LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.
C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.
vendredi 4 novembre 2011
Naomi KLEIN: The Shock Doctrine - Spanish Subtitles
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jeudi 3 novembre 2011
Stratégie du choc en France
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mercredi 2 novembre 2011
LES MARCHÉS OU LES PEUPLES
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mardi 1 novembre 2011
L'économiste Frédéric Lordon soutient l'occupation de la Défense
Frédéric Lordon (1962) est économiste, directeur de recherches au CNRS, et membre du collectif Les Economistes Atterrés. http://economistes-atterres.blogspot.com/2010/09/manifeste-des-economistes-atterres.html Sa vision globale et hétérodoxe de l’économie et de la société est basée sur des principe de philosophie spinoziste,la rigueur scientifique et l’engagement moral. Figure incontournable du débat économique français, il s’inscrit en faux contre la doxa de la pensée unique. Il est l’auteur d’une douzaine de monographies, qui se saisissent d’un vaste éventail de thèmes dont ceux des crises économiques, de la psychologie du capitalisme, du principe souveraineté. Il tient son blog sur le site du Monde Diplomatique « La Pompe à Phynance ». http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance- La totalité de ses articles sont disponibles sur son site. http://www.fredericlordon.fr. et de nombreuses conférences sur dailymotion. http://www.dailymotion.com/relevance/search/fr%C3%A9d%C3%A9ric+lordon/1#hp-h-9
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lundi 31 octobre 2011
Enfumages: la règle d'or
Tout le monde parle doctement de la « règle d’or », de ces fameux 3% du PIB qu’il ne faut absolument pas outrepasser.
Mais comment ce fatidique 3% a été calculé, sur la base de quelles analyses macroéconomiques ?
J’ai trouvé cette explication sur Wiki à propos du traité de Maastricht :
En juin 1981, alors qu’il était chargé de mission à la Direction du Budget du ministère des Finances, l’économiste Guy Abeille raconte[4] avoir été mandaté avec son chef de bureau de l’époque Roland de Villepin d’établir un critère économique utilisable par le Président Mitterrand dans ses discours. Faute de mieux, Abeille et Villepin proposent alors ce critère relativement simple basé sur un ratio déficit/PIB qui, du propre aveu d’Abeille, « ne mesure rien » et sur une norme (3%) qui « n’a pas d’autre fondement que celui des circonstances » (le déficit budgétaire de l’époque atteint déjà presque 2% du PIB)[5].
Si c’est cela que l’on veut nous imposer, retournons-nous vers le code pénal pour abus de confiance et escroquerie.
Mais comment ce fatidique 3% a été calculé, sur la base de quelles analyses macroéconomiques ?
J’ai trouvé cette explication sur Wiki à propos du traité de Maastricht :
En juin 1981, alors qu’il était chargé de mission à la Direction du Budget du ministère des Finances, l’économiste Guy Abeille raconte[4] avoir été mandaté avec son chef de bureau de l’époque Roland de Villepin d’établir un critère économique utilisable par le Président Mitterrand dans ses discours. Faute de mieux, Abeille et Villepin proposent alors ce critère relativement simple basé sur un ratio déficit/PIB qui, du propre aveu d’Abeille, « ne mesure rien » et sur une norme (3%) qui « n’a pas d’autre fondement que celui des circonstances » (le déficit budgétaire de l’époque atteint déjà presque 2% du PIB)[5].
Si c’est cela que l’on veut nous imposer, retournons-nous vers le code pénal pour abus de confiance et escroquerie.
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Commentaire sur "Leur logique et la nôtre"
Mais si l’on considère la seule dette publique, d’où provient donc son déséquilibre budgétaire qui n’a fait que s’accentuer au fil des trente dernières années ? [...] mécanismes fiscaux très orientés qui ont été à l’origine de la baisse des recettes publiques. [...]. La présentation qui est aujourd’hui faite d’un Etat vivant au dessus de ses moyens est non seulement sommaire, elle est tendancieuse. D’où l’intérêt d’une analyse des causes de l’augmentation des déficits publics, afin de contester les fondements de remèdes présentés comme inévitables et d’en présenter d’autres.
Je me permets de couper dans le paragraphe pour mieux mettre en exergue l’extrait qui me tient à coeur.
Merci, François Leclerc. Cette analyse est absente de tous les médias, de tous les
débats politiques. On se focalise uniquement sur la crise, sur 2008 et
2010-2011. Et chaque fois, on oublie – c’est bien plus commode – de
mentionner comment on a vidé, siphonné peu à peu les caisses de l’état
et de la sécu, très méticuleusement, et ce depuis des dizaines d’années.
Tout
cela est le résultat de politiques pudiquement intitulées de « soutien à
l’emploi » ou « soutien aux entreprises ». A savoir : des mécanismes de
réduction / exonération de cotisations sociales (abusivement et de
manière inacceptable, désignées sous le terme trompeur de « charges
sociales »), de mécanismes de réduction de l’impôt sur les sociétés et
autres moyens d’évasion fiscale légaux, votés par un législateur à la
botte de gouvernements soit complices et serviles, soit ayant plié
l’échine et abandonné face à des lobbies (le MEDEF en France, la FEB
chez nous, l’UCM, etc.) auxquels l’état a offert sur un plateau d’argent
le statut de quasi toute puissance sous la forme de « on doit les
aider, ce sont eux qui font la richesse ».
Les états,
contrairement à ce qui est dit, ont donc été très bien gérés,
simplement, ils l’ont été dans un objectif et un seul : faire basculer
l’équilibre de redistribution des richesses, et réorienter le flux vers
un petit sous-ensemble de classes sociales, quel qu’en soit le prix
(mieux : pour les politiques de droite, vider l’état de sa substance
est un objectif de base : revenir à un état uniquement basé sur ses
fonctions régaliennes, au service de l’ordre établi, docn des
puissants). Le pire, là-dedans, c’est que des gouvernements de gauche
ont participé à ce pillage lent, patient et organisé, cédant à de
soit-disant « lois de l’économie », comme si l’économie était une
science exacte telle la physique (et encore, quand on étudie la physique
un peu sérieusement, on voit apparaître les approximations et
compagnie, et on peut donc légitimement se poser des questions quant au
qualificatif « exacte ») – sachant que ces sciences dites exactes sont
d’abord et avant tout empiriques, et donc sujettes à bouleversements
complets si l’expérience vient contredire les lois et équations
précédemment perçues comme étant le socle immuable de la science en
question.
Il faut donc d’abord renverser les raisonnements
fallacieux tenus par les grands apôtres de la pensée unique, qui se
déclinent pour l’instant sur tous les médias. Il faut rétablir la
réalité. Ré-expliquer les mécanismes de fonctionnement d’un état,
comment il se finance, quels sont les équilibres nécessaires à un
fonctionnement sain. Retracer l’histoire ensuite, et montrer comment
tout cela a lentement glissé vers la situation de crise d’aujourd’hui,
comment des politiques délibérées – qui n’ont quasi jamais rempli les
objectifs affichés et utilisés pour les justifier – ont organisé et géré
le vol légal de la richesse produite au profit des plus puissants et
des plus riches.
Il faut déculpabiliser les gens, auxquels on
serine de JT en JT, d’édition du Monde en édition du Monde « on a trop
dépensé pour l’état providence » (bref, on a trop dépensé pour vous,
citoyens, vous avez bien trop profité, vous êtes bien trop bien surtout
par rapport au reste du monde –> prétexte justifiant le nivellement
par le bas) ou encore « il va falloir être raisonnable et se serrer la
ceinture », « il faut dire la vérité aux gens, on doit rétablir
l’équilibre » (sous-entendu que c’est « les gens » qui en ont profité,
du déséquilibre). C’est faux.
On le dit dans les assemblées
syndicales. On l’écrit et on l’explique dans des brochures parues sur le
net, distribuées dans les entreprises (mais qui peut forcer les gens à
les lire ? Pas moi). Et pendant ce temps, les femmes et hommes
politiques de droite et les lobbies patronaux se succèdent sur les
plateaux TV avec une agressivité sans pareille pour dénoncer les
« dépenses honteuses de l’état », « les chômeurs profiteurs », tandis
que les femmes et hommes politiques de gauche écoutent, murmurent un
mot, et au final demeurent inaudibles, comme s’ils avaient honte, ou
peur…
En tout cas, plus la crise et l’impasse se creusent, et plus
les tenants de cette pensée unique qui ne sert qu’une petite minorité
de la population s’arcboutent sur leurs positions. Plus ils donnent de
la voix, et plus on leur donne des espaces pour asséner leurs
« vérités » aux gens. Peut-être est-ce l’élément qui fera s’écrouler le
tout plus vite. Peut-être pas. Mais quand tout s’écroule, personne ne
peut prévoir ce qui sortira des décombres. L’histoire de l’humanité, en
tout cas, ne me donne pas beaucoup d’espoir que ce qui émerge des ruines
soit meilleur, au contraire. Fascisme, extrême-droite, dictature
autoritaire, terreur… Ces risques sont de plus en plus grands.
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LEUR LOGIQUE ET LA NÔTRE, par François Leclerc
Plus la dette nous submerge, moins l’on sait quoi faire d’elle ! Ce
qui devrait inciter à se poser deux questions toutes simples et liées
entre elles : pourquoi a-t-elle pris cette ampleur et comment peut-on
s’en débarrasser, puisque l’on ne parvient pas à la rembourser ?
Une
remarque préliminaire s’impose : dette publique et dette privée sont
tellement enchevêtrées qu’elles devraient être prises en compte sans les
distinguer. Montrer du doigt la première et escamoter la seconde, c’est
désigner une victime sacrificielle, afin de présenter comme inévitable
une rigueur budgétaire destinée à restreindre prioritairement les
prestations de l’Etat providence et ses domaines d’intervention, ainsi
que de pratiquer des réformes structurelles.
Mais si l’on
considère la seule dette publique, d’où provient donc son déséquilibre
budgétaire qui n’a fait que s’accentuer au fil des trente dernières
années ? Une fois pris en compte l’impact important sur les dépenses que
les plans de relance engagés depuis le début de la crise ont
représentés, on peut estimer celui des mécanismes fiscaux très orientés
qui ont été à l’origine de la baisse des recettes publiques. Doit
également être ajoutée à la dette sa charge financière, qui croît au fil
de son refinancement. Tout ceci soustrait, la vision que l’on peut
avoir de la dette en sort changée. La présentation qui est aujourd’hui
faite d’un Etat vivant au dessus de ses moyens est non seulement
sommaire, elle est tendancieuse. D’où l’intérêt d’une analyse des causes
de l’augmentation des déficits publics, afin de contester les
fondements de remèdes présentés comme inévitables et d’en présenter
d’autres.
Si le montant de la dette
est connu, le coût de son remboursement ne l’est pas. Il ne se mesure
pas uniquement en termes financiers mais aussi en coût social,
une grandeur que l’on n’a pas l’habitude d’intégrer dans le calcul
économique. Les plans de rigueur budgétaire qui se multiplient ont en
commun de plonger progressivement dans la précarité des pans entiers de
la société et d’accentuer sa polarisation. Ils induisent aussi un
ralentissement de l’activité économique, qui diminue encore les recettes
fiscales de l’Etat. Créant une spirale descendante qui annonce de
longues années de récession et d’austérité.
Cette politique
peut-elle aboutir ? Rien n’est moins sûr, si l’on considère la
profondeur du trou qu’il faut combler et la nécessité de prêter
assistance à des Etats qui ne peuvent plus rembourser leurs dettes, même
en multipliant les mesures de rigueur budgétaire. Car leurs besoins
financiers cumulés potentiels sont tels que l’Europe ne dispose pas des
moyens d’assurer son propre sauvetage. Ce qui la conduit, comme on vient
de le constater, à rechercher d’autres soutiens financiers.
Les mécanismes qui sont à l’étude ont un objectif en commun : soustraire des griffes du marché
les Etats qui sont tombés dans le trou ainsi que ceux qui pourraient
prochainement les y rejoindre. Leur accorder des taux préférentiels pour
refinancer leur dette et étaler son remboursement afin d’éviter des
défauts atteignant le système financier. Et ne pas renouveler de
restructuration de dette. Sans en avoir les moyens, les Etats cherchent à
jouer le rôle de prêteurs en dernier ressort, puisque celui-ci n’est
plus dévolu que marginalement à leur banque centrale commune. Ne pouvant
assumer leur propre risque, vu son ampleur, ils cherchent donc à le
faire assumer par d’autres.
A ce sujet, José Manuel Barroso et
Herman van Rompuy viennent de faire un appel du pied discret aux membres
du G20 en leur adressant une lettre commune. « Nous allons mettre en
oeuvre ces mesures de manière rigoureuse et en temps utile, et nous
sommes certains qu’elles contribueront à une résolution rapide de la
crise. Cependant, le fait que nous, Européens, remplissions notre rôle
ne suffira pas à assurer une reprise mondiale et une croissance
équilibrée. Il demeure nécessaire que l’ensemble des partenaires du G20
agissent de façon conjointe dans un esprit de responsabilité commune et
en poursuivant un objectif commun ».
En effet, il s’agit de réunir
quelque mille milliards d’euros pour abonder le principal fonds de
sauvetage européen, si ce n’est plus, et les premiers contacts pris avec
les dirigeants chinois montrent que cela ne va pas être une mince
affaire. Tout le monde est donc sollicité pour mettre au pot, FMI
compris, ce qui implique l’accord des Américains.
La vérité est
triste à dire, et encore plus à admettre, mais la restructuration de la
dette grecque, pour laquelle il a fallu s’y reprendre à deux fois,
pourrait faire école. Le Portugal est un client sérieux pour en
bénéficier et, l’élan pris, pourquoi s’arrêter là ? José Manuel Barroso
vient de déclarer que la seconde décote grecque est « unique et
exceptionnelle », mais Charles Dallara l’avait déjà affirmé lors de la
négociation de la précédente ! Après tout, pourquoi certains pays
bénéficieraient-ils d’une remise de peine et d’autres en seraient exclus
?
Il existe donc une autre logique que celle du refinancement
hasardeux de la dette, qui a longtemps été niée avant d’être reconnue du
bout des doigts. Certes, elle implique de reconstituer les fonds
propres des banques au fur et à mesure qu’elle est engagée. Dans le cas
de la nouvelle décote grecque, des fonds publics vont déjà devoir être
mobilisés pour remettre à flot certaines banques, mais leur emploi va
être limité car il pose immédiatement le délicat problème des conditions
qui devraient les accompagner. Les banques ne veulent pas en entendre
parler et les Etats ne peuvent plus en écarter le principe.
En poursuivant cette logique et en la généralisant, à quoi aboutirait-on ? A la création sur fonds publics de good banks récupérant les dépôts et les actifs sains des banques actuelles – qui deviendraient des bad banks
– afin de laisser leurs actionnaires en tête à tête avec ce qui
subsisterait de leurs actifs, dont les titres de la dette souveraine
après décote. Ce serait la conséquence ultime d’une restructuration
d’ensemble de la dette publique, en guise d’épilogue un juste transfert
financier inverse…
L’argent reviendrait ainsi à l’endroit où il est nécessaire.
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dimanche 30 octobre 2011
I'm here to chew bubblegum...
PAR MIKE DAVIS
Qui aurait pu prévoir le mouvement Occupy wall
street et sa propagation au sein de petites et grandes villes à la
manière de fleurs sauvages ?
John Carpenter, aurait pu et il l’a fait.
John Carpenter, aurait pu et il l’a fait.
Il y a presque un quart de siècle le maitre de la terreur des soirs de drague (Halloween, The Thing), écrit et réalisa They Live (film dans son intégralité), un film qui décrivait l’ère Reagan comme une cataclysmique
invasion alien. Dans l’une des fabuleuses scènes séminales du film, un
bidonville du tiers monde se reflète, le long de l’autoroute, sur les
sinistres gratte-ciels entrepreneuriaux aux façades de miroirs du
quartier de Bunker Hill.
They live demeure le chef d’œuvre de
subversion de Carpenter. Peu de ceux qui l’ont vu peuvent avoir oublié
sa description de banquiers milliardaires, de médiacrates malfaisants
et de leur pouvoir glacé et zombiesque sur une classe populaire
américaine pulvérisée, vivant dans des tentes plantées à flanc de
coteaux caillouteux et mendiant des emplois. C’est à partir de cette
situation d’égalité négative face au désespoir et à l’absence de toit,
et grâce aux lunettes noires magiques trouvées par l’énigmatique Nada
(interprété par « Rowdy » Roddy Piper), que le prolétariat finit par
construire une unité interraciale, et par décrypter les mensonges
subliminaux du capitalisme and se mettre en colère.
Très en colère.
Oui je sais, je vais un peu vite. Le mouvement « Occupy
the world » cherche encore ses lunettes magiques (programmes,
revendications, stratégies etc.) et sa colère s’exprime encore à un
degré gandhien. Mais, comme le montre la vision de Carpenter, expulsez
assez d’américains de leurs maisons et licenciez-en un nombre suffisant
(ou du moins tourmentez des dizaines de millions d’entre-eux avec cette
possibilité) et quelque chose de nouveau et d’important va commencer à
se trainer vers Goldman et Sachs. Et contrairement au mouvement « Tea
Party », ce quelque chose n’est, jusqu’ici, pas doté de fils de
marionnette.
En 1965, alors que j’avais juste 18 ans et que j’étais
élu national du SDS, j’ai organisé un sit-in à la Chase Manhattan Bank,
après le massacre de manifestants pacifiques, pour attirer l’attention
sur son rôle de financeur clef de l’Afrique du Sud en tant que
« partenaires de l’apartheid ». C’était la première manifestation de
cette génération à Wall Street, et 41 personnes furent embarquées par
la police de New-York.
L’un des éléments les plus importants du soulèvement
actuel est le simple fait qu’il s’agit d’une occupation de rue et que
le mouvement a créé un lien d’identification existentiel avec les
sans-abris (bien que, franchement ma génération, formée par le mouvement
des civils rights, aurait d’abord pensé à occuper l’intérieur des
bâtiments et attendu que la police les mette à la porte ; aujourd’hui
les flics préfèrent les bombes lacrymo et les « techniques de contrainte
par la douleur »). Je pense qu’envahir les gratte-ciel est une
formidable idée mais pour une étape ultérieure de la lutte. Le génie d’
“occupy wall-street », pour le moment, est que le mouvement a libéré
certains des mètres carrés de terrain les plus chers au monde et qu’il
transformé une place privatisée en un espace public magnétique,
catalyseur de protestation.
Notre sit-in d’il y a 46 ans était un raid de guérilla ;
la présente opération est le siège de Wall Street par les Lilliputiens.
C’est également le triomphe du principe supposément archaïque du face à
face, de l’organisation dialogique. Les médias sociaux sont importants
mais pas omnipotents. L’auto-organisation militante – soit la
cristallisation à partir de discussions libres—prospère encore dans les
espaces publics urbains contemporains. Autrement dit, la plupart de nos
discours sur internet prêchent des convaincus ; même des méga-sites
comme MoveOn.org sont branchés sur le réseau des déjà convertis à la
cause ou tout du moins sur celui de leur base démographique.
De la même manière, ces occupations sont des
paratonnerres qui attirent avant tout les Démocrates radicaux exclus et
méprisés, mais il apparait qu’ils brisent également les barrières
générationnelles, offrant le terrain commun nécessaire au dialogue et à
l’échange d’analyse entre, par exemple, des enseignants quarantenaires
menacés professionnellement et de jeunes étudiants de troisième cycle
précarisés.
Plus fondamentalement, les camps sont devenus des lieux
symboliques propices à la réparation des divisions internes qui
déchirent la coalition du new deal née dans les années Nixon. Ainsi que
l’analysait Jon Wiener sur son blog accueilli sur www.TheNation.com, un blog dont l’intelligence ne se dément jamais : “les ouvriers et les hippies — ensemble, enfin.”
Effectivement. Qui ne serait ému de voir Richard Trumka,
le président du AFL-CIO, qui avait fait venir les mineurs de son
syndicat à Wall-street en 1989 au moment de leur grève amère mais
finalement victorieuse contre la Pittson Coal company, demander aux
costauds, hommes comme femmes, de son organisation de « venir protéger »
le Parc Zucotti contre une attaque imminente de la police de New-York ?
Il est vrai que les vieux militants de gauche radicale
dans mon genre sont prompts à reconnaitre dans chaque nouveau-né le
messie ; mais cet enfant, « occupy wall-street », nait coiffé. Je
pense que nous sommes témoins de la renaissance de ces qualités morales
qui ont défini de manière si caractéristique les immigrants et les
grévistes de la grande dépression, la génération de mes parents : je
parle d’une solidarité et une compassion spontanées et larges fondées
sur une éthique dangereusement égalitaire. Une éthique qui dicte de
s’arrêter pour prendre en voiture une famille qui fait du stop. De ne
jamais briser une grève même lorsque le loyer est en souffrance. De
partager sa dernière cigarette avec un étranger. De voler du lait quand
vos enfants en manquait et d’en donner la moitié aux petits d’à coté— ce
que ma propre mère a fait de manière répétée en 1936. Une éthique qui
dicte d’écouter attentivement les gens profondément silencieux qui ont
tout perdu sauf leur dignité. De cultiver la générosité du « nous ».
Ce que je veux dire, je crois, est que je suis
extrêmement impressionné par les gens qui se sont joints aux occupations
pour les défendre malgré les importantes différences d’âge, de classe
sociale et de race. Mais pareillement, je suis en adoration devant les
gosses courageux qui sont prêts à faire face à l’hiver et à rester dans
les rues glacées comme leurs frères et sœurs sans-abris.
Retour à la stratégie cependant : quel est le prochain maillon de la
chaine (au sens que donnait Lénine à cette expression) qu’il faut
attraper ? Dans quelle mesure est-il impératif que les fleurs sauvages
tiennent une réunion unitaire, adoptent des revendications
programmatiques, et conséquemment se mettent sur le terrain des enchères
politiques pour les élections de 2012 ? Obama et les Démocrates vont
avoir désespérément besoin de leur énergie et de leur authenticité. Mais
il est peu probable que les occupants offrent leur extraordinaire
processus d’organisation autonome à la vente.
Personnellement, je penche du coté de la position d’ultra-gauche et de ses impératifs évidents.
Tout d’abord : rendre visible la
douleur des 99% ; faire le procès de Wall Street. Faire venir
Harrisburg, Loredo, Riverside, Camden, Flint, Gallup, et Holly Springs
au centre-ville de New-York. Organiser une confrontation entre les
prédateurs et leurs victimes — un procès national du meurtre de masse
économique.
Deuxièmement continuer à
démocratiser et occuper de manière productive l’espace public (voir
l’initiative « reclaim the commons »). Le militant de la première heure
originaire du Bronx Mark Naison a proposé un plan audacieux pour
transformer les espaces abandonné et en ruines de New-York en espaces de
ressources (jardins, campements, espaces de jeu) pour les sans-toits et
les sans-emplois. Les manifestants d’Occupy de tout le pays savent
désormais ce que c’est que d’être sans-abri et sous le coup d’une
interdiction de dormir dans les parcs ou sous une tente. Autant de
raisons de briser les verrous et de réduire les barrières qui séparent
l’espace inusité des besoins humains urgents.
Troisièmement, rester concentrés sur
le véritable objectif. La question essentielle n’est pas une
augmentation de l’imposition des riches ou celle d’une meilleure
régulation du système bancaire. C’est celle de la démocratie
économique : le droit des gens ordinaires de prendre de macro-décisions
sur les investissements sociaux, les taux d’intérêts, les transferts de
capitaux, la création d’emploi, et le réchauffement climatique. Si le
débat ne porte pas sur le pouvoir économique, il est hors de propos.
Quatrièmement, le mouvement doit
survivre à l’hiver pour combattre le pouvoir au printemps prochain. Il
fait froid dans la rue en janvier. Bloomberg et tous les autres maires
et responsables locaux comptent sur un hiver difficile pour défaire les
manifestations. Il est donc important de renforcer les manifestations
durant les longues vacances de noël. Enfilez vos parkas.
Enfin, nous devons nous calmer— le
tour que peuvent prendre les manifestations actuelles est totalement
imprévisible. Mais lorsque l’on construit des paratonnerres, il ne faut
pas s’étonner si l’électricité finit par sauter.
Des banquiers, récemment interviewés dans le New York Times,
prétendent que les manifestations d’Occupy ne sont guère plus qu’une
nuisance produite par une analyse simpliste de la Finance. Ils devraient
être plus prudents. En effet, ils devraient probablement trembler
devant l’image de la charrette des condamnés.
Depuis 1987, les africains-américains ont perdu plus de la moitié de
leurs patrimoine ; la perte patrimoniale des latinos s’élève à
l’incroyable taux de 75%. Depuis 2000, les Etats-Unis ont perdu 5,5
millions d’emplois dans l’industrie, ont vu 42 000 usines fermer et,
depuis cette date, toute une génération de diplômés de l’enseignement
supérieur est touchée par le plus haut pourcentage de déclassement de
l’histoire des Etats-Unis. Brisez le rêve américain et le people vont
vous le faire sérieusement payer. Comme l’explique Nada à ses imprudents
assaillants dans le formidable film de Carpenter : “Je suis venu ici
pour mâcher du chewing-gum et casser des gueules… et je suis à court de
chewing-gum. »
Traduit de l’anglais par Samira Ouardi - revue Mouvements.
Le texte a été initialement publié sur le site de la Los Angeles Review of Books :
http://lareviewofbooks.org/post/117...
Le texte a été initialement publié sur le site de la Los Angeles Review of Books :
http://lareviewofbooks.org/post/117...
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samedi 29 octobre 2011
ILS MARCHENT SUR LA TÊTE
Demander leur aide aux pays émergents, Chine en tête, est un
symbole fort des nouveaux rapports de force mondiaux. En procédant
ainsi, les dirigeants européens viennent de mettre en évidence qu’ils
n’ont pas les moyens de refinancer l’endettement de l’Europe, puisque
c’est la stratégie qu’ils poursuivent envers et contre tout.
Quand
certains d’entre eux récusent cette voie, c’est pour se réfugier dans
une autre fuite en avant, en préconisant que la BCE éponge la dette en
créant de la monnaie, afin que tout puisse repartir comme si de rien
n’était, à des aménagements mineurs près.
Or,
la planète n’a pas changé d’axe, mais le monde si ! Les pays de l’OCDE
doivent céder le pas devant de nouvelles puissances économiques, qui
disposent des moyens financiers allant de pair. Cette nouvelle donne est
issue du processus de mondialisation, qui a redistribué les cartes,
dont on n’a vu que les délocalisations, puis l’invasion de produits venus d’ailleurs. Le monde pivote pour de bon et il faut désormais résoudre une nouvelle équation.
Epuisé pour avoir été trop exploité, le vieux monde cède maintenant le pas devant un nouveau monde
qui s’impose irrésistiblement. Pour le système financier, c’est un
nouvel eldorado en puissance, où il va pouvoir reproduire les recettes
qui ont fait sa fortune après avoir entraîné la désolation sur ses
anciens terrains de jeu. D’Occident, cet inacceptable renversement de
situation pourrait apparaître comme le match retour d’une exploitation
coloniale qui a fait la fortune de ceux qui en ont été les maîtres, si
cet épisode n’était pas oublié.
La tentation du déni est grande,
comme toujours lorsque la peur est grande. Ainsi que celle du repli, qui
l’accompagne. Accompagnée de fortes réactions de rejet, telles qu’on
les observe en Allemagne par rapport aux Grecs. Elle évite de se
confronter à la seule problématique qui vaille, celle d’une autre
mondialisation ayant pour objectif de mieux répartir la richesse, à la
fois sur la planète et au sein des sociétés qui l’habitent. Les deux
échelles vont en effet de pair, imposant si l’on prétend régler l’une de
s’attaquer à l’autre ; de définir de nouveaux modèles de développement
globaux, intégrant tout à la fois les besoins économiques, sociaux et
environnementaux.
Une telle démarche est constitutive du nouveau
paradigme qui progressivement se dessine. Mais il n’est pas surprenant,
étant donné les mises à plat et remises en cause qu’elle implique, que
les héritiers de la social-démocratie historique ne la partagent pas,
puisqu’il ne s’agirait plus de mieux gérer un système mais de le
transformer. Ils négligent l’étroitesse de leur marge de manœuvre,
singulièrement réduite en situation de crise durable, font abusivement
confiance à leurs capacités de gestionnaires, et préparent la
désillusion.
La période où des pays pouvaient symboliser un avenir
radieux est révolue : il n’y a plus de patrie d’un socialisme qui n’a
pas rempli ses promesses tandis que les Etats-Unis connaissent le
déclin, le miracle américain ne faisant plus recette. L’Union européenne
a pu un temps cristalliser des aspirations, mais elle n’en est plus
capable dans ses soubresauts actuels. S’impose progressivement, comme un
repoussoir, l’image d’un pouvoir oligarchique, transnational, qui non
seulement dispose des leviers de commande mais est désormais assis sur
la colossale finance grise du shadow banking. Sommaire, cette vision est aussi désarmante, car comment lutter contre l’insaisissable ?
La
première réponse est qu’il faut connaître ce système davantage afin de
mieux le décrypter. La seconde est qu’il faut lui opposer une
alternative qui est en premier lieu programmatique. Puisqu’un grand saut
doit être effectué, le système étant en train d’imploser sous nos yeux,
sur quels principes fondateurs peut reposer une alternative ? A quelles
aspirations doit-il être répondu et comment ? L’exercice réclame de
sortir des sentiers battus et de ne pas s’enfermer dans un réalisme
qui se trouve dans l’impasse et procède du manque d’ouverture d’esprit
quand ce n’est pas de l’imposture.
source : Paul JORION
Mais au contraire d’affronter le vent
du large.
La crise a ceci de positif qu’elle met à nu des
mécanismes qui étaient ignorés, qu’elle dévoile une réalité auparavant
dissimulée. Dans quelque domaine que l’on étudie un peu, y compris les
plus vitaux comme ceux de l’alimentation et de la santé, on observe et
comprend que les objectifs poursuivis répondent souvent à des critères
qui nous sont pour le coup étrangers. Quant à l’activité financière, qui
domine toutes les autres, elle apparaît désormais pour ce qu’elle est :
fondamentalement parasitaire.
Dans tous ces domaines, et dans
d’autres encore, des analyses et des réflexions sont en cours, des
expériences sont tentées, de nouvelles pratiques sociales se dessinent.
Aujourd’hui, le choix est de savoir de quel côté on se situe : de ce
côté-ci ou de celui de ceux qui ont comme horizon borné de redémarrer la
machine à décerveler, en limitant si possible ce que l’on appelle le coût social, celui-là même qui devrait plus que tout autre être considéré.
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L’humeur des temps et le regard détourné du zombie
source: dedefensa
Le désordre du monde, la bassesse historiquement unique de nos
directions politiques, les politiques qui s’ensuivent
mélangeant fort logiquement désordre et bassesse pour aboutir à des
incohérences ahuries et sanglantes, tout cela nous engage toujours
davantage à ne pas tenter d’évaluer la vérité du monde
à l’aune de ces références qui furent les guides de nos pensées
évaluatrices pendant des décennies et même deux bons siècles. Le
domaine psychologique et ses rapports avec les courants métahistoriques,
par conséquent ces phénomènes, insaisissables par l’excellence
scientifique, des déplacements de pressions, d’angoisses et d’élans
inconscients, – ce que nous nommons pour ce F&C “l’humeur
des temps”, – nous paraît un domaine d’exploration bien plus
fécond ; cela, en espérant être aidé dans cette exploration par le don
épisodique que nous ferait l’intuition haute de se manifester
par ses fulgurances. Par conséquent encore, et cela est tout simplement
fondamental, cette exploration va se réaliser
surtout, sinon exclusivement, par rapport au système de la
communication, dont l’action s’exerce sur la psychologie et le
comportement ; dans cette description, on comprend en effet que la
communication est le domaine aujourd’hui essentiel, sinon exclusif
de la puissance, et que toutes les décisions (politique, stratégiques, sociales, etc. ?) sont, au moins, très fortement
influencées par lui, sinon complètement dépendantes de lui.
C’est dans ce domaine que nous allons explorer les effets et les
conséquences, essentiellement sur les psychologies, les jugements
jaillissants, les comportements révélateurs et pas nécessairement
conscients, de ce phénomène qui nous paraît de plus en plus remarquable
par sa complète nouveauté du mouvement “OWS et le reste”. Nous avons
déjà eu diverses indications éparses de ces comportements, ces
psychologies, aboutissant à des situations très inhabituelles. (Voir,
pour les exemples les plus récents, dans notre rubrique
Bloc-Notes, le 26 octobre 2011, et dans notre rubrique Ouverture libre, le même 26 octobre 2011.)
On
citera ci-dessous trois (ou quatre) exemples de personnalités,
nécessairement plutôt du camp des “dissidents” mais y tenant une place
d’audience nationale aux USA, s’exprimant sur la signification d’“OWS
et le reste” dans des termes qui mesurent la puissance formidable des
effets que ce mouvement a suscitée.
• On extrait d’un débat entre le professeur de Harvard, activiste
africain-américain anciennement proche d’Obama, Cornell West, et le
cinéaste documentaire Michael Moore, sur Democracy Now ! le 24 octobre 2011, ces déclarations du premier
(West).
«… And to just be in the same room with Michael Moore, in the same
country, on the same planet, is inspiring to me. The brother’s
brilliance and his deep love for people just is quite—it’s just—it’s a
national, international treasure. And that’s very important, because
we’re right in the middle of a movement, and to see that kind of
quality of sacrifice and service is a beautiful thing. It’s a sublime
thing, very much so.
»But now, what we’re trying to do is connect what’s going on on
Wall Street with what’s going on in Harlem, because if in fact we
continue to have this kind of magnificent movement here and around the
world, we want to be able to connect the corporate greed not just on
Wall Street, but in the military-industrial complex, the
prison-industrial complex, and the corporate-media multiplex, so that we
have an
inclusive, systemic analysis, even as we’re willing to bear witness to
the love for poor and working people.»
• Chris Hedges (de Truthdig.org notamment) et Amy Goodman (de Democracy Now !) ont débattu lors du talk-show
“Charlie Rose”. Le résumé que donne Truthdig.org de l’entretien (il y a aussi l’accès au DVD de l’émission), le 25 octobre 2011,
donne la mesure du niveau des réflexions que suscitent “OWS et le
reste”. Il y est question d’une révolution en Amérique aussi bien que de
la sauvegarde de l’espèce humaine…
«In their joint interview, Goodman doesn’t hesitate to accept
Rose’s proposition that OWS could be called a new American revolution,
telling the PBS host, “I think it’s happening as we speak” and noting
the response from abroad, while Hedges calls the movement “a return to
sanity” and a “confrontation with dead ideas.” Hedges cuts through the
noise quickly in this clip, summing up the argument he’s been making
for years in his column by stating, “I think these people are very very
clear that we cannot sustain ourselves … not only as a society but
even as a species, if we don’t confront the corporate state.”»
• Un article d’un des directeurs du site CounterPunch et de la fameuse Lettre d’Information éponyme, Jeffrey Saint-Clair, le 25 octobre 2011 : «Don't
Protest, Resist, Occupy
the System, – There is an anger running rampant across the country.
Some on the right are calling it class warfare. People are enraged. Jobs
are scarce, the rich continue to get richer while the poor continue to
struggle to make ends meet. Indeed, it should be classified as
economic warfare, Americans are sick and tired of being pushed around.
It is time to shove back…»
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City of the Living Dead
by Kelley B. Vlahos,
October 25, 2011(antiwar.com)
Anyone covering Capitol Hill knows
that congressional hearings can be deadly — deadly boring and
deadly predictable.
But when a reported Iraq war veteran exploded into a House Armed Services Committee hearing
this month as Secretary of Defense Leon Panetta was reading his prepared
remarks, for a split second it was like a test to see if someone blinked.
Better yet, it was a test to see if anyone was human enough to respond.
One person reportedly burst out laughing, right after the veteran, who was screaming
“We murdered people! I saw what we did to people!” was dragged from
the room by security. But the rest of the chamber was silent, faces
turned stoically forward. The vet was followed by two silver-haired
antiwar women decrying the war. They were also manhandled out of the
room in short order. Seven people altogether that day were arrested
for interrupting the proceedings — one charging that the veteran had
been laughed at — while a number of others outside in the hallway chanted,
“We are the 99 percent, and we don’t support these wars!”
But like something out of a Kevin McCarthy movie, the chamber’s inhabitants impassively waited
until the would-be rabble-rousers were silenced. Aside from the reported
spark of laughter — probably born out of nervousness or condescension,
or likely both — and a couple of stolen sideways glances, the business
of war went on.
This is what the current “Occupy”
protests are up against. This is what the antiwar protesters have battled
since 2001 — a persistent indifference, which in some cases is very
real but in other ways is merely used to mask more volatile feelings:
disgust and fear of the protesters, confusion about what they stand
for, even self-loathing and regret for the passion the indifferent no longer feel
about anything outside of themselves.
The good news: According to Kevin Zeese,
founder and executive director of Come Home America and organizer
behind the October
2011/Stop the Machine demonstrations,
which are running parallel to the Occupy D.C. protests in Washington this
month, the antiwar movement has gotten more traction than any time in
the last 10 years, particularly in Washington, the proverbial belly
of the beast.
“There’s no question, when we started
working on this [last year] we didn’t know if there would be 50 people
out here or anyone joining with us,” he told Antiwar.com. Since Occupy
Wall Street began in New York and then the launch of Occupy D.C. corresponded
with Zeese’s group’s rally to commemorate the 10-year anniversary
of the Afghanistan War on Oct. 6, “we’ve had several thousands of
people out here. This is just the beginning.”
The message, Zeese said, is resonating
with folks who might have come down to Freedom Plaza for Occupy D.C.’s
anti-corporatist agenda but understand how it all fits into the stunning
growth of the military-industrial complex over the last half-century.
Nowhere is this more explicit than in Washington, D.C.
“The dominant message is economic
insecurity, and it’s bringing people out, and people are recognizing
that the unbridled spending on weapons and on war has a big impact on
why we have this economic insecurity,” he added.
On Oct. 8, the protesters in effect shut down the Smithsonian’s
Air and Space Museum. They
were rallying against the glorification of drones and warplanes in front
of the building when a scuffle with police brought out the pepper spray
on the front steps. A right-wing provocateur instigated
the situation. More on that later.
But aside from the protests at the
Smithsonian and the Armed Services Committee, Zeese said the group has
been leading teach-ins on various aspects of war and peace, including
the enduring drum beat for war by the city’s hawks against Iran.
For obvious reasons, the antiwar theme (which at its core, is really
about America’s unrestrained post-9/11 militarism) is much more
prevalent in Washington than in New York and the many other cities that
are hosting similar
Occupy demonstrations. The question is whether Zeese and the others
can sustain any sort of focus on it as Occupy becomes more of a
political
force on the mainstream’s radar.
All Types of Zombies
Everybody knows that zombies eat brains.
George Romero set the scene in Night
of the Living Dead,
and Hollywood never looked back. Before that, zombies in movies typically
involved reanimation and mind control through so-called African-Caribbean
voodoo. In films like White
Zombie and I
Walked with a Zombie
bad actors with the magic enslaved poor mindless fools to do their bidding.
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Jean-Michel Quatrepoint - La 3ème guerre mondiale en question
10/10/2011 - Conférence Ihedn (Institut des hautes études de défense nationale) - Extrait: La 3ème guerre mondiale en question
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mardi 25 octobre 2011
EL CANIBALISMO ES UNA IDEA NUEVA EN EUROPA
"¿Ya se volvió obsoleto el dinero?" de Anselm Jappe
Los medios y las instancias oficiales ya nos están preparando: muy pronto, va a desencadenarse una nueva crisis financiera mundial, y será peor que la de 2008. Se habla abiertamente de « catástrofes » y de « desastres ». Pero, ¿qué pasará después? ¿Cómo viviremos después del derrumbe a amplia escala de los bancos y las finanzas públicas? Argentina ya vivió esto en 2002. Posteriormente, pagando el precio de un empobrecimiento en masa, la economía argentina pudo recuperarse un tanto : pero, en este caso, se trataba de un solo país. Actualmente, todas las finanzas europeas y norteamericanas se encuentran a punto de hundirse juntas, sin salvador posible.
Los medios y las instancias oficiales ya nos están preparando: muy pronto, va a desencadenarse una nueva crisis financiera mundial, y será peor que la de 2008. Se habla abiertamente de « catástrofes » y de « desastres ». Pero, ¿qué pasará después? ¿Cómo viviremos después del derrumbe a amplia escala de los bancos y las finanzas públicas? Argentina ya vivió esto en 2002. Posteriormente, pagando el precio de un empobrecimiento en masa, la economía argentina pudo recuperarse un tanto : pero, en este caso, se trataba de un solo país. Actualmente, todas las finanzas europeas y norteamericanas se encuentran a punto de hundirse juntas, sin salvador posible.
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mardi 18 octobre 2011
Le retour des classes populaires ?...
Le quotidien Le Monde a publié un point de vue du sociologue Christophe Guilluy, qui a récemment publié un essai intitulé Fractures françaises (Bourin, 2010), consacré au retour dans le paysage français des classes populaires.
Les classes populaires sont de retour en France
En quelques décennies le Front national est devenu le porte-voix d'une part croissante des catégories populaires. Cette évolution n'est pas la résurgence d'un populisme ancien ou la conséquence d'une droitisation de l'opinion, mais il s'agit d'un processus contemporain lié à une recomposition sociologique et politique sans précédent. Le retour des classes populaires est ainsi corrélé à l'implosion de la classe moyenne tandis que la dynamique frontiste est d'abord le fruit de la fin de la bipolarisation.L'éclatement de la classe moyenne a libéré un nouveau "champ sociologique" qui rend de nouveau visibles les catégories populaires. Le surgissement dans le débat public de catégories, hier oubliées au profit des classes moyennes, est un indicateur essentiel de la nouvelle donne sociale.Si les classes moyennes avaient accompagné hier la "moyennisation" de la société française pendant la période des "trente glorieuses", plusieurs décennies de précarisation et de déclassement social favorisent aujourd'hui l'émergence de nouvelles catégories populaires. C'est dans ce contexte qu'il faut analyser la résurgence politique et culturelle des milieux populaires. Désormais, ce sont ces catégories qui reflètent avec le plus d'acuité la réalité sociale du pays. Majoritaires dans la population active, les catégories ouvriers-employés représentent aussi une majorité des retraités. Elles recouvrent ainsi un très large spectre de la sociologie française.Si ces nouvelles catégories populaires ne se pensent pas comme une nouvelle "classe sociale", elles subissent néanmoins les effets négatifs de la mondialisation. Ainsi, l'essentiel des chômeurs, travailleurs pauvres et/ou à temps partiel sont issus de ces milieux. Cette insécurité sociale se double d'une nouvelle insécurité culturelle liée à l'émergence d'une société multiculturelle.Cette double insécurité explique que des catégories populaires très diverses, et hier parfois opposées, se retrouvent dans une même perception de la réalité sociale. L'employé du lotissement pavillonnaire, l'ouvrier rural, le chômeur du bassin minier ou le petit paysan peuvent ainsi partager une même critique des choix économiques et politiques des classes dirigeantes depuis vingt ans. Tous subissent aussi les mêmes logiques foncières et l'éloignement des marchés de l'emploi les plus actifs, ceux des métropoles.Ces nouvelles classes populaires sont-elles de droite ? Après la disparition du "peuple de gauche" au XXe siècle, assiste-t-on à l'émergence d'un nouveau "peuple de droite" ? Rien n'est moins sûr. L'analyse par la "droitisation" occulte une donnée essentielle : la fin de la bipolarisation.Désormais persuadée de la vacuité du débat droite-gauche, une majorité de Français ne font plus confiance aux grands partis. En 2010, un sondage Sofres/Cevipof estimait à 67 % le nombre de français qui ne faisaient plus confiance ni à la gauche ni à la droite ; une minorité d'entre eux arrivait encore à se situer sur l'échelle gauche-droite. Ce "ni gauche ni droite", particulièrement fort en milieu populaire, n'exprime pas une vague "protestation" ni la résurgence d'un populisme ancien mais résulte d'une réalité sociale et culturelle pour partie occultée par les grands partis.Pire, les responsables politiques continuent à vanter les mérites d'une mondialisation heureuse, alors même que les catégories populaires subissent une précarisation objective de leurs conditions de vie. C'est dans ce contexte que l'inanité de la bipolarisation ouvre un nouveau "champ politique" au FN.Mais ce n'est peut-être pas le plus important. Si le FN bénéficie de la fin de la bipolarisation et de la résurgence des catégories populaires, il ne capte qu'une part minoritaire de cette majorité de Français qui ne se reconnaît plus ni à gauche ni à droite. Il existe aujourd'hui un espace considérable pour qui souhaiterait répondre à la demande de protection des classes populaires.Dès lors, plutôt que de se faire peur avec la montée du "populisme" ou la droitisation des opinions, il convient de prendre acte d'une bonne nouvelle, celle du retour des classes populaires dans le champ politique. Un retour qui impliquera mécaniquement une recomposition politique qu'une majorité de Français attend.Christophe Guilluy (Le Monde, 25 mai 2011)
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Sociologie territoriale française - Christophe Guilluy
Désocultation de la question sociale:
les classes invisibles, gentrication des centres-villes, expulsion des classes populaires, tension centre/périphérie.
Par Christophe Guilly ("Fractures Françaises"), géographe et consultant en sociologie des territoires.
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samedi 15 octobre 2011
Quand même les libéraux prévoient la Révolution
« Une révolution couve probablement aux Etats-Unis. A l’époque de la
guerre froide, la CIA s’était vue confier la mission de faire le
portrait d’un pays susceptible de connaître une révolution. Elle en
avait conclu qu’un tel pays aurait trois caractéristiques :
- un profond fossé entre les riches et les pauvres ;
– une classe moyenne en voie de disparition… ou qui n’avait jamais existé ;
– beaucoup de gens avec beaucoup de griefs.
– une classe moyenne en voie de disparition… ou qui n’avait jamais existé ;
– beaucoup de gens avec beaucoup de griefs.
Les
Etats-Unis répondent à chacun de ces critères. Et d’autres encore
auxquels la CIA n’avait pas pensé. L’indice U6, une mesure large du
chômage américain, est en hausse… avec 16,5% de la population sans
emploi. On trouve 6,2 millions de personnes en recherche d’emploi depuis
plus de six mois. Les Américains sont 7 000 milliards de dollars plus
pauvres, selon David Rosenberg, qu’ils l’étaient il y a quatre ans. Et
les prix de l’immobilier continuent de baisser.
Oui, il y a aussi une Grande Correction en cours. Ajoutée aux politiques du gouvernement US, elle lamine les pauvres.
Des
millions de personnes marginalement prospères s’estiment flouées par le
système. Le chômage des jeunes atteint des niveaux dignes de la Grande
Dépression de 1929. Plus de 45 millions d’Américains dépendent des bons
d’alimentation.
[...]
Les riches s’enrichissent. Les classes
moyennes s’appauvrissent ; elles sont en concurrence avec le pillage
impérial — des richesses provenant d’Asie, achetées avec des dollars qui
n’ont jamais été gagnés… et ne seront jamais remboursés.
Les
classes moyennes des Etats-Unis n’ont pas hésité à vendre leurs propres
enfants, les condamnent à la servitude perpétuelle de la dette. Les
enfants américains ont des obligations financières dont le montant
atteint entre cinq et 15 fois la production annuelle des Etats-Unis. A
moins de se révolter, ils devront travailler toute leur vie pour payer
les excès de leurs parents.
Mais que feront les Américains lorsque
les générations futures n’en pourront plus ? Ils ne peuvent pas devenir
esclaves, ils le sont déjà. La plupart sont déjà confrontés à une vie
entière de dette d’étudiant, dette immobilière et dette médicale.
Que peuvent-ils faire ? La révolution, bien sûr ! »
(Bill Bonner. http://la-chronique-agora.com/le-chomage-etouffe-la-classe-moyenne-aux-etats-unis-la-revolution-gronde/ )
A lire aussi: « Chine/Etats-Unis : la guerre du pétrole a déjà commencé »
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Discours de Naomi Klein à l’Occupation de Wall Street
Naomi Klein, journaliste canadienne et auteur de La Stratégie du
choc, était invitée à s’exprimer par le mouvement Occupy Wall Street, à
New York. Selon elle, ce mouvement va durer, car le combat contre le
système économique « injuste et hors de contrôle » prendra des années.
Objectif : renverser la situation en montrant que les ressources
financières existent, qui permettraient de construire une autre société.
J’ai été honorée d’être invitée à parler [le 29 septembre] devant les
manifestants d’Occupons Wall Street. La sonorisation ayant été
(honteusement) interdite, tout ce que je disais devait être répété par
des centaines de personnes, pour que tous entendent (un système de
« microphone humain »). Ce que j’ai dit sur la place de la Liberté a
donc été très court. Voici la version longue de ce discours [publiée
initialement en anglais dans Occupy Wall Street Journal].
« Le mouvement Occupons Wall Street est actuellement la chose la plus importante au monde »
Je vous aime.
Et je ne dis pas cela pour que des centaines d’entre vous me répondent en criant « je vous aime ». Même si c’est évidemment un des avantages de ce système de « microphone humain ». Dites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous redisent, encore plus fort.
Et je ne dis pas cela pour que des centaines d’entre vous me répondent en criant « je vous aime ». Même si c’est évidemment un des avantages de ce système de « microphone humain ». Dites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous redisent, encore plus fort.
Hier, un des orateurs du rassemblement syndical a déclaré : « Nous
nous sommes trouvés. » Ce sentiment saisit bien la beauté de ce qui se
crée ici. Un espace largement ouvert – et une idée si grande qu’elle ne
peut être contenue dans aucun endroit – pour tous ceux qui veulent un
monde meilleur. Nous en sommes tellement reconnaissants.
S’il y a une chose que je sais, c’est que les 1 % [les plus riches]
aiment les crises. Quand les gens sont paniqués et désespérés, que
personne ne semble savoir ce qu’il faut faire, c’est le moment idéal
pour eux pour faire passer leur liste de vœux, avec leurs politiques
pro-entreprises : privatiser l’éducation et la Sécurité sociale, mettre
en pièces les services publics, se débarrasser des dernières mesures
contraignantes pour les entreprises. Au cœur de la crise, c’est ce qui
se passe partout dans le monde.
Et une seule chose peut bloquer cette stratégie. Une grande chose
heureusement : les 99 %. Ces 99 % qui descendent dans les rues, de
Madison à Madrid, en disant : « Non, nous ne paierons pas pour votre
crise. »
Ce slogan est né en Italie en 2008. Il a ricoché en Grèce, en France,
en Irlande, pour finalement faire son chemin jusqu’à l’endroit même où
la crise a commencé.
« Pourquoi protestent-ils ? » demandent à la télévision les experts
déroutés. Pendant ce temps, le reste du monde demande : « Pourquoi
avez-vous mis autant de temps ? », « On se demandait quand vous alliez
vous manifester ». Et la plupart disent : « Bienvenus ! »
Beaucoup de gens ont établi un parallèle entre Occupy Wall Street et
les manifestations « antimondialisation » qui avaient attiré l’attention
à Seattle en 1999. C’était la dernière fois qu’un mouvement mondial,
dirigé par des jeunes, décentralisé, menait une action visant
directement le pouvoir des entreprises. Et je suis fière d’avoir
participé à ce que nous appelions alors « le mouvement des mouvements ».
Mais il y a aussi de grandes différences. Nous avions notamment
choisi pour cibles des sommets internationaux : l’Organisation mondiale
du commerce, le FMI, le G8. Ces sommets sont par nature éphémères, ils
ne durent qu’une semaine. Ce qui nous rendait nous aussi éphémères. On
apparaissait, on faisait la une des journaux, et puis on disparaissait.
Et dans la frénésie d’hyperpatriotisme et de militarisme qui a suivi
l’attaque du 11 Septembre, il a été facile de nous balayer complètement,
au moins en Amérique du Nord.
Occupy Wall Street, au contraire, s’est choisi une cible fixe. Vous
n’avez fixé aucune date limite à votre présence ici. Cela est sage.
C’est seulement en restant sur place que des racines peuvent pousser.
C’est crucial. C’est un fait de l’ère de l’information : beaucoup trop
de mouvements apparaissent comme de belles fleurs et meurent rapidement.
Parce qu’ils n’ont pas de racines. Et qu’ils n’ont pas de plan à long
terme sur comment se maintenir. Quand les tempêtes arrivent, ils sont
emportés.
Être un mouvement horizontal et profondément démocratique est
formidable. Et ces principes sont compatibles avec le dur labeur de
construction de structures et d’institutions suffisamment robustes pour
traverser les tempêtes à venir. Je crois vraiment que c’est ce qui va se
passer ici.
Autre chose que ce mouvement fait bien : vous vous êtes engagés à
être non-violents. Vous avez refusé de donner aux médias ces images de
fenêtres cassées ou de batailles de rue qu’ils attendent si
désespérément. Et cette prodigieuse discipline de votre côté implique
que c’est la brutalité scandaleuse et injustifiée de la police que
l’histoire retiendra. Une brutalité que nous n’avons pas constatée la
nuit dernière seulement. Pendant ce temps, le soutien au mouvement
grandit de plus en plus. Plus de sagesse.
Mais la principale différence, c’est qu’en 1999 nous prenions le
capitalisme au sommet d’un boom économique frénétique. Le chômage était
bas, les portefeuilles d’actions enflaient. Les médias étaient fascinés
par l’argent facile. À l’époque, on parlait de start-up, pas de
fermetures d’entreprises.
Nous avons montré que la dérégulation derrière ce délire a eu un
coût. Elle a été préjudiciable aux normes du travail. Elle a été
préjudiciable aux normes environnementales. Les entreprises devenaient
plus puissantes que les gouvernements, ce qui a été dommageable pour nos
démocraties. Mais, pour être honnête avec vous, pendant ces temps de
prospérité, attaquer un système économique fondé sur la cupidité a été
difficile à faire admettre, au moins dans les pays riches.
Dix ans plus tard, il semble qu’il n’y ait plus de pays riches. Juste
un tas de gens riches. Des gens qui se sont enrichis en pillant les
biens publics et en épuisant les ressources naturelles dans le monde.
Le fait est qu’aujourd’hui chacun peut voir que le système est
profondément injuste et hors de contrôle. La cupidité effrénée a saccagé
l’économie mondiale. Et elle saccage aussi la Terre. Nous pillons nos
océans, polluons notre eau avec la fracturation hydraulique et le forage
en eaux profondes, nous nous tournons vers les sources d’énergie les
plus sales de la planète, comme les sables bitumineux en Alberta. Et
l’atmosphère ne peut absorber la quantité de carbone que nous émettons,
créant un dangereux réchauffement. La nouvelle norme, ce sont les
catastrophes en série. Économiques et écologiques.
Tels sont les faits sur le terrain. Ils sont si flagrants, si
évidents, qu’il est beaucoup plus facile qu’en 1999 de toucher les gens,
et de construire un mouvement rapidement.
Nous savons tous, ou du moins nous sentons, que le monde est à
l’envers : nous agissons comme s’il n’y avait pas de limites à ce qui,
en réalité, n’est pas renouvelable – les combustibles fossiles et
l’espace atmosphérique pour absorber leurs émissions. Et nous agissons
comme s’il y avait des limites strictes et inflexibles à ce qui, en
réalité, est abondant – les ressources financières pour construire la
société dont nous avons besoin.
La tâche de notre époque est de renverser cette situation et de
contester cette pénurie artificielle. D’insister sur le fait que nous
pouvons nous permettre de construire une société décente et ouverte,
tout en respectant les limites réelles de la Terre.
Le changement climatique signifie que nous devons le faire avant une
date butoir. Cette fois, notre mouvement ne peut se laisser distraire,
diviser, épuiser ou emporter par les événements. Cette fois, nous devons
réussir. Et je ne parle pas de réguler les banques et d’augmenter les
taxes pour les riches, même si c’est important.
Je parle de changer les valeurs sous-jacentes qui régissent notre
société. Il est difficile de résumer cela en une seule revendication,
compréhensible par les médias. Et il est difficile également de
déterminer comment le faire. Mais le fait que ce soit difficile ne le
rend pas moins urgent.
C’est ce qui se passe sur cette place, il me semble. Dans la façon
dont vous vous nourrissez ou vous réchauffez les uns les autres,
partageant librement les informations et fournissant des soins de santé,
des cours de méditation et des formations à « l’empowerment ». La
pancarte que je préfère ici, c’est : « Je me soucie de vous. » Dans une
culture qui forme les gens à éviter le regard de l’autre et à dire :
« Laissez-les mourir », c’est une déclaration profondément radicale.
Quelques réflexions finales. Dans cette grande lutte, voici quelques choses qui ne comptent pas :
Comment nous nous habillons,
Que nous serrions nos poings ou faisions des signes de paix,
Que l’on puisse faire tenir nos rêves d’un monde meilleur dans une phrase-choc pour les médias.
Et voici quelques petites choses qui comptent vraiment :
Notre courage,
Notre sens moral,
Comment nous nous traitons les uns les autres.
Nous avons mené un combat contre les forces économiques et politiques
les plus puissantes de la planète. C’est effrayant. Et tandis que ce
mouvement grandit sans cesse, cela deviendra plus effrayant encore.
Soyez toujours conscients qu’il y a aura la tentation de se tourner vers
des cibles plus petites – comme, disons, la personne assise à côté de
vous pendant ce rassemblement. Après tout, c’est une bataille qui est
plus facile à gagner.
Ne cédons pas à la tentation. Je ne dis pas de ne pas vous faire
mutuellement des reproches. Mais cette fois, traitons-nous les uns les
autres comme si on prévoyait de travailler ensemble, côte à côte dans
les batailles, pour de nombreuses années à venir. Parce que la tâche qui
nous attend n’en demandera pas moins.
Considérons ce beau mouvement comme s’il était la chose la plus importante au monde. Parce qu’il l’est. Vraiment.
Naomi Klein, le 6 octobre 2011
Discours publié dans Occupied Wall Street Journal. A lire : le blog de Naomi Klein (en anglais).
Traduction : Agnès Rousseaux / Basta !
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jeudi 13 octobre 2011
Piqûre de rappel
Le fonctionnement de Facebook, Google, est une preuve par le fait du fonctionnement réel de nos pseudos-démocraties, véritables totalitarismes gestionnaires.
Tan que ça rapporte tu peux dire et faire n'importe quoi, même des choses intéressantes, dans la mesure où l'usage de ces services (fournis gratuitement), est accolé à un flux de publicités qui génère des profits.
Il va de soi que si cela n'était pas le cas, ces service n'auraient aucune raison d'exister, c'est donc le principe du profit qui secrète une certaine tolérance dans l'usage de ces services. Cette tolérance ne vient pas de surcroît à la nécessité économique comme est venu de surcroît la conscience à l'être humain (dans le champ de son évolution adaptative à son environnement). Elle ne correspond pas à l'effet d'une logique simple de rétro-action qui la ferait apparaître comme son aboutissement nécessaire ou historique. Non, la tolérance à ce que l'on fasse joujou sur internet c'est pas cadeau mais c'est par contre une condition nécessaire afin d'instaurer une relation de confiance avec le modèle économique qui la supporte, une croyance qui est une "philia", où l'on est prompt, pour des raisons naturelles mais dévoyées de reconnaissance recherchée ou tout simplement d'existence, à céder des informations personnelles qui sont la proie d'entreprises ou d'états intéressés dans le profilage des populations.
Il va de soi aussi que si la police ou l'État nous demandait de telles informations, on crierait au scandale et à la dictature. On peut donc considérer Google ou Facebook comme un nouveau type de police de la pensée suffisamment glamour* pour faire passer la police, et notamment la police à caractère politique (avec ses officines médiatiques) pour de rustres antiquités à ranger dans la remise des instruments de labour néolithique.
Il va de soi enfin que le temps de l'amnésie perfusée à fait son oeuvre. Si il y a cinq ans, on osait nous demander les informations que l'on nous extorque si facilement aujourd'hui, on aurait réagi faute d'intoxication suffisante. La vaseline digitale ça existe, et vu le résultat ça marche très bien. Il y a aujourd'hui un certain nombre d'applications que les ingénieurs ont conçus mais dont on ose pas encore nous faire bénéficier. Mais cela viendra, nous les demanderons, nous les attendrons, après stimulation préalable. Elle est pas belge la vie?
* Fashionism (Glamour, vaseline, Fachisme)
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A conseiller les lectures édifiantes de PMO sur les autres réjouissances "proposées" par la technostructure, qui veillent sur nos âmes insidieusement raréfiées.
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