LA PEUR-PANIQUE DU FUTUR NOUS PARALYSE DANS LA PEUR AU PRÉSENT. DIT-ON.


C'EST UN MAUVAIS RÊVE QUI NÉCESSITE D'ÊTRE ENDORMI POUR Y CROIRE.



jeudi 4 août 2011

Frivolité de la valeur

Frivolité de la valeur. Essai sur l'imaginaire du capitalisme, Jean-Joseph Goux, Blusson, 2000
Les valeurs varient, les théories de la valeur aussi, en fonction des pratiques économiques, de l'équivalent général : or, monnaie, chèque ou carte de crédit. La part subjective de la valeur s'accroît dans l'économie immatérielle et contamine littérature, linguistique et philosophie post-moderne. Sommes nous condamnés à la disparition du sujet où à la valorisation de la personne ?
I. La subjectivité des valeurs
    L'histoire des valeurs Comme son nom l'indique, le premier intérêt de ce livre est de contester l'objectivité de la valeur en mettant en relief ses variations historiques par rapport à la forme de la monnaie jusqu'à la "frivolité" actuelle. On ne peut s'en tenir à ce point de vue trop exclusivement imaginaire sur la valeur,  l'idéologie ne se limite pas à la circulation mais l'esprit du capitalisme doit justifier aussi l'organisation productive (Boltanski) et la répartition des revenus (Marx). Il ne sera question dans ce livre que de la circulation des valeurs mais en montrant toute l'étendue de ses conséquences. Contre la première évidence des valeurs éternelles, on peut ainsi reconstruire le roman de la dette, de la qualité à la quantité et de la Loi à l'investissement, de l'or à la Bourse des valeurs, des marchandises aux relations sociales. La thèse principale est de considérer que personne ne peut plus ignorer la part idéologique de la valeur dès lors qu'on parle de Bourse ou du crédit, alors que l'or pouvait sembler tout-à-fait objectif, garant d'une équivalence universelle ; cette dématéralisation de la monnaie se propagerait à toutes les représentations, à l'économie (Walras), aux arts (Impressionnisme), à la littérature (Gide), au langage (Saussure), à la philosophie (de la phénoménologie à Derrida) nous condamnant, aux dire de notre auteur, à un subjectivisme post-moderne dés-abusé. Nous reconnaîtrons toute la portée de l'idéologie monétaire en montrant au contraire qu'il pourrait y avoir un retournement final de l'aliénation marchande en valorisation de la personne et de sa liberté qui triomphe finalement d'une rationalisation confiée aux machines. Le rôle de l'idéologie, de la communication, est important dans la production comme dans la consommation, dans le consensus comme dans les normes, dans la hiérarchie comme dans la répartition. Si elle doit servir, comme le mythe, de clôture du sens, de sens commun nécessaire à la communication, l'idéologie a une fonction d'inertie, d'habitude, de limite au changement, de négation de l'histoire qu'elle doit pourtant bien intégrer mais il faut le temps de s'habituer. Chaque moment historique se caractérise, comme tout processus d'apprentissage, par une conversion idéologique (paradigme, episteme, vision du monde) qui se transmet de la finance ou des usines, à la politique et aux arts, renversement de toutes les valeurs dont la finalité est toujours la reproduction de nouveaux rapports de production. La justification des gagnants est ici la règle, même si elle prend inévitablement la forme de la contestation des anciennes élites, des anciens privilèges, par les nouvelles forces productives alliées aux exclus du système. La première chose à reconnaître, c'est donc qu'il y a une fluctuation des valeurs, qui ne sont pas plus objectives que les valeurs boursières, et bien plus volatiles que l'or. Ces fluctuations déterminent une histoire des pratiques et des représentations, des forces productives et de l'esprit du capitalisme. Il faudrait pousser les choses un peu plus loin pourtant et reconnaître l'influence du cycle économique dans ces variations idéologiques, lors des crises, des retournements soudains. Le cycle économique a beaucoup de poids même s'il n'explique pas tout, il y a aussi un trend une tendance de fond (qui peut être le moment d'un cycle plus long ou un processus cumulatif). Le livre de Jean-Joseph Goux illustre parfaitement cette solidarité des valeurs économiques et sociales, donnant ainsi sa place historique au marginalisme, au néoclassicisme économique, même s'il n'en dégage pas les caractères cycliques (pas plus que Barthes pour la mode qui utilisait le terme "diachronie" en contre sens pour éviter de parler de cycles). De Balzac aux post-modernes il éclaire lumineusement les répercussions idéologiques de l'évolution monétaire (impressionnisme, Gide, cubisme, Saussure, surréalisme, Bataille, Sartre, Derrida). Plus juste et précis que Boltanski dans l'analyse de la succession des esprits du capitalisme, leurs analyses sont pourtant complémentaires, points de vue de la finance pour l'un et de la production pour l'autre auquel il faut ajouter le point de vue sociologique du revenu. On commence à avoir une compréhension plus précise de l'articulation de l'infrastructure à la superstructure, d'une vision du monde déterminée par les pratiques sociales et de la place de l'art dans le capitalisme comme avant-garde, destruction créatrice des valeurs dépassées et représentation des nouvelles normes pratiques, prenant le relais d'une religion qui ne peut suivre à ce rythme. Reconnaître cette composante subjective ne devrait pas nous faire ignorer les contraintes objectives du processus de production, de la valeur d'échange qui garde tout son poids au moins globalement, même si la production immatérielle rend caduque bien des certitudes antérieures sur la valeur-travail comme fondement de l'individualisme (Louis Dumont), notamment en déconnectant temps de travail et revenu mais aussi par l'impossibilité d'individualiser l'apport de chacun. Il faut tenir compte du mode de production et ne pas réduire la valeur subjective à un quelconque idéalisme alors qu'elle représente plutôt le poids de l'incertitude de la valeur et du risque financier, l'impossible à savoir d'un avenir qui dépend de nous, mystère de chacun, d'une liberté qui fait notre dignité et décide de la vérité, à chaque moment historique, au-delà de tout savoir. Les cycles économiques On pourrait sans doute expliquer l'émergence des théories du Chaos à la fois par la financiarisation (autoréférentielle) et le moment d'innovation, le capital-risque, les start-up. Je pense pourtant que, sans la théorie des cycles, la généalogie du subjectivisme ne tient pas car il n'est pas né en 1874 puisqu'on peut remonter à Buridan ou Condillac (si ce n'est aux sophistes, à Thalès). Il faut distinguer le subjectivisme d'un marché saturé, avec la dématérialisation de la valeur qui sont souvent confondus. Si la Bourse fluctue, on sait aussi qu'elle est sujette à des variations cycliques dont le plus remarquable est le cycle de Kondratieff (50-60 ans) qui a une influence déterminante dans l'orientation des valeurs. Il faut comprendre le subjectivisme et l'individualisme comme un moment du cycle économique, celui de la saturation des marchés, de l'arrêt de l'expansion, de la division des intérêts (intentionnalité). Cette économie de la demande domine dans les périodes de dépression (Walras, Impressionisme), puis de plus en plus à mesure que l'économie mondialisée rencontre sa limite et que les besoins élémentaires deviennent marginaux. On vérifie ainsi que la valeur objective ne cède le pas à la valeur subjective que depuis la fin des 30 glorieuses, même annoncée par la fin de l'étalon-or (1971), et surtout la société de consommation (Fordisme), c'est la dépression qui est déterminante. Il y aura sans doute un retour de la valeur-travail dans les 10 ans à venir mais pour laisser la place ensuite à une valeur de plus en plus subjective à mesure que ralentira le productivisme. La fin de l'objectivité, valorisation de la personne L'immatérialisation et l'esthétisation sont en effet plus durables mais il faut reconnaître à la fois le développement historique et ses variations cycliques (voir Les Cycles du Capital). Le devenir symbolique de la valeur, l'immatérialisation de l'économie et de la monnaie, est bien un processus historique qui renforce le subjectivisme de la valeur et qui prend de plus en plus d'ampleur. L'insuffisance de la demande se faisant plus durable, le besoin de sa stimulation aussi. Il faut bien reconnaître que notre économie est passée du fordisme au toyotisme, d'une économie de l'offre à une économie de la demande, en même temps que les réseaux dématérialisaient toute valeur. La valeur subjective tend à prendre le pas sur la valeur-travail mais ce phénomène était déjà sensible à chaque fin de croissance. L'insuffisance de la demande est ici le caractère déterminant, tout ne prend pas preneur, déficit monétaire ou saturation des besoins élémentaires, déterminant une science du marché : le marketing dont la fonction est de glorifier l'individu qui ne suit pas la pente générale à la morosité, excitant ses envies jalouses, exacerbant individualisme et sentiment d'injustice. Ce qu'il faudrait retenir de cette abondance de désirs, plutôt qu'une frénésie dévoratrice ringarde, c'est la valorisation de la personne et ce que Amartya Sen appelle les libertés objectives, les capacités effectives des individus à choisir leur vie, le développement humain concret, unifiant sujet et objet qui nous individualise cette fois par nos compétences, notre histoire, notre production et notre responsabilité. Prix et coût (la réalisation de la valeur) Pour Locke il ne saurait y avoir de crise car, pour lui, la valorisation est à la fois un désir subjectif et le travail de subjectivation, d'assimilation qui le satisfait. Ainsi les friches immenses des Amériques lui semblaient sans valeur. Il n'imaginait pas encore que des terres valorisées par le travail de l'homme puissent ne valoir plus rien non plus. Aujourd'hui on ne peut plus avoir la foi béate dans le catéchisme de JB Say proclamant que "l'offre crée la demande". Marx a montré que cette loi pourrait se vérifier dans une économie de troc mais qu'on ne pouvait faire abstraction de la séparation entre vente et achat, ni surtout de l'intermédiaire monétaire pour expliquer les crises. C'est tout à fait explicitement que Marx fait de la monnaie et de la séparation entre l'offre et la demande l'origine des crises périodiques et de l'incertitude de la valeur. Il y a une part de vérité dans les politiques de l'offre, dans la capacité d'innovation des entreprises et dans.le rôle du marché pour choisir ce qui marche. Comme la mode, personne ne peut vraiment prévoir ce qui va marcher. Il n'empêche, l'offre invente d'une certaine façon une demande nouvelle, comme l'artiste d'avant-garde. C'est une liberté au travail pour répondre à l'indécidable qui dépend de nous collectivement, qui trouve sa vérité en l'Autre. Risque, investissement, dépense valorisent l'entrepreneur mais, si cette dimension existe, il ne faut pas l'exagérer ni surtout tomber dans le confusionnisme de la "société du risque". Le risque est loin d'être quotidien pour les plus gros et toujours bien réparti et limité alors qu'il se traduit violemment pour le salariat en "flexibilité" et chômage. Il ne faut pas confondre les risques commerciaux (incertitude de la valeur), les risques liès au crédit et aux anticipations boursières (incertitude de l'avenir), et les risques écologiques ou techniques (incertitude du savoir) comme le voudrait la nouvelle idéologie libérale qui épouse avec retard les valeurs de l'innovation schumpéterienne. Il y a bien pourtant dans le marché non seulement un refus du politique mais de toute rationalisation supposée aliénante et limitative au profit d'un pur évolutionnisme (Hayek). Le marché est bien comme le vote ce qui livre à notre liberté l'indécidable d'un sens suspendu à nos actes, rite de validation des valeurs. Ce qu'il faudrait retenir de la fable des abeilles de Mandeville, c'est moins sans doute le fait que les vices privés font les vertus publiques mais plutôt le fait que les vertus privées ne sont pas des vertus publiques, qu'on gagne enfin à ne pas feindre une générosité hypocrite mais surtout que l'excès est un facteur évolutionniste (La part maudite de Bataille). La valeur d'usage est simplement la valeur réalisée, c'est une valeur instantanée correspondant à sa réalisation effective, ce qu'on appellera son prix (qui a trouvé preneur). La valeur d'échange correspond plutôt à un coût de production sur le moyen ou long terme puisqu'elle doit conserver la valeur. On a donc deux points de vue et temporalités différentes, d'un côté le prix instantané du marché, de l'autre le coût de reproduction de l'industrie marchande, leur ajustement est l'objet de la gestion, du management, de la gouvernance, du marketing, de la publicité, de la politique économique. Plus domine la valeur subjective, publicitaire, l'économie de la demande, plus domine le risque, l'instabilité qui provoquent leur régulation par les assurances et produits dérivés.  
II. Sur les théories néo-classiques de la valeur (Marginalisme)
    Théorie marginaliste et valeur travail Un des intérêts majeurs de ce livre est de fournir une interprétation historique des théories économiques et notamment de la théorie marginaliste à partir de Léon Walras, sans limiter le néo-classicisme et sa théorie de la valeur subjective (rareté) à une simple réfutation bourgeoise de la théorie marxiste de l'exploitation (plus-value) basée sur la valeur-travail comme valeur objective (valeur d'échange). Les économistes sont de bien mauvais philosophes, beaucoup trop dogmatiques et pas du tout critiques la plupart du temps car au service des pouvoirs, mais ils traitent des valeurs comme les philosophes, simplement c'est à partir des pratiques économiques qui sont certainement un bon observatoire de la réalité humaine. Hélas, pris dans les querelles politiques, les enjeux idéologiques, les rigidités psychologiques, c'est l'embrouille générale et le règne des journalistes. Il est donc presque impossible de discuter sereinement des apports de la théorie marginaliste à laquelle, il est vrai, on peut reprocher beaucoup de choses. D'abord de prétendre réfuter l'économie-politique pour une "économie pure" ignorant production, plus-value, rapport social, lutte des classes et long terme. Ensuite en prétendant imposer la ridicule représentation de l'homo economicus, du calcul rationnel qui n'a, en fait, qu'une valeur statistique dans la consommation alors que c'est bien le principe de la production capitaliste comme productivisme (depuis le mercantilisme). Répètons-le. On ne peut réduire la valeur à sa composante subjective. La valeur finit toujours par tendre vers son coût de revient, par le jeux de la concurrence, quelque soit la valeur subjective qu'on y attache. L'exemple du verre d'eau le montre parfaitement : ce n'est pas parce que la premier verre a plus de valeur que le deuxième qu'on le paie plus cher, ce qui nous est le plus précieux étant gratuit (can't buy me love), mais il serait aussi ridicule de nier la face subjective de la valeur qui devient prépondérante dans certains contextes comme la Bourse. Souvent il suffit de comprendre quel type de marché théorisent les économistes pour leur donner une aire de validité. Les marchés financiers ou le marché du travail n'ont rien de commun avec le marché des biens. Le marché des denrées périssables suit d'autres lois que l'immobilier. Ainsi Marx admettait parfaitement le caractère subjectif et fluctuant du marché, les deux faces de la valeur (valeur d'usage et valeur d'échange) mais il a fait une théorie de la valeur d'échange comme valeur-travail et une théorie du marché du travail, il n'a pas fait une théorie de la Bourse ni du marché de l'Art. Ce n'est pas une raison pour prétendre qu'il ignore la face subjective de la valeur alors qu'il explique la plus-value par son écart avec la valeur d'échange et théorise le rôle du chômage sur le niveau de salaire. On peut même dire qu'il identifie la valeur subjective au pur rapport de force entre offre et demande aussi bien que dans la lutte des classes. Walras n'a fait qu'une théorie de commissaire priseur. Il admettait bien lui aussi que le prix tendait vers son coût, qui n'est pas très différent de la valeur-travail, mais ce n'était pas l'objet de la "théorie de l'équilibre général". On voit d'ailleurs la plus-value revenir comme rente d'innovation pour Schumpeter ou avec le surplus distribuable de Maurice Allais. Une fois dépassées les positions idéologiques, j'ai souvent l'impression de retrouver les idées de Marx à peine retouchées que ce soit avec Schumpeter (cycles, innovation), Marshall (prix et coûts) ou Keynes (instabilité, offre et demande, contradiction finance et industrie, court et long terme). Chaque économiste apporte des nuances sur les rigidités économiques et sociales, la dyssimétrie de l'information, les externalités (Pigou), les institutions, la monnaie, les anticipations, les transactions, le capital humain, l'évolution, l'immatériel. Ce qu'il faut, c'est ne pas céder à un simplisme totalisant et confondre les différents marchés : instantané, à court, moyen ou long terme (Debreu). L'économie est bien une totalité, reliée au moins par la finance, mais qui n'est pas homogène, encadrée par de nombreuses rigidités sociales, c'est plutôt une ensemble de totalités relativement autonomes et plus ou moins ouvertes sur la globalisation financière où la circulation se totalise comme abstraction réelle. On peut se moquer du marxiste qui tente de définir la valeur-travail d'une oeuvre d'art ou d'un produit culturel. Cependant le néoclassicisme appliqué au marché du travail est tout simplement abject (Pas de pitié pour les gueux). La valeur subjective a l'immense avantage d'être toujours juste, pur fait, alors que la vérité de la valeur est sa fluctuation mais surtout son inégalité, son injustice dénoncée dans la plus-value, la déconnexion du salaire (temps de travail) et du produit (du travail). Les fluctuations "irrationnelles" des valeurs ne signifient pas que la valeur n'est pas globalement produite par le travail mais on ne peut pas l'objectiver dans chaque produit comme un or immuable. Les contraintes de reproduction sont toujours déterminantes à long terme (les forces productives et les rapports de production, la logique du profit), cela n'empêche pas, dans le court terme, euphories, paniques et modes d'occuper notre quotidien, vacillement autour d'un équilibre introuvable. Il y a bien un devenir symbolique du capital, une sublimation de la production vers l'immatériel, l'automation, l'expertise, les capacités humaines, la confiance, l'image, la communication, comme la valeur passe de la terre à l'or puis à l'écriture enfin au crédit, de plus en plus réduite au pur rapport social (réseaux, cartes). L'économie néoclassique, au-delà de ses enjeux politiques, témoigne ainsi de ce glissement historique, de la dématérialisation de la valeur mais aussi de la saturation des marchés dans la phase dépressive des cycles économiques et surtout de l'expérience dramatique des crises périodiques de destruction des valeurs où les valeurs "objectives" ne valaient plus rien. Marginalisme, hédonisme et productivisme Ce qui est intéressant dans l'émergence du marginalisme, c'est le moment historique, période de dépression, mais surtout le changement "d'Esprit du Capitalisme", le néoclassicisme exprimant l'idéologie productiviste qui succède à l'Ethique protestante de l'accumulation primitive. On observe ainsi un retournement d'une limitation des besoins favorisant l'épargne à un désir illimité ne pouvant trouver satisfaction. Le "Maximum hédonistique" de Pareto en témoigne, calcul des jouissances qui est toute une économie du désir (foi, confiance, anticipation, crédit, spéculation). Le réalisme du calcul va jusqu'au cynisme le plus sordide car ce n'est plus la raison ou la morale qui décident, ni même l'objet qui compte mais l'intérêt subjectif ou l'argent gagné. Le calcul exige pourtant l'unité commune, l'équivalent général de l'or, de l'utile ou du "temps de travail" qui n'ont par définition aucune satisfaction étant purement quantitatifs. Il y a donc une véritable contradiction au coeur de cette théorie. La plus grande valeur est à l'objet manquant (castration), puisque ce qui fait la valeur, c'est le désir. On le constate chez Gide où la valorisation de la consommation ne peut éviter d'être valorisation du manque lui-même, du désir plutôt que l'objet interchangeable. Il faut éviter une satisfaction suffisante. Du désir il n'y en a jamais assez, c'est l'accumulation sans fin. Ce n'est plus l'Éthique protestante de la négation du plaisir et de la limitation des besoins mais bien la multiplication des jouissances du Libertin qui justifie le productivisme capitaliste. André Gorz insiste sur ce moment pré-salarial où les travailleurs s'arrêtaient dès qu'ils avaient gagnés assez. Weber montre qu'une politique de bas salaires visait explicitement à les rendre indigents (dans le besoin, en demande) pour les obliger à travailler toute la journée. Avec le nouvel esprit du début du siècle on quitte déjà cette logique pour un productivisme qui prépare la logique de la société de consommation (fordisme) qui allait suivre. C'est déjà ce qu'on peut appeler une esthétisation de l'économie et des marchandises, une autoréférence (désir de désir, chercher le bonheur), valorisant les apparences appétissantes plutôt que la consistance de la satisfaction. Ce n'est pas encore le développement humain, mais il n'est déjà plus question de la paupérisation du prolétariat. Paradoxalement le marginalisme de Walras postule cette satisfaction, sans laquelle sa théorie n'a plus de sens, alors même qu'il prend la Bourse pour modèle et que le désir d'argent n'a pas de fin car il est désir de désir, pure capacité de désirer, désir différé. La soif d'argent n'est pas aussi facilement étanchée qu'un simple verre d'eau qui suffit à nous désaltérer. Le marginalisme et le concept de rareté sont le produit d'un marché saturé et d'un contexte dépressionnaire obligeant à un "calcul" de la satisfaction individuelle. Cet hédonisme utilitariste est une valorisation de la consommation et du désir (privation, incitation, publicité), de la nouveauté d'une mode d'avant-garde. La contradictoire injonction au bonheur qui ne saurait trouver aucune suffisance oscille entre excitation maniaque et dépression vide. Le surmoi qui ordonne la jouissance est d'abord réflexif, c'est une esthétisation, une valorisation de soi mais on sait qu'on ne peut y satisfaire, l'exigence du surmoi se renforçant à mesure qu'on y répond. La recherche du bonheur comme désir de désir ou volonté de puissance trouve son équivalent universel dans le désir d'argent, désir qui ne saurait trouver de limite. Il faut mesurer toute la distance qui sépare ce libertinage effréné avec le désir pour Descartes ou Spinoza. On peut sans doute identifier le capitalisme avec le protestantisme et la question du sujet depuis la Renaissance marchande. A partir du capitalisme boursier on quitte bien cette rigueur de l'accumulation primitive pour une morale du placement, du risque, de la dépense, de l'excès, de l'insatisfaction perpétuelle qui n'a fait que prendre de l'ampleur. Ce n'est pas un hasard si Freud entre en scène à ce moment "d'inversion de toutes les valeurs", d'insuffisance de la demande et d'injonction à la jouissance, de sortie enfin de la civilisation paysanne et patriarcale pour une économie boursière à la réalité de plus en plus immatérielle et incertaine, ce qui veut dire aussi de moins en moins rationnelle et de plus en plus subjective, un peu folle enfin, à mesure qu'elle devient société de consommation insatiable. Marginalisme, Bourse, Marché de l'Art Le marginalisme postule une satisfaction décroissante alors même qu'il prend pour modèle le "marché pur et parfait" dont le modèle est une Bourse qui ne connaît aucune satiété, aucune limite que ses propres paniques. Quant le marché de l'Art est convoqué comme validation de "l'utilité décroissante", c'est à se tordre car le collectionneur enrichit sans fin sa collection. Seule la vente aux enchères ou la criée aux poissons répondent à ce mécanisme d'ajustement des prix sur la demande. En fait, on a d'un côté le devenir immatériel de la production qui généralise la valeur subjective du marché de l'art avec la publicité, en y ajoutant un coût marginal de reproduction quasi nul (il n'y a que des frais fixes). De l'autre on a une spéculation boursière psychologisant une valeur autoréférentielle qui dépend plus des représentations, de la confiance des investisseurs, que de faits objectifs. Il y a donc déconnexion complète entre travail et valeur, la valeur devenant instantanée, occasion voire combine, même si globalement et à long terme la valeur ne peut s'écarter trop de son coût de reproduction. La Bourse est le rite de totalisation des valeurs, elle fait office de vérité en dernier recours, de tribunal suprême, sans jamais prétendre à une vérité stable (La disparition du rite avec la généralisation de la Bourse en ligne ne sera pas sans effets sur sa légitimité). La Bourse étant autoréférentielle puisque la valeur des titres dépend de l'opinion des actionnaires, c'est une subjectivation, une psychologisation de la valeur plutôt qu'une valeur juste. C'est même sur la variabilité, le différentiel de valeur, son injustice que joue la Bourse qui dépend des mouvements d'opinion donc de l'information et du journalisme. La Valeur immatérielle se réduit à son écriture, abstraction, éloignement de son objet qui l'identifie de plus en plus au social et à ses humeurs. Il suffit de citer les qualificatifs psychologisants de la Bourse pour réfuter tout équilibre général : Engouement, dépression, morosité, frisson, euphorie, optimisme, frénésie, marasme, peur, panique, fièvre, pari, jeu, chance, nervosité, confiance, inquiétude. On doit au moins reconnaître avec Schumpeter son caractère cyclique et le rôle de l'innovation. La domination du Capital financier et de la logique financière du risque favorise l'innovation donc les modes et les avant-gardes (start-up), renforçant l'incertitude de la valeur comme de nos retraites. Il y a pourtant confusion avons nous vu entre le risque financier (incertitude de l'avenir) et le risque commercial (incertitude de la valeur), le risque et l'innovation qui ne sont pas de même nature. D'ailleurs ce qu'on appelle innovation est plutôt mobilité, adaptation à une nouvelle technologie qui se généralise, comportant peu de risques. L'idéologie abjecte des patrons voudrait méler à cette confusion le risque technique (incertitude du savoir), social ou écologique. Il y aurait ceux qui aiment le risque (ceux qui ont assez d'argent pour diviser le risque et s'en prémunir) et ceux qui ne l'aiment pas car ils le subissent (précarité).  
III. Un avenir sans équivalent L'équivalent universel
La Bourse fait voler en éclat toute notion d'équivalence universelle, c'est tout le problème des fonds de pension dont la valeur de réalisation ne peut être garantie, menaçant les retraites. Pourtant l'or a servi longtemps de valeur solide pour tous les échanges dans l'économie-monde. L'arrivée massive d'or sur le continent après la découverte de l'Amérique a produit une inflation mettant en évidence, que la véritable richesse était dans la Terre pour les physiocrates ou dans le Travail pour les classiques (qui deviendra temps de travail) plutôt que dans l'or des mercantilistes. La Terre ou le Travail prétendaient à une équivalence universelle ne laissant aucune valeur en dehors de leur principe. Pourtant d'autres équivalents universels se construisaient du côté de la valeur subjective que ce soit Helvétius (amour-propre) ou Condillac et Bentham (utilité) sans arriver pourtant à une réelle consistance avant Walras (rareté). Ce que montre l'évolution historique c'est plutôt la disparition de tout équivalent universel et la variabilité de toutes les valeurs dont témoigne finalement le 15/08/71 l'abolition par Nixon de l'étalon-or. La même année Rawls publiait sa "Théorie de la justice", cherchant à sortir d'un relativisme absolu.
En l'absence d'équivalent objectif, seul compte le rite, les normes (Boltanski). L'objet s'efface devant les relations sociales. La valeur s'humanise (de la Terre au travail puis au crédit, ou de la possession à la disponibilité puis aux capacités effectives, de l'échange au don et à la reconnaissance). On passe ainsi de l'anonyme égalité de l'or à la signature personnalisée puis au crédit et à la "carte de crédit" qui règle nos dettes à notre place et représente notre appartenance à un réseau, sujet social présentifié par sa carte et instituant une véritable valeur instantanée (pas seulement à court ou moyen terme, pouvant donc soudain prendre des valeurs exentriques). De la matérialité à l'écriture puis à l'information, de l'objectivisme au rapport social (confiance, reproduction, statut), affirmant l'unité du sujet et de l'objet. La non convertibilité impliquée par l'absence d'équivalent général (or, Père, phallus) rend impossible toute justice et s'affirme plutôt rapport social, réseau.
Pour Freud l'équivalent général c'est la Mère comme interdite, le Phallus qui s'y substitue, métaphore de sa jouissance. Il représente la signification elle-même et le Père représente la garantie du sens, de sa valeur, Or qui ne trompe pas. On doit comprendre d'ailleurs l'ORgone de Reich comme une tentative de donner corps à cette équivalence. Pour Lacan, il n'y a pas de rapport sexuel, autant dire pas d'échange, il n'y a que la sublimation, le fantasme et le phallus est un signifiant qui n'a aucun signifié. Bien que Freud penchait de ce côté de plus en plus, son côté scientiste gardait la nostalgie d'un équivalent solide : instinct sexuel ou traumatisme infantile. On retrouve le glissement de Platon à Aristote, le Bien suprème d'un côté qui mesure toutes choses et la réalisation d'une valeur, d'une finalité particulière de l'autre. Les finalités sont incommensurables car toute mesure est par rapport à une fin. La crise de la mesure est originelle, la valeur n'étant pas la même pour celui qui donne et celui qui reçoit.
La crise des valeurs
La crise de la valeur est donc originelle car il y a une face subjective de la valeur, relative aux finalités et une face objective qui dépend du consensus, de l'ordre établi, de la police. Le fait qu'il y ait risque (confiance) implique l'indécidable de la valeur, de même que le langage est inséparable de sa capacité de tromper. Il y a une non convertibilité originaire, toute conversion laisse un reste. La valeur-travail est un mythe fondateur pour l'individualisme (Dumont) mais il est impossible d'individualiser la part de chacun. Ce qui devrait étonner c'est plutôt la généralisation de l'échange grâce à l'or et au machinisme, moment transitoire de l'objectivisme rationaliste (Weber) de la valeur-travail normalisée à la spéculation boursière. On ne compte plus les tentatives néo-libérales aussi bien que socialistes de trouver "le juste prix" alors que cela n'a plus guère de sens dès lors qu'il n'y a plus d'instrument de mesure. L'économie du savoir (expert, virtuoses) ne se mesure plus en temps, ni en peines.

Toutes les valeurs s'effondrent à la Bourse, pas seulement les valeurs financières.
La dissolution des valeurs est dissolution du capital. L'incertitude des valeurs représente le risque d'une non reproduction, une destruction de la valeur qui serait une incapacité à s'adapter à l'imprévu. Nous n'avons pourtant aucun intérêt à vouloir revenir en arrière à une objectivité de la valeur car cette subversion des valeurs communes, de leur objectivation, produit certes d'abord subjectivisme, relativisme, individualisme qui s'étend au salariat, mais s'affirme enfin valorisation du sujet et développement humain. La valeur n'est plus qu'une convention sociale, un accord temporel, une relation humaine (comme dans les SEL). L'équivalence, la justesse impossible, doit faire place à la générosité, au partage et à la reconnaissance.

Ce qui fait crise, en effet, c'est plutôt la généralisation de la logique de l'Equivalence, de la substitution ne laissant aucun reste social à l'échange instantané et anonyme. Ce qui pose problème, c'est l'autonomisation de la production marchande, Spectacle subi, échange sans sujet, domination des médias. Mais là où la monnaie, le Père, le langage se posaient en tiers, on pouvait espérer rejoindre plus directement un réel voilé par sa médiation. Lorsqu'il n'y a plus aucun référent, c'est le sujet qui disparaît dans les jeux de langage d'une machinerie sociale avec laquelle on ne peut qu'agir en artistes, intervenir dans la représentation, la mise en scène du spectacle du lien social.
Les résonances du langage
Les péripéties de la valeur atteignent nos représentations trouvant leur répondant avec le tournant linguistique De Saussure jusqu'au post-modernisme et la déconstruction de Derrida. Il peut y avoir inflation aussi des discours. Le langage peut être vu du point de vue de la production, du locuteur et du signifiant matériel, de l'objectivité des mots existant en soi (onto-théologie) comme étymologie, ce qui était la règle depuis Platon. Sur le versant du lecteur et du sens, il n'y a plus aucune objectivité qui ne puisse être déconstruite, production d'un contexte, des valeurs concurrentes, d'une structure, d'une totalité. On entre avec Saussure dans un autre monde, celui de la convention et de la division du sens plutôt que sa construction élémentaire, d'une valeur relative des mots. On aboutit avec Derrida non seulement à la déconstruction des valeurs mais aussi des oppositions binaires (jeu/travail). En tout cas la répartition des richesses n'a plus rien d'objectif, renvoyée à son arbitraire.
 
Un destin commun

Quelle orientation pouvons-nous tirer de ces aventures de l'idéologie ? C'est ici que Jean-Joseph Goux révèle sa veulerie, son rôle de de clerc appointé en interprétant la théorie lacannienne, contre Lacan lui-même, comme une condamnation à l'aliénation, à l'hétéronomie, l'inconscient étant identifié à l'ordre symbolique mais surtout financier auquel il faudrait se soumettre. On a droit au couplet ennuyé sur une révolte désormais sans prise ni lieu, récupérée d'avance en spectacle héroïque. Il y a bien sûr d'autres perspectives si on croit aux cycles et aux nouvelles générations. Ce n'est pas la fin de toute négation, l'étouffement de toute révolte. Si on ne peut plus attendre la production du lien social par les travailleurs, les femmes et les artistes, ce n'est pas pour garder l'entrepreneur innovant comme seule perspective de subjectivation, la start-up comme avant-garde culturelle !

La critique de l'avant-garde comme idéologie de l'innovation et la contradiction d'un marché de l'Art au temps de l'esthétisation de la marchandise doivent être pris en compte sérieusement sans réduire pourtant la nouveauté de tout apprentissage à la futilité d'une trouvaille formelle, purement publicitaire. L'Art garde un espace politique, l'expression d'une indignation qui n'est plus souvent que feinte, ornement des palais. On ne manque pas d'artisans mais d'audace. Breton, Isou, Debord auront montré la voie d'un art qui voudrait n'avoir plus d'autre oeuvre que l'artiste lui-même comme imprécateur et dévoilement du réel contre l'idéologie dominante, sa mise en scène.
Le message c'est le médium. Partout de la communication mais plus rien à communiquer. Voilà l'esthétisation. Il ne reste que le lien. La dimension métaphysique de la valeur devenue manifeste. Sa vérité est rapport social, non pas représentation objective, de l'ordre du sacré et du don. Il s'agit de maintenir l'échange, assurer la circulation, une confiance suffisante dans les valeurs communes et la garantie du gouvernement. Ce n'est pas être condamné à l'inauthenticité, à l'esthétisation du réel dans le Spectacle marchand ainsi qu'à la soumission aux injustices. Il y a des retournements dialectiques plutôt qu'une décadence continue. De même que le doute méthodique produit la certitude absolue du je qui doute, de même l'épuisement de la communication se retourne en valorisation de la personne comme lien social, de même la séparation de l'économie devenue autonome rencontre la limite planétaire de ses conditions de reproduction.
L'Ecologie est la négation de cette séparation, retour du réel, de la causalité matérielle, des contraintes de reproduction. C'est la fin du règne de l'équivalence abstraite, de la substitution aveugle, du Père inflexible, de la raison instrumentale. Ce qui reste, ce ne sont pas les marchandises, mais des membres d'un réseau. Ce qui reste c'est la force productive de la liberté et du savoir dans une économie de l'information qui abolit toute séparation. Ce qui reste, c'est la force productive de la gratuité plus encore que du don dans la coopération en réseaux (logiciels libres). Il faut encore que ce déclin du patriarcat et de sa logique patrimoniale se traduise dans les institutions, dans un renouveau de l'Etat-providence et d'un véritable droit à l'existence, à l'indépendance financière. L'économie du savoir est une économie de la coopération et de la gratuité, d'un développement humain comme développement des capacités effectives, développement local et personnel. Ce n'est pas une simple esthétisation du risque ou un effet médiatique mais bien une valorisation du sujet, reconnaissance sociale effective. Ce qui ne veut pas dire que tout cela se fera tout seul, ni que cela ne prendra pas du temps, c'est ce qui dépend de nous.

mardi 2 août 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE

La guerre est un massacre fait par des gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent.
( Paul Valery)

dimanche 10 juillet 2011

« Europa puede salvar a Grecia y quizá a Portugal, pero no a España »


-Desde hace unos meses, pero esta semana en particular, las agencias de calificación fueron acusadas de practicar un total y absoluto abuso de poder. ¿Es verdad que el mundo está en manos de las agencias de calificación, sobre todo de las tres más poderosas, Moody’s, Standard & Poor’s y Fitch?
-Las agencias calificadoras fueron creadas en Estados Unidos para ofrecer un servicio preciso al público. El objetivo era hacer una distinción entre las inversiones especulativas -cuyo rendimiento no está asegurado- y aquellas colocaciones consideradas como absolutamente seguras. Se trataba de que las empresas que tienen una responsabilidad frente al público -como las compañías de seguros o los fondos de pensión- solo invirtieran el dinero en sitios que ofrecen seguridad casi absoluta. Y eso se consiguió a través de un sistema que califica la seguridad que presenta cada empresa o Estado para una inversión. Pero en el caso de Estados Unidos, se permitió que fueran sociedades privadas las que prodigaran ese servicio. En otros países, como en Europa, tratándose casi de un servicio público, sería el Estado quien desempeñaría esa tarea.
-El principio fue loable. ¿Cuándo y por qué derrapó?
-Pronto aparecieron efectos perversos. La competencia entre esas agencias, por ejemplo, consiguió que terminaran haciendo cálculos de fiabilidad en casos que las superaban, simplemente porque partían del principio de que si una de ellas no brindaba ese servicio, la competencia lo haría. Pero lo grave de todo esto estuvo en la base: que se permitiera dar un servicio público a empresas privadas, cuyos únicos objetivos son la rentabilidad.

mercredi 6 juillet 2011

Deux ou trois choses que vous ignorez sur le sexe... (et que vous ne risquez pas d’apprendre auprès des « féministes »)

« Ce qui est devenu évident, c’est qu’en ce qui concerne l’assignation sexuelle, plus rien n’est évident. » Cette phrase n’est tirée d’aucun ouvrage. Mais elle aurait pu l’être de nombreux textes d’inspiration féministe. En effet, on pourrait présenter la revendication féministe comme avant tout la remise en cause de ce qui, en matière de sexe, allait de soi, ad majorem viri gloriam. Et d’abord que le sexe, dans sa plénitude, était l’attribut de l’homme, du mâle. La femme n’étant définie que par son absence. Ce qu’on formulait par une suave antiphrase, en disant que la femme était « le beau sexe », voire « le sexe ». À cet égard, le titre même de l’essai fondamental de Simone de Beauvoir, « Le deuxième sexe » (1949), constituait une prise de position féministe : le sexe masculin « n’est que » l’un des deux sexes.
On peut considérer « Le deuxième sexe » comme le texte fondateur du féminisme moderne. Certes, des femmes avaient de longue date refusé de n’être que les descendantes de la côte du premier homme. Mais l’essai de Simone de Beauvoir, outre qu’il faisait le bilan de toutes les représentations de la femme dans l’histoire, la science, la philosophie et la littérature, posait les bases d’une identité sexuelle propre. Face à l’homme, et à égalité avec lui, elle pouvait et devait (en cohérence avec la doctrine existentialiste) exister dans un projet de mitsein avec l’autre sexe. Simone de Beauvoir fondait philosophiquement la lutte du « deuxième sexe » pour la reconnaissance et l’égalité face à l’autre sexe (le « premier » ?), mais elle permettait aussi une critique fondamentale de l’assignation sexuelle. Un aspect auquel le féminisme va largement rester aveugle, ce qui le mettra paradoxalement, et au rebours de sa prétention, dans l’incapacité d’en comprendre le sens et d’améliorer radicalement le sort des femmes.

lundi 27 juin 2011

Communisation vs Sphères

Ce texte est un de ceux qui seront discutés au rassemblement d’été de la revue internationale “SIC” qui doit voir paraître sous peu son N° 1. Nous donnerons sous peu un peu plus d’infos sur cette rencontre. (english translation will follow this text, soon!)
ICI, pour ceux que cela intéresse, le programme de la réunion de la revue “SIC”


Dans la 1ère partie du texte Le pas suspendu de la communisation, intitulée Communisation Vs Socialisation, il s’agissait d’une part de montrer que des emparements d’éléments du capital pouvaient être « communisation », c’est-à-dire « désappropriations » pures, abolition de tout rapport de propriété, même collective et même « prolétarienne ». On s’emparerait donc de ces éléments pour constituer une communauté nouvelle d’individus définissant entre eux, dans leur singularité, des rapports immédiats dans la lutte contre le capital, comme contenu même de cette lutte. Mais, d’autre part, ce processus de « communisation », c’est-à-dire de production du communisme, est intriqué avec l’autre contenu possible de ces emparements : être des appropriations, des socialisations qui entrent dans la constitution d’une nouvelle économie autogérée, sociale et populaire, contrerévolutionnaire. Chacun de ces possibles est, pour l’autre, son autre, c’est-à-dire qu’ils sont dans un rapport conflictuel où chacun, dans sa propre pratique, reconnaît l’autre comme nécessaire, comme un moment de lui-même.

Dans ce processus de la lutte de classe débouchant sur l’abolition des classes, les individus étaient, de fait, posés comme au-delà des genres, car constituant une communauté d’individus immédiatement sociaux. Le dépassement des genres était implicite. C’est cet « implicite », ce « de fait », que cette deuxième partie tente d’expliciter. C’est ce dépassement comme naturellement inclus « dans le mouvement », ce dépassement comme allant de soi, vu la nature et le contenu du mouvement, qui doit être soumis, en tant que tel, à la critique. Il ne suffit pas de dire que la communisation étant communisation, par définition, elle est dépassement des genres. Bien qu’il ne puisse exister de « fronts » distincts dans la lutte, aucune instance de la société de classes ne sera dépassée sans être attaquée pour elle-même.

L’analyse de la domination de genre dans le capitalisme montre que celle-ci est immédiatement division de l’ensemble de la pratique sociale en deux sphères d’activités.

jeudi 23 juin 2011

GORZ & la Wertkritik

Dans ses derniers écrits, André Gorz revient toujours sur des auteurs (concrètement : Moishe Postone, Robert Kurz, Ernst Lohoff, Andreas Exner, Stefan Meretz, etc.), que l’on peut tous, plus ou moins, ranger dans le courant dit de la critique de la valeur. Robert Kurz par exemple est cité et approuvé quand il écrit ceci : « La lutte pour des gratifications immanentes au système, pour de l’argent, pour des transferts des dépenses à l’Etat, et pour refuser de participer à la gestion de la crise...continue à être indispensable à un mouvement de libération ». Mais « le contenu de ce mouvement ne peut être que la critique catégorielle de la forme du lien social dans le système moderne de production des marchandises... Le but n’est plus un Etat national oeuvrant pour l’intérêt des travailleurs et une économie régulée, mais la société mondiale au delà du marché et de l’Etat... » « Ce qu’il faut, c’est la rupture catégorielle, c’est-à-dire le passage d’une lutte pour les intérêts vitaux, interne aux catégories existantes à l’abolition de ces catégories. Il faut supporter la tension présente entre ces deux aspects. » (Robert Kurz, Das Weltkapital [Le capital-monde], 2005, p. 470-472).
André Gorz parle de manière affirmée d’une « rupture catégorielle ». Alors que dans les années 80 il voulait encore financer le travail autonome à partir du travail hétéronome, le revenu fondamental à partir du travail salarié, alors qu’il partait de l’idée que l’Etat et l’économie étaient indépassables, il a entre temps abandonné ce point de vue. Dans son dernier livre et dans ses dernières lettres, il en parle aussi à plusieurs reprises sous la forme d’une autocritique. Le plus souvent, dans ses lettres, il est question de « nous ». « C’est bien trop tard que j’ai découvert le courant de la critique de la valeur » (lettre du 5 juillet 2007), écrit-il pour résumer, c’est-à-dire deux mois avant sa mort.
(...)
http://arbeitmachtnichtfrei.skynetblogs.be/archive/2010/02/15/antieconomie-andre-gorz-et-la-critique-de-la-valeur-par-fran.html

mardi 21 juin 2011

FUKUSHIMA: l'agonie durable, l'enfer rampant


Il y a quelques jours, des images virtuelles d'un éventuel sarcophage que Tepco pourrait installer au dessus des réacteurs en perdition de Fukushima circulaient sur les télévisions. Mais assez curieusement, il s'agissait apparemment de structures assez fragiles, quasiment en matière plastique, très éloignées des milliers de tonnes d'acier et de ciment envisagés pour remplacer l'actuel sarcophage en place à Tchernobyl. On ne voit pas comment de telles structures pourraient contenir une explosion majeure sur le site de Fukushima. Tout au plus pourraient-elles empêcher la diffusion de gaz radioactifs sous basse pression. De toutes façons, Tepco annonce que la mise en place de ces protections ne sera pas possible avant longtemps, compte tenu du niveau de contamination actuel du site.
En fait, les priorités devraient être toutes autres. Il devrait être indispensable d'empêcher dans les jours, semaines ou mois qui viennent la contamination d'une partie du Japon par les cœurs en fusion des réacteurs touchés par le tsunami. Or, très mauvaise nouvelle, pour le moment et compte tenu des technologies aujourd'hui disponibles, cet objectif paraît hors de portée alors que le processus cataclysmique ne cesse de prendre de l'ampleur. Une toute aussi mauvaise nouvelle est que, désormais, le monde entier fait silence sur le désastre mondial qui se prépare. Les conspirationnistes ne devraient pas être les seuls à s'interroger sur les raisons de ce silence.
Si l'on en croit l'industriel Tepco, le gouvernement japonais qui l'a toujours soutenu y compris dans ses décisions les plus hasardeuses et les industriels américains du nucléaire qui ont depuis les origines partie liée avec le Japon pour la gestion de son parc nucléaire, la situation à Fukushima serait potentiellement pire qu'elle ne le fut à Tchernobyl. Selon ces sources cependant, il n'y aurait pas de danger immédiat, tant du moins que l'on continuera à pomper de l'eau et qu'un nouveau fort tremblement de terre ne se produira pas. Pas de danger immédiat sans doute, mais pas de solutions fiables avant quelques années au mieux. En attendant, selon ces sources, il n'y aurait pas de raisons de s'inquiéter. Curieuse préconisation.
Pour d'autres experts au contraire, la situation n'a jamais cessé depuis le début de s'aggraver. Aujourd'hui il y aurait de forte probabilités (certains disent 50/50) pour que le pire se produise. Un article récent de Aljazeera.net cité ci-dessous vient de faire un bilan assez terrifiant de la situation. On pourrait suspecter la neutralité de Aljazeera mais la chaîne se borne à reprendre les diagnostics de deux experts confirmés du nucléaire, l'américain Arnorld Gundersen (photo) et le japonais Shoji Sawada. L'un et l'autre, à première vue semblent parfaitement objectifs et bien informés. Certes ils sont tous les deux devenus des whistle-blowers alertant sur les dangers du nucléaire. Le site Fairewinds auquel participe Arnorld Gundersen est un leurs représentants les plus influents aux Etats-Unis. Mais cela ne devrait pas être une raison pour disqualifier leurs analyses.
Pour Arnold Gundersen, notamment, la fusion des réacteurs touchés constitue désormais un processus sans doute impossible à empêcher, compte tenu encore une fois des connaissances scientifiques et technologiques du moment. Le refroidissement par eau ne pourra que le retarder de quelques temps, tout en noyant la région et la mer environnante sous des milliers de tonnes d'eau fortement contaminées. Une fois les nappes phréatiques ou les couches terrestres profondes atteintes, ce ne serait pas seulement une large périphérie autour de Fukushima qui deviendrait inhabitable, mais sans doute la ville de Tokyo elle-même. Dans l'hypothèse la plus grave, celui de l'explosion des centaines de tonnes de combustibles nucléaires présents sur le site, le Japon tout entier puis très vite des zones étendues de l'hémisphère nord pourraient être interdits à la vie humaine.
D'ores et déjà, deux experts de santé publique américains estiment avoir observé une augmentation anormale de la morbidité des nouveaux nés dans une dizaine de villes de la cote ouest des Etats-Unis situés approximativement sous le vent de Fukushima (voir ci dessous le rapport Sherman-Mangano). On s'étonne que, devant une observation aussi troublante, des inquiétudes beaucoup plus nombreuses ne se soient pas encore manifestées, notamment aux Etats-Unis, si soucieux en général de la santé publique.
La situation paraît en voie de devenir si grave que le silence des autorités nationales et internationales est véritablement inexplicable. Même si peu de remèdes ne paraissent pour le moment disponibles, il conviendrait néanmoins que les scientifiques du monde entier y réfléchissent et travaillent à la mise au point de solutions. L'inaction actuelle donne beaucoup d'arguments à ceux dénonçant une conspiration du silence de la part des gouvernements et des industriels impliqués, non seulement au Japon mais aux Etats-Unis. La complicité objective entre Barack Obama et l'Exelon Corporation, le plus gros fournisseur d'énergie nucléaire et un des plus importants contributeurs de sa campagne, est dénoncée.
Rien cependant n'y fait. L'attitude généralement affichée par l'ensemble des décideurs et des médias est particulièrement à courte vue, mais elle n'indigne encore personne. Le message général s'apparente au suivant : "le magma monte dans la cheminée du volcan. Une explosion destructrice se produira bientôt. Mais qu'importe, dormez tranquilles au bord du cratère...pour le moment".
Précisons à l'attention de ceux qui militent pour l'abandon de l'énergie nucléaire que ce dernier objectif de l'abandon, à supposer qu'il soit décidé, ne pourra pas être mis en oeuvre avant 25 ou 30 ans. Au Japon le monde se trouve confronté à une échéance beaucoup plus immédiate et à des risques beaucoup plus graves : un Tchernobyl de magnitude 10 pouvant se produire dans quelques mois. La réaction de prévention devrait être toute différente.

Sources
* Article d'Aljazeera : http://english.aljazeera.net/indepth/features/2011/06/201161664828302638.html
* Fairewinds : http://www.fairewinds.com/home
* Arnold Gundersen : http://en.wikipedia.org/wiki/Arnold_Gundersen
* Paul Jorion : http://www.pauljorion.com/blog/?p=24334
* Rapport Sherman Mangano : http://www.counterpunch.org/sherman06102011.html
" The recent CDC Morbidity and Mortality Weekly Report indicates that eight cities in the northwest U.S. (Boise ID, Seattle WA, Portland OR, plus the northern California cities of Santa Cruz, Sacramento, San Francisco, San Jose, and Berkeley) reported the following data on deaths among those younger than one year of age :
4 weeks ending March 19, 2011 - 37 deaths (avg. 9.25 per week)
10 weeks ending May 28, 2011 - 125 deaths (avg.12.50 per week)

* Exelon Corporation : http://www.exeloncorp.com/Pages/home.aspx

vendredi 17 juin 2011

Séminaire - Anselm Jappe - Critique du néo-libéralisme ou critique de la société marchande ?

Le 17 mai 2011, Anselm Jappe était invité par la Fondation Copernic à Paris, pourtant l'un des temples français de l'antilibéralisme et de la revendication de plus de justice sociale et économique au sein de toujours la même forme collective de vie capitaliste (1) (prendre aux riches pour donner aux pauvres).

Séminaire - Anselm Jappe - Critique du néo-libéralisme ou critique de la société marchande ? from Fondation Copernic on Vimeo.





Dans cette vidéo, très intéressante aussi pour qui voudrait découvrir la critique de la valeur, Jappe montre en quoi il faut rompre une bonne fois pour toute avec l'ensemble de la vision tronquée de la société capitaliste-marchande qu'a pu véhiculé le marxisme traditionnel et son cadavre contemporain. Celui-ci depuis le XIXe siècle a unilatéralement dénoncé la seule exploitation de la survaleur sans dénoncer la valeur en elle-même et le reste des formes sociales catégorielles de la vie sous le capitalisme. Cette vision très répandue a toujours compris le travail comme un principe ontologique ayant existé dans toutes les sociétés humaines (ce qu'a contesté l'anthropologie contemporaine en dénaturalisant l'économie), qui serait capté extérieurement par le capital. Le capitalisme est réduit à un simple mode de distribution de catégories supposées être éternelles (travail, argent, valeur...). Il fallait donc dans cette vision « libérer le travail du capital ». La critique de la valeur reformulée ici rapidement par Jappe, démontre au contraire que le travail est un principe social récent au fondement même de la société capitaliste qui émerge à partir du XVIe siècle (l'étude de l'historien Geoffrey Parker sur la « Révolution militaire  » permet de comprendre la première diffusion sociale du travail abstrait dans la modernité), mais qui vient corseter véritablement des pans entiers de la vie depuis seulement la fin de la Seconde guerre mondiale. Il faut donc se libérer du travail qui apparaît dans l'histoire quand il devient une activité qui va médiatiser l'ensemble des rapports sociaux modernes et s'auto-médiatiser lui-même dans sa forme suprasensible et invisible, la valeur. Celle-ci, en tant que médiation sociale des sociétés modernes, va se constituer au travers des pratiques des individus inscrites dans certaines formes sociales, en un « sujet automate  » (Marx) qui met en mouvement une société construite autour de cette fin en soi irrationnelle pour la croissance de la valeur. Le travail, dans sa double nature (concrète et abstraite) est devenu véritablement le principe d'une nouvelle « synthèse sociale », donc d'une société moderne inédite et complément fétichiste.  Dans cette critique, le prolétariat n'a donc jamais été le sujet de l'histoire et la lutte des classes, qui existe bien en tant que conflit d'intérêts immanent à la société capitaliste (entre le travail - abstrait - qui est du capital fluidifié et le capital qui est du travail abstrait fossilisé, deux co-principes d'une même boucle autoréflexive de la valorisation, qui se métamorphosent l'un dans l'autre dans un mouvement auto-expansif qui est le fétichisme réel de la croissance pour elle-même) sans lui être en aucune manière hétérogène, n'est en rien porteuse de son dépassement pouvant nous amener vers les terres d'une nouvelle médiation sociale qui ne serait plus celle du travail et de la valeur. 

EURO-ARCHIVE (Le Monde Diplo)

Septembre 1997

Innocentes confidences d’un maître de la monnaie

L’architecte de l’euro passe aux aveux

Un entretien dévoile un univers. Lorsque la presse répercute la parole des « décideurs », dont chaque confidence peut faire vaciller les monnaies, on ne prête pas toujours attention à l’énorme somme de non-dits et de presque-suggérés que leurs propos véhiculent. Armés de leur « indépendance » conquise sur le pouvoir politique, les gouverneurs des banques centrales disposent désormais du pouvoir de changer le cours des nations. Quelle est leur vision du monde social ? Et, par exemple, quelle est celle de M. Hans Tietmeyer, grand architecte de l’euro ?
Ayant lu dans l’avion (1) un entretien du président de la Banque fédérale d’Allemagne (2), M. Hans Tietmeyer, présenté comme le « grand prêtre du deutschemark » - ni plus ni moins -, je voudrais me livrer à cette sorte d’analyse herméneutique qui convient aux textes sacrés : « L’enjeu aujourd’hui, c’est de créer les conditions favorables à une croissance durable et à - le mot-clé - la confiance des investisseurs. Il faut donc contrôler les budgets publics. »
C’est-à-dire - il sera plus explicite dans les phrases suivantes - enterrer le plus vite possible l’Etat social et, entre autres choses, ses politiques sociales et culturelles dispendieuses, pour rassurer les investisseurs qui aimeraient mieux se charger eux-mêmes de leurs investissements culturels. Je suis sûr qu’ils aiment tous la musique romantique et la peinture impressionniste, et je suis persuadé, sans rien savoir sur le président de la Banque fédérale d’Allemagne, que, à ses heures perdues, comme le directeur de la Banque de France, M. Jean-Claude Trichet, il lit de la poésie et pratique le mécénat.
« Il faut donc, dit-il, contrôler les budgets publics, baisser le niveau des taxes et impôts jusqu’à leur donner un niveau supportable à long terme. »
Entendez : baisser le niveau des taxes et impôts des investisseurs jusqu’à les rendre supportables à long terme par ces mêmes investisseurs, évitant ainsi de les encourager à porter ailleurs leurs investissements. Continuons la lecture : « Il faut (...) réformer le système de protection sociale. » C’est- à-dire, bis repetita, enterrer l’Etat providence et ses politiques de protection sociale, bien faites pour ruiner la confiance des investisseurs, susciter leur méfiance légitime, certains qu’ils sont en effet que leurs acquis économiques - on parle d’acquis sociaux, on peut bien parler d’acquis économiques -, c’est-à-dire leurs capitaux, ne sont pas compatibles avec les acquis sociaux des travailleurs, et que ces acquis économiques doivent évidemment être sauvegardés à tout prix, fût-ce en ruinant les maigres acquis économiques et sociaux de la grande majorité des citoyens de l’Europe à venir, ceux que l’on a beaucoup désignés en décembre 1995 comme des « nantis », des « privilégiés ».
M. Hans Tietmeyer est convaincu que les acquis sociaux des investisseurs, autrement dit leurs acquis économiques, ne survivraient pas à une perpétuation du système de protection sociale. C’est ce système qu’il faut donc réformer d’urgence, parce que les acquis économiques des investisseurs ne sauraient attendre. Et M. Hans Tietmeyer, penseur de haute volée, qui s’inscrit dans la grande lignée de la philosophie idéaliste allemande, poursuit :
« Il faut donc contrôler les budgets publics, baisser le niveau des taxes et impôts jusqu’à leur donner un niveau supportable à long terme, réformer le système de protection sociale, démanteler les rigidités sur le marché du travail, de sorte qu’une - ce « de sorte » mériterait un long commentaire - nouvelle phase de croissance (...) ne sera atteinte à nouveau que si nous faisons un effort - le « nous faisons » est magnifique - de flexibilité sur le marché du travail. »

Une menace proche du chantage

Ça y est. Les grands mots sont lâchés, et M. Hans Tietmeyer donne un magnifique exemple de la rhétorique euphémistique qui a cours sur les marchés financiers. L’euphémisme est indispensable pour susciter durablement la confiance des investisseurs - dont on aura compris qu’elle est l’alpha et l’omega de tout le système économique, le fondement et le but ultime, le telos, de l’Europe de l’avenir -, tout en évitant de susciter la défiance ou le désespoir des travailleurs, avec qui, malgré tout, il faut aussi compter, si l’on veut avoir cette nouvelle phase de croissance qu’on leur fait miroiter, pour obtenir d’eux l’effort indispensable. Parce que c’est d’eux que cet effort est attendu, même si M. Hans Tietmeyer, décidément passé maître en euphémismes, dit bien : « Démanteler les rigidités sur les marchés du travail, de sorte qu’une nouvelle phase de croissance ne sera atteinte à nouveau que si nous faisons un effort de flexibilité sur le marché du travail. » Splendide travail rhétorique, qui peut se traduire : Courage travailleurs ! Tous ensemble faisons l’effort de flexibilité qui vous est demandé !
Au lieu de poser, imperturbable, une question sur la parité extérieure de l’euro, le journaliste aurait pu demander à M. Hans Tietmeyer le sens qu’il donne aux mots-clés de la langue des investisseurs : « rigidité sur le marché du travail » et « flexibilité sur le marché du travail ». Les travailleurs, eux, entendraient immédiatement : travail de nuit, travail pendant les week-ends, horaires irréguliers, pression accrue, stress, etc.
On voit que « sur le marché du travail » fonctionne comme une sorte d’épithète homérique susceptible d’être accrochée à un certain nombre de mots, et l’on pourrait être tenté, pour mesurer la flexibilité du langage de M. Hans Tietmeyer, de parler par exemple de flexibilité ou de rigidité sur les marchés financiers. L’étrangeté de cet usage dans la langue de bois de M. Hans Tietmeyer permet de supposer qu’il ne saurait être question, dans son esprit, de « démanteler les rigidités sur les marchés financiers » ou de « faire un effort de flexibilité sur les marchés financiers ». Ce qui autorise à penser que, contrairement à ce que peut laisser croire le « nous » du « si nous faisons un effort » de M. Hans Tietmeyer, c’est aux travailleurs et à eux seuls qu’est demandé cet effort de flexibilité, et que c’est encore à eux que s’adresse la menace, proche du chantage, qui est contenue dans la phrase : « De sorte qu’une nouvelle phase de croissance ne sera atteinte à nouveau que si nous faisons un effort de flexibilité sur le marché du travail. » En clair : lâchez aujourd’hui vos acquis sociaux, toujours pour éviter d’anéantir la confiance des investisseurs, au nom de la croissance que cela nous apportera demain. Une logique bien connue des travailleurs concernés, qui, pour caractériser la politique de participation que leur offrait en un autre temps le gaullisme, disaient : « Tu me donnes ta montre, et je te donne l’heure. »
Relisons une dernière fois les propos de M. Hans Tietmeyer :
« L’enjeu aujourd’hui, c’est de créer des conditions favorables à une croissance durable et à la confiance des investisseurs, il faut donc... - remarquez le « donc » - ...contrôler les budgets publics, baisser le niveau des taxes et impôts jusqu’à leur donner un niveau supportable à long terme, réformer les systèmes de protection sociale, démanteler les rigidités sur les marchés du travail, de sorte qu’une nouvelle phase de croissance ne sera atteinte à nouveau que si nous faisons un effort de flexibilité sur les marchés du travail. »
Si un texte aussi extraordinaire, aussi extraordinairement extraordinaire, était exposé à passer inaperçu et à connaître le destin des écrits quotidiens de quotidiens, qui s’envolent comme des feuilles mortes, c’est qu’il était parfaitement ajusté à l’« horizon d’attente » de la grande majorité des lecteurs de quotidiens que nous sommes. Or cet horizon est le produit d’un travail social. Si les mots du discours de M. Hans Tietmeyer passent si facilement, c’est qu’ils ont cours partout. Ils sont partout, dans toutes les bouches. Ils courent comme monnaie courante, on les accepte sans hésiter, comme on fait d’une monnaie, d’une monnaie stable et forte, évidemment, aussi stable et aussi digne de confiance, de croyance, que le deutschemark : « Croissance durable », « confiance des investisseurs », « budgets publics », « système de protection sociale », « rigidité », « marché du travail », « flexibilité », à quoi il faudrait ajouter, « globalisation », « flexibilisation », « baisse des taux » - sans préciser lesquels - « compétitivité », « productivité », etc.
Cette croyance universelle, qui ne va pas du tout de soi, comment s’est-elle répandue ? Un certain nombre de sociologues, britanniques et français notamment, dans une série de livres et d’articles, ont reconstruit la filière selon laquelle ont été produits et transmis ces discours néolibéraux qui sont devenus une doxa, une évidence indiscutable et indiscutée. Par toute une série d’analyses des textes, des lieux de publication, des caractéristiques des auteurs de ces discours, des colloques dans lesquels ils se réunissaient pour les produire, etc., ils ont montré comment, en Grande-Bretagne et en France, un travail constant a été fait, associant des intellectuels, des journalistes, des hommes d’affaires, dans des revues qui se sont peu à peu imposées comme légitimes, pour établir comme allant de soi une vision néolibérale qui, pour l’essentiel, habille de rationalisations économiques les présupposés les plus classiques de la pensée conservatrice de tous les temps et de tous les pays.

La satisfaction que procure le fatalisme

Ce discours d’allure économique ne peut circuler au-delà du cercle de ses promoteurs qu’avec la collaboration d’une foule de gens, hommes politiques, journalistes, simples citoyens qui ont une teinture d’économie suffisante pour pouvoir participer à la circulation généralisée des mots mal étalonnés d’une vulgate économique. Un exemple de cette collaboration, ce sont les questions du journaliste qui va en quelque sorte au devant des attentes de M. Hans Tietmeyer : il est tellement imprégné par avance des réponses qu’il pourrait les produire. C’est à travers de telles complicités passives qu’est venue peu à peu à s`imposer une vision dite néolibérale, en fait conservatrice, reposant sur une foi d’un autre âge dans l’inévitabilité historique fondée sur le primat des forces productives. Et ce n’est peut-être pas par hasard si tant de gens de ma génération sont passés sans peine d’un fatalisme marxiste à un fatalisme néolibéral : dans les deux cas, l’économisme déresponsabilise et démobilise en annulant le politique et en imposant toute une série de fins indiscutées, la croissance maximum, l’impératif de compétitivité, l’impératif de productivité, et du même coup un idéal humain, que l’on pourrait appeler l’idéal FMI (Fonds monétaire international). On ne peut pas adopter la vision néolibérale sans accepter tout ce qui va de pair, l’art de vivre yuppie, le règne du calcul rationnel ou du cynisme, la course à l’argent instituée en modèle universel. Prendre pour maître à penser le président de la Banque fédérale d’Allemagne, c’est accepter une telle philosophie.
Ce qui peut surprendre, c’est que ce message fataliste se donne les allures d’un message de libération, par toute une série de jeux lexicaux autour de l’idée de liberté, de libéralisation, de dérégulation, etc., par toute une série d’euphémismes, ou de double jeux avec les mots - réforme par exemple -, qui vise à présenter une restauration comme une révolution, selon une logique qui est celle de toutes les révolutions conservatrices.
Si cette action symbolique a réussi au point de devenir une croyance universelle, c’est en partie à travers une manipulation systématique et organisée des moyens de communication.
Ce travail collectif tend à produire toute une série de mythologies, des « idées-forces » qui marchent et font marcher, parce qu’elles manipulent des croyances : c’est par exemple le mythe de la « globalisation » et de ses effets inévitables sur les économies nationales ou le mythe des « miracles » néolibéraux, américain ou anglais. A la mythologie selon laquelle les inégalités sociales et économiques se réduiraient aux Etats-Unis, on peut opposer le travail d’un sociologue, M. Loïc Wacquant, montrant que, aux Etats-Unis, l’« Etat charitable », fondé sur une conception moralisante de la pauvreté, tend à se dédoubler en un Etat social assurant les garanties minimales de sécurité aux classes moyennes et un Etat de plus en plus répressif pour contrecarrer les effets de la violence liée à la précarisation des conditions d’existence de la grande masse de la population, noire notamment. Ainsi l’Etat de Californie, un moment constitué par certains sociologues français en paradis de toutes les libérations, consacre désormais à ses prisons un budget largement plus élevé que celui de toutes les institutions d’enseignement supérieur réunies, qui sont pourtant parmi les plus prestigieuses du monde.
Autre exemple, la Grande-Bretagne, dont on nous dit tous les jours qu’elle a résolu le problème du chômage, a en fait multiplié les emplois précaires, et les travailleurs britanniques découvrent avec envie les acquis sociaux encore survivants en France. Cela, paradoxalement, au moment même où l’on dit aux Français à quel point les travailleurs d’outre-Manche sont heureux de leur malheur.
Peut-être assistons-nous à un phénomène d’involution de l’Etat qui s’est constitué historiquement par concentration successive de force physique (la police et l’armée), de capital culturel (le système métrique, etc.) et de capital symbolique. Un des effets de la philosophie néolibérale, qui n’est que le masque d’une vieille philosophie conservatrice, est de conduire à une régression de l’Etat vers l’Etat minimal tout à fait conforme à l’idéal des dominants, c’est-à-dire réduit aux forces de répression, comme en témoigne l’augmentation des dépenses pour la police.

Confiance des marchés ou confiance du peuple

Revenons pour finir au mot-clé du discours de M. Hans Tietmeyer, la « confiance des marchés ». Il a le mérite de mettre en pleine lumière le choix historique devant lequel sont placés tous les pouvoirs : entre la confiance des marchés et la confiance du peuple, il faut choisir. La politique qui vise à garder la confiance des marchés perd la confiance du peuple.
Selon un sondage récent sur l’attitude à l’égard des hommes politiques, les deux tiers des personnes interrogées les considèrent comme incapables d’écouter et de prendre en compte ce que pensent les Français, reproche particulièrement fréquent chez les partisans du Front national (FN) - dont on déplore par ailleurs l’irrésistible ascension, sans songer un seul instant à faire le lien entre FN et FMI.
Il faut mettre la confiance des marchés financiers ou des investisseurs - qu’on entend sauver à tout prix - en relation avec la méfiance des citoyens. L’économie est, sauf quelques exceptions, une science abstraite fondée sur la coupure, absolument injustifiable, entre l’économique et le social qui définit l’économisme. Cette coupure est au principe de l’échec de toute politique qui ne reconnaît pas d’autre fin que la sauvegarde de l’« ordre et de la stabilité économiques », c’est-à-dire du deutschemark, ce nouvel absolu dont M. Hans Tietmeyer s’est fait le desservant...

 

Pierre Bourdieu. Sociologue, professeur au Collège de France.

(1) Ce texte est la transcription d’une conférence qui a suscité et suscite encore beaucoup de discussions en Allemagne, donnée par Pierre Bourdieu, aux rencontres culturelles franco-allemandes tenues à Fribourg, en octobre 1996. (2) Le Monde, 17 octobre 1996.

jeudi 16 juin 2011

- Communiqué public GEAB N°56-Spécial Eté 2011 (15 juin 2011) -

GEAB N°56-Spécial Eté 2011 est disponible! Crise systémique globale - Dernière alerte avant le choc de l'Automne 2011 : Quand 15.000 milliards USD d'actifs financiers partiront en fumée



Le 15 Décembre 2010, dans le GEAB N°50, l'équipe de LEAP/E2020 anticipait l'explosion des dettes publiques occidentales pour le second semestre 2011. Nous décrivions alors un processus qui partirait de la crise des dettes publiques européennes (1) pour mettre ensuite le feu au cœur du système financier mondial, à savoir la dette fédérale US (2). Et nous voici, avec ce GEAB N°56, à l'orée du second semestre 2011, avec une économie mondiale en plein désarroi (3), un système monétaire global de plus en plus instable (4) et des places financières qui sont aux abois (5), tout cela malgré les milliers de milliards d'argent public investis pour éviter précisément ce type de situation. L'insolvabilité du système financier mondial, et au premier chef du système financier occidental, revient à nouveau sur le devant de la scène après un peu plus d'une année de politiques cosmétiques visant à noyer ce problème fondamental sous des tombereaux de liquidités.

jeudi 2 juin 2011

EXTRAITS DE LA PIÈCE DE LORDON

.. »LE FONDÉ DE POUVOIR
La chute est là, monsieur, elle est irrésistible,
Des villas somptueuses sont au prix de cabanes,
L’immobilier s’écroule, nous passons pour des ânes.
Les courtiers ont menti, et dans les formulaires,
Gonflé les revenus, inventé les salaires.
Or, les gueux sont fauchés, ils n’ont plus un radis,
Submergés d’échéances, ils deviennent faillis,
Endettés jusqu’au cou, ils cessent de payer,
Même vendre le bien ne peut plus rembourser…
 »

et plus loin :
… » LE BANQUIER
Il n’y a rien du tout, nous sommes à l’abri.
Les crédits sont au loin et aussi les faillis.
Ailleurs il est certain que d’autres font des pertes,
ça n’est pas notre affaire, n’ayez aucune alerte.
Croyez-moi, il n’est pas une seule journée
Où je ne me réjouisse des traders surpayés.
Ce sont certainement de rudes imbéciles,
En banque cependant ce sont les plus agiles.
Affairés à construire ces produits biscornus,
Ils nous laissent sans tache et les autres cocus.
La vie est ainsi faite, c’est la vie des affaires,
Il faut être malin ou bien prendre un autre air…. »


dans  » D’un retournement l’autre » / Frédéric lordon.
(Pièce en alexandrins mettant en scène la crise de la finance mondiale)
« y’a rien à jeter, sur l’ile déserte, il faut tout emporter ! »

samedi 28 mai 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE (diagnostic)

La démocratie est un rapport de force civilisé. Soit. Elle l'est en pratique mais comme domestication consentie, ce qu'on appelle consensus, qui est ce long travail d'élevage du citoyen de la ferveur démocratique initiale, porté par un millénarisme sécularisé, jusqu'à la l'élevage de générations de citoyens qui en porte l'image ou l'empreinte, mais plus la force: une race servile, infantile, qui croit les histoires qu'on lui raconte, mais qui n'en construit plus aucune.
L'enclos et l'élevage, "l'éducation" des générations successives, ont plié l'autonomie initiale, le citoyen dresse la queue comme un chiot et baisse les oreilles tel l'asservi, qui ne s'alerte plus, indifférent aux autres bêtes de son état. Habituées à manger de la même main, elles stabulent normalement les pieds dans la merde.
Il faut que l'enclos cède, que l'approvisionnement soit perturbé, pour que l'animal-citoyen retrouve les anciennes traces de sa race, et les réactive, par l'échange, la contamination, d'individu à individu, alors il se rappelle, chacun se rappelle, se joint au rappel: c'est l'anamnèse du dialogue qui ramène l'autonomie de la race initiale, et finalement la catharsis du troupeau qui s'opère.
Mais cette fois il n'y a pas de millénarisme qui pousse vers les vertes prairies. L'aménagement du territoire? Pff.. c'est pas très sexy.

vendredi 27 mai 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE (diagnostic)


Les civilisations mourantes préfèrent l’espoir, même l’espoir absurde à la vérité.  Le déni est le premier recours de notre conscience sociale pour « composer » avec l’apocalypse à venir. 

L’opposition à ce système d’emprise se construit par la base en se lovant dans le statut social et politique (ou anti-statut) de paria, d’anti-larbin. C'est la seule position possible, le seul angle révélateur.

L'action pour sortir du circuit inertiel, la gravité du système, s'apparente à un processus ordalique. L'amorce de cette conscience qui s'émancipe est de devenir un objet de crainte, et fondamentalement pour soi-même. 

Il n'y a pas vraiment d'autres manières.

L'apprentissage de la limite, la familiarité avec la lisière, apportent ces horizons dont nous avions besoin, ils sont les dépôts furieux qui rendent les fables aux fées et les tributs aux rois.

SITUATION DE TRANSHUMANCE (prévisions météorologiques)

« Le printemps est là »
mais il ne ressemble pas à un printemps..Il est torride comme un été...
Mauvaise nouvelle:
La démocratie "horizontale'...n'est pas aimée chez nous... disent ceux du haut en nous le faisant dire.. comme on fait tourner les tables et parler les morts...
Nous les morts cliniques civiques , seulement vivants comme citoyens actifs que 2 dimanches consécutifs tous les 5 ans.
Nous
que nos élus font semblant d'écouter et nous font parler...par PROCURATION, qu'on leur a donné pendant ces deux dimanches.
Nous, qui nous écoutons parler par la bouche des élus.
schizophrénie.. de sujets de la démocratie, citoyens éphémères 2 jours tous les 5 ans...

mercredi 25 mai 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE (sentiment)

L'obscur désir de dictature des classes moyennes qui se sentent en danger – désir exaucé dans l'histoire – permet aux oligarchies de renforcer la répression, et la capacité puritaine à nier la réalité est typique d'une sous - idéologie et d'une psychologie bien adaptées au Spectacle, et bien adapté à se la jouer plus proche des intérêts de l'oligarchie que des pauvres, ces salauds sans mœurs. Pourtant la haine puritaine pourrait déborder l'oligarchie actuelle .

Loin de l’Espagne et de l’information : ce que veulent les manifestants

 SOURCE : ACRIMED

Ce court article n’a pas vocation à analyser de manière exhaustive le traitement médiatique des mobilisations en Espagne. D’autres articles suivront...

Acrimed n’est pas un site d’information ou de contre-information généraliste, mais d’information et de contre-information sur les médias, les journalismes et l’information elle-même. Pourtant – une fois n’est pas coutume –, il suffit, pour prendre la mesure de la vacuité de l’information entre le 15 et le 21 mai sur les mobilisations en Espagne, d’effectuer une rapide « revue des médias » et de lui opposer ce que l’on y trouve pas : les plateformes des manifestants.

I. Brève « revue des médias »

Quand « l’affaire DSK » occupe les temps d’antenne et dévore les surfaces imprimées…

De glorieux journaux télévisés

Il leur en a fallu du temps pour se rendre compte qu’il se passait « quelque chose » en Espagne !
Prenez TF1, par exemple. Entre le 15 et le 20 mai : pas un sujet, pas un mot… Il a fallu attendre le 21 mai pour que la rédaction de TF1, enfin informée, informe à son tour : à 13 heures, on apprend ainsi de la bouche de Claire Chazal que « depuis plusieurs jours maintenant, les Espagnols sont dans la rue pour manifester contre le chômage et les mesures d’austérité […]  ». Et le reportage qui suit de nous informer que la manifestation de la veille avait permis de « dénoncer de plus belle la mainmise des grands partis politiques, la corruption et, surtout, l’injustice sociale ». À 20 heures ? Claire Chazal : « La population manifeste depuis quelques jours contre l’austérité, le chômage. » Seulement ? Le reportage qui suit donne à entendre fugitivement d’autres cibles des manifestants. Et c’est tout ? C’est tout.

mardi 24 mai 2011

Reiniciar o sistema

No início da semana passada, políticos espanhóis tomaram um susto. O que começou com um grupo de manifestantes discutindo pela internet questões relativas à Lei Sinde – que, similar à Lei Hadopi francesa, desconectaria da internet quem fizesse downloads ilegais –, tornou-se, em questão de dias, um movimento descentralizado que correu por mais de 60 cidades no país.
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Na semana retrasada, paulistanos bem humorados fizeram churrasco. O que começou como uma piada de Facebook para tirar sarro de uma declaração infeliz contra a instalação do metrô em Higienópolis virou um movimento descentralizado, que levou milhares ao bairro, num protesto brincalhão. Três meses antes, ditadores de países árabes caíram depois que pessoas foram às ruas protestar, em movimentos organizados online.
Já deu para entender, né?
Hipnose. Cartaz critica noticiário.
Não dá para comparar a queda do ditador egípcio Hosni Mubarak com o churrascão diferenciado. Mas em algum ponto entre um e outro está algo muito importante, que agora surge em novo palco, a partir da Espanha, rumo a outras cidades da Europa.
Os espanhóis não querem derrubar um ditador, nem uma estação de metrô. Querem mais. Querem reiniciar o sistema e questionar a atual organização política e financeira. Querem uma “revolução ética” na política.
O professor universitário e fundador do movimento NoLesVotes (“não vote neles”), Enrique Dans ajuda a recapitular os acontecimentos. “Os três maiores partidos – Partido Popular, o Partido Socialista Trabalhista e o Convergência e União – fizeram um pacto para aprovar a Lei Sinde”, disse em entrevista ao Link. “Agiram em nome da indústria fonográfica e de cinema e não em prol do povo, que era contra a Lei. Por isso criamos o NoLesVote, para que ninguém votasse nos três partidos.”
O grupo organizou reuniões, redigiu um manifesto e criou o wiki.nolesvotes.org. Em pouco tempo milhões já haviam acessado o site. “De repente, pessoas de todo o mundo estavam envolvidas e enviando relatos da criação de grupos semelhantes em suas cidades”, diz Dans. O NoLesVote se associou ao movimento Juventude Sin Futuro, formado por universitários infelizes sem expectativas profissionais. E foram para as ruas.
Todos juntos no mesmo barco.
Ao mesmo tempo surgia outro grupo de universitários que se chamava de Democracia Real Ya. “Foram eles que convocaram a manifestação no dia 15 de maio”, lembra Dans. E, surpresa, apareceu muito mais gente do que era esperado naquele dia. A surpresa virou animação, que virou confiança. Decidiram acampar. Na madrugada policiais invadiram o acampamento e prenderam 20 pessoas. Alguém gravou a ação e postou no YouTube.
“Foi quando YouTube, Facebook e Twitter começaram a ser usados para gerar impacto, e a partir daí, para mobilizar os espanhóis e chamar a atenção das pessoas pelo mundo”, comenta o espanhol Paco Ragageles, fundador da Campus Party, o maior evento de cultura digital do mundo.
“Estamos assistindo a um momento histórico. Não recordo de um movimento global reunido tão rapidamente”, afirma. Paco crê que o movimento terá um enorme impacto político. “Os governos espanhol e dos demais países agora sabem que não basta mais só escutar os empresários, o que acontece na rua e na internet é imprescindível”. Dans aposta que “com a tecnologia, algumas indústrias tiveram que mudar sua forma de trabalhar e isso também irá ocorrer com a política”.
Ele lembra que alguns políticos diziam que na internet havia só “quatro gatos” – expressão espanhola para dizer que não havia ninguém –, zombando da incapacidade dos grupos da internet de irem às ruas e fazerem manifestações concretas. “Esse movimento foi a oportunidade de lhes mostrar que não somos ‘quatro gatos’, somos muitos e que podemos nos organizar.” Segundo o último relatório do Instituto Nacional de Estatísticas espanhol, mais da metade do país já está online.



#manifiesto
O movimento começou fazendo oposição à Lei Sinde, que permite que sites de downloads ilegais sejam tirados do ar à força pelo governo, e conseguiu juntar milhares de ativistas usando redes sociais. Apesar das críticas generalizadas, o projeto foi aprovado.
#spanishrevolution
Um projeto para limitar a velocidade nas estradas para 110 km/h, os casos de corrupção e o enorme desemprego que o país enfrenta entraram na mesma conta. O clima de insatisfação geral foi o que moveu os manifestantes a organizar os protestos via Twitter e Facebook.
#15m
A primeira grande manifestação do movimento aconteceu em 15 de maio, em mais de 60 cidades espanholas. Mais de 130 mil pessoas saíram às ruas.
#acampadesol
A mais significativa foi uma concentração perto da Puerta del Sol, ponto de encontro no coração da cidade de Madri. Lá se formou o primeiro e maior dos acampamentos.
#yeswecamp
Outras cidades criaram sua própria forma de mobilizar os seus cidadãos, centralizando informações sobre acampamentos locais em hashtags como #acampadavalencia e #acampadabcn, de Barcelona.
#sinpartido
Não há organização central no movimento, nem líderes ideológicos. Outra mobilização, contra a Lei Sinde, usa a hashtag #nolesvote para pedir que os eleitores punam nas urnas os partidos PP, PSOE e CIU (que aprovaram o projeto e são acusados de corrupção). Os dois movimentos se confundem, e parte dos acampantes pode muito bem concordar com os dois, mas não são o mesmo.
#democraciarealya
A ideia de mudança dos manifestantes é resumida no nome dado ao movimento: “Democracia real YA! No somos mercancía en manos de políticos y banqueros” (democracia real já! Não somos mercadoria nas mãos de políticos e banqueiros).
#worldrevolution
A insatisfação exposta na #spanishrevolution (principalmente por causa da corrupção, leis sem apoio da sociedade e desemprego) não é estranha a lugar nenhum do mundo. Por isso, movimentos como #italianrevolution, #frenchrevolution e #germanrevolution nasceram na esteira da revolução espanhola. Um mapa online, checado até o fechamento desta edição, mostra que 282 campings e 46.429 acampantes se envolveram na causa, em todo o mundo.

dimanche 22 mai 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE - ESPAGNE, LE BÉTAIL S'AÈRE

L’horizon d’un homme moyen est l’équivalent de l’étable pour une vache et c’est bien ainsi, parce que l’étable après tout, c’est protégé. Lorsqu’il faut véritablement devenir “sujet” et décider ce qu’on fait de ce monde par rapport à la nuit dehors alors … ! L’esclave délègue le monde au maître et se décharge en même temps d’un fardeau, celui de la compréhension du monde, il se décharge de l’ontologie mondiale. C’est une sorte de transfert psychologique entre classes, les supposés sachants permettent de se soulager du fardeau de la pensée.