LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.


C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.



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samedi 11 février 2012

La police britannique pourrait utiliser des armes chimiques interdites


Un groupe de scientifiques interpelle le gouvernement britannique lui demandant de clarifier sa position sur l'utilisation d'armes chimiques contre des manifestants. En effet, à cause d'une faille dans les Conventions Internationales, les armes chimiques sont interdites d'usage par les militaires mais rien ne s'oppose à leur utilisation par... la police ! 

D'après les experts de la Société Royale des Sciences, le gouvernement britannique serait en train de chercher des voies pour utiliser des agents nerveux contre les populations civiles en cas de soulèvements. Les développements récents dans les neurosciences permettent l'arrivée de nouvelles substances incapacitantes s'attaquant au système nerveux humain et tombant sous le coup de la Convention de 1993 en cas de conflit armé. 

Les forces de l'ordre britannique qui avaient utilisé des gaz irritants jusque là pourraient passer à la vitesse supérieure et utiliser des armes chimiques à part entière comme le rapporte The Independant


L'été dernier, le gouvernement Français a émis un décret autorisant l'utilisation d'armes de guerre contre des manifestants. 


Les gouvernements des pays occidentaux se préparent à des soulèvements massifs des populations et préparent leurs armes. Ils savent que les populations en ont ras le bol des mensonges et du racket et finiront un jour par sortir dans la rue. Ce jour là, seul le rapport de force permettra aux pouvoirs en place de subsister.

 
Source: Tea For Two Operation

jeudi 9 février 2012

6e ÉTAGE OU 6e AVENUE ?, par Panagiotis Grigoriou

source : greek crisis
Athènes - janvier 2012

En Grèce, depuis l’arrivée de la Troïka nous devenons tous une… atmosphère. Dans des conditions de  laboratoire et sous pression. Par modélisation exemplaire et accélération des particules, élémentaires si l’on préfère. Et ces particules c’est bien nous. L’accélérateur quant à lui, relève de la mécanique du dernier méta-capitalisme bancocrate. Cela a bien fonctionné à un tel point que maintenant nous pouvons sans peur nous regarder dans le miroir du futur pour nous apercevoir que nous sommes déjà des mutants.
A commencer par notre régime politique, cette pseudo-democratie, mollement parlementaire et durement affairiste, devenue désormais une quasi-dictature après trois putschs réussis. Le premier, en 2009, s’est déroulé lors des élections, alors encore « libres ». Le PASOK (P.S. grec) arrive au pouvoir devançant de dix points la droite. Georges Papandréou, ami de Geοrges Soros, grand cosmopolite (l’expression est de lui-même) et apparemment plus à l’aise dans la syntaxe de son pays natal, les États-Unis, que dans la grammaire balkanisée du grec moderne, habille alors sa piètre rhétorique comme il le peut. Et les grands médias lui orchestrent convenablement l’image. Sa campagne est déjà un Case Study mais je parie qu’il y en a d’autres en Europe en ce moment en passe de devenir aussi cas d’école. « Le citoyen d’abord », « rupture avec les pesanteurs du passé », « gouvernance électronique », « allons-y, tous ensemble », « finissons-en avec la dictature des marchés », « prenons des mesures pour réconforter les citoyens les plus fragiles, surtout ceux qui ont emprunté de l’argent et doivent faire face à la crise », « faisons de la Grèce, le Danemark du Sud », « de l’argent il y en a », « nous sommes prêts pour la croissance verte, les nouvelles technologies et l’écologie», « augmenter les impôts, la TVA par exemple, est un crime contre les plus faibles et conduirait l’économie tout droit à la récession ». Voilà le synopsis de la rhétorique de ce premier coup d’État.
Aussitôt au poste de Premier Ministre, élu le 4 octobre, et prenant ses fonctions le 6, le socialiste Georges Papandréou ayant donc mené toute sa campagne sur la redistribution des richesses et la hausse des salaires de fonctionnaires, il annonce encore son intention de « prendre des mesures d’urgence pour améliorer la compétitivité du pays car l’économie se trouve dans une situation critique, ayant hérité des dettes cachées du précèdent gouvernement, mais tout en protégeant les revenus des plus fragiles, augmentant les petites retraites, augmentant dès 2010 les salaires et les retraites plus que l’inflation, en gelant les tarifs du gaz et de l’électricité, en rénovant le système de santé, en renforçant également les moyens de la Sécurité sociale, afin de permettre finalement au citoyen l’accès à un système de santé de haute qualité et gratuit, en renforçant aussi le système éducatif, lui attribuant dès le budget 2010, un milliard d’euros supplémentaires ». Enfin Papandréou s’est dit « déterminé à renforcer le rôle du Parlement dans le processus décisionnel de notre régime démocratique ».
La suite est désormais connue. Georges Papandréou, en bon préparateur de commandes, a apporté le pays entier et sur un plateau, aux banquiers charognards impériaux (BCI !). Nous en avons déjà eu la confirmation en découvrant le documentaire de Canal + « Un an avec DSK – Au cœur du FMI » en mars 2011. Nous apprenons alors par Dominique Strauss-Kahn en personne, que le premier ministre grec fraîchement élu avait contacté très discrètement le FMI fin 2009. Or, il proclamait haut et fort dans le même temps que son pays s’en sortirait très bien tout seul, et ceci jusqu’au printemps 2010. « Papandréou m’avait appelé très tôt, dès novembre-décembre 2009 en disant qu’il avait besoin d’aide », révèle dans la vidéo Dominique Strauss-Kahn. « Le premier ministre avait très bien conscience qu’il avait besoin d’aide [du FMI]. » Or, la demande officielle du gouvernement grec est seulement intervenue au printemps 2010. Le plan de 110 milliards d’euros de prêts octroyés conjointement par le FMI et l’Union européenne sera rapidement mis sur pied, malgré la cacophonie apparente entre les dirigeants européens. « Quand le FMI est venu, on a fait le travail en 15 jours », s’est vanté Dominique Strauss-Kahn. « C’est parce que durant les mois précédents, on avait travaillé souterrainement avec les Grecs. (…) Tout ça parce que les Grecs eux souhaitaient une intervention du FMI même si Papandréou pour des raisons politiques n’affirmait pas ça. »
Ce scénario fait désormais partie de notre vécu… en pédagogie politique. L’agence de notation Fitch dégrade la note de la Grèce de Α à Α- le 22 octobre 2009, pratiquement dès la mise en fonction du nouveau gouvernement. Le 21 janvier 2010 le « spread » entre les obligations allemandes et grecques à 10 ans atteint les 300 points de base (3%). Comme par hasard, une semaine plus tard au Forum Économique de Davos, Georges Papandréou est invité à prendre des mesures d’austérité. La Grèce « accepte » le Mécanisme dit officiellement « de soutien économique », institué par le Fond Monétaire International, l’Union Européenne et la Banque Centrale Européenne, mécanisme alors connu depuis, sous le nom de « Troïka », ainsi que ses représentants ou émissaires – contrôleurs en route pour Athènes autour du 23 avril 2010. Cinq jours plus tard, l’agence de notation Standard & Poor’s dégrade la note de la Grèce de ΒΒΒ+ à ΒΒ+ et le « spread » des obligations grecques à 10 ans atteint les 1000 points (10%).
Athènes - janvier 2012
Au départ, il était question de la dette dite souveraine du pays, 300 milliards d’euros et 143% de son PIB en 2010, pour en arriver après la « thérapie de choc », infligée à la majorité des Grecs, à une dette … encore plus souveraine atteignant les 360 milliards d’euros, représentant 166% du PIB du pays en 2012. La Troïka et le gouvernement grec, ont alors signé trois documents liés, le Traité du Nouveau Prêt et l’accord avec le FMI, accompagnés d’un Mémorandum, une feuille de route en somme obligatoire, sur les mesures à prendre … « pour s’en sortir ». Aucun gouvernement grec depuis n’a osé faire valider ce Traité devant les parlementaires, suivant la procédure prévue par la Constitution pour ce type d’engagement si crucial pour le pays (analyse de Giorgos Kasimatis, universitaire et juriste constitutionnaliste). C’est finalement seulement le Mémorandum qui fut approuvé après maintes péripéties à l’Assemblée le 6 mai 2010, provoquant la première défection de trois députés socialistes. La Grèce Mémorandienne s’embourbe depuis, dans une série de réformes prétendument censées la rendre compétitive, s’agissant plutôt, d’une variante de la Stratégie du choc et de l’interminable montée de son capitalisme du désastre (Naomi Klein). Baisse des salaires dans la fonction publique et dans le secteur privé, augmentation en flèche des impôts, dérégulation de l’accès à certaines professions, démantèlement des conventions collectives, réduction des effectifs partout. Nous avons alors connu des grèves à répétition, et nos manifestants, surtout très nombreux du temps des « Indignés » durant l’été 2011, furent violemment réprimés devant le Parlement et sur la Place de la Constitution (Syntagma). Toute la planète avait alors compris qu’il fait désormais un temps de chien à l’ombre du Parthénon, découvrant par la même occasion notre célèbre chien-manifestant, Loukanikos (Saucisson). Voilà pour un sommaire du deuxième putsch.
La troisième phase du Putsch en Grèce fut la mise en place de la gouvernance directement bancocrate de Papadémos, début novembre 2011. Initialement « composée de trois formations, P.S., droite et extrême droite, ayant comme seule mission de parapher le Mémorandum II, autrement dit le nouvel accord avec les « marchés » et aussitôt conduire le pays aux élections prévues pour février 2012 ». Son vrai rôle est d’achever la mise en place de l’occupation. Ce que les Papadémiens viennent de parapher hier soir paraît-il, est tout simplement la première occupation officielle des temps nouveaux en Europe. Soulignons que la « dette » deviendra alors « applicable law » suivant le droit anglais, les « évaluations » des agents de l’État seront faites par une structure française en vue de licenciements dans la fonction publique ; la collecte des impôts, la gestion en somme de l’État profond, est en passe d’être transférée vers l’Allemagne, laquelle a déjà créé un Secrétariat d’État aux affaires grecques. Il s’agit du secrétaire d’État allemand à l’Emploi et aux Affaires sociales, Hans-Joachim Fuchtel, homme de confiance d’Angela Merkel. En expérimentant le premier défaut (contrôlé ?) d’un pays de la zone euro, c’est à dire déjà l’intérieur d’une zone d’occupation monétaire (pays classé ZOM !), préalablement établie depuis une décennie sous un nuage de propagande. C’est la variante applicable aux Baronnies sous mandat, de la Règle d’or.
Athènes - janvier 2012
Dès hier (mercredi) des parlementaires socialistes ont fait circuler une pétition au sein du Parlement pour soutenir une prolongation du mandat Papadémien, jusqu’à la fin de la législature, à savoir 2013. Les structures alors « définitives » du « pays réel » bancocrate se referment sur nous. Et jusqu’ici, pas de révolte. Car nous avons déjà été déconnectés du vrai lien politique (comprendre, agir, prendre en main la situation collective, contrôler les politiques notamment) en plus de la corruption gonflée par les fonds structurels de l’U.E. et par les pots de vin divers et variés. La culture, la langue, la musique furent en quelque sorte détruites et avec elles, tout un système de réflexion et d’action. Ce processus a pris trente ans, télévision, « life style », consommation, argent et crédit faciles, la musique de Theodorakis, d’Hadjidakis, étant entièrement bannies des radios, et en dernière instance, une culture « loisirs domestiques » dont la composante désastreuse consiste à nous tenir enfermés chez nous.
Depuis la mise en place de la Troïka, les nouvelles mesures tombent quotidiennement : nous apprenons de mauvaises nouvelles tous les jours et nous subissons une mithridatisation certaine. D’où notre mutation. Déjà dans le vocabulaire, « CDS », « spreads », « PSI », « FMI », « Debt », « Agences de notation », « triple A », « double C », termes relevant déjà de la sémantique du désastre. Nos neurones explosent, nous devenons incapables d’aller au-delà, nous sombrons dans les psychotropes (le gouvernement Papadémien vient tout juste de dépénaliser l’usage de la drogue dite « légère »), nous sombrons aussi dans l’alcool et le suicide. Ainsi, leur stratégie est digne du meilleur interrogatoire des temps totalitaires. Tantôt on annonce l’arrêt des mesures d’austérité, mais c’est pour en annoncer d’autres. Les règles concernant les retraites ont changé une bonne douzaine de fois depuis 2010. Et les gens sont perdus. Certains se referment dans le monde du silence, se laissant mourir à petit feu. Notre sociabilité se trouve grièvement blessée. Des amis se cachent pour ne plus avoir à exposer publiquement leur nouvelle situation, où nous avons cessé de pouvoir encore nous payer un café ensemble. Si on y ajoute le combat pour la survie, la destruction des repères, et plus « pratiquement », l’impossibilité d’instaurer des entractes réellement festifs dans l’immédiat ou dans le moyen terme, pour retrouver les siens, voyager, c’est alors l’effondrement psychologique, donc l’apraxie. Avec en plus, la répression policière et la mise en place d’un terrorisme économique via les impôts dignes du servage, le fichage, le chantage, dans la fonction publique notamment. Croyez-moi, chers amis, cette stratégie du choc n’est pas une illusion. Je le savais fort bien et je le disais haut et fort lors des manifestations massives de 2010 et 2011, tant que les gens et leurs proches avaient encore un petit salaire ou des réserves pour tenir, ils étaient encore capables d’analyses et de revendications, disons de type « classique », mais les partis de gauche n’ont pas pu ou voulu saisir le tournant et la droite dite populaire (pas populiste) était encore inexistante pour en constituer un nouveau pôle anti-Mémorandum, faisant par exemple scission avec son principal parti. Ajoutant in fine l’abolition accélérée de notre économie et nous aboutissons à un tableau bien triste !
Nous nous sentant déjà ancrés à la solution finale bancocrate, nous tenterons sans aucun doute autre chose. Mais quoi ? Tout est dans l’air. C’est la raison pour laquelle, selon certaines informations de la presse grecque (mercredi 8/2/2012), la chaîne CNN serait en train de louer l’ensemble du 6eme étage au prestigieux hôtel « Grande Bretagne », place de la Constitution (Syntagma), en face du Parlement et ceci parait-il pour plusieurs semaines, « s’attendant à la bataille d’Athènes ». Alors, 6e étage comme 6e avenue à New York (Bank of America Tower et Rockefeller Center) ?
Il semblerait aussi que les ambassades ici à Athènes, préviennent leurs ressortissants d’un manque à craindre de produits alimentaires et de carburant. Nous, nous avons déjà constitué des réserves dans les caves et dans les placards. Avez vous évoqué la possibilité d’une guerre ? Ou d’une « Règle d’or » comme équivalent d’une « Conférence de Wannsee » ?

vendredi 27 janvier 2012

Lordon: « Nous assistons à l’écroulement d’un monde, des forces immenses sont sur le point d’être déchaînées »


Dans ce grand entretien, Frédéric Lordon nous livre ses commentaires et analyses de la crise économique actuelle et de ses origines. Avec un ton incisif et un regard acerbe, il revient sur les causes et effets de la crise elle-même, mais commente également le traitement de l’économie par les médias, la place de l’économie au sein de l’institution universitaire, et l’éventuelle sortie de l’euro. Sonnant le glas du projet néolibéral, l’actualité est, nous dit-il, une occasion unique de changements profonds : un monde s’écroule sous nos yeux.

RdL : Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui est en train d’arriver sous nos yeux, depuis au moins une trentaine d’années, depuis 2008, depuis quelques mois, ces dernières semaines ?

Frédéric Lordon : C’est une leçon de choses historiques. Ouvrons bien les yeux, on n’a pas souvent l’occasion d’en voir de pareilles. Nous assistons à l’écroulement d’un monde et ça va faire du gravât. L’histoire économique, en tout cas celle qui a fait le choix de ne pas être totalement bornée – je veux parler d’auteurs comme Kindleberger, Minsky ou Galbraith – a depuis longtemps médité l’effrayant pouvoir de destruction de la finance libéralisée. Il fallait de puissants intérêts – très évidemment constitués – à la cécité historique pour remettre sur les rails ce train de la finance qui a déjà causé tant de désastres ; en France, comme on sait, c’est la gauche de gouvernement qui s’en est chargée. De sorte que, à la lumière de ces leçons de l’histoire, on pouvait dès le premier moment de la dérégulation financière annoncer la perspective d’une immense catastrophe, et ce sans pourtant savoir ni où, ni quand, ni comment exactement elle allait se produire. La catastrophe en question aura pris vingt ans pour survenir, mais voilà, nous y sommes. Notons tout de même qu’un scénario que certains avaient envisagé d’assez longue date considérait l’hypothèse de la succession de crises financières sérieuses, rattrapées mais, aucune des contradictions fondamentales de la finance de marché n’étant résolues, enchaînées selon un ordre de gravité croissante, jusqu’à la big one. Sous ce rapport, la première crise de la série n’aura pas pris un an pour se manifester puisque le grand krach boursier se produit en 1987… après le big bang de 1986. Puis elles se sont succédé à intervalle moyen de trois ans. Et nous voilà en 2007. 2007, n’est-ce pas, et pas 2010. Car le discours libéral n’a rien de plus pressé que de nous faire avaler l’idée d’une crise des dettes publiques tout à fait autonome, européenne dans son principe, et imputable à une fatalité d’essence de l’État impécunieux. Or le fait générateur est bien la crise de la finance privée, déclenchée aux États-Unis, expression d’ailleurs typique des contradictions de ce qu’on pourrait appeler, pour faire simple, le capitalisme de basse pression salariale, dans lequel la double contrainte de la rentabilité actionnariale et de la concurrence libre-échangiste voue la rémunération du travail à une compression continue et ne laisse d’autre solution à la solvabilisation de la demande finale que le surendettement des ménages. C’est cette configuration qui explose dans le segment particulier des crédits hypothécaires [plus connus sous le nom de subprimes] et qui va, en un an, déstabiliser tout le système financier étasunien, puis, interconnexions bancaires obligent, européen, jusqu’au moment Lehman. Là, on est au bord de l’effondrement total et il faut sauver les banques. Je dis « il faut sauver les banques », car la ruine complète du système bancaire nous ramène en cinq jours à l’équivalent économique de l’état de nature. Mais il ne s’agit pas de le sauver et puis rien ! Or c’est ce que font tous les gouvernements, en se contentant à partir de 2009 d’annoncer des projets de re-régulation où le ton martial le dispute à l’innocuité. Trois ans plus tard, la re-régulation financière n’a pas quitté le stade velléitaire – ce qui est tout à fait regrettable car le système bancaire est encore plus vulnérable qu’en 2007, alors que point une crise d’un format très supérieur… Entre-temps, les banquiers remis à flot jurent ne plus rien devoir à la société sous prétexte que la plupart d’entre eux ont remboursé les aides d’urgence reçues à l’automne 2008. Évidemment, pour rétablir leur bonne conscience en même temps que leurs bilans financiers, il leur faut feindre d’ignorer l’ampleur de la récession que le choc financier a laissée derrière lui. C’est de ce choc même que viennent dans un premier temps l’effondrement des recettes fiscales, l’envol mécanique des dépenses sociales, le creusement des déficits, l’explosion des dettes puis, dans un deuxième temps, les plans d’austérité… réclamés par la même finance qui vient d’être sauvée aux frais de l’État ! Donc, depuis 2010 et l’éclatement de la crise grecque, la finance rescapée massacre les titres souverains sur les marchés obligataires alors qu’elle aurait trépassé si les États ne s’étaient pas saignés pour la rattraper du néant. C’est tellement énorme que c’en est presque beau… Pour couronner le tout, les marchés exigent – et bien sûr obtiennent – des États des politiques de restriction coordonnées qui ont le bon goût de conduire au résultat exactement inverse de celui supposément recherché : la restriction généralisée est telle que les recettes fiscales s’effondrent aussi vite que les dépenses sont coupées, si bien qu’in fine les dettes croissent. Mais l’austérité n’est pas perdue pour tout le monde : son parfait prétexte, « le problème des dettes publiques », aura permis à l’agenda néolibéral d’engranger de spectaculaires progrès, inenvisageables en toute autre circonstance.

Lordon : « Le soulèvement ou la table rase par l'effondrement »

Le 15 janvier 2011, Frédéric Lordon, économiste hors sérail microcosmique, était invité à une conférence organisée par Attac et  Mediapart sur le thème : « Quel remède à la crise démocratique européenne ? » Frédéric Lordon décida de répondre à cette question « sans circonvolutions inutiles ».
« Ma réponse, c’est : le soulèvement ou bien la table rase par l’effondrement financier. »

La “démocratie” des marchés

La démocratie représentative n’existe plus, pose Frédéric Lordon en citant le cas du référendum de 2005 et en pointant les pions Papademos et Monti avancés sans scrupules par la troïka financière (BCE, Commission européenne, FMI) au mépris de toute souveraineté populaire.
La loi des marchés (ces « tiers inclus au contrat social ») règne en maître. Les élus du peuple, les résultats de scrutins ne sont plus tolérés par ces nouveaux dominants que s’ils rentrent dans leur moule.
Citant la récente dégradation de la France, Frédéric Lordon relativise l’importance d’agences de notation parfaitement « périphériques ».
« Il n’y a aucun lieu de s’étonner qu’un univers comme les marchés de capitaux, qui fonctionnent fondamentalement à la croyance, à l’opinion et au jugement, sécrètent en leur sein des producteurs spécialisés de croyance, d’opinion et de jugement. »

S’attaquer à la structure d’ensemble

Ce n’est pas à ces « points focaux » épiphénomèniques (les agences de notation) qu’il convient de s’attaquer, mais à la structure d’ensemble qui les féconde.
Or, souligne l’iconoclaste économiste, les évènements en cours pourraient bien donner un sacré coup de main à ceux qui refusent la « monstruosité » d’un monde régi par « le corps informe des créanciers internationaux ».
Comme en 2007/2008, le secteur interbancaire est en voie de devenir « le nouvel épicentre d’un nouveau séisme ». Sans que les puissances publiques, désormais ruinées, puissent voler à son secours comme la fois précédente.
« Si donc nous voyons poindre la perspective de grand effondrement, alors oui il y a plus que jamais matière à nous demander quoi reconstruire. Mais la toute première question étant bien sûr : à quelle échelle ? »

La reconstruction, mais avec qui ?

Sur ce point, l’ami Lordon est catégorique. La tendance va spontanément vers « une préférence a priori pour des ensembles les plus vastes possibles » (dit-il). Mais alors, « avec qui ? »
Lordon expose ses doutes quant à une solution européenne dans une Union européenne ouvertement dominée par la rigueur monétaire imposée par l’Allemagne. Et par une « juridicisiation » des politiques publiques « directement attentatoire » à toute souveraineté populaire.
« Existe-t-il des intermédiaires viables entre les configurations nationales classiques et une Union européenne pleine et entière, je veux dire avec une intégration politique pleine et entière ?
Si la réponse était non, alors il ne faudrait pas hésiter à en revenir à la configuration nationale dont on sait avec certitude qu’elle satisfait pleinement le principe de la souveraineté populaire. »

lundi 2 janvier 2012

LAS ELECCIONES DEL 20-N Y EL DESARROLLO DEL FACTOR CONSCIENTE


                Las elecciones del 20 de noviembre de 2011 tienen lugar en una situación singular, cuando los cimientos de “España” y Europa crujen y se agrietan. Lo que madura es una crisis global de Occidente que va mucho más allá de la economía y que, por tanto, demanda una respuesta múltiple y compleja, esto es, integral, más allá de las obsesiones economicistas de una izquierda que sigue siendo el instrumento político principal del capitalismo y del artefacto estatal, por delante de la derecha.
                La izquierda en el gobierno, el PSOE secundado por el PCE-IU en todo lo importante, ha destruido la sociedad y ha envilecido a la persona. En 2004-2011 el gobierno izquierdista ha promovido con furor todas las formas imaginables de no-pensamiento, docilidad, incivilidad, amoralidad, embrutecimiento, inespiritualidad, deshumanización, neo-ignorancia, aculturación, chabacanería, egocentrismo, hedonismo, auto-destrucción del individuo, culto por lo degradado, zafiedad, enfrentamiento entre las personas, feísmo y barbarie, por medio de sus muchas religiones políticas y operaciones de ingeniería social. De ello ha salido una sociedad en descomposición, agónica, y un sujeto nulificado en trance de dejar de ser humano.
                Además, ha devastado la economía, creando un sistema productivo imposible por parasitario, endeudado, despilfarrador, hiper-consumista, entregado al gran capital y a la banca, hiper-intervenido por el Estado, corrupto y supeditado al imperialismo alemán. Así, tenemos 5 millones de parados, una situación sin salida y el hambre a punto de ser una lúgubre realidad en cientos de miles de hogares.
                Tal es la obra de la izquierda en todas sus manifestaciones, del progresismo, de la intelectualidad y estetocracia mega-subsidiadas, de los miles de grupos, tinglados, ONGs y sujetos que han medrado a lo grande en estos años aciagos con las suculentas subvenciones otorgadas por el gobierno del PSOE a fin de que hicieran la loa del Estado.
                Desde antes incluso de la muerte de Franco la izquierda ha hegemonizado la vida política del país. Con el final del fascismo se hizo la fuerza política más influyente, en la que el capitalismo y el Estado se apoyaron para realizar sus fines en las nuevas condiciones. La infame Constitución actual, de 1978 (actualización de la no menos infame de 1812), proviene sobre todo de un pacto entre el Estado fascista reconvertido, representado por Adolfo Suarez, y el Partido Comunista de España (PCE), a las órdenes de Santiago Carrillo. De ese atroz texto político-jurídico han salido los males que nos devastan.
                El PCE, secundado por el PSOE y la extrema izquierda, frustró en 1974-1978 la posibilidad de una salida revolucionaria a la crisis general del régimen franquista que permitiera la regeneración de la sociedad tras 40 años de barbarie. Para ello otorgó un respaldo total al régimen de dictadura constitucional, partitocrática y parlamentarista como solución de recambio. Al mismo tiempo destruyó los movimientos populares, para crear una sociedad de la docilidad y el servilismo, de la atomización y el individualismo. Desgastado en tan rufianescos quehaceres sufrió una regresión como partido, siendo sustituido por el PSOE.
                El triunfo electoral del PSOE en 1982 abre un periodo de rápido crecimiento del capitalismo español, que es promovido a las mil maravillas por la política e ideología de la izquierda. La acumulación y concentración de capital progresó a un ritmo vertiginoso y de ello surgió la empresa multinacional española, que antes no existía. Ésta, la expresión más temible del capital, fue creada bajo la dirección de los gobiernos de la izquierda en los años 80 y 90 de la pasada centuria. Hoy su número rebasa las 2.500. Particularmente cordiales fueron, y son, las relaciones entre el PSOE y la gran banca.

mercredi 21 décembre 2011

LA FOIRE AUX ZOMBIES CONTINUE! Le zombie pour parler de consommation et de décroissance


Des observations récentes amènent à penser que l’Homme est en train de « se zombifier ». La question sérieuse posée à l’occasion de cette métaphore amusante est celle de la part réelle de conscience et d’analyse de l’information dans le contrôle de nos actes. Le recours à l’image du zombie peut alors permettre d’appréhender le comportement humain et la société sous un angle critique.
Voici une petite réflexion guidée par la mise la parallèle des documentaires « Simplicité volontaire et décroissance » de Jean-Claude Decourt et les films d’horreur de Georges Romero, à prendre avec légèreté… mais pas trop…

Ce zombie qui est (en) nous…
De nombreux hommes et femmes voient leur vie s’abîmer dans une société capitaliste irrationnelle, contradictoire et violente. Ils sont confrontés à un sentiment d’incontrôle et d’incompréhension que le psychologue Martin Seligman a étudié de manière expérimentale en 1974 et baptisé « learned helplessness » ou résignation acquise. Cet état de privation de contrôle, effective ou perçue, induit des déficits cognitifs (difficultés d’apprentissage), motivationnels (difficulté à émettre des réponses volontaires) et affectifs (augmentation des affects négatifs). Les individus font l’apprentissage d’une relation d’indépendance entre leurs actes et leurs résultats et sont plongés dans un état d’épuisement cognitif. Pour expliquer des situations complexes, ils se limitent alors à des informations immédiatement disponibles et ont davantage recours des solutions dites cognitivement moins coûteuses, des heuristiques de raisonnement, des croyances, des stéréotypes, etc., (François Ric) (1). L’état de « learned helplessness » rend l’individu passif et inapte au raisonnement complexe. Il est en quelque sorte « zombifié ».








Exemple de message simple au service d’une idéologie 
asséné à une population maintenue dans la passivité 

Une mise en parallèle du comportement du consommateur-travailleur et de celui du zombie
Ce qui caractérise principalement le zombie, c’est son absence de conscience, ou plus précisément d’expérience consciente. Le zombie n’est pourtant pas sans cerveau. Autrefois humain, le seul moyen de s’en débarrasser reste d’ailleurs celui de lui tirer une balle dans la tête. Mais l’organe est devenu incapable de diriger le comportement alors réduit à l’expression de simples actes pulsionnels non pensés. C’est cet aspect instinctif et non réfléchi du zombie, comme absent de lui-même, qui est utilisé métaphoriquement pour décrire l’humain moderne crée par la société de (sur)consommation. L’individu semble absorber passivement les messages. Noyé dans un flot d’informations complexes et désordonnées et assommé par un discours consumériste au service d’une croissance illimitée, il devient un consommateur-zombie dont le comportement consiste en une série de réflexes souvent irrationnels et conditionnés par la publicité.


Critique de la société de consommation 
dans Zombie.

« Qui sait si, lorsque nous contemplons la vache, nous ne sommes pas en train de contempler l’homme du futur ? » (Vilèm Flusser) (2). Le zombie de George Romero, c’est aussi la vache de Vilèm Flusser. Un Homme passif, programmé et dont les performances sont « améliorées » pour être mises au service de l’industrie dans une société hyper-technicisée et automatisée. « Les technologies sont faites pour nous séparer de notre action, nous déresponsabiliser, nous rendre inutile, c’est mortifère. » (Alain Gras, sociologue et écrivain) (6). Le zombie, c’est donc également le travailleur robotisé de METROPOLIS. Un travailleur fantasmé par une société productiviste qui rêve de disposer, voire de fabriquer, des unités de travail interchangeables, programmables, flexibles et jetables, de simples « variables d’ajustement ».

mardi 6 décembre 2011

L'insurrection qui vient est déjà là


Puisque la situation en Grèce n'est pas suivi par "les journalistes" (territoire irradié comme en Islande...), c'est "le Grec", Dimitri, un gars, qui en parle le mieux.
La boule est lancée, les jeux sont ouverts.
Qui va ramasser la mise? Ou on casse le jeu avant qu'il ne nous casse.

samedi 3 décembre 2011

De quoi le zombie est-il le nom ?

On avait choisi le zombie pour illustrer une conscience en transition entre deux paradigmes. A l'image d'une époque en décomposition, l'archétype du zombie illustre symboliquement le phénomène. Mais il n'illustre pas encore la matérialité des faits: un zombie, ça bouffe. Et ça bouffe en particulier ceux qui sont responsables de son état, les mangeurs de futur, les TINA (There Is No Alternative).
John NADA
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lepoint.fr
La pancarte est glissée au milieu de la foule putréfiée et gémissante qui boitille dans les rues ensoleillées de Mexico. "J'ai été à la Chambre des députés, je n'ai pas trouvé de cerveaux." Le 26 novembre, avec 10 000 participants, la capitale mexicaine battait le record mondial des "zombie walks", ces marches de morts-vivants grimés à la perfection qui, depuis une dizaine d'années, s'organisent sur les cinq continents avec un succès croissant. 



 En même temps que la rue, le zombie a gagné la littérature, le cinéma, la télévision. La série Walking Dead a ainsi battu des records d'audience ; le Guide de survie en territoire zombie de Max Brooks s'est écoulé à plus d'un million d'exemplaires et sa World War Z vient d'être adaptée au cinéma, avec Brad Pitt en star des survivants. Hors genre, La route de Cormac McCarthy, plus difficile, mais à peine moins populaire, suivait en 2005 la marche sans fin d'un père et de son fils dans un monde post-apocalyptique, peuplé de rares survivants acculés au cannibalisme.

 

Risques

Pas de cerveau à dégoter à l'Assemblée mexicaine ? Au-delà de la plaisanterie, l'avertissement donne du grain à moudre aux observateurs, pour qui le "mouvement zombie" a résolument quitté le club des geeks et autres fans de George Romero pour devenir contestataire et politique. En octobre, un cortège de morts-vivants rejoignait ainsi les Indignés de Wall Street ; quelques mois plus tôt, en juin, les étudiants du Chili manifestaient contre leurs conditions d'éducation en habits de déterrés.
"Le zombie est d'abord un symbole de l'anarchie, qui menace de bouleverser l'ordre établi", estime Anne Billson, critique de cinéma au Guardian et experte du genre, pour qui le mort-vivant peut par ailleurs "figurer toute section de la société, qui, pour des raisons sociales ou politiques, peut être dépersonnalisée". Les morts-vivants représenteraient, tour à tour et au choix, les pauvres, les réfugiés, les hooligans ou les traders. D'autres vont plus loin, et n'hésitent pas à voir dans la goule le symbole d'un prolétariat dont les classes dirigeantes auraient absorbé la substance vitale. Là où le vampire exhibe son aristocratique pâleur et plante ses crocs raffinés dans le cou des jeunes filles de bonne famille, les morts-vivants sont, quelle qu'ait été leur existence, ramenés à une condition commune et traînent tout uniment un corps mort et un cerveau infecté.
La comparaison marxisante ne tient cependant qu'à moitié, estime Vincent Paris, professeur de sociologie au Cégep de Saint-Laurent, au Québec : "Le prolétaire revendique, il est en mouvement, il est chargé d'espérances ; le zombie est un mort qui erre, et qui ne veut rien d'autre que de la chair humaine... N'ayant pas de conscience, il ne peut par définition être aliéné." Le phénomène est dès lors moins politique que social et doit, estime le chercheur, être remarqué d'abord en vertu de sa dimension "inclusive", "intégratrice" : les marches mêlent aujourd'hui tous les âges et tous les milieux sociaux. Par ailleurs, analyse Vincent Paris, les "zombie walks" mettent en scène la thématique du "risque", qui, du sida à la grippe A en passant par le nucléaire, hante nos sociétés et pèse également sur tous leurs membres.

samedi 29 octobre 2011

ILS MARCHENT SUR LA TÊTE

Demander leur aide aux pays émergents, Chine en tête, est un symbole fort des nouveaux rapports de force mondiaux. En procédant ainsi, les dirigeants européens viennent de mettre en évidence qu’ils n’ont pas les moyens de refinancer l’endettement de l’Europe, puisque c’est la stratégie qu’ils poursuivent envers et contre tout.
Quand certains d’entre eux récusent cette voie, c’est pour se réfugier dans une autre fuite en avant, en préconisant que la BCE éponge la dette en créant de la monnaie, afin que tout puisse repartir comme si de rien n’était, à des aménagements mineurs près.
Or, la planète n’a pas changé d’axe, mais le monde si ! Les pays de l’OCDE doivent céder le pas devant de nouvelles puissances économiques, qui disposent des moyens financiers allant de pair. Cette nouvelle donne est issue du processus de mondialisation, qui a redistribué les cartes, dont on n’a vu que les délocalisations, puis l’invasion de produits venus d’ailleurs. Le monde pivote pour de bon et il faut désormais résoudre une nouvelle équation.
Epuisé pour avoir été trop exploité, le vieux monde cède maintenant le pas devant un nouveau monde qui s’impose irrésistiblement. Pour le système financier, c’est un nouvel eldorado en puissance, où il va pouvoir reproduire les recettes qui ont fait sa fortune après avoir entraîné la désolation sur ses anciens terrains de jeu. D’Occident, cet inacceptable renversement de situation pourrait apparaître comme le match retour d’une exploitation coloniale qui a fait la fortune de ceux qui en ont été les maîtres, si cet épisode n’était pas oublié.
La tentation du déni est grande, comme toujours lorsque la peur est grande. Ainsi que celle du repli, qui l’accompagne. Accompagnée de fortes réactions de rejet, telles qu’on les observe en Allemagne par rapport aux Grecs. Elle évite de se confronter à la seule problématique qui vaille, celle d’une autre mondialisation ayant pour objectif de mieux répartir la richesse, à la fois sur la planète et au sein des sociétés qui l’habitent. Les deux échelles vont en effet de pair, imposant si l’on prétend régler l’une de s’attaquer à l’autre ; de définir de nouveaux modèles de développement globaux, intégrant tout à la fois les besoins économiques, sociaux et environnementaux.
Une telle démarche est constitutive du nouveau paradigme qui progressivement se dessine. Mais il n’est pas surprenant, étant donné les mises à plat et remises en cause qu’elle implique, que les héritiers de la social-démocratie historique ne la partagent pas, puisqu’il ne s’agirait plus de mieux gérer un système mais de le transformer. Ils négligent l’étroitesse de leur marge de manœuvre, singulièrement réduite en situation de crise durable, font abusivement confiance à leurs capacités de gestionnaires, et préparent la désillusion.
La période où des pays pouvaient symboliser un avenir radieux est révolue : il n’y a plus de patrie d’un socialisme qui n’a pas rempli ses promesses tandis que les Etats-Unis connaissent le déclin, le miracle américain ne faisant plus recette. L’Union européenne a pu un temps cristalliser des aspirations, mais elle n’en est plus capable dans ses soubresauts actuels. S’impose progressivement, comme un repoussoir, l’image d’un pouvoir oligarchique, transnational, qui non seulement dispose des leviers de commande mais est désormais assis sur la colossale finance grise du shadow banking. Sommaire, cette vision est aussi désarmante, car comment lutter contre l’insaisissable ?
La première réponse est qu’il faut connaître ce système davantage afin de mieux le décrypter. La seconde est qu’il faut lui opposer une alternative qui est en premier lieu programmatique. Puisqu’un grand saut doit être effectué, le système étant en train d’imploser sous nos yeux, sur quels principes fondateurs peut reposer une alternative ? A quelles aspirations doit-il être répondu et comment ? L’exercice réclame de sortir des sentiers battus et de ne pas s’enfermer dans un réalisme qui se trouve dans l’impasse et procède du manque d’ouverture d’esprit quand ce n’est pas de l’imposture. 
 source : Paul JORION

Mais au contraire d’affronter le vent du large.
La crise a ceci de positif qu’elle met à nu des mécanismes qui étaient ignorés, qu’elle dévoile une réalité auparavant dissimulée. Dans quelque domaine que l’on étudie un peu, y compris les plus vitaux comme ceux de l’alimentation et de la santé, on observe et comprend que les objectifs poursuivis répondent souvent à des critères qui nous sont pour le coup étrangers. Quant à l’activité financière, qui domine toutes les autres, elle apparaît désormais pour ce qu’elle est : fondamentalement parasitaire.
Dans tous ces domaines, et dans d’autres encore, des analyses et des réflexions sont en cours, des expériences sont tentées, de nouvelles pratiques sociales se dessinent. Aujourd’hui, le choix est de savoir de quel côté on se situe : de ce côté-ci ou de celui de ceux qui ont comme horizon borné de redémarrer la machine à décerveler, en limitant si possible ce que l’on appelle le coût social, celui-là même qui devrait plus que tout autre être considéré.

L’humeur des temps et le regard détourné du zombie

source: dedefensa

Le désordre du monde, la bassesse historiquement unique de nos directions politiques, les politiques qui s’ensuivent mélangeant fort logiquement désordre et bassesse pour aboutir à des incohérences ahuries et sanglantes, tout cela nous engage toujours davantage à ne pas tenter d’évaluer la vérité du monde à l’aune de ces références qui furent les guides de nos pensées évaluatrices pendant des décennies et même deux bons siècles. Le domaine psychologique et ses rapports avec les courants métahistoriques, par conséquent ces phénomènes, insaisissables par l’excellence scientifique, des déplacements de pressions, d’angoisses et d’élans inconscients, – ce que nous nommons pour ce F&C “l’humeur des temps”, – nous paraît un domaine d’exploration bien plus fécond ; cela, en espérant être aidé dans cette exploration par le don épisodique que nous ferait l’intuition haute de se manifester par ses fulgurances. Par conséquent encore, et cela est tout simplement fondamental, cette exploration va se réaliser surtout, sinon exclusivement, par rapport au système de la communication, dont l’action s’exerce sur la psychologie et le comportement ; dans cette description, on comprend en effet que la communication est le domaine aujourd’hui essentiel, sinon exclusif de la puissance, et que toutes les décisions (politique, stratégiques, sociales, etc. ?) sont, au moins, très fortement influencées par lui, sinon complètement dépendantes de lui.
C’est dans ce domaine que nous allons explorer les effets et les conséquences, essentiellement sur les psychologies, les jugements jaillissants, les comportements révélateurs et pas nécessairement conscients, de ce phénomène qui nous paraît de plus en plus remarquable par sa complète nouveauté du mouvement “OWS et le reste”. Nous avons déjà eu diverses indications éparses de ces comportements, ces psychologies, aboutissant à des situations très inhabituelles. (Voir, pour les exemples les plus récents, dans notre rubrique Bloc-Notes, le 26 octobre 2011, et dans notre rubrique Ouverture libre, le même 26 octobre 2011.) On citera ci-dessous trois (ou quatre) exemples de personnalités, nécessairement plutôt du camp des “dissidents” mais y tenant une place d’audience nationale aux USA, s’exprimant sur la signification d’“OWS et le reste” dans des termes qui mesurent la puissance formidable des effets que ce mouvement a suscitée.
• On extrait d’un débat entre le professeur de Harvard, activiste africain-américain anciennement proche d’Obama, Cornell West, et le cinéaste documentaire Michael Moore, sur Democracy Now ! le 24 octobre 2011, ces déclarations du premier (West).
«… And to just be in the same room with Michael Moore, in the same country, on the same planet, is inspiring to me. The brother’s brilliance and his deep love for people just is quite—it’s just—it’s a national, international treasure. And that’s very important, because we’re right in the middle of a movement, and to see that kind of quality of sacrifice and service is a beautiful thing. It’s a sublime thing, very much so.
»But now, what we’re trying to do is connect what’s going on on Wall Street with what’s going on in Harlem, because if in fact we continue to have this kind of magnificent movement here and around the world, we want to be able to connect the corporate greed not just on Wall Street, but in the military-industrial complex, the prison-industrial complex, and the corporate-media multiplex, so that we have an inclusive, systemic analysis, even as we’re willing to bear witness to the love for poor and working people.»
• Chris Hedges (de Truthdig.org notamment) et Amy Goodman (de Democracy Now !) ont débattu lors du talk-show “Charlie Rose”. Le résumé que donne Truthdig.org de l’entretien (il y a aussi l’accès au DVD de l’émission), le 25 octobre 2011, donne la mesure du niveau des réflexions que suscitent “OWS et le reste”. Il y est question d’une révolution en Amérique aussi bien que de la sauvegarde de l’espèce humaine…
«In their joint interview, Goodman doesn’t hesitate to accept Rose’s proposition that OWS could be called a new American revolution, telling the PBS host, “I think it’s happening as we speak” and noting the response from abroad, while Hedges calls the movement “a return to sanity” and a “confrontation with dead ideas.” Hedges cuts through the noise quickly in this clip, summing up the argument he’s been making for years in his column by stating, “I think these people are very very clear that we cannot sustain ourselves … not only as a society but even as a species, if we don’t confront the corporate state.”»
• Un article d’un des directeurs du site CounterPunch et de la fameuse Lettre d’Information éponyme, Jeffrey Saint-Clair, le 25 octobre 2011 : «Don't Protest, Resist, Occupy the System, – There is an anger running rampant across the country. Some on the right are calling it class warfare. People are enraged. Jobs are scarce, the rich continue to get richer while the poor continue to struggle to make ends meet. Indeed, it should be classified as economic warfare, Americans are sick and tired of being pushed around. It is time to shove back…»

City of the Living Dead

by , October 25, 2011(antiwar.com)
Anyone covering Capitol Hill knows that congressional hearings can be deadly — deadly boring and deadly predictable.
But when a reported Iraq war veteran exploded into a House Armed Services Committee hearing this month as Secretary of Defense Leon Panetta was reading his prepared remarks, for a split second it was like a test to see if someone blinked. Better yet, it was a test to see if anyone was human enough to respond.
One person reportedly burst out laughing, right after the veteran, who was screaming “We murdered people! I saw what we did to people!” was dragged from the room by security. But the rest of the chamber was silent, faces turned stoically forward. The vet was followed by two silver-haired antiwar women decrying the war. They were also manhandled out of the room in short order. Seven people altogether that day were arrested for interrupting the proceedings — one charging that the veteran had been laughed at — while a number of others outside in the hallway chanted, “We are the 99 percent, and we don’t support these wars!”
But like something out of a Kevin McCarthy movie, the chamber’s inhabitants impassively waited until the would-be rabble-rousers were silenced. Aside from the reported spark of laughter — probably born out of nervousness or condescension, or likely both — and a couple of stolen sideways glances, the business of war went on.

Veteran at Occupy D.C. (Credit: thisisbossi)
This is what the current “Occupy” protests are up against. This is what the antiwar protesters have battled since 2001 — a persistent indifference, which in some cases is very real but in other ways is merely used to mask more volatile feelings: disgust and fear of the protesters, confusion about what they stand for, even self-loathing and regret for the passion the indifferent no longer feel about anything outside of themselves.
The good news: According to Kevin Zeese, founder and executive director of Come Home America and organizer behind the October 2011/Stop the Machine demonstrations, which are running parallel to the Occupy D.C. protests in Washington this month, the antiwar movement has gotten more traction than any time in the last 10 years, particularly in Washington, the proverbial belly of the beast.
“There’s no question, when we started working on this [last year] we didn’t know if there would be 50 people out here or anyone joining with us,” he told Antiwar.com. Since Occupy Wall Street began in New York and then the launch of Occupy D.C. corresponded with Zeese’s group’s rally to commemorate the 10-year anniversary of the Afghanistan War on Oct. 6, “we’ve had several thousands of people out here. This is just the beginning.”
The message, Zeese said, is resonating with folks who might have come down to Freedom Plaza for Occupy D.C.’s anti-corporatist agenda but understand how it all fits into the stunning growth of the military-industrial complex over the last half-century. Nowhere is this more explicit than in Washington, D.C.
“The dominant message is economic insecurity, and it’s bringing people out, and people are recognizing that the unbridled spending on weapons and on war has a big impact on why we have this economic insecurity,” he added.

(Credit: thisisbossi)
On Oct. 8, the protesters in effect shut down the Smithsonian’s Air and Space Museum. They were rallying against the glorification of drones and warplanes in front of the building when a scuffle with police brought out the pepper spray on the front steps. A right-wing provocateur instigated the situation. More on that later.
But aside from the protests at the Smithsonian and the Armed Services Committee, Zeese said the group has been leading teach-ins on various aspects of war and peace, including the enduring drum beat for war by the city’s hawks against Iran. For obvious reasons, the antiwar theme (which at its core, is really about America’s unrestrained post-9/11 militarism) is much more prevalent in Washington than in New York and the many other cities that are hosting similar Occupy demonstrations. The question is whether Zeese and the others can sustain any sort of focus on it as Occupy becomes more of a political force on the mainstream’s radar.
All Types of Zombies
Everybody knows that zombies eat brains. George Romero set the scene in Night of the Living Dead, and Hollywood never looked back. Before that, zombies in movies typically involved reanimation and mind control through so-called African-Caribbean voodoo. In films like White Zombie and I Walked with a Zombie bad actors with the magic enslaved poor mindless fools to do their bidding.

mardi 25 octobre 2011

EL CANIBALISMO ES UNA IDEA NUEVA EN EUROPA

"¿Ya se volvió obsoleto el dinero?" de Anselm Jappe
 

Los medios y las instancias oficiales ya nos están preparando: muy pronto, va a desencadenarse una nueva crisis financiera mundial, y será peor que la de 2008. Se habla abiertamente de « catástrofes » y de « desastres ». Pero, ¿qué pasará después? ¿Cómo viviremos después del derrumbe a amplia escala de los bancos y las finanzas públicas? Argentina ya vivió esto en 2002. Posteriormente, pagando el precio de un empobrecimiento en masa, la economía argentina pudo recuperarse un tanto : pero, en este caso, se trataba de un solo país. Actualmente, todas las finanzas europeas y norteamericanas se encuentran a punto de hundirse juntas, sin salvador posible.

mercredi 12 octobre 2011

J'ai regardé la télé...

Il va bien falloir que le mouvement d’indignation se propage à la France. J'ai abandonné le débat de la primaire socialiste, écœuré par l’incompétence de Martine Aubry (il paraît que le Glass-Steagall act aurait été réinstauré aux USA) et la soumission de François Hollande aux marchés financiers : après avoir promis l’austérité à 9h57, il a expliqué que les banques allaient payer dans le cas du défaut partiel de la Grèce, en ayant pris soin de signaler au préalable qu’elles seraient recapitalisées par les états (et donc les contribuables) en raison de ce même défaut ! Il faut quand même le faire…

lundi 26 septembre 2011

DE L'EFFONDREMENT, SUITE (DRAC)

[Voici le texte écrit de la conférence prononcée par Michel Drac sur Teamspeak le 18 septembre 2011. Le texte oral peut différer légèrement, pour des raisons de forme.]


Un rapide tour d’horizon, pour ouvrir le débat. Aucune technique financière : nous allons résumer la situation sans entrer dans les détails. On pourra le faire dans les questions, si vous le souhaitez.
La crise actuelle n’est pas une simple crise d’ajustement. Ce n’est pas une crise comme celle de la fin des années 50, comme celle des années 70, comme celle de 1993. Selon les points de vue, on peut la regarder comme un effondrement civilisationnel, un coup d’Etat ou une crise du sens.
Effondrement civilisationnel, j’ai presque envie de dire religieux, parce que ce qui implose, c’est une religion, une religion qui servait de soubassement à une civilisation : la religion du Progrès. Cette religion annonçait que l’humanité fabriquerait elle-même le Millenium, le millénaire d’or, par la technoscience et le développement quantitatif indéfini.
Coup d’Etat, parce que les « élites » de cette civilisation défunte vont tenter de sauver leur rêve, jadis fait pour toute l’humanité, en le restreignant en gros à elles seules, et, disons, à une minorité qui leur sera associée – ceux qu’un Jacques Attali appelle les hypernomades.
Crise du sens, enfin, si l’on remonte aux interprétations les plus hautes, parce que derrière la religion du Progrès, ce qu’il y avait, c’était une certaine façon de concevoir l’élaboration du sens dans le cerveau global des grands systèmes fédérateurs – une élaboration du sens par la quantité.

LA VEROLE

Il est des cartes qui ressemblent parfois à des radiographies : celle qu’a publié avant-hier Libération sur les collectivités locales concernées par les crédits dits « pourris » ressemble à s’y méprendre à la cartographie d’une gangrène en phase évolutive. Le corps, qu’il soit social ou physique, doit parfois pouvoir regarder sa pathologie en face. Et celle que l’on nous présente, sous forme de petits ronds d’intensité variable, relève d’une maladie que l’on croyait éradiquée ou à tout le moins dont nous étions sauvegardés des méfaits, un peu comme la tuberculose, des maladies liées à ce que d’aucuns dénommeraient des contingences externes ou même individuelles mais qui sont de fait constitutives de notre système de vie actuel : la rapacité.
En fait, on pourrait plutôt qualifier cette maladie de « vérole », tant les stigmates et le mode de propagation y ressemblent à s’y méprendre.

dimanche 11 septembre 2011

EN ATTENDANT L'ATERRISSAGE

L’interview de Jean-Luc Gréau dans le dernier numéro de Causeur (n°39, septembre 2011):
« L’éclatement de l’euro est l’issue la plus probable. Ni la Banque centrale de Francfort, ni le gouvernement allemand ne sont préparés à un changement « copernicien » de la politique monétaire et du système bancaire. Il est clair que les dirigeants allemands attendent l’échéance électorale de septembre 2012 pour faire le ménage en Europe et séparer la « bonne » Europe du Nord de la « mauvaise » Europe du Sud. Mais je crois que leur calcul sera déjoué par les évènements. L’affaiblissement de la conjoncture ne fait plus de doute pour les économistes de tous bords. La répercussion sur les comptes publics et les crédits des Etats et des banques n’attendra pas les échéances électorales française et allemande de 2012. La baisse de l’euro qui s’ensuivra sur le marché des changes fera réagir l’Allemagne qui demandera que certains pays sortent de l’euro pour protéger la valeur internationale de la devise européenne. Même si on ne peut pas écrire précisément le scénario de la crise à venir, ses grandes lignes se dessinent. »
(Gréau, « La règle d’or est une digue de papier », Causeur, p.23).