LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.


C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.



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mercredi 21 décembre 2011

LA FOIRE AUX ZOMBIES CONTINUE! Le zombie pour parler de consommation et de décroissance


Des observations récentes amènent à penser que l’Homme est en train de « se zombifier ». La question sérieuse posée à l’occasion de cette métaphore amusante est celle de la part réelle de conscience et d’analyse de l’information dans le contrôle de nos actes. Le recours à l’image du zombie peut alors permettre d’appréhender le comportement humain et la société sous un angle critique.
Voici une petite réflexion guidée par la mise la parallèle des documentaires « Simplicité volontaire et décroissance » de Jean-Claude Decourt et les films d’horreur de Georges Romero, à prendre avec légèreté… mais pas trop…

Ce zombie qui est (en) nous…
De nombreux hommes et femmes voient leur vie s’abîmer dans une société capitaliste irrationnelle, contradictoire et violente. Ils sont confrontés à un sentiment d’incontrôle et d’incompréhension que le psychologue Martin Seligman a étudié de manière expérimentale en 1974 et baptisé « learned helplessness » ou résignation acquise. Cet état de privation de contrôle, effective ou perçue, induit des déficits cognitifs (difficultés d’apprentissage), motivationnels (difficulté à émettre des réponses volontaires) et affectifs (augmentation des affects négatifs). Les individus font l’apprentissage d’une relation d’indépendance entre leurs actes et leurs résultats et sont plongés dans un état d’épuisement cognitif. Pour expliquer des situations complexes, ils se limitent alors à des informations immédiatement disponibles et ont davantage recours des solutions dites cognitivement moins coûteuses, des heuristiques de raisonnement, des croyances, des stéréotypes, etc., (François Ric) (1). L’état de « learned helplessness » rend l’individu passif et inapte au raisonnement complexe. Il est en quelque sorte « zombifié ».








Exemple de message simple au service d’une idéologie 
asséné à une population maintenue dans la passivité 

Une mise en parallèle du comportement du consommateur-travailleur et de celui du zombie
Ce qui caractérise principalement le zombie, c’est son absence de conscience, ou plus précisément d’expérience consciente. Le zombie n’est pourtant pas sans cerveau. Autrefois humain, le seul moyen de s’en débarrasser reste d’ailleurs celui de lui tirer une balle dans la tête. Mais l’organe est devenu incapable de diriger le comportement alors réduit à l’expression de simples actes pulsionnels non pensés. C’est cet aspect instinctif et non réfléchi du zombie, comme absent de lui-même, qui est utilisé métaphoriquement pour décrire l’humain moderne crée par la société de (sur)consommation. L’individu semble absorber passivement les messages. Noyé dans un flot d’informations complexes et désordonnées et assommé par un discours consumériste au service d’une croissance illimitée, il devient un consommateur-zombie dont le comportement consiste en une série de réflexes souvent irrationnels et conditionnés par la publicité.


Critique de la société de consommation 
dans Zombie.

« Qui sait si, lorsque nous contemplons la vache, nous ne sommes pas en train de contempler l’homme du futur ? » (Vilèm Flusser) (2). Le zombie de George Romero, c’est aussi la vache de Vilèm Flusser. Un Homme passif, programmé et dont les performances sont « améliorées » pour être mises au service de l’industrie dans une société hyper-technicisée et automatisée. « Les technologies sont faites pour nous séparer de notre action, nous déresponsabiliser, nous rendre inutile, c’est mortifère. » (Alain Gras, sociologue et écrivain) (6). Le zombie, c’est donc également le travailleur robotisé de METROPOLIS. Un travailleur fantasmé par une société productiviste qui rêve de disposer, voire de fabriquer, des unités de travail interchangeables, programmables, flexibles et jetables, de simples « variables d’ajustement ».

mardi 1 novembre 2011

L'économiste Frédéric Lordon soutient l'occupation de la Défense


Frédéric Lordon (1962) est économiste, directeur de recherches au CNRS, et membre du collectif Les Economistes Atterrés. http://economistes-atterres.blogspot.com/2010/09/manifeste-des-economistes-atterres.html Sa vision globale et hétérodoxe de l’économie et de la société est basée sur des principe de philosophie spinoziste,la rigueur scientifique et l’engagement moral. Figure incontournable du débat économique français, il s’inscrit en faux contre la doxa de la pensée unique. Il est l’auteur d’une douzaine de monographies, qui se saisissent d’un vaste éventail de thèmes dont ceux des crises économiques, de la psychologie du capitalisme, du principe souveraineté. Il tient son blog sur le site du Monde Diplomatique « La Pompe à Phynance ». http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance- La totalité de ses articles sont disponibles sur son site. http://www.fredericlordon.fr. et de nombreuses conférences sur dailymotion. http://www.dailymotion.com/relevance/search/fr%C3%A9d%C3%A9ric+lordon/1#hp-h-9

dimanche 30 octobre 2011

I'm here to chew bubblegum...


Qui aurait pu prévoir le mouvement Occupy wall street et sa propagation au sein de petites et grandes villes à la manière de fleurs sauvages ?
John Carpenter, aurait pu et il l’a fait.

Il y a presque un quart de siècle le maitre de la terreur des soirs de drague (Halloween, The Thing), écrit et réalisa They Live (film dans son intégralité), un film qui décrivait l’ère Reagan comme une cataclysmique invasion alien. Dans l’une des fabuleuses scènes séminales du film, un bidonville du tiers monde se reflète, le long de l’autoroute, sur les sinistres gratte-ciels entrepreneuriaux aux façades de miroirs du quartier de Bunker Hill.

They live demeure le chef d’œuvre de subversion de Carpenter. Peu de ceux qui l’ont vu peuvent avoir oublié sa description de banquiers milliardaires, de médiacrates malfaisants et de leur pouvoir glacé et zombiesque sur une classe populaire américaine pulvérisée, vivant dans des tentes plantées à flanc de coteaux caillouteux et mendiant des emplois. C’est à partir de cette situation d’égalité négative face au désespoir et à l’absence de toit, et grâce aux lunettes noires magiques trouvées par l’énigmatique Nada (interprété par « Rowdy » Roddy Piper), que le prolétariat finit par construire une unité interraciale, et par décrypter les mensonges subliminaux du capitalisme and se mettre en colère.
Très en colère.

Oui je sais, je vais un peu vite. Le mouvement « Occupy the world » cherche encore ses lunettes magiques (programmes, revendications, stratégies etc.) et sa colère s’exprime encore à un degré gandhien. Mais, comme le montre la vision de Carpenter, expulsez assez d’américains de leurs maisons et licenciez-en un nombre suffisant (ou du moins tourmentez des dizaines de millions d’entre-eux avec cette possibilité) et quelque chose de nouveau et d’important va commencer à se trainer vers Goldman et Sachs. Et contrairement au mouvement « Tea Party », ce quelque chose n’est, jusqu’ici, pas doté de fils de marionnette.

En 1965, alors que j’avais juste 18 ans et que j’étais élu national du SDS, j’ai organisé un sit-in à la Chase Manhattan Bank, après le massacre de manifestants pacifiques, pour attirer l’attention sur son rôle de financeur clef de l’Afrique du Sud en tant que « partenaires de l’apartheid ». C’était la première manifestation de cette génération à Wall Street, et 41 personnes furent embarquées par la police de New-York.

L’un des éléments les plus importants du soulèvement actuel est le simple fait qu’il s’agit d’une occupation de rue et que le mouvement a créé un lien d’identification existentiel avec les sans-abris (bien que, franchement ma génération, formée par le mouvement des civils rights, aurait d’abord pensé à occuper l’intérieur des bâtiments et attendu que la police les mette à la porte ; aujourd’hui les flics préfèrent les bombes lacrymo et les « techniques de contrainte par la douleur »). Je pense qu’envahir les gratte-ciel est une formidable idée mais pour une étape ultérieure de la lutte. Le génie d’ “occupy wall-street », pour le moment, est que le mouvement a libéré certains des mètres carrés de terrain les plus chers au monde et qu’il transformé une place privatisée en un espace public magnétique, catalyseur de protestation.

Notre sit-in d’il y a 46 ans était un raid de guérilla ; la présente opération est le siège de Wall Street par les Lilliputiens. C’est également le triomphe du principe supposément archaïque du face à face, de l’organisation dialogique. Les médias sociaux sont importants mais pas omnipotents. L’auto-organisation militante – soit la cristallisation à partir de discussions libres—prospère encore dans les espaces publics urbains contemporains. Autrement dit, la plupart de nos discours sur internet prêchent des convaincus ; même des méga-sites comme MoveOn.org sont branchés sur le réseau des déjà convertis à la cause ou tout du moins sur celui de leur base démographique.

De la même manière, ces occupations sont des paratonnerres qui attirent avant tout les Démocrates radicaux exclus et méprisés, mais il apparait qu’ils brisent également les barrières générationnelles, offrant le terrain commun nécessaire au dialogue et à l’échange d’analyse entre, par exemple, des enseignants quarantenaires menacés professionnellement et de jeunes étudiants de troisième cycle précarisés.

Plus fondamentalement, les camps sont devenus des lieux symboliques propices à la réparation des divisions internes qui déchirent la coalition du new deal née dans les années Nixon. Ainsi que l’analysait Jon Wiener sur son blog accueilli sur www.TheNation.com, un blog dont l’intelligence ne se dément jamais : “les ouvriers et les hippies — ensemble, enfin.”

Effectivement. Qui ne serait ému de voir Richard Trumka, le président du AFL-CIO, qui avait fait venir les mineurs de son syndicat à Wall-street en 1989 au moment de leur grève amère mais finalement victorieuse contre la Pittson Coal company, demander aux costauds, hommes comme femmes, de son organisation de « venir protéger » le Parc Zucotti contre une attaque imminente de la police de New-York ?

Il est vrai que les vieux militants de gauche radicale dans mon genre sont prompts à reconnaitre dans chaque nouveau-né le messie ; mais cet enfant, « occupy wall-street », nait coiffé. Je pense que nous sommes témoins de la renaissance de ces qualités morales qui ont défini de manière si caractéristique les immigrants et les grévistes de la grande dépression, la génération de mes parents : je parle d’une solidarité et une compassion spontanées et larges fondées sur une éthique dangereusement égalitaire. Une éthique qui dicte de s’arrêter pour prendre en voiture une famille qui fait du stop. De ne jamais briser une grève même lorsque le loyer est en souffrance. De partager sa dernière cigarette avec un étranger. De voler du lait quand vos enfants en manquait et d’en donner la moitié aux petits d’à coté— ce que ma propre mère a fait de manière répétée en 1936. Une éthique qui dicte d’écouter attentivement les gens profondément silencieux qui ont tout perdu sauf leur dignité. De cultiver la générosité du « nous ».

Ce que je veux dire, je crois, est que je suis extrêmement impressionné par les gens qui se sont joints aux occupations pour les défendre malgré les importantes différences d’âge, de classe sociale et de race. Mais pareillement, je suis en adoration devant les gosses courageux qui sont prêts à faire face à l’hiver et à rester dans les rues glacées comme leurs frères et sœurs sans-abris. Retour à la stratégie cependant : quel est le prochain maillon de la chaine (au sens que donnait Lénine à cette expression) qu’il faut attraper ? Dans quelle mesure est-il impératif que les fleurs sauvages tiennent une réunion unitaire, adoptent des revendications programmatiques, et conséquemment se mettent sur le terrain des enchères politiques pour les élections de 2012 ? Obama et les Démocrates vont avoir désespérément besoin de leur énergie et de leur authenticité. Mais il est peu probable que les occupants offrent leur extraordinaire processus d’organisation autonome à la vente.
Personnellement, je penche du coté de la position d’ultra-gauche et de ses impératifs évidents.
Tout d’abord : rendre visible la douleur des 99% ; faire le procès de Wall Street. Faire venir Harrisburg, Loredo, Riverside, Camden, Flint, Gallup, et Holly Springs au centre-ville de New-York. Organiser une confrontation entre les prédateurs et leurs victimes — un procès national du meurtre de masse économique.

Deuxièmement continuer à démocratiser et occuper de manière productive l’espace public (voir l’initiative « reclaim the commons »). Le militant de la première heure originaire du Bronx Mark Naison a proposé un plan audacieux pour transformer les espaces abandonné et en ruines de New-York en espaces de ressources (jardins, campements, espaces de jeu) pour les sans-toits et les sans-emplois. Les manifestants d’Occupy de tout le pays savent désormais ce que c’est que d’être sans-abri et sous le coup d’une interdiction de dormir dans les parcs ou sous une tente. Autant de raisons de briser les verrous et de réduire les barrières qui séparent l’espace inusité des besoins humains urgents.

Troisièmement, rester concentrés sur le véritable objectif. La question essentielle n’est pas une augmentation de l’imposition des riches ou celle d’une meilleure régulation du système bancaire. C’est celle de la démocratie économique : le droit des gens ordinaires de prendre de macro-décisions sur les investissements sociaux, les taux d’intérêts, les transferts de capitaux, la création d’emploi, et le réchauffement climatique. Si le débat ne porte pas sur le pouvoir économique, il est hors de propos.

Quatrièmement, le mouvement doit survivre à l’hiver pour combattre le pouvoir au printemps prochain. Il fait froid dans la rue en janvier. Bloomberg et tous les autres maires et responsables locaux comptent sur un hiver difficile pour défaire les manifestations. Il est donc important de renforcer les manifestations durant les longues vacances de noël. Enfilez vos parkas.

Enfin, nous devons nous calmer— le tour que peuvent prendre les manifestations actuelles est totalement imprévisible. Mais lorsque l’on construit des paratonnerres, il ne faut pas s’étonner si l’électricité finit par sauter.

Des banquiers, récemment interviewés dans le New York Times, prétendent que les manifestations d’Occupy ne sont guère plus qu’une nuisance produite par une analyse simpliste de la Finance. Ils devraient être plus prudents. En effet, ils devraient probablement trembler devant l’image de la charrette des condamnés. Depuis 1987, les africains-américains ont perdu plus de la moitié de leurs patrimoine ; la perte patrimoniale des latinos s’élève à l’incroyable taux de 75%. Depuis 2000, les Etats-Unis ont perdu 5,5 millions d’emplois dans l’industrie, ont vu 42 000 usines fermer et, depuis cette date, toute une génération de diplômés de l’enseignement supérieur est touchée par le plus haut pourcentage de déclassement de l’histoire des Etats-Unis. Brisez le rêve américain et le people vont vous le faire sérieusement payer. Comme l’explique Nada à ses imprudents assaillants dans le formidable film de Carpenter : “Je suis venu ici pour mâcher du chewing-gum et casser des gueules… et je suis à court de chewing-gum. »


Traduit de l’anglais par Samira Ouardi - revue Mouvements.
Le texte a été initialement publié sur le site de la Los Angeles Review of Books :
http://lareviewofbooks.org/post/117...

mardi 18 octobre 2011

Le retour des classes populaires ?...

Le quotidien Le Monde a publié un point de vue du sociologue Christophe Guilluy, qui a récemment publié un essai intitulé Fractures françaises (Bourin, 2010), consacré au retour dans le paysage français des classes populaires.


travailleurs français.jpg

Les classes populaires sont de retour en France

En quelques décennies le Front national est devenu le porte-voix d'une part croissante des catégories populaires. Cette évolution n'est pas la résurgence d'un populisme ancien ou la conséquence d'une droitisation de l'opinion, mais il s'agit d'un processus contemporain lié à une recomposition sociologique et politique sans précédent. Le retour des classes populaires est ainsi corrélé à l'implosion de la classe moyenne tandis que la dynamique frontiste est d'abord le fruit de la fin de la bipolarisation.
L'éclatement de la classe moyenne a libéré un nouveau "champ sociologique" qui rend de nouveau visibles les catégories populaires. Le surgissement dans le débat public de catégories, hier oubliées au profit des classes moyennes, est un indicateur essentiel de la nouvelle donne sociale.
Si les classes moyennes avaient accompagné hier la "moyennisation" de la société française pendant la période des "trente glorieuses", plusieurs décennies de précarisation et de déclassement social favorisent aujourd'hui l'émergence de nouvelles catégories populaires. C'est dans ce contexte qu'il faut analyser la résurgence politique et culturelle des milieux populaires. Désormais, ce sont ces catégories qui reflètent avec le plus d'acuité la réalité sociale du pays. Majoritaires dans la population active, les catégories ouvriers-employés représentent aussi une majorité des retraités. Elles recouvrent ainsi un très large spectre de la sociologie française.
Si ces nouvelles catégories populaires ne se pensent pas comme une nouvelle "classe sociale", elles subissent néanmoins les effets négatifs de la mondialisation. Ainsi, l'essentiel des chômeurs, travailleurs pauvres et/ou à temps partiel sont issus de ces milieux. Cette insécurité sociale se double d'une nouvelle insécurité culturelle liée à l'émergence d'une société multiculturelle.
Cette double insécurité explique que des catégories populaires très diverses, et hier parfois opposées, se retrouvent dans une même perception de la réalité sociale. L'employé du lotissement pavillonnaire, l'ouvrier rural, le chômeur du bassin minier ou le petit paysan peuvent ainsi partager une même critique des choix économiques et politiques des classes dirigeantes depuis vingt ans. Tous subissent aussi les mêmes logiques foncières et l'éloignement des marchés de l'emploi les plus actifs, ceux des métropoles.
Ces nouvelles classes populaires sont-elles de droite ? Après la disparition du "peuple de gauche" au XXe siècle, assiste-t-on à l'émergence d'un nouveau "peuple de droite" ? Rien n'est moins sûr. L'analyse par la "droitisation" occulte une donnée essentielle : la fin de la bipolarisation.
Désormais persuadée de la vacuité du débat droite-gauche, une majorité de Français ne font plus confiance aux grands partis. En 2010, un sondage Sofres/Cevipof estimait à 67 % le nombre de français qui ne faisaient plus confiance ni à la gauche ni à la droite ; une minorité d'entre eux arrivait encore à se situer sur l'échelle gauche-droite. Ce "ni gauche ni droite", particulièrement fort en milieu populaire, n'exprime pas une vague "protestation" ni la résurgence d'un populisme ancien mais résulte d'une réalité sociale et culturelle pour partie occultée par les grands partis.
Pire, les responsables politiques continuent à vanter les mérites d'une mondialisation heureuse, alors même que les catégories populaires subissent une précarisation objective de leurs conditions de vie. C'est dans ce contexte que l'inanité de la bipolarisation ouvre un nouveau "champ politique" au FN.
Mais ce n'est peut-être pas le plus important. Si le FN bénéficie de la fin de la bipolarisation et de la résurgence des catégories populaires, il ne capte qu'une part minoritaire de cette majorité de Français qui ne se reconnaît plus ni à gauche ni à droite. Il existe aujourd'hui un espace considérable pour qui souhaiterait répondre à la demande de protection des classes populaires.
Dès lors, plutôt que de se faire peur avec la montée du "populisme" ou la droitisation des opinions, il convient de prendre acte d'une bonne nouvelle, celle du retour des classes populaires dans le champ politique. Un retour qui impliquera mécaniquement une recomposition politique qu'une majorité de Français attend.
Christophe Guilluy (Le Monde, 25 mai 2011)

jeudi 13 octobre 2011

Piqûre de rappel

Le fonctionnement de Facebook, Google, est une preuve par le fait du fonctionnement réel de nos pseudos-démocraties, véritables totalitarismes gestionnaires.
Tan que ça rapporte tu peux dire et faire n'importe quoi, même des choses intéressantes, dans la mesure où l'usage de ces services (fournis gratuitement), est accolé à un flux de publicités qui génère des profits. 

Il va de soi que si cela n'était pas le cas, ces service n'auraient  aucune raison d'exister, c'est donc le principe du profit qui secrète une certaine tolérance dans l'usage de ces services. Cette tolérance ne vient pas de surcroît à la nécessité économique comme est venu de surcroît la conscience à l'être humain (dans le champ de son évolution adaptative à son environnement). Elle ne correspond pas à l'effet d'une logique simple de rétro-action qui la ferait apparaître comme son aboutissement nécessaire ou historique. Non, la tolérance à ce que l'on fasse joujou sur internet c'est pas cadeau mais c'est par contre une condition nécessaire afin d'instaurer une relation de confiance avec le modèle économique qui la supporte, une croyance qui est une "philia", où l'on est prompt, pour des raisons naturelles mais dévoyées de reconnaissance recherchée ou tout simplement d'existence, à céder des informations personnelles  qui sont la proie d'entreprises ou d'états intéressés dans le profilage des populations.

Il va de soi aussi que si la police ou l'État nous demandait de telles informations, on crierait au scandale et à la dictature. On peut donc considérer Google ou Facebook comme un nouveau type de police de la pensée suffisamment glamour* pour faire passer la police, et notamment la police à caractère politique (avec ses officines médiatiques) pour de rustres antiquités à ranger dans la remise des instruments de labour néolithique.

Il va de soi enfin que le temps de l'amnésie perfusée à fait son oeuvre. Si il y a cinq ans, on osait nous demander les informations que l'on nous extorque si facilement aujourd'hui, on aurait réagi faute d'intoxication suffisante. La vaseline digitale ça existe, et vu le résultat ça marche très bien. Il y a aujourd'hui un certain nombre d'applications que les ingénieurs ont conçus mais dont on ose pas encore nous faire bénéficier. Mais cela viendra, nous les demanderons, nous les attendrons, après stimulation préalable. Elle est pas belge la vie?


* Fashionism (Glamour, vaseline, Fachisme)

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A conseiller les lectures édifiantes de PMO sur les autres réjouissances "proposées" par la technostructure, qui veillent sur nos âmes insidieusement raréfiées.






lundi 26 septembre 2011

DE L'EFFONDREMENT, SUITE (DRAC)

[Voici le texte écrit de la conférence prononcée par Michel Drac sur Teamspeak le 18 septembre 2011. Le texte oral peut différer légèrement, pour des raisons de forme.]


Un rapide tour d’horizon, pour ouvrir le débat. Aucune technique financière : nous allons résumer la situation sans entrer dans les détails. On pourra le faire dans les questions, si vous le souhaitez.
La crise actuelle n’est pas une simple crise d’ajustement. Ce n’est pas une crise comme celle de la fin des années 50, comme celle des années 70, comme celle de 1993. Selon les points de vue, on peut la regarder comme un effondrement civilisationnel, un coup d’Etat ou une crise du sens.
Effondrement civilisationnel, j’ai presque envie de dire religieux, parce que ce qui implose, c’est une religion, une religion qui servait de soubassement à une civilisation : la religion du Progrès. Cette religion annonçait que l’humanité fabriquerait elle-même le Millenium, le millénaire d’or, par la technoscience et le développement quantitatif indéfini.
Coup d’Etat, parce que les « élites » de cette civilisation défunte vont tenter de sauver leur rêve, jadis fait pour toute l’humanité, en le restreignant en gros à elles seules, et, disons, à une minorité qui leur sera associée – ceux qu’un Jacques Attali appelle les hypernomades.
Crise du sens, enfin, si l’on remonte aux interprétations les plus hautes, parce que derrière la religion du Progrès, ce qu’il y avait, c’était une certaine façon de concevoir l’élaboration du sens dans le cerveau global des grands systèmes fédérateurs – une élaboration du sens par la quantité.

vendredi 12 août 2011

LA RÉVOLTE SANS LA SOLUTION

Ce qu’il y a de patent, c’est le sentiment d’impuissance, à l’échelle des individus comme au niveau le plus élevé des décideurs des États les plus puissants. On ne peut que constater l’incapacité de ces décideurs et de leurs conseillers de penser hors du système, alors même qu’ils en fustigent les errements. Il faut dire qu’ils ont une excuse et ceci est vrai aussi pour les sphères dirigeantes européennes et leurs experts. Où puiseraient-ils un discours politique cohérent qui puisse être un contre- projet novateur et réalisable ?

L’indignation et ensuite ?

Il ne reste aux citoyens qu’une indignation plus ou moins violente. Ce n’est pas neuf. Rappel. Avant le XVIIème siècle, on a connu des révoltes jamais abouties et toujours durement réprimées comme celle des « fratellini » dans l’Italie du moyen-âge, la guerre des paysans en Allemagne à la Renaissance, les « troubles » causés par les famines à travers toutes les époques, etc.
Maintenant, l’indignation est toute de gesticulations. Dans les pays arabes, plus vigoureuse, cette indignation est soit réprimée (Syrie, Émirats, etc.), soit forte d’un premier succès (Égypte et Tunisie). Elle n’en reste pas moins grosse du meilleur comme du pire. En effet, les seuls à avoir un discours cohérent, quantitativement significatif, avec une vraie capacité organisationnelle, sont les religieux. Les autres ont des indignations, des aspirations mais cela ne fait pas un projet politique propre à conquérir idéologiquement une fraction importante de la population. La même situation d’indignation (pour le moment non violente) se déploie sous nos yeux tant en Europe (Israël compris) qu’en Amérique.

Rien ne fonctionne sans idéologie

Toutes les sociétés sont construites sur des idéologies. Dans l’antiquité, elles se construisent sur les religions du Livre, le bouddhisme ou en Chine à travers le confucianisme… Toutes ont vécu sur des corpus idéologiques – des textes. Ceux-ci avaient pour prétention, d’une part, d’offrir une représentation du monde ici-bas (et pour la plupart de l’au-delà) et, d’autre part, de proposer une pratique tant collective qu’individuelle déduite de cette idéologie.
À partir du milieu du XVIIème siècle, la modernité occidentale a suivi la même voie. Elle s’est exprimée d’abord idéologiquement dans ce qu’on appelle les « Lumières ». Celles-ci, face au pouvoir monarchique absolutiste appuyé par une caste de privilégiés, ont développé la théorie de l’égalité juridique de tout un chacun et, donc, sa capacité (selon ses mérites) à participer de plein droit au pouvoir et dans tous les secteurs de la vie au quotidien. Certes, il s’agissait de principes et le développement a été long et en dents de scie. Mais la démocratie, l’État de droit, la solidarité étaient nés. Les révolutions américaine et, surtout, française en sont les enfants légitimes.
À la charnière des XVIIIème et XIXème siècles, le libéralisme économique donne à la révolution industrielle sa légitimité (Adam Smith, Ricardo, etc.) tout en suscitant à partir du milieu du XIXème siècle surtout à travers la doxa marxiste, la constitution d’une contre-idéologie globale – sur la base d’un compendium écrit – capable de s’opposer au capitalisme triomphant.

Le capitalisme, idéologie mondiale

Tant que le capitalisme usait de sa force pour se sustenter toujours davantage par l’exploitation coloniale, par exemple, il continua à se développer. Développement qui entraîna les premières lourdes contradictions (guerre et révolution). Pour des raisons, trop longues pour en parler ici, le contre-projet révolutionnaire des bolcheviques de plus en plus oligarchique et donc de plus en plus policier, échoua de la pire des façons : l’implosion. En Occident, ceux qui tentèrent, tout en s’accommodant du système, de l’améliorer – les socio-démocrates – connurent d’abord des succès, puis peu à peu se firent gestionnaires. Quand le soviétisme s’effondra, ils se turent définitivement se contentant de privilégier faute de mieux des « avancées sociétales » tout en pratiquant les « bonnes oeuvres ».
Globalisé, sans contradicteur idéologique crédible, le capitalisme – à partir des années 80 – passa à la vitesse supérieure : la financiarisation du monde. Il se trouvait ainsi à l’abri des États – étant hors loi. Mieux encore, il fit accepter par les gouvernants et les gouvernés (dans une large majorité) que le profit privé était l’alpha et l’oméga de tout développement possible. Il ne s’agissait plus d’une « idéologie » puisque, claironnait-il, les idéologies étaient mortes. Tout cela est scientifique, disaient les experts médiatiques. Et les gens « sérieux » n’y voyaient rien à redire.
Autrement dit, le drame – intellectuel et politique – de notre époque, c’est l’absence de tout contre-projet idéologique. Les possédants et tous ceux qui vivent convenablement au sein de ce système n’ont pas besoin de théorie nouvelle, leur seul projet c’est de se maintenir. La gauche de la gauche, très minoritaire, fait semblant de chercher auprès du vieux Marx des réponses. Visiblement, ce n’est pas sérieux.
Aujourd’hui, de par son développement même, le capitalisme a mis à nu son incapacité à se réguler au point de tendre à la déliquescence et l’opinion publique comme ses dirigeants le reconnaissent, mais se sentent incapables de penser à une solution viable au long terme. Il n’y a pas de projet, pas de « nouvelles Lumières ». On s’indigne et on a peur. La révolte sans la solution. Face à un capitalisme même malade, c’est peu.

Conclusion

Beaucoup se disent in petto : cela ne durera pas. « Ils » vont devoir réagir pour leur propre bien. Mais, ils sont empêtrés dans un quotidien dont ils vivent bien (que mon voisin fasse le premier pas…) Cet avantage, ils tiennent à le conserver. Sans compter qu’ils estiment que leurs certitudes sont l’expression d’une réalité irréfragable. Le néolibéralisme, le libre-échange planétaire ne sont-ils pas des faits de nature ? On ne peut pas empêcher la terre de trembler, au mieux on peut construire des bâtiments selon des méthodes antisismiques toujours améliorées. Peut-on faire mieux dans la sphère du politico-économique puisque la théorie novatrice capable de modifier notre paradigme économique ne se déploie nulle part ?
Quel individu, quel groupe proposera, au-delà de l’indignation et de la peur, une théorie et une pratique capable de porter un projet novateur ?
Jérôme Grynpas

vendredi 17 juin 2011

Séminaire - Anselm Jappe - Critique du néo-libéralisme ou critique de la société marchande ?

Le 17 mai 2011, Anselm Jappe était invité par la Fondation Copernic à Paris, pourtant l'un des temples français de l'antilibéralisme et de la revendication de plus de justice sociale et économique au sein de toujours la même forme collective de vie capitaliste (1) (prendre aux riches pour donner aux pauvres).

Séminaire - Anselm Jappe - Critique du néo-libéralisme ou critique de la société marchande ? from Fondation Copernic on Vimeo.





Dans cette vidéo, très intéressante aussi pour qui voudrait découvrir la critique de la valeur, Jappe montre en quoi il faut rompre une bonne fois pour toute avec l'ensemble de la vision tronquée de la société capitaliste-marchande qu'a pu véhiculé le marxisme traditionnel et son cadavre contemporain. Celui-ci depuis le XIXe siècle a unilatéralement dénoncé la seule exploitation de la survaleur sans dénoncer la valeur en elle-même et le reste des formes sociales catégorielles de la vie sous le capitalisme. Cette vision très répandue a toujours compris le travail comme un principe ontologique ayant existé dans toutes les sociétés humaines (ce qu'a contesté l'anthropologie contemporaine en dénaturalisant l'économie), qui serait capté extérieurement par le capital. Le capitalisme est réduit à un simple mode de distribution de catégories supposées être éternelles (travail, argent, valeur...). Il fallait donc dans cette vision « libérer le travail du capital ». La critique de la valeur reformulée ici rapidement par Jappe, démontre au contraire que le travail est un principe social récent au fondement même de la société capitaliste qui émerge à partir du XVIe siècle (l'étude de l'historien Geoffrey Parker sur la « Révolution militaire  » permet de comprendre la première diffusion sociale du travail abstrait dans la modernité), mais qui vient corseter véritablement des pans entiers de la vie depuis seulement la fin de la Seconde guerre mondiale. Il faut donc se libérer du travail qui apparaît dans l'histoire quand il devient une activité qui va médiatiser l'ensemble des rapports sociaux modernes et s'auto-médiatiser lui-même dans sa forme suprasensible et invisible, la valeur. Celle-ci, en tant que médiation sociale des sociétés modernes, va se constituer au travers des pratiques des individus inscrites dans certaines formes sociales, en un « sujet automate  » (Marx) qui met en mouvement une société construite autour de cette fin en soi irrationnelle pour la croissance de la valeur. Le travail, dans sa double nature (concrète et abstraite) est devenu véritablement le principe d'une nouvelle « synthèse sociale », donc d'une société moderne inédite et complément fétichiste.  Dans cette critique, le prolétariat n'a donc jamais été le sujet de l'histoire et la lutte des classes, qui existe bien en tant que conflit d'intérêts immanent à la société capitaliste (entre le travail - abstrait - qui est du capital fluidifié et le capital qui est du travail abstrait fossilisé, deux co-principes d'une même boucle autoréflexive de la valorisation, qui se métamorphosent l'un dans l'autre dans un mouvement auto-expansif qui est le fétichisme réel de la croissance pour elle-même) sans lui être en aucune manière hétérogène, n'est en rien porteuse de son dépassement pouvant nous amener vers les terres d'une nouvelle médiation sociale qui ne serait plus celle du travail et de la valeur. 

vendredi 27 mai 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE (prévisions météorologiques)

« Le printemps est là »
mais il ne ressemble pas à un printemps..Il est torride comme un été...
Mauvaise nouvelle:
La démocratie "horizontale'...n'est pas aimée chez nous... disent ceux du haut en nous le faisant dire.. comme on fait tourner les tables et parler les morts...
Nous les morts cliniques civiques , seulement vivants comme citoyens actifs que 2 dimanches consécutifs tous les 5 ans.
Nous
que nos élus font semblant d'écouter et nous font parler...par PROCURATION, qu'on leur a donné pendant ces deux dimanches.
Nous, qui nous écoutons parler par la bouche des élus.
schizophrénie.. de sujets de la démocratie, citoyens éphémères 2 jours tous les 5 ans...

jeudi 19 mai 2011

UNITED STATES OF ZOMBIES

Social Media: Preparedness 101: Zombie Apocalypse

The following was originally posted on CDC Public Health Matters Blog May 16th, 2011 by Ali S. Khan.
Image of zombie
There are all kinds of emergencies out there that we can prepare for. Take a zombie apocalypse for example. That’s right, I said z-o-m-b-i-e a-p-o-c-a-l-y-p-s-e. You may laugh now, but when it happens you’ll be happy you read this, and hey, maybe you’ll even learn a thing or two about how to prepare for a real emergency.

lundi 21 février 2011

Le zombie moderne, catharsis d’un urbanisme de classe







Un petit mot de l’auteur :-)





Géographe, consultant freelance en prospective urbaine, je déploie habituellement mon flow sur pop-up urbain,   “popservatoire d’urbanités” où j’explore les imaginaires de la ville  de  demain dans la pop-culture contemporaine. Au menu : des billets  jeunes et ambitieux, parfois vicieux, souvent LOL mais toujours sérieux !





Urban after all est né d’une discussion avec Nicolas Nova, consultant chez Liftlab, suite à la fermeture du Laboratoire des villes invisibles  qu’il animait et auquel j’avais eu la chance de contribuer. Dans cette  perspective, Urban after all s’envisage comme une plateforme  collaborative où interviendront de temps à autre d’autres intervenants  au regard acéré sur la ville.




Le zombie est dans l’air du temps, c’est indéniable. Les films  (originaux ou remakes acclamés, mais aussi parodies), comics et séries (The Walking Dead), ou encore jeux vidéo exploitant le genre, prolifèrent depuis quelques années. Le phénomène descend aujourd’hui dans la rue pour quelques joyeux “Zombie Walk” à travers le monde. Bref, le mort-vivant a la cote, à tel point que Wired prédit même l’éclatement prochain de cette “bulle zombie”  [en], qui sature nos écrans de morts-vivants en tous genres.  L’industrie culturelle n’est d’ailleurs pas la seule à contribuer à  l’inflation : même les prix Nobel [en] s’y mettent, comme le rappelle avec humour le très sérieux Econoclaste, pour qui 2011 sera “l’année des zombies” économiques.

Tout  a été dit sur le sujet.. ou presque. Car ce “retour” du zombie  est plus subtil qu’il n’y paraît. À première vue, rien de bien nouveau :  dans l’esthétique comme dans l’attitude, les morts-vivants n’ont que  peu évolué, à l’exception du fameux “zombie sprinteur” imaginé par Zach  Snyder dans son remake de Dawn of the Dead. C’est peut-être un détail pour vous mais pour les zombies ça veut dire beaucoup, comme l’explique Slate [en] : “Peut-être [...] l’obsolescence du zombie lent signale le déclin de la culture “mobocratique” [en] au bénéfice d’un penchant moderne pour l’individualisme.” Cinétudes s’interroge aussi sur cette (r)évolution, et y perçoit un  “révélateur de cet état d’esprit très contemporain où non seulement la  croyance en  la science [...] mais aussi la croyance en l’homme [...]  donnent une  certaine naïveté au propos” du film. Le zombie sprinteur dédouanerait donc l’homme de ses responsabilités communautaires… Une figure moderne, dites-vous ?



Les trois époques “zombie”



Mais mettons de côté pour l’instant cet exemple notable, mais encore  isolé dans la mythologie zombologique. C’est davantage dans des détails  plus subtils que l’on peut constater une mutation pleine de sens. À y  regarder de plus près, le zombie des années 2000-2010 diffère en effet  de son aîné des seventies, popularisé par Romero et quelques autres,  malgré un comportement similaire. Dans sa chronique sur Influencia, Thomas Jamet distingue ainsi trois “époques zombie” dans la culture moderne occidentale, auxquelles il fait correspondre trois périodes de “transition” sociétale :
“La  première époque zombie a été incarnée par le « Frankenstein »  de Mary Shelley, le thème du Prométhée moderne symbolisant le passage à  l’ère industrielle à la fin du 19e siècle victorien et dénonçant les dangers de la technique et de la science.
Le  deuxième âge a été la fin de cette ère moderne avec les films de  Romero, dénonçant une société de consommation et ses travers, et  appelant à la révolte contre l’ordre bourgeois en pleine période de   libération des mœurs. Le zombie apparaît alors dans les années 60 comme  un symbole de soumission contre lequel il faut se dresser.
Le  thème du zombie a été traité depuis, mais on peut peut-être voir une  troisième époque apparaître avec le retour en force de ce mythe. Le  zombie revient en effet à un moment où le monde connaît une lente  période de transition et de remise en cause du modèle économique, social   et politique et une mutation profonde de tous ordres.”

Nous  aurions donc affaire à un “zombie nouveau”, cuvée 2000. Un  zombie à l’image de notre société occidentale, marquée par la crise  économique et sociale, mais aussi par la peur croissante de “l’ennemi de   l’intérieur”. [note : la figure moderne du terroriste, “née dans les valeurs occidentales”,  en est un bon exemple, largement couvert par les médias suite entre  autre aux attentats de Londres ou à la fusillade de  Fort Hood.].
Et Thomas Jamet de conclure en ces termes : “Laissons les zombies nous raconter l’histoire, comme la catharsis d’un monde qui ne tient toujours pas droit”…
Quelle est donc cette “histoire” que nous content les zombies post-modernes ? Land of the Dead [vidéo], dernier volet de la tétralogie zombologique du maître Romero, sera notre premier témoin. Dans Cadrage, le chercheur Max Rousseau se propose ainsi “de rendre compte de la critique radicale de l’espace urbain exposée” dans le film :
“Encerclée par des fleuves traversés de ponts-levis, par des murs  d’enceinte et par des miradors, la ville de Romero évoque une  forteresse. À l’intérieur de celle-ci coexistent deux mondes regroupés  dans des  univers parfaitement étanches : les riches, regroupés dans la  tour, et les pauvres dans les rues qui entourent celle-ci. En plus du  siège subi par les humains, il existe ainsi, en sus, un second état de  siège dans Land of the Dead : celui des élites se coupant du reste de la ville.
L’imperméabilité entre ces deux mondes rappelle les écrits du sociologue américain Mike Davis [dans City of Quartz]   sur ce qu’il nomme « la militarisation de la vie urbaine » : « nous   vivons dans des “villes forteresses” polarisées à l’extrême, entre, d’un  côté, les “cellules fortifiées” de la société d’abondance, et, de  l’autre, les “espaces de la terreur” où la police mène une guerre contre   des pauvres criminalisés. »”
En un mot :


Land  of the Dead reflète parfaitement ces tendances  actuelles à l’œuvre dans l’urbanisme américain [nord et sud] et,  au-delà, occidental”.


L’auteur vise ici la croissance des “gated-communities”, espaces clos réservés aux plus fortunés (communément appelés “ghettos de riches”), avant de conclure ainsi :
“La  plupart des phénomènes de séparatisme social travaillant  actuellement des villes occidentales se vivant de plus en plus comme  ‘assiégées de  l’intérieur’ sont présents dans Land of the Dead.”



Le zombie des années 2000 symbolise le  “lumpenprolétariat”  urbain menaçant l’ordre bourgeois des centre-villes



Cette analyse permet de prendre la pleine mesure de cette “troisième époque”  qu’évoque Thomas Jamet. Hier métaphore de la classe moyenne  consumériste, le zombie des années 2000 symbolise le   “lumpenprolétariat”  urbain menaçant l’ordre bourgeois des  centre-villes. Un zombie dont l’errance n’est plus le fait d’une volonté  consommatrice [réclamant sa  dose de “braaaains”], mais bien de  l’éviction des classes précaires vers les marges de la ville. Nos deux  derniers témoins, qui s’éloignent volontairement des figures  traditionnelles du zombie, attestent de cette vision moderne.
Premier  exemple : en haillons, fouillant les poubelles, le mort-vivant joué par François Sagat dans L.A. Zombie  de Bruce La Bruce représente clairement la figure du clochard  californien. [note : il s’agit d’un  film porno gay, mais le trailer  reste totalement Safe For Work. Vous pouvez donc cliquer sans inquiétude  !]



On  traverse maintenant le continent pour atterrir sur la côte Est, à  New York, avec ce superbe clip accompagnant le retour au micro du grand  Gil Scott-Heron. Si l’on n’y retrouve pas de “zombie” à proprement  parler, le maquillage des jeunes skateurs noirs évoque celui des rites  vaudous (l’origine du mythe zombie) ; de même, l’apparence du clochard  divaguant dans la seconde partie du film ne laisse pas de doutes sur  l’interprétation. Le “zombie” sert là encore de métaphore au vagabond  urbain, errant car chassé par les forces de l’ordre établi (renforcé par  la présence de nombreux SDF au long du clip)



Comment  expliquer l’émergence de cette figure nouvelle du zombie  errant ? Rien d’étonnant, à bien y regarder : celle-ci apparaît en  réaction de la gentrification des centres urbains occidentaux, qui s’est accélérée dans les années 1990-2000. Témoin visible de cette évolution : “la chasse aux pauvres” s’inscrit maintenant dans les formes mêmes de la ville, et notamment de son mobilier urbain (“barres   ou piques métalliques, cactus… le mobilier urbain s’équipe de tout un   arsenal d’options qui visent à chasser les SDF des trottoirs, porches  et autres devantures”).



Cet “urbanisme” porte un nom, aussi opaque qu’insidieux : la “prévention situationnelle”, ou comment diminuer les violences urbaines en reconfigurant les formes et lieux de la ville dense. Florilège :


Ne  plus construire de toits plats (pour éviter que des  émeutiers y  stockent des pierres), améliorer l’éclairage public, ne  plus construire  d’auvents (pour limiter les rassemblements) ou  interdire les coursives (perçues comme propices aux trafics et qui  compliquent la  surveillance)…


Si  cet urbanisme sécuritaire ne vise pas précisément les classes  précaires (contrairement au mobilier “anti-stationnement”, plus  explicite dans sa formulation), la logique reste la même : repousser  certaines populations à l’écart des centres bourgeois. SDF, roms,  racailles ou  prostitué(e)s : ces catégories de population forment les  nouveaux  “zombies” de nos villes. [note : pas étonnant, dès lors, de  voir qu’un rappeur se réapproprie [vidéo] la terminologie au nom de la “street”…].
Il  est d’ailleurs intéressant de constater que ce type de mesures  préventives “fabrique” au final de nouveaux zombies : en obligeant le “mouvement”   de ces populations, l’urbanisme sécuritaire contribue à alimenter le   flot des errants urbains qui viendront tôt ou tard assiéger les centres   aseptisés… Ce n’est qu’une question de temps, si l’on continue dans  cette voie. Bientôt sur vos écrans ?

mardi 15 février 2011

Reseña de "Traficantes de información. La historia oculta de los grupos de comunicación españoles" de Pascual Serrano

FUENTE : pascualserrano.net


Mirada crítica sobre el crematístico e insaciable corazón de los centros hispánicos de la (des)información

Mirada crítica sobre el crematístico e insaciable corazón de los centros hispánicos de la (des)información




El presente libro, señala Enrique Bustamente, acierta de pleno “cuando obvia el análisis ideológico para dejar que éste se desprenda de las telarañas complejas de los intereses económicos puesto en juego. Lo cual no elimina los matices ideológicos, muchas veces fruto del marketing y de la diferenciación competitiva en una sociedad en la que las ideologías siguen felizmente contando”. Vale por ello la pena empezar por una historia que el autor de Traficantes cuenta en el primer capítulo –“El mercado de la palabra”- y que está relacionada precisamente con esas “telarañas complejas”.
Traficantes de información le fue encargado a Pascual Serrano por el responsable de la editorial Península, convencido, recuerda el propio autor, “de la necesidad de contar el entramado económico y financiero que sostiene a los grupos de comunicación españoles”. No era tarea baladí y sin importancia. A pesar de que el resultado final contó con toda su aprobación, de hecho Serrano ya había publicado anteriormente en esa misma editorial, con éxito reconocido, Desinformación, y que incluso su nuevo libro se anunció entre las novedades de otoño, los altos directivos de la editorial y accionistas vetaron finalmente la publicación del ensayo. ¿Por qué? Sin duda, porque ellos tienen mando editorial en plaza, y lo ejercen cuando estiman necesario, y, además, porque la imagen de accionistas, financieros y algunos socios empresariales no resultaba demasiado reconfortante cuando algunos de esos mismos accionistas lo son también de grupos de comunicación que aparecen en el libro. Ediciones Akal, con Ramón Akal a su cabeza, lo ha publicado finalmente. Lo sucedido dice mucho, a favor claro está, de esta imprescindible editorial de izquierdas y también dice, pero poco bueno, de los responsables político-económicos, no del editor, del otro grupo editorial. Críticas, las mínimas, habrán pensado.
Los siguientes son los grupos de comunicación (y desinformación) analizados por el autor: Prensa Ibérica, Vocento, Antena 3 y Planeta, Zeta, Godó, Prisa, Telecinco, Unidad Editorial, Mediapro/Imagina y en el penúltimo capítulo, en el apartado “Otros”, la COPE, Intereconomía, Libertad digital y Promecal. Además, un breve pero sustantivo capítulo de conclusiones y un anexo resumen: “Quién es el dueño de.. Índice de medios españoles, propietario principal y capítulo que lo desarrolla”. En definitiva, un libro que está en la estela de aquel Informe sobre la información de Vázquez Montalbán, escrito en cárceles franquistas, del que tanto aprendimos, y también de Los amos de la información en España, un ensayo del prologuista del volumen que también editó Akal en 1981.
Los capítulos presentan una estructura similar: relación de los medios controlados (prensa diaria, televisiones, semanarios, editoriales, distribuidoras, artes gráficas, radio, otras tecnologías); relaciones con otros grupos; propiedades fuera de España si las hubiera; la trayectoria resumida del grupo y, finalmente, algunas “personalidades relevantes”. No apto para menores ni para personas sensibles… ni incluso para personas curtidas.
Un ejemplo para abrir boca, un ejemplo que el autor ha dado recientemente de los quince miembros del nuevo Consejo de Administración de Prisa, uno de los grupos de comunicación que mayor prestigio ha tenido, y en parte sigue teniendo, entre la ciudadanía española. El pasado 27 de noviembre de 2010 la Junta de accionistas de Prisa decidió los nombres de las personas que integrarán el nuevo Consejo de la empresa. La entrada en el accionariado de inversores estadounidenses se refleja claramente en la formación de este órgano. Entre las nuevas incorporaciones destacan las de Nicolas Berggruen y Martin E. Franklin, los dos principales accionistas de Liberty Acquisition Holdings Corporation, un fondo de inversiones que ha aportado 650 millones de euros y que supondrá, dato relevante, la mayoría absoluta del capital de la empresa. Berggruen tiene un patrimonio cercano a 2.000 millones de dólares, ocupa el puesto 158 en la lista Forbes de 2009 y la prensa lo ha calificado de “homeless multimillonario”. Se presenta como un ejecutivo que no tiene vivienda propia, vive en hoteles, es el boss: fundador y director de la cadena Berggruen Hotels Private Limited. Pertenece a 24 consejos de administración de diferentes firmas y sectores. Berggruen, señala Pascual Serrano, “es un gestor de fondos de private equity (fondos de capital privado que toman participaciones temporales en el capital de empresas para obtener beneficio una vez madure el negocio o proyecto) y hedge funds (en España, fondos de inversión libre, cuyo objetivo es obtener beneficios al margen de la evolución de los mercados)”. Pocos días después de firmar el acuerdo con Prisa, Berggruen tomó posesión de sus propiedades y publicó un artículo de opinión en El País sobre China y Occidente. Un detalle significativo que no le ha pasado por alto al autor del libro: el domingo 20 de junio, el suplemento de economía de El País, presentó una larga y amable entrevista con Berggruen. La entrevistadora, Alicia González, es la esposa de Rodrigo Rato, presidente de Caja Madrid y ex vicepresidente del gobierno con José María Aznar.
Martin E. Franklin es el segundo de la lista. Según Business Week, pertenece a 81 consejos de administración de 19 industrias diferentes. En 2008 ganó 3.498.438 dólares. Harry Sloan no es mucho mejor. Es el Presidente de Metro-Goldwyn-Mayer. Ha sido calificado como el mayor animador de la industria del entretenimiento del Partido Republicano. En el ambiente progresista de Hollywood, Sloan representa la voz republicana. En la campaña presidencial de 2008 recolectó para McCain 3,5 millones de dólares en Hollywood.
Los otros miembros del grupo no están muy alejados de esa cosmovisión ni de esos procedimientos. Entre otros, se suman a la lista, Ernesto Zedillo, Alain Minc, Juan Arena, Ignacio Polanco, Manuel Polanco y Juan Luis Cebrián, el Presidente de la Comisión Ejecutiva del Consejo y consejero delegado, el activo miembro del Grupo Bilderberg.
¿Por qué “traficantes de información”? Pascual Serrano apunta razones convincentes: tras la investigación realizada, por mucho que nos empeñemos, no hay término mejor para designar los propietarios de estos grandes medios hispánicos de “comunicación”: fraudes fiscales, especulaciones urbanísticas, violaciones de las medidas contra la concentración, atropellos laborales, sueldos millonarios de los altos directivos, contratos blindados, ejecutivos con sentencias judiciales en las que se les implica de connivencia con la mafia, fortunas de extraño y fascistoide origen, implicaciones franquistas, empresas con conexiones armamentísticas. La barbarie capitalista en estado puro, sin apenas caras amables. En esas manos está la (des)información en nuestro país. Y en otros, desde luego, no hay aquí ninguna excepcionalidad hispánica. ¿Alguien razonable cree que puede habitar algún miligramo de verdad en un pantano apestoso como ese? Acaso alguno, y en algún momento, para cubrir apariencias e incrementar ventas e influencia cultural. Pero no es el propósito, no es esa la finalidad. ¿Qué línea editorial puede regir en esos grupos de comunicación? Me remito a las palabras de Pascual Serrano: “la defensa a ultranza del sistema económico con el que se enriquecen, el ocultamiento de sus operaciones oscuras, la complicidad con los poderes que les ayuden a desarrollarlas y el ataque a cualquier opción política, social o ética que intente enfrentarse a su ideología y modelo”.
¿Qué papel juegan aquí los periodistas, los trabajadores de esos medios? Los periodistas, Pascual Serrano es parte del colectivo, son meros empleados, precarios en la mayor parte de las veces, que pueden ser despedidos libremente y que obedecen, deben hacerlo, el puesto de trabajo les va en ellos, los criterios de selección de las noticias establecidos por directivos nombrados a dedo y según preferencias por los propietarios. Son como el albañil, la metáfora es del autor del libro, que no puede decidir el diseño de la casa ni su ubicación, sólo poner ladrillos para terminarla de la forma que le han indicado los arquitectos y el presupuesto económico. “Nuestra precariedad es tu desinformación” es el título de un libro del Sindicato de Periodistas. No yerran ni exageran.
Señala finalmente Pascual Serrano en el capítulo de conclusiones que no ha sido objeto de este libro proponer alternativas sino mostrar quienes son los dueños de los medios, cómo operaban y de qué métodos se servían para acumular poder y beneficios. Estas empresas, prosigue, son dueñas de la voz pero no de la palabra. Esta sigue estando, debe seguir ubicada, en las manos y en el cerebro de los ciudadanos. El reto político, no es simple la tarea, es recuperar la voz para que la palabra se pueda difundir y compartir. Vale la pena ponerse en ello con urgencia, pensar entre todos procedimientos y objetivos, y, mientras tanto, desconfiar críticamente de las (des)informaciones que podemos leer o ver en prensa, semanarios y televisiones. Nos va la verdad en ello, que, sabido es, es amarga y hay que echarla de la boca a la primera ocasión que tengamos.
PS: Enrique Bustamente recuerda en su presentación que el libro de Pascual Serrano no se ocupa de los medios públicos pero que también ahí pueden hallarse traficantes de información, “aunque sean minoritarios y estén en retirada”. La reforma de RTVE ha conseguido desde 2006 un salto en la independencia y pluralismo de sus programas informativos y de su programación, pero, Bustamente señala, que las reformas de 2009 y 2010 buscan claramente “su debilitamiento, en beneficio del polo privado”. A eso hay que sumar, también aquí hay que estar alertas, que muchos gobernantes siguen manipulando todo lo que pueden, y un poco más, los radios y las televisiones, sobre todo estas últimas, sobre los que tienen poder e influencia. Los ejemplos se amontonan en la mente de todos. 
Pascual Serrano, Traficantes de información. La historia oculta de los grupos de comunicación españoles. Madrid, Ediciones Akal, 2010, 329 páginas, presentación de Enrique Bustamente

samedi 11 décembre 2010

Fabien Ollier, "Footmania. Critique d'un phénomène totalitaire" (recension)


Fabien Ollier, Footmania. Critique d'un phénomène totalitaire, Paris, Homnisphères, 2007, 142 p., 10 €.

Un petit missile théorique qui étrille agréablement le football vient de sortir. La forme est très percutante avec le choix du vert fluo en guise de première de couverture : on ne peut pas la manquer sur les étalages. L'éditeur la présente avec l'image d'un playmobil, tête gisant au sol et remplacée par un ballon de foot. Cette image d'un buste orné d'un ballon évoque l'aliénation par le football. On peut aussi y percevoir à l'avance, le thème du jeu. Il est développé avec le sous- titre : « crampons dehors, langages meurtriers et coup de boule : un jeu ? ». En rien, effectivement, le football ne peut être considéré comme un jeu : la mécanisation (entraînements démentiels), l'obsession rigide (la performance, la victoire), la douleur et la souffrance, la hiérarchie y règnent. Le football n'est pas le jeu des enfants, imaginant à l'aide de leur « bonhomme », tout un monde où l'aventure est possible grâce à la création : dans ce cas, le quotidien est proprement transcendé. Le football est étranger à cette dimension humaine qui constitue la base de toute culture.
Le contenu proprement dit, quant à lui, n'est pas moins percutant : c'est une charge critique qu'assène l'auteur au football. Et plus particulièrement à son moment par excellence : la dernière Coupe du monde qui s'est déroulée au début de l'été 2006 en Allemagne. Ce livre se veut d'ailleurs un bilan; « avec ce maigre espoir qu'on puisse en retenir quelques leçons pour l'avenir » (p. 24). Autant dire que ce n'est pas un bilan « globalement positif ». Ce serait même le contraire, puisque la Coupe du monde représente plutôt un moment d'obscurcissement de la conscience. Ainsi, la charge est critique; et « critique » veut dire qu'elle entend se démarquer des propos vulgaires que répandent les sociodogues de service. Fabien Ollier parle à ce propos de la « vaporisation de la critique du sport » pour signifier :
— qu'à travers les spécialistes du discours, certains faits gênants sont purement et simplement éliminés,
— que la critique doit affronter sa fragmentation qui dilue sa charge socio-politique et risque de la réduire en fin de compte à un faire-valoir.
A ce propos, les intellectuels en vue ne sont pas épargnés. Comme le dit Jean-Marie Brohm qui a préfacé le livre, l'entreprise consiste aussi à faire « la critique des différents “chiens de garde” — roquets ou molosses — qui protègent le sport comme leur propre chasse gardée ».
Mais la charge est critique surtout par la démarche qu'adopte l'auteur. Il veut en effet, à travers ce court opuscule, répondre à la question « qu'est-ce que la Coupe du monde ? » en considérant ses derniers avatars. Pour cela, il met en place un appareillage conceptuel qui métisse la psychanalyse et l'analyse sociale. C'est l'aspect le plus original de la critique dont est porteur Fabien Ollier. En effet, aucun des journalistes patentés, aucun des « observateurs » stipendiés, n'intègre une telle perspective théorique. Ne parlons pas du journal « L'équipe » qui, pourtant prompt à dénoncer les scandales, reste à la surface des choses. Ainsi, une véritable psychanalyse politique est mise en jeu pour passer au crible les préjugés. La thèse principale s'évertue à rappeler les ressorts pulsionnels de la Coupe du monde. On oublie sans doute un peu vite « la logique désirante qui soutient le monde du football ». Le thème de l'argent irrigue le propos afin de sonder le primitivisme du football qui ne manque pas de faire régresser ses adeptes (joueurs comme spectateurs) au stade sadique-anal. La théorie freudienne, pour interpréter la construction de la dimension affective de la personne, fait suivre ce stade (sadique anal) par celui « génital », tandis que le stade sadique-anal émerge lui-même de celui « oral ». Des psychanalystes ont tenté d'expliquer le rapport à l'argent comparativement à ce stade sadique-anal qui donne lieu à un double mouvement au sein de la personne : donner/retenir. De ce point de vue, l'architecture des stades peut pertinemment être interprétée comme un gigantesque anus qui ferait le lien entre le cloaque intérieur des stades et les étrons sonnants et trébuchants qui sortent de cette Coupe pour le plus grand profit de la FIFA.

Cette Coupe est effectivement interprétée par l'auteur comme une véritable coupe (coupure, section). Une coupure considérée comme un lieu de production excrémentiel. Ce concept lui permet de répondre à sa question initiale. Le football a sa propre cohérence et sa fonction est de couper (de se couper) du reste du monde comme s'il pouvait être un autre monde possible. Mais il est rattrapé par la sphère de la circulation qui le fait, malgré tout, rentrer à la niche sous le principe social de l'échange équivalent. La Coupe du monde est l'indice de la tendance à la fermeture sur soi du monde dominant (basé sur l'argent) : la maîtrise (au sens psychanalytique), la domination de l'autre. Le football et ses manies (n'oublions pas le titre !), ses compulsions à la répétition (le calendrier, le scénario gagnant/perdant), n'offrent aucun projet d'avenir à l'humanité. Par contre, il constitue pour le capital un moyen de régulation sociale qui satisfait tous les pouvoirs institués. C'est bien pourquoi il est nécessaire de porter attention au sous-titre de l'ouvrage : « critique d'un phénomène totalitaire ». L'analyse de l'inconscient social à l'oeuvre lors de cette Coupe permet une approche pertinente. Ainsi, les scandales qui ont émaillé ce non-événement, sont passés en revue : du « calciogate » comme dit l'auteur, en passant par le bordel implanté pour continuer « la fête » après les matchs, et enfin le fameux coup de boule. A ce propos, il fait la remarque suivante : la répression a été très dure pour la révolte des banlieues (novembre 2005) ou le mouvement anti-CPE alors que l'Etat a donné un blanc-seing à l'acte de la célébrité du football. « La plus haute magistrature » a absout l'acte agressif alors qu'elle a eu recours à l'état d'urgence pour d'autres actes comparables... Mais, qui cela peut-il encore surprendre ?
Seule une réserve peut être émise quant à la conclusion en forme de « note de détail ». Il ne s'agit pourtant pas d'un mince détail ! Elle concerne la critique du football en tant que religion. « Nul ne conteste plus le fait que le sport — le football, totem du système — soit devenu la religion du XXème siècle » (p. 128). Effectivement. « (...) Nous ne remettons pas en cause la formule consacrée d'opium du peuple mais admettons tout de même que l'opium est une drogue finalement trop distinguée, trop raffinée, pour correspondre au contenu de cette religion mondialisée [le football] aussi peu transcendante... » (p. 23). Si l'on comprend bien, le football tendrait à relever d'un autre type de religion que celle réfutée par Marx : le football est considéré comme une forme dégradée d'opium puisque, plus que tout autre religion, il génère des comportements barbares. D'où « Le shit du peuple », la vulgarisation de l'opium. « La religion, opium du peuple, peut se targuer de proposer à ses ouailles un contenu culturel, artistique, éthique et même critique (...) » (p.139). De quoi parle-t-on ici ? De répression sexuelle ? D'Inquisition ? De censure et d'interdiction du blasphème ? Il semble que non puisque le raisonnement consiste à expliquer que la religion ciblée par Marx avait au moins un caractère double à conserver : expression d'une détresse réelle et protestation contre cette dernière. Caractère précieux qui aurait disparu avec la religion-foot pour laisser uniquement place à des « violences excrémentielles » qui ne sont certes ni protestations, ni expressions mais plutôt vociférations et défoulements. Les drogues idéologiques font dans la distinction... Mais la distinction s'apparente purement et simplement à la séparation. Du coup, deux types de religion en viennent presque à se regarder en chiens de faïence. Du moins, il y aurait la religion d'un côté, une forme pré-religieuse encore plus pernicieuse, de l'autre. Du double caractère à conserver, on passe subreptissement à la conservation de la religion ancienne manière. Distinguer des formes témoigne de la finesse d'une analyse. Cependant, ici, Fabien Ollier — sans doute parce qu'il n'a pu développer son propos — laisse un peu trop facilement supposer qu'il défend un type de religion contre un autre (ou ce qui en tient lieu); en l'occurrence l'opium contre le shit.

De deux choses l'une : ou bien le foot n'est pas une religion et dans ce cas il ne relève pas de la critique radicale; ou bien il est une forme de religion et dans ce cas, si l'on suit Marx, il mérite d'être réfuté au même titre que les religions anciennes et établies. Le lien entre les deux pôles idéologiques de l'aliénation ici repérés, se perd dans la conclusion de Footmania. Et ce, alors même que, dans son analyse du football moderne, l'auteur a su éviter les fausses dissociations (dans le stade/à l'extérieur, joueur/spectateurs, bons supporters/mauvais supporters). Quand un pasteur allemand met à disposition de ses ouailles la retransmission des matchs dans son temple, grâce à la petite lucarne (ce qui est un fait de cette Coupe), il risque de se passer la même chose que dans n'importe quel bar où règnent les écrans. Où est le calme, le recueillement, la sérénité, l'expression, la protestation, dans ce cas ? Peut-on encore défendre le protestantisme (opium) contre le football (shit) parce qu'il pourrait être un lieu de résistance ?
A l'appui de son propos, Fabien Ollier argumente notamment à partir d'un auteur anglo-saxon qui théorise une incertaine « Règle d'or » (avec la majuscule). Une sorte d'invariant moral unissant toutes les institutions religieuses. Ainsi l'auteur va jusqu'à parler de « (...) la sécularisation du contenu religieux tant souhaité par les tenants de la théorie critique de la religion (...) ». Sécularisation ? Pourquoi pas plutôt « laïcisation » des institutions humaines, étant donné que la critique radicale nécessite une rupture avec le divin ? En effet, contrairement à tout ce que peuvent prétendre les curés, croire n'est pas naturel : la religion peut se séculariser mais il en restera toujours quelque chose dans le siècle. Laïciser par contre, est une opération autrement plus radicale puisque cela nécessite que l'humanité puisse vivre sans dieu ni maître. Au-delà d'un siècle (si possible)... L'opium est la formule consacrée qui met en jeu la critique fondamentale de toute religion. Cette critique est la condition nécessaire (mais non suffisante, certes) à celle du fétichisme, notamment celui de la marchandise. Le football relève du fétichisme, il mérite donc d'être critiqué en tant que religion. Le football, comme le montre très bien Footmania, relève du fétichisme du pied. Cqfd. Pourquoi dans ce cas négliger le lien à travers une opposition si tranchée ? Cette ambiguïté est dommageable parce qu'on laisse ainsi supposer que le shit pourrait être complètement séparé de la société dans laquelle il pousse. Le risque serait qu'une « théorie critique » puisse ne plus être en même temps une critique dialectique du sport : une critique qui vise le rapport sport/capitalisme. Pourtant, la suppression du shit-foot nécessite la suppression de la religion.
Fallait-il conclure ainsi ? Ce court passage ramassé sur lui aurait mérité un développement autrement plus étoffé. A défaut de cela, des ambiguïtés grèvent le propos. Surtout que cette question de la critique de la religion est chargée... De manière rétrospective, il est possible que des indices de cette tendance à isoler le football puissent être repérés à plusieurs endroits de l'aventure critique. Par exemple, la formule choc, « le football est un fascisme dans la démocratie » peut aussi laisser supposer qu'il est un îlot négatif dans un océan positif. Nous préférons largement l'analyse du foot comme avant-garde d'un fascisme rampant qui colonise les sociétés modernes. Autant « la vaporisation », le « fascisme rampant », « la coupe » (mode de production sportif), méritent attention pour qui souhaite mener une analyse du football comme phénomène totalitaire, autant « le shit du peuple » ne convainc guère.
Cette réserve étant émise, ce texte mérite aussi d'être lu parce que l'écriture est singulière : certaines touches poétiques agrémentent le propos et ravissent le lecteur. Rien de comparable en celà à la langue abrupte (de bois) des ouvrages « sociologiques » sur le sport qui se prennent tellement au sérieux qu'ils deviennent raides et en oublient le jeu nécessaire à tout ce qui est vivant. Fottmania est à lire.
GrouCHOS