ne dis pas cela pour que des centaines d’entre vous me répondent en criant « je vous aime ». Même si c’est évidemment un des avantages de ce système de « microphone humain ». Dites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous redisent, encore plus fort.
Hier, un des orateurs du rassemblement syndical a déclaré : « Nous
nous sommes trouvés. » Ce sentiment saisit bien la beauté de ce qui se
crée ici. Un espace largement ouvert – et une idée si grande qu’elle ne
peut être contenue dans aucun endroit – pour tous ceux qui veulent un
monde meilleur. Nous en sommes tellement reconnaissants.
S’il y a une chose que je sais, c’est que les 1 % [les plus riches]
aiment les crises. Quand les gens sont paniqués et désespérés, que
personne ne semble savoir ce qu’il faut faire, c’est le moment idéal
pour eux pour faire passer leur liste de vœux, avec leurs politiques
pro-entreprises : privatiser l’éducation et la Sécurité sociale, mettre
en pièces les services publics, se débarrasser des dernières mesures
contraignantes pour les entreprises. Au cœur de la crise, c’est ce qui
se passe partout dans le monde.
Et une seule chose peut bloquer cette stratégie. Une grande chose
heureusement : les 99 %. Ces 99 % qui descendent dans les rues, de
Madison à Madrid, en disant : « Non, nous ne paierons pas pour votre
crise. »
Ce slogan est né en Italie en 2008. Il a ricoché en Grèce, en France,
en Irlande, pour finalement faire son chemin jusqu’à l’endroit même où
la crise a commencé.
« Pourquoi protestent-ils ? » demandent à la télévision les experts
déroutés. Pendant ce temps, le reste du monde demande : « Pourquoi
avez-vous mis autant de temps ? », « On se demandait quand vous alliez
vous manifester ». Et la plupart disent : « Bienvenus ! »
Beaucoup de gens ont établi un parallèle entre Occupy Wall Street et
les manifestations « antimondialisation » qui avaient attiré l’attention
à Seattle en 1999. C’était la dernière fois qu’un mouvement mondial,
dirigé par des jeunes, décentralisé, menait une action visant
directement le pouvoir des entreprises. Et je suis fière d’avoir
participé à ce que nous appelions alors « le mouvement des mouvements ».
Mais il y a aussi de grandes différences. Nous avions notamment
choisi pour cibles des sommets internationaux : l’Organisation mondiale
du commerce, le FMI, le G8. Ces sommets sont par nature éphémères, ils
ne durent qu’une semaine. Ce qui nous rendait nous aussi éphémères. On
apparaissait, on faisait la une des journaux, et puis on disparaissait.
Et dans la frénésie d’hyperpatriotisme et de militarisme qui a suivi
l’attaque du 11 Septembre, il a été facile de nous balayer complètement,
au moins en Amérique du Nord.
Occupy Wall Street, au contraire, s’est choisi une cible fixe. Vous
n’avez fixé aucune date limite à votre présence ici. Cela est sage.
C’est seulement en restant sur place que des racines peuvent pousser.
C’est crucial. C’est un fait de l’ère de l’information : beaucoup trop
de mouvements apparaissent comme de belles fleurs et meurent rapidement.
Parce qu’ils n’ont pas de racines. Et qu’ils n’ont pas de plan à long
terme sur comment se maintenir. Quand les tempêtes arrivent, ils sont
emportés.
Être un mouvement horizontal et profondément démocratique est
formidable. Et ces principes sont compatibles avec le dur labeur de
construction de structures et d’institutions suffisamment robustes pour
traverser les tempêtes à venir. Je crois vraiment que c’est ce qui va se
passer ici.
Autre chose que ce mouvement fait bien : vous vous êtes engagés à
être non-violents. Vous avez refusé de donner aux médias ces images de
fenêtres cassées ou de batailles de rue qu’ils attendent si
désespérément. Et cette prodigieuse discipline de votre côté implique
que c’est la brutalité scandaleuse et injustifiée de la police que
l’histoire retiendra. Une brutalité que nous n’avons pas constatée la
nuit dernière seulement. Pendant ce temps, le soutien au mouvement
grandit de plus en plus. Plus de sagesse.
Mais la principale différence, c’est qu’en 1999 nous prenions le
capitalisme au sommet d’un boom économique frénétique. Le chômage était
bas, les portefeuilles d’actions enflaient. Les médias étaient fascinés
par l’argent facile. À l’époque, on parlait de start-up, pas de
fermetures d’entreprises.
Nous avons montré que la dérégulation derrière ce délire a eu un
coût. Elle a été préjudiciable aux normes du travail. Elle a été
préjudiciable aux normes environnementales. Les entreprises devenaient
plus puissantes que les gouvernements, ce qui a été dommageable pour nos
démocraties. Mais, pour être honnête avec vous, pendant ces temps de
prospérité, attaquer un système économique fondé sur la cupidité a été
difficile à faire admettre, au moins dans les pays riches.
Dix ans plus tard, il semble qu’il n’y ait plus de pays riches. Juste
un tas de gens riches. Des gens qui se sont enrichis en pillant les
biens publics et en épuisant les ressources naturelles dans le monde.
Le fait est qu’aujourd’hui chacun peut voir que le système est
profondément injuste et hors de contrôle. La cupidité effrénée a saccagé
l’économie mondiale. Et elle saccage aussi la Terre. Nous pillons nos
océans, polluons notre eau avec la fracturation hydraulique et le forage
en eaux profondes, nous nous tournons vers les sources d’énergie les
plus sales de la planète, comme les sables bitumineux en Alberta. Et
l’atmosphère ne peut absorber la quantité de carbone que nous émettons,
créant un dangereux réchauffement. La nouvelle norme, ce sont les
catastrophes en série. Économiques et écologiques.
Tels sont les faits sur le terrain. Ils sont si flagrants, si
évidents, qu’il est beaucoup plus facile qu’en 1999 de toucher les gens,
et de construire un mouvement rapidement.
Nous savons tous, ou du moins nous sentons, que le monde est à
l’envers : nous agissons comme s’il n’y avait pas de limites à ce qui,
en réalité, n’est pas renouvelable – les combustibles fossiles et
l’espace atmosphérique pour absorber leurs émissions. Et nous agissons
comme s’il y avait des limites strictes et inflexibles à ce qui, en
réalité, est abondant – les ressources financières pour construire la
société dont nous avons besoin.
La tâche de notre époque est de renverser cette situation et de
contester cette pénurie artificielle. D’insister sur le fait que nous
pouvons nous permettre de construire une société décente et ouverte,
tout en respectant les limites réelles de la Terre.
Le changement climatique signifie que nous devons le faire avant une
date butoir. Cette fois, notre mouvement ne peut se laisser distraire,
diviser, épuiser ou emporter par les événements. Cette fois, nous devons
réussir. Et je ne parle pas de réguler les banques et d’augmenter les
taxes pour les riches, même si c’est important.
Je parle de changer les valeurs sous-jacentes qui régissent notre
société. Il est difficile de résumer cela en une seule revendication,
compréhensible par les médias. Et il est difficile également de
déterminer comment le faire. Mais le fait que ce soit difficile ne le
rend pas moins urgent.
C’est ce qui se passe sur cette place, il me semble. Dans la façon
dont vous vous nourrissez ou vous réchauffez les uns les autres,
partageant librement les informations et fournissant des soins de santé,
des cours de méditation et des formations à « l’empowerment ». La
pancarte que je préfère ici, c’est : « Je me soucie de vous. » Dans une
culture qui forme les gens à éviter le regard de l’autre et à dire :
« Laissez-les mourir », c’est une déclaration profondément radicale.
Quelques réflexions finales. Dans cette grande lutte, voici quelques choses qui ne comptent pas :
Comment nous nous habillons,
Que nous serrions nos poings ou faisions des signes de paix,
Que l’on puisse faire tenir nos rêves d’un monde meilleur dans une phrase-choc pour les médias.
Et voici quelques petites choses qui comptent vraiment :
Notre courage,
Notre sens moral,
Comment nous nous traitons les uns les autres.
Nous avons mené un combat contre les forces économiques et politiques
les plus puissantes de la planète. C’est effrayant. Et tandis que ce
mouvement grandit sans cesse, cela deviendra plus effrayant encore.
Soyez toujours conscients qu’il y a aura la tentation de se tourner vers
des cibles plus petites – comme, disons, la personne assise à côté de
vous pendant ce rassemblement. Après tout, c’est une bataille qui est
plus facile à gagner.
Ne cédons pas à la tentation. Je ne dis pas de ne pas vous faire
mutuellement des reproches. Mais cette fois, traitons-nous les uns les
autres comme si on prévoyait de travailler ensemble, côte à côte dans
les batailles, pour de nombreuses années à venir. Parce que la tâche qui
nous attend n’en demandera pas moins.
Considérons ce beau mouvement comme s’il était la chose la plus importante au monde. Parce qu’il l’est. Vraiment.
Naomi Klein, le 6 octobre 2011
Discours publié dans Occupied Wall Street Journal. A lire : le blog de Naomi Klein (en anglais).
Traduction : Agnès Rousseaux / Basta !
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jeudi 13 octobre 2011
Les 99%
Puissance des symboles, on ne compte plus les ralliements au
mouvement des anti-Wall Street occupant la place du parc Zuccotti à New
York, qui disent d’eux-mêmes être les 99 %, par opposition au 1 % des
Américains qui accaparent la richesse.
Cela a commencé par George
Soros, qui a déclaré avoir de la « sympathie pour leurs opinions ». John
Larson, président du groupe démocrate à la Chambre des représentants a
tenu ensuite à les saluer, tandis que la représentante démocrate de New
York, Louise Slaughter, s’est dite « fière » de les voir se dresser
« contre la cupidité rampante des entreprises ».
Ben
Bernanke, le président de la Fed et Tim Geithner, le secrétaire d’État
au Trésor, ont enchaîné. « Ils reprochent non sans raison au secteur
financier de nous avoir menés à la pagaille dans laquelle nous nous
trouvons et sont mécontents de la réponse », a déclaré le premier,
tandis que le second expliquait plus sobrement que « les banques
accusent les réformes et le gouvernement de tout, y compris de nombreux
problèmes dans lesquels elles portent une responsabilité centrale, et la
plupart des gens sont très agacés et très en colère à cause de ce
qu’ils voient, et ils veulent que les choses changent ».
Barack
Obama, tout en défendant sa politique vis-à-vis des institutions
financières, en venait à déclarer qu’il avait vu les manifestations à la
télévision, et pensait « qu’elles expriment le mécontentement que
ressentent les Américains ». Un tournant a depuis été pris par Vikram
Pandit, directeur général de Citigroup, qui a tenu à préciser depuis sa
salle de conférence : « je serais heureux de leur parler à tout
moment ».
Ce vaste mouvement de solidarité a dépassé les
frontières. Georges Papandréou, premier ministre grec, a tenu a préciser
en plein conseil des ministres : « nous luttons pour changer le système
économique mondial, comme beaucoup de citoyens anti-Wall Street, qui
protestent à juste titre contre les inégalités et les injustices du
système », tout en expliquant qu’il fallait les distinguer des
manifestants d’Athènes.
À Kermanshah, à l’Ouest de l’Iran,
l’ayatollah Ali Khamenei a prédit que « un jour, ce mouvement jettera à
terre le système capitaliste occidental, qui est dans une impasse
totale ». Enfin, une manifestation spontanée de plusieurs centaines de
Chinois était signalée à Zhengzhou, la capitale de la province du Henan,
sur le thème « je soutiens vigoureusement la grande révolution du
peuple américain contre Wall Street », selon des photographies largement
reproduites dans la presse d’État et montrant une banderole tendue
devant le Palais de la Culture des Travailleurs.
Les républicains
américains n’ont pas été en reste, sur un autre registre. Eric Cantor,
numéro deux de leur groupe à la Chambre des représentants, a déclaré :
« je suis de plus en plus inquiet du nombre de voyous qui occupent Wall
Street et les autres villes à travers le pays », tandis que Herman Cain,
l’un des candidats aux primaires américaines, a apostrophé les
manifestants (dans les colonnes du Wall Street Journal, et non dans la
rue) : « Cessez d’accuser Wall Street ou les grosses banques, si vous
n’avez pas de travail et que vous n’êtes pas riche, c’est de votre
faute ! ».
À titre anecdotique, les indignés new yorkais
ont par ailleurs reçu le soutien de nombreux syndicats des employés des
secteurs publics, des commerçants, des enseignants et des transports,
qui regroupent des dizaines de milliers de travailleurs. À Washington,
Boston, Seattle et Los Angeles, ils ont fait des émules, ainsi que dans
une trentaine de villes des États-Unis.
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Les laquais, les imbéciles heureux, les collabos d'anciens temps se réveillent.
Contraints, la tempête est sur leur dos.
Flore Vasseur, passionaria des classes moyennes trouve que l'occupation, "Occupy Wall Street" est vachement bien organisée, que des Gensbiens à la manoeuvre, pas anarchistes pour un sou. Sauf que...
Sauf que ce type d'organisation est proprement anarchiste, elle vient du coeur de l'anarchie, des centres sociaux autogérés, des squatts, in fine des endroits pas encore visité par la miss.
Son article m'a semblé cependant avoir un intérêt du point de vue de l'ambiance, de l'organisation justement, et surtout par le contraste qu'il offre du point de vue chronologique avec le moment t d'aujourd'hui.
Un rappel. Il a fallu l'arrestation de 700 personnes, suite à l'occupation du pont de Brooklyn début octobre, pour "alerter" les médias mainstream et par conséquent l'Europe, alors que le mouvement était enclenché un peu partout sur le territoire U.S. (à Paris on peut arrêter 100, 200 personnes, et on s'en fout, c'est moins glamour).
On peut supposer que ce fait a également déclenché l'opportunité du le sujet pour Flore Vasseur, en tout cas il est bon de rappeler que le mouvement a débuté le 17 septembre avec comme chambre d'échos les seuls indignés internationaux et leurs réseaux sociaux.
Flore Vasseur a écrit son article il y a maintenant six jours. Il est intéressant de le mettre en rapport avec l'article au-dessus daté du 12 octobre (hier) publié par Frédéric Leclerc sur le blog de Paul Jorion, et de voir comment l'opinion mainstream moins désinformé et les zélites opportunistes se sont retournées depuis. A l'évidence, Leclerc prenant la suite de Vasseur nous donne l'image d'un sauve-qui-peut qui s'accentue, en résumé ça balance et ça contorsionne sec. Rien de bon à l'horizon, l'étouffement ou l'éclatement.
***
Source : Flore Vasseur
Quelques reflexions de retour de Zuccotti Park, siège de Occupy Wall Street

Tinky Da arpente quasi nue le béton du 1 liberty Plazza, siège des indignés de Wall Street. Elle chante, danse parfois. Ses longs cheveux blonds, raides et secs, effleurent alors sa culotte turquoise. Elle s’expose un peu lasse à chacun des téléphones tendus. Sur son ventre elle a écrit : « je ne suis pas nue pour m’amuser ; c’est mon expression politique ». Quand le New York Times dépêche un chroniqueur pour couvrir l’événement, celui-ci ne s’intéresse qu’à Tinky, sa tenue. Pas à son message ni ce qui l’entoure, ni même sa posture. Pour décrédibiliser le mouvement, le tourner en ridicule, la presse traditionnelle n’a qu’à se baisser. Une initiative comme Occupy Wall Street trimballe son lot de soi disant « marginaux », cracheurs de feu à dreadlocks et autres excités du grand soir. Mais voilà, en me fondant dans la foule des indignés, j’ai compris que le chroniqueur du New York Times, ce jour là n’avait rien vu. Ou n’avait rien voulu voir.
“Mic Check, this is George Soros…”
On dit le mouvement désorganisé, naïf et donc condamné dans l’œuf parce que sans leader. Sauf que c’est un choix tout à fait assumé. Revenus d’une « démocratie » pleine de soit disant « leaders » et autres technocrates en costumes bien mis, mais dans laquelle ils n’ont aucune prise, les activistes cherchent une alternative. A Zuccotti Park, les assemblées générales se succèdent mais ne se ressemblent pas. Tout se vote (faut-il une personne responsable des media ? une liaison avec la police) à la main levée. L’espace occupé depuis samedi 17 s’est organisé : le coin infirmerie, le coin juridique, le coin media, la cantine, le campement. Des formations sont dispensées tout au long de la journée (« l’action non violente », « que faire si vous êtes arrêté », « comment parler aux media ») et un flot incessant de tweet, messages facebook et autre livestream inonde la toile. C’est spontané, inédit mais tout sauf bordélique. Le mouvement est tellement organisé qu’il est entrain de devenir une incroyable caisse de résonnance ! Depuis le 17, les pilotes de Continental et de United Airlines, Susan Sarandon, Michael Moore et Naomi Klein sont tous venus tester le « human microphone ». La NYPD ayant interdit le mégaphone (et aussi les masques et les bâches), la personne qui veut prendre la parole crie « Mic Check ». Celles qui l’entourent crient « Mic Check ». L’auditoire se fait silencieux. Le valeureux se lance, ses porte-voix humains reprenant chacune de ses phrases. J’ai hâte que Soros, Bernanke ou Geithner - qui ont tous déclaré comprendre le mouvement -, ne concrétisent et s’emparent du Human Microphone.
99% versus 1%
Au delà de l’organisation et de la forme (critique à nouveau facile et assez éclairante sur les intentions), le New York Times s’est moqué du fond. Les « Occupy Wall Street » seraient dans une sorte d’opposition primaire, un fourre tout de la contestation hautement manipulable.
L’originalité du mouvement réside notamment dans son ouverture à toutes les voix. Dans la foule, il y a des anciens du Vietnam, des pères de famille chassés de chez eux par les banques, des SDF, des travailleurs immigrés, des hippies. Mais il y a aussi, des avocats, des journalistes, des étudiants, des infirmiers, des mères de famille. Et c’est tout l’intérêt. Wall Street, la collusion de la finance et du politique n’a pas un effet catégoriel mais un système d’effets. Et c’est l’emprise de ce système-là qui est précisément dénoncé. Le point commun de toutes ces revendications est d’être portées par tous ceux qui en sont « victimes », les 99% dominés par les 1%. Qu’est-ce qui dérange : l’effet de masse créé ? L’union fait la force. Pas étonnant que les politiques dépensent autant d’effort à nous dresser les gens les uns contre les autres.
RDV sous le Charging Bull
De plus, pour les media établis, les « occupy wall street » n’auraient aucune proposition à faire témoignant bien là de leur immaturité. Rien n’est plus faux. Le 1er jour quand le camp s’installait, ils étaient alors une petite centaine à se retrouver sous la statue du Charging Bull, se découvrant, se flairant. Epatés de voir les rangs grossir d’heure en heure, déçus de ne pas être déjà des millions. Qu’ont ils immédiatement fait ? Ils se sont parlés. Dès le premier jour, sur les bancs de Bowling Green Park, on débattait déjà du Glass Speigal Act, la personnalité juridique des multinationales, le rôle de la monnaie, le poids des lobbies, le financement des campagnes etc… Il se passait vraiment quelque chose. Sur les marches du National Museum of American Indian, ils se sont chauffés la voix, ont inventer leurs cris de ralliement. Et puis ils ont commencé à rameuter des copains avec leur Smartphone. Avec un tout petit peu de recul, je me dis qu’il en fallait (de la désillusion mais aussi de l’enthousiasme) pour y croire ce 17 septembre.
Obama perd ses petits
Le gros des indignés de Wall Street (les plus jeunes, diplômés sans boulot ni assurance maladie mais des idées et une bonne maitrise des réseaux sociaux) ont milité pour Obama, vivant alors pour la plupart leur baptême de citoyen. L’eau était gelée. Ecoeurés par un « Yes we can » de pacotille, ils ont appris vite : dans ce pays/ ce système où tout s’achète, ils n’auront jamais les moyens de se payer leur candidat. Reste la rue, la solidarité et les réseaux… Reste la vie. Ce qui est formidable à Zucotti, c’est l’énergie de vie, fut elle seins nus. Je ne suis pas prête d’oublier ce que j’ai vu là bas. J’ai discuté avec des professeurs, des étudiants, des anciens de la City, des retraités chacun à mille lieux de la figure de l’anarchiste véhiculé par des supports media (suppôts ?) que cela arrange bien. Il y avait quelque chose d’assez magnifique dans ce patchwork d’indignations qui s’écoutent et disent la même chose : nous ne sommes plus en démocratie. Le politique et les media traditionnels ne font plus leur travail. Dont acte. Occupy Wall Street défie le conformisme et le bonheur marketé. C’est probablement ce qui dérange le plus.
D Day pour Adbusters et le journalisme indépendant
L’initiative a été lancée par Adbusters, ce « journal de l’environnement mental » absolument génial. Une presse alternative, sans pub, avec un point de vue par article. Détournant les messages publicitaires, carrément arty, délivrant ses messages comme des coups de poing, ce trimestriel se lit comme un voyage dans la médiocrité de la société consumériste, la notre. Et renvoie à notre propre démission. Souvent violent par les associations d’idées créées, Adbusters appelait à un certain réveil. Il est devenu « mainstream ». Sur Facebook, une petite vidéo de Gandhi s’échange depuis quelques jours : « Au début ils t’ignorent. Ensuite ils te ridiculisent. Puis ils te combattent. Et alors tu réussies ». La guerre des images, elle, a démarré.
Pour aller plus loin : adbusters.org
Tinky Da arpente quasi nue le béton du 1 liberty Plazza, siège des indignés de Wall Street. Elle chante, danse parfois. Ses longs cheveux blonds, raides et secs, effleurent alors sa culotte turquoise. Elle s’expose un peu lasse à chacun des téléphones tendus. Sur son ventre elle a écrit : « je ne suis pas nue pour m’amuser ; c’est mon expression politique ». Quand le New York Times dépêche un chroniqueur pour couvrir l’événement, celui-ci ne s’intéresse qu’à Tinky, sa tenue. Pas à son message ni ce qui l’entoure, ni même sa posture. Pour décrédibiliser le mouvement, le tourner en ridicule, la presse traditionnelle n’a qu’à se baisser. Une initiative comme Occupy Wall Street trimballe son lot de soi disant « marginaux », cracheurs de feu à dreadlocks et autres excités du grand soir. Mais voilà, en me fondant dans la foule des indignés, j’ai compris que le chroniqueur du New York Times, ce jour là n’avait rien vu. Ou n’avait rien voulu voir.
“Mic Check, this is George Soros…”
On dit le mouvement désorganisé, naïf et donc condamné dans l’œuf parce que sans leader. Sauf que c’est un choix tout à fait assumé. Revenus d’une « démocratie » pleine de soit disant « leaders » et autres technocrates en costumes bien mis, mais dans laquelle ils n’ont aucune prise, les activistes cherchent une alternative. A Zuccotti Park, les assemblées générales se succèdent mais ne se ressemblent pas. Tout se vote (faut-il une personne responsable des media ? une liaison avec la police) à la main levée. L’espace occupé depuis samedi 17 s’est organisé : le coin infirmerie, le coin juridique, le coin media, la cantine, le campement. Des formations sont dispensées tout au long de la journée (« l’action non violente », « que faire si vous êtes arrêté », « comment parler aux media ») et un flot incessant de tweet, messages facebook et autre livestream inonde la toile. C’est spontané, inédit mais tout sauf bordélique. Le mouvement est tellement organisé qu’il est entrain de devenir une incroyable caisse de résonnance ! Depuis le 17, les pilotes de Continental et de United Airlines, Susan Sarandon, Michael Moore et Naomi Klein sont tous venus tester le « human microphone ». La NYPD ayant interdit le mégaphone (et aussi les masques et les bâches), la personne qui veut prendre la parole crie « Mic Check ». Celles qui l’entourent crient « Mic Check ». L’auditoire se fait silencieux. Le valeureux se lance, ses porte-voix humains reprenant chacune de ses phrases. J’ai hâte que Soros, Bernanke ou Geithner - qui ont tous déclaré comprendre le mouvement -, ne concrétisent et s’emparent du Human Microphone.
99% versus 1%
Au delà de l’organisation et de la forme (critique à nouveau facile et assez éclairante sur les intentions), le New York Times s’est moqué du fond. Les « Occupy Wall Street » seraient dans une sorte d’opposition primaire, un fourre tout de la contestation hautement manipulable.
L’originalité du mouvement réside notamment dans son ouverture à toutes les voix. Dans la foule, il y a des anciens du Vietnam, des pères de famille chassés de chez eux par les banques, des SDF, des travailleurs immigrés, des hippies. Mais il y a aussi, des avocats, des journalistes, des étudiants, des infirmiers, des mères de famille. Et c’est tout l’intérêt. Wall Street, la collusion de la finance et du politique n’a pas un effet catégoriel mais un système d’effets. Et c’est l’emprise de ce système-là qui est précisément dénoncé. Le point commun de toutes ces revendications est d’être portées par tous ceux qui en sont « victimes », les 99% dominés par les 1%. Qu’est-ce qui dérange : l’effet de masse créé ? L’union fait la force. Pas étonnant que les politiques dépensent autant d’effort à nous dresser les gens les uns contre les autres.
RDV sous le Charging Bull
De plus, pour les media établis, les « occupy wall street » n’auraient aucune proposition à faire témoignant bien là de leur immaturité. Rien n’est plus faux. Le 1er jour quand le camp s’installait, ils étaient alors une petite centaine à se retrouver sous la statue du Charging Bull, se découvrant, se flairant. Epatés de voir les rangs grossir d’heure en heure, déçus de ne pas être déjà des millions. Qu’ont ils immédiatement fait ? Ils se sont parlés. Dès le premier jour, sur les bancs de Bowling Green Park, on débattait déjà du Glass Speigal Act, la personnalité juridique des multinationales, le rôle de la monnaie, le poids des lobbies, le financement des campagnes etc… Il se passait vraiment quelque chose. Sur les marches du National Museum of American Indian, ils se sont chauffés la voix, ont inventer leurs cris de ralliement. Et puis ils ont commencé à rameuter des copains avec leur Smartphone. Avec un tout petit peu de recul, je me dis qu’il en fallait (de la désillusion mais aussi de l’enthousiasme) pour y croire ce 17 septembre.
Obama perd ses petits
Le gros des indignés de Wall Street (les plus jeunes, diplômés sans boulot ni assurance maladie mais des idées et une bonne maitrise des réseaux sociaux) ont milité pour Obama, vivant alors pour la plupart leur baptême de citoyen. L’eau était gelée. Ecoeurés par un « Yes we can » de pacotille, ils ont appris vite : dans ce pays/ ce système où tout s’achète, ils n’auront jamais les moyens de se payer leur candidat. Reste la rue, la solidarité et les réseaux… Reste la vie. Ce qui est formidable à Zucotti, c’est l’énergie de vie, fut elle seins nus. Je ne suis pas prête d’oublier ce que j’ai vu là bas. J’ai discuté avec des professeurs, des étudiants, des anciens de la City, des retraités chacun à mille lieux de la figure de l’anarchiste véhiculé par des supports media (suppôts ?) que cela arrange bien. Il y avait quelque chose d’assez magnifique dans ce patchwork d’indignations qui s’écoutent et disent la même chose : nous ne sommes plus en démocratie. Le politique et les media traditionnels ne font plus leur travail. Dont acte. Occupy Wall Street défie le conformisme et le bonheur marketé. C’est probablement ce qui dérange le plus.
D Day pour Adbusters et le journalisme indépendant
L’initiative a été lancée par Adbusters, ce « journal de l’environnement mental » absolument génial. Une presse alternative, sans pub, avec un point de vue par article. Détournant les messages publicitaires, carrément arty, délivrant ses messages comme des coups de poing, ce trimestriel se lit comme un voyage dans la médiocrité de la société consumériste, la notre. Et renvoie à notre propre démission. Souvent violent par les associations d’idées créées, Adbusters appelait à un certain réveil. Il est devenu « mainstream ». Sur Facebook, une petite vidéo de Gandhi s’échange depuis quelques jours : « Au début ils t’ignorent. Ensuite ils te ridiculisent. Puis ils te combattent. Et alors tu réussies ». La guerre des images, elle, a démarré.
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mercredi 12 octobre 2011
J'ai regardé la télé...
Il va bien falloir que le mouvement d’indignation se propage à la France. J'ai abandonné le débat de la primaire socialiste, écœuré par l’incompétence de Martine Aubry (il paraît que le Glass-Steagall act aurait été réinstauré aux USA) et la soumission de François Hollande aux marchés financiers : après avoir promis l’austérité à 9h57, il a expliqué que les banques allaient payer dans le cas du défaut partiel de la Grèce, en ayant pris soin de signaler au préalable qu’elles seraient recapitalisées par les états (et donc les contribuables) en raison de ce même défaut ! Il faut quand même le faire…
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